Le Jour de la mémoire

Cela pour­ra paraitre éton­nant, mais la presse argen­tine n’en fait pas des tonnes sur cette date pour­tant ô com­bi­en mar­quante de l’histoire trag­ique du pays. A 46 ans du coup d’état mil­i­taire de 1976, qui allait faire des mil­liers de morts et de dis­parus, et provo­quer des blessures jamais entière­ment refer­mées à ce jour, les com­mé­mora­tions restent pour le moins dis­crètes, et sont surtout l’occasion d’insister sur la néces­sité d’affirmer le «Nun­ca más» proclamé par la com­mis­sion d’enquête qui a suivi la chute de la dic­tature pour éval­uer les respon­s­abil­ités de cha­cun dans ce drame his­torique.

Rien d’étonnant à ce que ce soit les jour­naux situés le plus à gauche qui con­cen­trent le plus d’articles sur le sujet. Pagina/12 en pro­pose pas moins de 10 sur sa pre­mière page de l’édition numérique !

D’abord pour annon­cer le grand rassem­ble­ment con­sacré au «jour de la mémoire», le pre­mier, dit le jour­nal, post-con­fine­ment et depuis le change­ment de gou­verne­ment, puisque celle de l’an dernier n’avait pas pu avoir lieu. Par­mi les mots d’ordre, un revient par­ti­c­ulière­ment «Où sont-ils ?» en référence aux dis­parus de la dic­tature, dont le nom­bre est dis­cuté, mais ici, on retient celui générale­ment repris : 30 000.

Sur ce sujet, le quo­ti­di­en de gauche rend égale­ment hom­mage au tra­vail de l’association des Mères et Grands-mères de la place de Mai, créée un jour de 1977 pour réclamer, juste­ment, qu’on leur rende leurs maris et leurs enfants enlevés par la junte. Aujourd’hui, l’association pour­suit un com­bat acharné pour retrou­ver les «enfants volés de la dic­tature», fils et filles d’activistes arrêtés et exé­cutés, dont la plu­part ont été escamotés à leurs familles biologiques pour être «adop­tés» par des familles de mil­i­taires.

Tou­jours dans le même quo­ti­di­en, le psy­ch­an­a­lyste Martín Alo­mo fait le par­al­lèle entre deux absences, celle de ses patients lais­sant le divan vide pen­dant la péri­ode de con­fine­ment, et celle des dis­parus de la dic­tature, «témoins de la douleur et de l’abus de pou­voir engen­drés par un état d’ex­cep­tion». Mais là s’arrête la com­para­i­son, parce que «…les dél­its de lèse-human­ité ne sont pas pre­scriptibles, car une fois com­mis, ils con­tin­u­ent de faire souf­frir de façon per­ma­nente». D’où la néces­sité impéra­tive de main­tenir ce «rite social» du sou­venir : on ne doit  laiss­er s’installer aucune pos­si­bil­ité de pre­scrip­tion.

L’écrivaine et femme poli­tique Vic­to­ria Don­da, elle-même enfant volée de la dic­tature, attend de ce rassem­ble­ment qu’il soit égale­ment l’occasion d’affirmer son oppo­si­tion aux dis­cours de haine et de néga­tivisme his­torique qui se propa­gent, tant en Argen­tine que dans le monde, et qui, selon elle, sont surtout le fait d’une cer­taine droite haineuse. «Le 24 est une bonne date pour les com­bat­tre, car les dis­cours de haine ont tou­jours précédé les géno­cides, dont les vic­times ont été les sujets soci­aux et les acteurs du change­ment. C’est impor­tant de men­er une réflex­ion là-dessus car de nom­breuses généra­tions n’ont pas vécu la dic­tature, mais seule­ment ses effets qui se sont dilués avec le temps».

Vic­to­ria Don­da

Cette année, elle y emmèn­era sa fille, 7 ans. «Elle m’a demandé pourquoi nous fai­sions cette marche. Je lui ai répon­du que c’était pour que nous écoutent non seule­ment ceux qui avaient com­mis tous ces crimes, mais égale­ment tous ceux qui pour­raient penser qu’il y a une par­tie de la société qui ne sert à rien, et qu’il faudrait faire dis­paraitre. (..) Il faut que les gamins et les gamines com­pren­nent que si une époque heureuse a jamais existé, nous devons la recon­stru­ire, mais tous ensem­ble».

Les autres jour­naux argentins sont net­te­ment pro­lix­es sur le sujet. Il faut descen­dre très bas sur la une de La Nación pour trou­ver un arti­cle d’opinion dénonçant une journée «de la mémoire sélec­tive». Dans son texte, Daniel San­ta Cruz regrette que, même s’il lui parait «tout à fait bien que nous Argentins gar­dions en mémoire ce qui s’est passé durant la dic­tature, à la base, et c’est la loi qui le dit, pour éviter que cela ne se repro­duise». Mais il juge regret­table que, «mal­heureuse­ment, ni le gou­verne­ment, ni les mil­i­tants poli­tiques qui le sou­ti­en­nent, ni les organ­i­sa­tions de droits de l’homme qui par­ticipent active­ment à cette man­i­fes­ta­tion, ne dis­ent rien des cen­taines de vio­la­tions des droits humains com­mis en 2020 et 2021 pen­dant la pandémie, quand le gou­verne­ment réglait par décret les com­porte­ments soci­aux dans un but de sécu­rité san­i­taire». Il regrette qu’on s’apitoie sur le sort des noirs abat­tus par la police aux Etats-Unis, mais, citant plusieurs exem­ples, pas sur celui de citoyens argentins tués par leur pro­pre police, et que le gou­verne­ment péro­niste a sou­veraine­ment passés sous silence. Il cite ain­si 200 cas de vic­times de la vio­lence insti­tu­tion­nelle, com­mise au sim­ple pré­texte d’assurer l’ordre pen­dant le con­fine­ment, et proteste con­tre ce «deux poids deux mesures», qui «s’approprie le con­trôle moral des droits de l’homme» en choi­sis­sant ses caus­es. «Le jour de la mémoire a rai­son de nous rap­pel­er la nuit obscure de la dic­tature, mais il ferait bien d’inciter à réfléchir sur les moyens d’éviter que de tels faits com­mis par la police d’état se repro­duisent en démoc­ra­tie, en enquê­tant et en en temps et en heure».

Un seul arti­cle égale­ment dans Clarín, de l’historien Ricar­do De Tit­to, s’attachant quant à lui à regret­ter que le «jour de la mémoire» soit trop cen­tré sur le thème des droits de l’homme, alors que les con­séquences de la dic­tature se font sen­tir encore aujour­d’hui dans bien d’autres domaines, notam­ment économiques, diplo­ma­tiques, cul­turels ou édu­cat­ifs.

Un arti­cle très intéres­sant, en cela qu’il établit un par­al­lèle entre les com­porte­ments poli­tiques, qui, dit-il, ont ten­dance à s’imiter tout en don­nant l’illusion du con­tre-pied. Dres­sant un bilan sévère de la péri­ode mil­i­taire, il appelle ses conci­toyens à ouvrir les yeux sur son héritage : la fin de la dic­tature n’a jamais sig­nifié le retour aux jours heureux. «L’héritage de la dic­tature se laisse apercevoir entre les draps. La poli­tique tend à repro­duire ces trucages déloy­aux qui ressem­blent à des mon­tages vidéos où les amis et les adver­saires changent de posi­tion et s’accusent mutuelle­ment, à la grande con­fu­sion des spec­ta­teurs – leurs électeurs – qui obser­vent, écoutent et doutent». L’Argentine en a sans doute fini avec les mil­i­taires, mais sa sit­u­a­tion ne s’est guère améliorée. Les défis, que ce soit face à la pau­vreté, à l’exclusion sociale, à l’état désas­treux de l’éducation et de la san­té publique, demeurent.

Enfin, le quo­ti­di­en Cróni­ca, lui, met deux arti­cles en pre­mière place de sa une. Le pre­mier racon­te l’historie de Bár­bara Gar­cía, 9 ans en 1976, qui aujourd’hui encore tente de faire con­damn­er celui qui a arrêté sa mère sous ses yeux, un mil­i­taire qu’elle a recon­nu lors d’une man­i­fes­ta­tion des années après, et qui l’accuse de faux-témoignage. Depuis, men­acée de repré­sailles, Bár­bara vit sous le statut de témoin pro­tégé. Autre his­toire, celle d’Horacio Pietra­gal­la, fils de dis­parus et «enfant volé», devenu aujourd’hui prési­dent de l’Organisation des Droits de l’Homme d’Argentine. Ce n’est qu’à l’âge de 26 ans qu’il a appris que ses par­ents n’étaient pas ses par­ents biologiques. Il racon­te notam­ment com­ment, une fois con­nue la vérité, il avait décidé de chang­er de vie. «Toute la ques­tion, c’est de pren­dre sa déci­sion et de l’assumer. Tu éprou­ves une cer­taine cul­pa­bil­ité face à ce qui peut arriv­er à ceux qui t’ont élevé, car ils ont com­mis un vol, une appro­pri­a­tion, un délit puni par la loi. Mais pour pren­dre cette déci­sion, j’ai dû penser, de manière un peu égoïste, à tous ceux qui devaient être en train de m’attendre».

Un rugbyman argentin tué à Paris

Same­di 18 mars au matin, le rug­by­man argentin Fed­eri­co Aram­bu­ru a été vio­lem­ment agressé et tué de plusieurs balles de revolver devant un bar parisien du quarti­er Saint Ger­main, le Mabil­lon.

D’après le quo­ti­di­en région­al Sud-Ouest, qui rap­porte les faits dans son édi­tion du dimanche 20 mars, il s’a­gi­rait de l’is­sue trag­ique d’une alter­ca­tion avec deux clients du bar, qui serait revenus ensuite en voiture et armés, pour régler le dif­férent.

Fed­eri­co Aram­bu­ru, 42 ans, ancien joueur des Pumas, comme on appelle l’équipe nationale argen­tine, avait joué notam­ment dans les clubs français de Biar­ritz, Per­pig­nan et Dax, dans les années 2004 à 2010, et s’é­tait défini­tive­ment instal­lé à Biar­ritz avec sa femme et ses trois enfants. Il gérait avec un autre ami rug­by­man, le français d’o­rig­ine néo-zélandaise Shaun Hegar­ty, une agence de voy­ages spé­cial­isée dans les man­i­fes­ta­tions sportives.

La trag­ique nou­velle a égale­ment fait les titres des prin­ci­paux quo­ti­di­ens argentins ce week-end, on s’en doute, s’agis­sant d’un joueur par­ti­c­ulière­ment mar­quant de l’his­toire du rug­by local.

Mais si Pagina/12 en rend compte en suiv­ant les sources français­es, qui font état des soupçons de la police au sujet d’un sus­pect ancien mem­bre du GUD, (Groupe Union Défense) un groupe d’ex­trême-droite vio­lent act­if jusqu’en 2017, un cer­tain Loïk Le Pri­ol, Clarín en revanche décrit, à la manière de cer­tains jour­naux éta­suniens, un Paris, et plus spé­ci­fique­ment le quarti­er his­torique de Saint ger­main des Prés, en proie à la délin­quance la plus incon­trôlée :

Aram­bu­ru a été abat­tu à la sor­tie du bar “La Mabil­lon”, sur le Boule­vard Saint Ger­main à Paris, un quarti­er qui ces dernières années est devenu aus­si pop­uleux que dan­gereux. Il n’y est plus sûr d’y venir manger un ham­burg­er, comme le fai­saient autre­fois les habi­tants du quarti­er après la dernière séance de ciné­ma. On y voit main­tenant des gens de la nuit, liés à la pros­ti­tu­tion, des ban­des, des deal­ers (La phrase en gras l’est sur l’ar­ti­cle).

Il y est même ques­tion, sans doute pour don­ner à l’événe­ment un tour plus inquié­tant encore, d’un des sus­pects filmé par une caméra de sur­veil­lance, qui, affirme le quo­ti­di­en sans citer de source, serait “un Albanais du Koso­vo, mem­bre de cette com­mu­nauté de mafieux qui ont pris le con­trôle des trafics d’armes et de drogue, (…) craints de tout le monde et prin­ci­paux grossistes (sic) en drogue, armes et muni­tions en prove­nance de la guerre de Bosnie”.

Trem­blez, Parisiens et touristes : les bar­bares du Koso­vo font régn­er la ter­reur sur la cap­i­tale.

Il est néan­moins plus prob­a­ble qu’on soit en présence d’une hélas plus banale issue trag­ique d’une bagarre entre clients de bar, aux petites heures du jour. Fed­eri­co Aram­bu­ru s’en serait pris à la mau­vaise per­son­ne, un type con­nu pour ses accès de vio­lence,  et armé.

Dans cette affaire, une femme a sem­ble-t-il été arrêtée assez rapi­de­ment. Il s’a­gi­rait de la con­duc­trice du véhicule avec lequel les agresseurs seraient revenus sur les lieux de l’al­ter­ca­tion.

Que ce soit en France ou en Argen­tine, où Fed­eri­co Aram­bu­ru était unanime­ment appré­cié, l’af­faire a sus­cité une forte com­mo­tion.  Pour l’an­cien inter­na­tion­al français Dim­itri Yachvil­li, “Fédé était tou­jours posi­tif, plein d’en­train, en plus d’être un for­mi­da­ble équip­i­er, c’é­tait une belle per­son­ne”. Patrice Lag­is­quet, ancien entraineur de Biar­ritz, dit de lui “Le bon­homme était adorable, il avait tou­jours le sourire”. (Pro­pos recueil­lis par Sud-Ouest Dimanche).

En Argen­tine, même una­nim­ité. Le prési­dent de la fédéra­tion argen­tine de rug­by, San­ti­a­go Marot­ta, estime que le fait divers “affecte tout le rug­by argentin”. Celui de la Super Ligue Améri­caine de rug­by, l’U­ruguayen Sebastián Piñeyrúa, annonce pour les prochaines par­ties une minute de silence et le port d’un bras­sard noir par les équipes en présence. De son côté, Agustín Pichot, ex-cap­i­taine des Pumas, fera le voy­age à Paris pour soutenir la famille de celui qu’il a tou­jours con­sid­éré “comme un ami avec qui nous avons partagé des mil­liers de voy­ages et de match­es”. (Pro­pos recueil­lis par Pagina/12)

Por la ruta 7, entre Argentina y Chile

(Ver­sión en PDF aqui)

No cabe duda que esta ruta es mucho menos cono­ci­da que la famosa 66 en Esta­dos-Unidos, pero la « Ruta 7 » argenti­na vale la pena de un via­je.

Esa cin­ta de asfal­ta de 1224 kilómet­ros sale de las oril­las del Río de la Pla­ta para ir has­ta la Cordillera de los Andes. Cruzan­do así de este a oeste las provin­cias de Buenos Aires, Cór­do­ba, San Luis y Men­doza (Cuyo), rev­ela la diver­si­dad de los paisajes nat­u­rales que par­tic­i­pan del encan­to de este fasci­nante país.

Acá no vamos a recor­rer sino les 220 kilómet­ros finales de la ruta, entre Men­doza y Las Cuevas, donde se encuen­tra el túnel del “Cristo Reden­tor”, últi­ma eta­pa del via­je. Pasan­do por las opu­len­tas propiedades vití­co­las de Maipú, entramos en el valle del Río Men­doza y sus paisajes desér­ti­cos. Primera para­da: el embalse de Potreril­los. Nos paramos a desayu­nar en Uspal­la­ta, oasis de álam­os en medio de un dec­o­ra­do más bien min­er­al, a 2039 met­ros de alti­tud. 165 kilómet­ros más allá de Men­doza, y a 2580 met­ros de alti­tud, des­cub­ri­mos el sitio de “Los Pen­i­tentes”, que lla­maron así por la for­ma de las rocas, que se pare­cen a frailes.

Para­da impre­scindible en “Puente del Inca”, puente nat­ur­al for­ma­do por la acu­mu­lación de nieve y pedre­gal solid­i­fi­ca­dos por el hier­ro y el azufre del “Río de las Cuevas”. Este sitio se mere­cería más tiem­po para estu­di­ar mejor su his­to­ria y sus leyen­das, pero ya ten­emos que seguir nue­stro via­je.

Puente del Inca

Antes de lle­gar a nues­tra meta final, hace­mos una pausa algo “ven­tosa” al pie de la cum­bre de las Améri­c­as: el Aconcagua que vig­i­la des­de sus 6960 met­ros de altura la reser­va nat­ur­al epón­i­ma.

Nieve en el Aconcagua

Al salir del pequeño pueblo de Las Cuevas, dejamos la Ruta 7 que con­tinúa por el túnel que une des­de 1980 Argenti­na y Chile. Vamos rum­bo al Paso de La Cum­bre, pun­to más alto de la antigua car­retera entre Men­doza y San­ti­a­go de Chile. Esta pista de tier­ra que ser­pen­tea sobre una dece­na de kilómet­ros nos per­mite subir has­ta el mirador del Cristo Reden­tor (3854 m.), eta­pa final de nues­tra excur­sión.

Ese mag­ní­fi­co entorno nat­ur­al de las altas Andes fue el teatro, el 13 de mar­zo de 1904, de la inau­gu­ración de la estat­ua del “Cristo Reden­tor de los Andes”. Un mon­u­men­to clave de la his­to­ria tumul­tu­osa de las rela­ciones diplomáti­cas entre los dos país­es veci­nos.

El Cristo Reden­tor

Las dos naciones se enfrenta­ban des­de finales del siglo XIX, en torno al prob­le­ma del traza­do de la fron­tera. Solic­i­taron la inter­me­diación del Rey de Inglater­ra, Eduar­do VII, y este puso un pun­to final al desacuer­do, evi­tan­do una guer­ra que parecía inevitable  (Fueron los ingle­ses quienes fijaron la fron­tera entre los dos país­es en noviem­bre de 1902. Pero argenti­nos y chilenos  fir­maron un trata­do de paz unos meses antes, los “pactos de mayo).

Es para recor­dar el men­saje de paz del Papa León XIII que el obis­po de Cuyo, Marceli­no del Car­men Benavente, mandó a con­stru­ir una estat­ua de bronce de 7 met­ros de altura, encomen­dan­do el tra­ba­jo al escul­tor Mateo Alon­so. La her­mana de un gen­er­al argenti­no, Angela Oliveira Cezar, quien forma­ba parte de la aso­ciación suramer­i­cana por la paz uni­ver­sal y era ami­ga del pres­i­dente argenti­no Julio A. Roca (segun­do manda­to entre 1898 y 1904), sugir­ió lev­an­tar la estat­ua en tan­to sím­bo­lo de paz en el Paso de La Cum­bre, lugar por donde había pasa­do José de San Martín con sus tropas en 1817 para lib­er­ar a Chile.

Expues­ta durante un breve peri­o­do en el patio de la escuela Lacor­daire en Buenos Aires, la estat­ua via­jó luego por tren, sobre 1200 kilómet­ros, antes de verse desmon­ta­da en var­ios tro­zos para ter­mi­nar el via­je trans­porta­da por mulas. La lev­an­taron sobre un pedestal de hormigón y acero lam­i­na­do de 6 met­ros de altura dis­eña­do por el inge­niero Juan Moli­na Civ­it, a par­tir de los esbo­zos del escul­tor. El tra­ba­jo lo dirigió el inge­niero Con­ti.

Dos veces nom­i­naron a Angela Oliveira Cezar para recibir el pre­mio Nobel de la Paz, pero sin éxi­to. Sin embar­go su obra siem­pre quedará como un tes­ti­mo­nio de lo que se volvió con el tiem­po un ver­dadero sím­bo­lo de esta zona and­i­na.

(Ver­sión en castel­lano: Patrick V.)

Sur la ruta 7, entre Argentine et Chili

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Sans doute moins con­nue que la célèbre route 66 aux Etats Unis, la «Ruta 7» en Argen­tine, mérite à elle seule qu’on lui con­sacre un voy­age.

Ce ruban d’asphalte de 1224 km con­duit le voyageur des rives du Rio de la Pla­ta à la Cordil­lière des Andes. En tra­ver­sant ain­si d’est en ouest les provinces de Buenos Aires, Cor­do­ba, San Luis et Men­doza, il décou­vre la diver­sité des espaces naturels qui con­stituent le véri­ta­ble attrait de ce fasci­nant pays.

De ce voy­age, nous ne par­cour­rons que les 220 derniers kilo­mètres, de Men­doza à Las Cuevas, où se situe l’entrée du tun­nel du «Christ Rédemp­teur», ter­mi­nus de la «Ruta7». Lais­sant der­rière nous les rich­es pro­priétés viti­coles de Maipú, nous nous enga­geons dans la val­lée du Rio Men­doza et ses paysages déser­tiques ; pre­mier arrêt : le lac de bar­rage de Potreril­los. Pause petit déje­uner à Uspal­la­ta, oasis de peu­pli­ers dans ce décor minéral, nichée à 2 039 m d’altitude. A 165 km à l’ouest de Men­doza et à 2580 m d’altitude, décou­verte du site de « Los Pen­i­tentes », ain­si nom­mé à cause de ses pitons rocheux ressem­blant à des moines.

Arrêt oblig­a­toire à «Puente del Inca», pont naturel, résul­tat de l’amoncellement de neige et d’éboulis solid­i­fié par les dépôts de fer et de soufre du «Rio Las Cuevas». Ce site, pour son his­toire et sa légende, mérit­erait sans doute qu’on lui accorde un peu plus que ces quelques lignes d’un voyageur pressé.

Puente del Inca

Avant d’atteindre notre des­ti­na­tion finale, pause ébou­rif­fante au pied du «toit des Amériques», l’Aconcagua, qui domine de ses 6960 m, la réserve naturelle éponyme.

Neiges sur l’Aconcagua

A la sor­tie de la petite ville de Las Cuevas, nous quit­tons la «Ruta 7» qui s’engouffre dans le tun­nel qui relie, depuis 1980, l’Argentine et le Chili ; direc­tion le col de la Cum­bre, point cul­mi­nant de la vieille route Mendoza/Santiago du Chili. Cette piste en terre qui ser­pente sur une dizaine de kilo­mètres nous per­met d’atteindre à 3 854 m, le «Mirador del Cristo Reden­tor», terme de notre périple du jour.

C’est dans ce mag­nifique écrin naturel des hautes Andes que fut inau­gurée le 13 mars 1904, la stat­ue du «Christ Rédemp­teur des Andes». Ce mon­u­ment s’inscrit dans l’histoire tumultueuse entre les «deux sœurs enne­mies d’Amérique du Sud».

El Cristo Reden­tor

Les deux nations s’affrontant depuis la fin du 19ème siè­cle à pro­pos du tracé de leur fron­tière com­mune, l’arbitrage du roi Edouard VII d’Angleterre fut sol­lic­ité et il mit fin au désac­cord évi­tant une guerre qui sem­blait inéluctable  (Le soin fut lais­sé à la Couronne bri­tan­nique de fix­er la fron­tière entre les deux pays. (Pactos de Mayo, accords de paix signés en mai 1902, l’arbitrage anglais inter­venant en novem­bre de la même année).

Pour rap­pel­er le mes­sage de paix du pape León XIII, une stat­ue du Christ Rédemp­teur en bronze haute de 7 mètres fut com­mandée par l’Evêque de Cuyo, Mon­seigneur Marceli­no del Car­men Benavente, au sculp­teur Mateo Alon­so. La sœur d’un général argentin, Angela Oliveira Cézar, mem­bre de l’association sud améri­caine de la paix uni­verselle et proche du prési­dent argentin de l’époque, Julio Argenti­no Roca (2ème man­dat de 1898 à 1904), sug­géra d’ériger la stat­ue comme sym­bole de paix au col de la Cum­bre qu’avaient franchi José de San Martín et ses troupes en 1817, pour aller libér­er le Chili.

Pro­vi­soire­ment exposée dans la cour de l’école Lacor­daire à Buenos Aires, la stat­ue fut trans­portée sur 1200 km par voie fer­rovi­aire, puis démon­tée en plusieurs morceaux pour être achem­inée à dos d’âne. Elle fut érigée sur un piédestal en béton et aci­er lam­iné de 6 mètres de haut dess­iné par l’ingénieur Juan Moli­na Civ­it, d’après les cro­quis du sculp­teur, puis érigé sous la direc­tion de l’ingénieur Con­ti.

Deux fois pro­posée pour recevoir le Prix Nobel de la paix, Angela Oliveira Cézar ne fut cepen­dant pas retenue. Mais son action aura lais­sé après elle ce qui est devenu, avec le temps, une véri­ta­ble icône de cette région andine.

Pasando por Mendoza y Maipú

 

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Afi­ciona­do al vino, no podía imag­i­nar otro via­je a Argenti­na sin pasar por una de sus cap­i­tales mundi­ales: Men­doza y su famoso Mal­bec, cepa de ori­gen france­sa ya que la impor­taron de la región de Cahors, en el suroeste de este país.

Si el Mal­bec, que tam­bién se lla­ma “Côt” es muy emblemáti­co de Argenti­na (Una cuar­ta parte de la uva pro­duci­da en este país es de esta cepa), su pro­duc­ción se con­cen­tra en la provin­cia de Men­doza (85 por cien­to de la super­fi­cie total plan­ta­da), sea vinifi­ca­do sólo o mescla­do con otros. Se puede encon­trar viñas de 80 años todavía sin trasplante.

En Men­doza cul­ti­van tam­bién un gran aban­i­co de cepas france­sas tan­to de tin­to (Caber­net Sauvi­gnon, Syrah, Mer­lot, Pinot noir) como de blan­co (Chardon­nay, Chenin, Sauvi­gnon, Sémil­lon, así como el Ugni blanc, cepa que se uti­liza en Fran­cia por ejem­p­lo para elab­o­rar el Cognac o el Arma­gnac).

Viñas en Maipú – 2020

Se puede encon­trar tam­bién unas cepas criol­las, resul­tan­do de mez­clas con cepas impor­tadas, Argenti­na sien­do uno de los pocos país­es del mun­do pro­ducien­do vino con esas cepas.

Cues­ta tra­ba­jo creer que esta ciu­dad se hal­la en medio del desier­to, al ver sus largas avenidas arbo­ladas y las numerosas fuentes de sus plazas: la lla­ma­da “Ciu­dad-bosque” y sus 50 000 árboles tiene muchos recur­sos para seducir el vis­i­tante.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­tura remon­ta al siglo XVI cuan­do los jesuitas tra­jeron las primeras cepas y las plan­taron en torno a sus monas­te­rios, para pro­ducir el vino de misa.

 Luego la activi­dad se desar­rol­ló sigu­ien­do las olas de inmi­gración suce­si­vas: los nuevos vitic­ul­tores, al traer su expe­ri­en­cia y sus conocimien­tos, hicieron de Men­doza la más impor­tante y antigua zona de pro­duc­ción de vino en Argenti­na.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futuro pres­i­dente de la Repúbli­ca argenti­na (1868–1874), dio el con­se­jo al entonces gob­er­nador de Men­doza, Pedro Pas­cual Segu­ra, de con­tratar a un agrónomo francés que había cono­ci­do en Chile, un tal Michel Aimé Pouget, para desar­rol­lar el sec­tor de la viña.

Este importó a Men­doza los primeros cepos de Mal­bec y los méto­dos france­ses para con­ver­tir­lo en una indus­tria mod­er­na.

No eligieron la provin­cia de Men­doza al azar: su topografía, su geología y su cli­ma son ide­ales.

Un pun­to clave del éxi­to de la viti­cul­tura men­doci­na reside en el mane­jo bien con­tro­la­do del sis­tema de riego. La Cordillera for­man­do un obstácu­lo a las llu­vias del Pací­fi­co, esta región muy ári­da no puede con­tar sino con el agua del deshielo de la pri­mav­era para ali­men­tar las ace­quias.  

Se aprovecha tam­bién de la ampli­tud tér­mi­ca de estas zonas de desier­to: el calor del día favorece la pro­duc­ción de azú­car nat­ur­al, la fres­cu­ra de las noches garan­ti­za un buen niv­el de acidez, y la escasa tasa de humedad pro­tege de los hon­gos e insec­tos dañi­nos.

Para cono­cer a los pro­duc­tos locales, opta­mos por la prop­ues­ta de excur­sión de una agen­cia de tur­is­mo. Nos lle­van has­ta el pueblo de Maipú, poco más de diez kilómet­ros al sud­este de Men­doza.

El pro­gra­ma incluye la visi­ta de tres bode­gas y, bue­na sor­pre­sa, de una fábri­ca de aceite de oli­va y de vina­gre.

La visi­ta de las dos primeras bode­gas se parece a una car­ga de caballería: paseo relám­pa­go por las viñas y las bode­gas, cata tam­bién relám­pa­go de tres vinos dis­tin­tos, darse prisa por favor, hay otros auto­bus­es lle­gan­do. Parece algo rápi­do para catar cor­rec­ta­mente los pro­duc­tos locales, pero resul­ta sufi­ciente para encon­trar una encan­ta­do­ra pare­ja de Rosari­nos y com­par­tir nue­stros conocimien­tos vití­co­las respec­tivos. ¿Qué podría ser mejor que un buen vaso de vino para romper el hielo?

La ter­cera bode­ga se difer­en­cia de las dos primeras en cuan­to a los pro­duc­tos prop­uestos.

Esta bode­ga, fun­da­da en 1912 por un inmi­grante ital­iano, Anto­nio Flo­rio, se espe­cial­izó en la pro­duc­ción de “vinos vari­etales”, como el “Chi­anti”, de “vinos gen­erosos” como el Marsala, el Opor­to o el Mosca­to, así como “vinos espumantes”.

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bue­na sor­pre­sa de la tarde es la visi­ta de la “Olivi­co­la Laur y acei­ta­ta Mil­lán”.

Esta fábri­ca de aceite de oli­va, fun­da­da en 1906 por Fran­cis­co Laur, inmi­gra­do francés venido a bus­car for­tu­na en “La Cruz de piedra” en Maipú, se volvió la primera empre­sa argenti­na de fab­ri­cación de aceite, y ocu­pa des­de 2019 el cuar­to puesto en la clasi­fi­cación mundi­al de los mejores pro­duc­tores.

Fábri­ca de aceite Laur – 2020

La famil­ia Mil­lán com­pró la empre­sa en 2010, y empezó en segui­da a pro­ducir vina­gre bal­sámi­co tradi­cional, lo que nos sor­prendió bas­tante ya que se tra­ta de un pro­duc­to pro­te­gi­do por cer­ti­fi­ca­do de ori­gen, estric­ta­mente reser­va­do a fábri­c­as hal­ladas en las regiones de Móde­na y Reg­gio Emil­ia.

Sin embar­go nos expli­can que fuera de Europa, tres empre­sas, en Toron­to, Tokio y, pues, Men­doza, son cer­ti­fi­cadas por el “Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na” que garan­ti­za la cal­i­dad del pro­duc­to, los méto­dos y pro­ce­sos especí­fi­cos de pro­duc­ción emplea­d­os, y así tienen per­miso para pro­ducir ese vina­gre.

La visi­ta empieza por la plantación de olivos, hoy en día más que cen­te­nar­ia, y luego visi­ta­mos la fábri­ca, muy mod­er­na. Visi­ta­mos tam­bién el museo donde se pueden ver las dis­tin­tas maquinas uti­lizadas a lo largo de la his­to­ria de la fábri­ca.

Ter­mi­namos por la visi­ta de las bode­gas donde enve­je­cen el vina­gre elab­o­ra­do sigu­ien­do un pro­ce­so muy antiguo inven­ta­do en Móde­na.
Ese pro­ce­so empieza por la pro­duc­ción de un mosto de uva coci­da (en este caso Ugni blanc), segui­da por el enve­jec­imien­to en una serie de cin­co bar­riles de madera de dis­tin­tas tamaños y esen­cias (Roble, cas­taño, cere­zo, fres­no y aca­cia) los cuales favore­cen la evap­o­ración.

Fábri­ca Mil­lán : pren­sas – 2020

Cada año susti­tuyen la parte evap­o­ra­da del bar­ril sigu­iente por una parte del con­tenido del bar­ril ante­ri­or. Llenan el primero bar­ril con mosto coci­do.
Se nece­si­ta 15 años para enve­je­cer el vina­gre, por eso se ten­drá que esper­ar has­ta 2029 para que la Aceita­ia Mil­lán se vuel­va la primera empre­sa del hem­is­fe­rio sur pro­ducien­do vina­gre bal­sámi­co “IGP”.

Men­doza ya es una ciu­dad muy famosa en el mun­do entero por sus vinos, pero no deja de sor­pren­der el vis­i­tante. No es una “Ciu­dad oasis” como la lla­man algunos. Pero es una ciu­dad muy verde en medio del desier­to que rodea los Andes, y con una his­to­ria enrique­ci­da por todos los que se insta­laron.

Antes de la lle­ga­da del fun­dador de la ciu­dad, un tal Pedro del Castil­lo, el sitio lo ocu­pa­ban pueb­los indios como los “Huarpes”, quienes crearon el sis­tema de ace­quias que per­mi­tió trans­for­mar esta zona de desier­to en ciu­dad verde, un sis­tema todavía en uso hoy en día para el desar­rol­lo de la activi­dad prin­ci­pal de Men­doza.

La base urbanís­ti­ca de la ciu­dad actu­al la creó el arqui­tec­to francés Julio Ballofet en 1863, para recon­stru­ir – unos kilómet­ros más lejos – la ciu­dad destru­i­da por el ter­re­mo­to de 1861.

Así es como, a lo largo de su his­to­ria, unos france­ses dejaron su huel­la y con­tribuyeron a la fama de una ciu­dad que es aho­ra la cuar­ta ciu­dad más impor­tante de Argenti­na.

Ver­sión en castel­lano: Patrick V.

En passant par Mendoza et Maipú

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Très ama­teur de vin, je ne pou­vais pas imag­in­er ce nou­veau voy­age en Argen­tine, sans me ren­dre dans l’une de ses cap­i­tales mon­di­ales : Men­doza et son célèbre mal­bec, cépage importé de France (région de Cahors).

Si le mal­bec, égale­ment dénom­mé «côt», est devenu emblé­ma­tique de l’Argentine, (1/4 des raisins pro­duits dans le pays provi­en­nent de ce cépage), il est essen­tielle­ment con­cen­tré dans la province de Men­doza (85% des sur­faces plan­tées), vinifié seul ou en assem­blage. On y trou­ve encore des vignes de 80 ans qui n’ont jamais été gref­fées.

On y cul­tive aus­si un large éven­tail d’autres cépages français aus­si bien en rouge (le caber­net sauvi­gnon, la syrah, le mer­lot, le pinot noir), qu’en blanc (le chardon­nay, le chenin, le sauvi­gnon, le sémil­lon, ain­si que l’ugni blanc, cépage util­isé en France notam­ment pour l’élaboration du cognac et de arma­gnac).

Vignes à Maipú – 2020

On y trou­ve encore quelques cépages « créoles » issus du croise­ment de cépages importés, l’Argentine étant un des rares pays au monde à éla­bor­er du vin à par­tir de ces cépages.

Dif­fi­cile de croire que cette ville se trou­ve en plein désert, avec ses larges avenues arborées et les nom­breuses fontaines qui ornent ses places : Men­doza la bien nom­mée «ville forêt» et ses cinquante mille arbres, a beau­coup d’atouts pour séduire.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­ture remonte ici au XVIème siè­cle avec l’arrivée des jésuites qui ont ramené et plan­té, autour de leurs monastères, des pieds de vigne pour pro­duire leur vin de messe.

L’activité viti­cole s’est ensuite dévelop­pée au gré des vagues d’immigration européenne suc­ces­sives, qui en appor­tant leur savoir-faire, ont fait de la province de Men­doza la plus impor­tante et la plus anci­enne région viti­cole d’Argentine.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futur prési­dent de la République (1868–1874), con­seille au gou­verneur de Men­doza, Pedro Pas­cal Segu­ra, d’engager un agronome français qu’il a ren­con­tré au Chili, Michel Aimé Pouget, pour dévelop­per le vig­no­ble.

Celui-ci importe à Men­doza les pre­miers plants de mal­bec et les méth­odes de son pays natal pour en faire une indus­trie mod­erne.

La région de Men­doza n’a pas été choisie au hasard : sa topogra­phie, sa géolo­gie et son cli­mat en font un lieu idéal.

L’une des clés de la réus­site de sa viti­cul­ture réside dans la maîtrise de l’irrigation : en l’absence des pluies blo­quées par la Cordil­lère des Andes, c’est la fonte des neiges des mon­tagnes andines qui ali­mente les canaux d’irrigation dont béné­fi­cie la vigne.

Elle prof­ite égale­ment de l’importance des écarts de tem­péra­ture de ces zones déser­tiques : la chaleur des journées favorise la pro­duc­tion de sucre, la fraicheur des nuits garan­tit un bon niveau d’acidité, le faible taux d’humidité pro­tège des champignons et insectes nuis­i­bles.

Pour faire con­nais­sance avec les pro­duc­tions locales, nous optons pour une demi-journée d’excursion pro­posée par une agence de tourisme : direc­tion Maipú, une petite dizaine de kilo­mètres au sud-est de Men­doza.

Au pro­gramme, vis­ite de trois pro­priétés viti­coles, et, sur­prise, d’une fab­rique d’huile d’olive et de vinai­gre.

La vis­ite des deux pre­mières «bode­gas» est bien rodée : décou­verte au pas de charge de par­celles de vignes et des chais, dégus­ta­tion au même rythme de trois sortes de vins. On n’est pas là pour trainass­er : les cars suc­cè­dent aux cars ! C’est un peu rapi­de pour avoir le temps de bien déguster les pro­duits locaux, assez cepen­dant pour faire con­nais­sance avec un char­mant cou­ple de touristes «Rosari­nos» (De Rosario, en Argen­tine), et échang­er nos con­nais­sances vini­coles respec­tives ! Quoi de mieux qu’un verre de bon vin pour bris­er la glace ?

La troisième pro­priété vis­itée se démar­que des deux pre­mières par l’originalité de ses pro­duc­tions.

Cette «bode­ga», fondée en 1912 par un immi­gré ital­ien, Anto­nio Flo­rio, s’est spé­cial­isée dans la pro­duc­tion de «vins ital­iens» à par­tir de cépages tels que le Chi­anti, de «vins for­ti­fiés» tels que le Marsala, le Por­to, le Mosca­to, ain­si que des «vins effer­ves­cents».

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bonne sur­prise de l’après midi est la vis­ite et la décou­verte de l’activité de l’Olivicola Laur y Aceta­ia Mil­lán.

Cette fab­rique d’huile d’olive, fondée en 1906 par Fran­cis­co Laur, immi­gré français venu faire for­tune à la «Cruz de Piedra» à Maipú, est dev­enue la 1ère entre­prise d’oléiculture d’Argentine, et occupe depuis 2019, le 4ème rang du classe­ment mon­di­al des meilleurs oléicul­teurs.

Fab­rique d’huile Laur – 2020

Rachetée en 2010 par la famille Mil­lán, l’entreprise s’est lancée, en 2013, dans la fab­ri­ca­tion du vinai­gre bal­samique tra­di­tion­nel, ce qui n’a pas man­qué de piquer notre curiosité puisque ce pro­duit béné­fi­cie d’une appel­la­tion con­trôlée his­torique­ment réservée aux provinces de Mod­ène et de Reg­gio Emil­ia !

Toute­fois, nous apprenons qu’en dehors de l’Europe, trois entre­pris­es, sis­es à Toron­to, Tokyo et donc Men­doza, sont cer­ti­fiées par le «Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na», garant de la qual­ité des pro­duits, des méth­odes et procé­dures de fab­ri­ca­tion spé­ci­fiques, et sont autorisées à pro­duire ce vinai­gre.

La vis­ite com­mence par l’oliveraie, aujourd’hui plus que cen­te­naire, puis par celle de la fab­rique, à la pointe des méth­odes mod­ernes de pro­duc­tion. Nous décou­vrons égale­ment le musée où sont exposées les dif­férentes machines util­isées à tra­vers les âges.

Nous ter­mi­nons par la décou­verte des chais de vieil­lisse­ment du vinai­gre élaboré selon un procédé ances­tral dévelop­pé à Mod­ène.

Tout com­mence par la pro­duc­tion d’un moût de raisin cuit (ici de l’Ugni Blanc) qui passe ensuite par un proces­sus de vieil­lisse­ment dans une bat­terie de cinq fûts en bois de tailles et d’essences dif­férentes (chêne, châ­taig­nier, cerisi­er, frêne et aca­cia) et per­me­t­tant l’évaporation.

Hui­lerie Mil­lán : press­es – 2020

Chaque année, la par­tie éva­porée est rem­placée par une par­tie du con­tenu du fût immé­di­ate­ment précé­dent ; le dernier par du nou­veau moût cuit.

La durée de vieil­lisse­ment étant d’au min­i­mum 15 ans, ce n’est donc qu’en 2029 que l’Acetaia Mil­lán devien­dra la 1ère entre­prise de l’hémisphère sud à embouteiller du vinai­gre bal­samique «IGP».

Si elle est con­nue du monde entier pour ses vig­no­bles et la qual­ité de ses grands crus, Men­doza est une ville sur­prenante. Elle n’est pas la ville oasis que cer­tains y voient. C’est une ville ver­doy­ante au cœur du désert qui entoure les Andes, riche de son his­toire et de l’apport de ceux qui s’y sont instal­lés.

Avant d’être créé en 1561 par un dénom­mé Pedro del Castil­lo, le site était occupé par des tribus indigènes dont les «Huarpes» à qui l’on doit ce sys­tème d’irrigation appelé «ace­quias» qui a per­mis de trans­former cette zone déser­tique en cité ver­doy­ante, sys­tème d’irrigation tou­jours util­isé aujourd’hui pour l’activité phare de la Province de Men­doza.

La base urban­is­tique de la ville actuelle fut créée en 1863 par le français Jules Ballofet, chargé de recon­stru­ire, un peu plus loin du site orig­inel, la ville rasée par le vio­lent séisme de 1861.

Ain­si, tout au long de son his­toire, on y retrou­ve l’empreinte de nom­breux français qui ont con­tribué à la con­struc­tion et à la répu­ta­tion de ce qui est aujourd’hui la 4ème ville d’Argentine.

Men­doza : parc du “Museo del área fun­da­cional » (Musée archéologique de la ville) – 2020

IV. La guerre des Malouines

En pleine décon­fi­ture économique, la junte mil­i­taire choisit de plac­er le général Leopol­do Galtieri à la tête de l’état argentin, en lieu et place de Rober­to Vio­la.

La crise aiguë que vit le pays com­mence à rompre les digues de la peur vis-à-vis de la répres­sion. Le 30 mars 1982 a même lieu ce qu’on ne pen­sait plus pos­si­ble sous le joug mil­i­taire : une man­i­fes­ta­tion ouvrière mon­stre, défi­lant au cri de «Paix, pain et tra­vail». L’étau qu’avait réus­si à ser­rer la dic­tature autour de la société argen­tine com­mence à don­ner des signes de relâche­ment.

Alors, quelle meilleure recette, pour resser­rer à nou­veau les liens dis­ten­dus avec le peu­ple, que de faire jouer la corde nation­al­iste ? Depuis 150 ans, face à la Patag­o­nie, les Anglais occu­pent illé­gale­ment, selon les Argentins, des îles qui appar­ti­en­nent de droit à l’Argentine, d’après un accord signé en 1790 ! Par ailleurs, pensent-ils, en Europe la pre­mière min­istre Mar­garet Thatch­er a d’autres chats à fou­et­ter que la défense d’un cail­lou incul­tivable : elle est con­testée jusque dans son pro­pre par­ti.

C’est le moment ou jamais, se dit Galtieri, de ten­ter quelque chose. Le 2 avril, les forces argen­tines débar­quent sur les îles et réduisent rapi­de­ment la mince garde anglaise chargée de les défendre. L’hôtel du gou­verne­ment tombe aux mains des Argentins, presque sans effu­sion de sang : il y aura un mort.

La manœu­vre de la dic­tature fonc­tionne au-delà de ses espérances : ent­hou­si­aste, le peu­ple argentin dans sa grande majorité acclame les mil­i­taires pour cette vic­toire éclair. Enfin, jus­tice est faite, les Mal­ouines sont rev­enues dans le giron légitime de la mère patrie, l’en­vahisseur anglais est chas­sé !

Man­i­fes­ta­tion de liesse pop­u­laire

Le 3 avril, le Con­seil de sécu­rité de l’ONU stat­ue sur la nou­velle crise ouverte, et exige des par­ties en con­flit d’ouvrir des dis­cus­sions diplo­ma­tiques, après ces­sa­tion des hos­til­ités et retrait des forces argen­tines.

Le 8 avril, le min­istre des Affaires étrangères état­sunien, Alexan­der Haig, se rend à Buenos Aires pour met­tre en garde la junte con­tre le risque d’une guerre ouverte, et insiste sur la supéri­or­ité mil­i­taire des Bri­tan­niques dans ce cas. Galtieri n’en tient aucun compte. Au con­traire. Au bal­con du palais prési­den­tiel, devant la foule en liesse, il proclame, solen­nel «S’ils veu­lent venir, qu’ils vien­nent, on leur livr­era bataille».

De son côté, Thatch­er n’a pas non plus la moin­dre inten­tion de négoci­er. Ce con­flit arrive à point nom­mé : l’occasion est trop bonne pour elle aus­si de rassem­bler son peu­ple autour de la pour­suite d’un pro­jet con­ser­va­teur qui com­mençait à s’essouffler.

Les Etats-Unis con­tin­u­ent de jouer les inter­mé­di­aires. Le 15 avril, Rea­gan et Galtieri se par­lent au télé­phone, et tombent plutôt d’accord pour con­sid­ér­er qu’un con­flit entre pays de l’ouest servi­rait les intérêts de l’ennemi com­mun sovié­tique. Rea­gan promet la neu­tral­ité dans les négo­ci­a­tions en cours. Une neu­tral­ité qui ne va pas dur­er longtemps. Face à la mau­vaise volon­té des Argentins, qui ne cèdent rien, les Nord-Améri­cains se lassent, et finis­sent par leur couper les vivres : plus ques­tion de fournir de l’armement, notam­ment.

Pen­dant ce temps, les Anglais quant à eux ne restent pas inac­t­ifs. Face à la men­ace, Thatch­er a réa­gi au quart de tour, lançant dès le début avril l’opération «Cor­po­rate». A savoir : envoi de deux porte-avions, un sous-marin et 30 000 sol­dats, et déc­la­ra­tion d’une zone d’exclusion de 320, puis 370 kilo­mètres autour des îles.

Le 2 mai, le sous-marin «Con­queror» tor­pille et coule le croiseur argentin «Général Bel­gra­no». 323 marins argentins trou­veront la mort. Ce grave inci­dent a lieu qui plus est en dehors de la zone d’ex­clu­sion. La guerre est ouverte. Elle ne va pas dur­er longtemps.

En effet, et comme l’avait lais­sé enten­dre le Secré­taire d’Etat état­sunien Alexan­der Haig, les forces argen­tines ne font pas le poids. N’oublions pas qu’il s’agit d’une armée qui n’a jamais fait la guerre au cours du XXème siè­cle. Ses généraux, mêmes for­més en par­tie par l’Armée nord-améri­caine, man­quent d’expérience et de com­pé­tence. Les sol­dats quant à eux sont pour la plu­part de jeunes recrues, mal entrainées et mal équipées, qui ont face à eux des troupes pro­fes­sion­nelles dotées d’un arme­ment ultra­mod­erne et puis­sant.

Par ailleurs, l’Argentine n’a que peu d’alliés. Même pas – ou surtout pas, plutôt – le Chili de Pinochet : en 1978, les deux pays ont été au bord de la guerre ouverte au sujet des lim­ites de la Patag­o­nie. Et Pinochet ne ferait rien de toute façon qui pour­rait con­trari­er le suzerain nord-améri­cain.

Mal­gré tout, les troupes argen­tines résis­tent héroïque­ment à la con­tre-attaque bri­tan­nique. Leurs avi­a­teurs font des mir­a­cles, coulant même le destroy­er « Sheffield ». Mais les Anglais parvi­en­nent à pren­dre pied, et rem­por­tent deux batailles déci­sives sur le ter­rain : le 21 mai en débar­quant à San Car­los, et sept jours plus tard en s’emparant de l’isthme séparant les deux par­ties de l’île ori­en­tale (Isla Sol­dedad), appelé Isthme de Dar­win (Bataille de Pradera del Gan­so, Goose Green en anglais, du nom du vil­lage situé sur l’isthme).

Le 8 juin cepen­dant, les Argentins parvi­en­nent à stop­per un nou­veau débar­que­ment anglais, en bom­bar­dant et coulant deux navires depuis leurs avions, cau­sant 51 morts et 200 blessés anglais. Mal­gré tout, les forces argen­tines sont dans l’incapacité, faute de moyens, de pouss­er cet avan­tage. Le 11 juin, les Anglais attaque­nt la cap­i­tale des Mal­ouines, Puer­to Argenti­no (Port Stan­ley) encore aux mains des Argentins.

Le 14 juin, le général Mario Menén­dez, en dépit de l’ordre don­né par Galtieri de con­tin­uer la lutte coûte que coûte, décide de jeter l’éponge : plus aucun espoir de ren­vers­er la sit­u­a­tion. Les Argentins se ren­dent.

Fin de par­tie

Le con­flit se sera donc sol­dé par la mort de 650 sol­dats Argentins, et 250 Anglais env­i­ron. Sans compter les dégâts psy­chologiques : env­i­ron 500 vétérans finiront par se sui­cider dans les années qui suiv­ront ce con­flit.

Pour la pop­u­la­tion argen­tine, c’est un choc. Per­son­ne n’envisageait la pos­si­bil­ité d’une défaite : la pro­pa­gande, ain­si que l’unité autour du pro­jet nation­al­iste des mil­i­taires, n’avaient pas peu con­tribué à endormir les esprits. La réac­tion est à la mesure de la décep­tion : les généraux au pou­voir sont défini­tive­ment dis­crédités, et doivent ren­dre des comptes. Galtieri est naturelle­ment rem­placé, c’est un autre général qui occupe son fau­teuil : Rey­nal­do Bignone. Celui-ci ne compte pas vrai­ment sur un sou­tien incon­di­tion­nel des Forces Armées (nom­bre de cadres quit­teront la junte après sa nom­i­na­tion), et il n’est tout bien con­sid­éré qu’un prési­dent de tran­si­tion. La junte a per­du tout sou­tien pop­u­laire, les Argentins en récla­ment le départ au plus vite.

Le 16 décem­bre, la coali­tion des par­tis démoc­ra­tiques civils («mul­ti­par­tidaria») organ­ise une grande man­i­fes­ta­tion. Réprimée celle-ci aus­si, mais cette fois, les mil­i­taires ne parvi­en­nent pas à étouf­fer la con­tes­ta­tion dans l’œuf de la ter­reur : ils ne font plus peur à per­son­ne. Bignone est con­traint d’annoncer la tenue d’élections libres pour le 30 octo­bre 1983. La page de la dic­tature se tourne enfin.

Voir égale­ment : “Brève his­toire des Iles Mal­ouines” sur ce même blog.

*

Le rôle trou­ble de cer­tains officiers durant cette guerre vient d’être révélé dans un arti­cle du 22 mars 2022 du quo­ti­di­en “La Nación”. Il mon­tre com­ment des mil­i­taires ont ten­té de se faire vers­er d’énormes pots de vin lors d’achat d’armes, notam­ment à Israel, avec le Pérou, alors dirigé par le général Fran­cis­co Morales, comme inter­mé­di­aire.

Guerre en Ukraine : quelles conséquences pour l’Amérique latine ?

Comme les jour­naux européens, les quo­ti­di­ens argentins s’intéressent de près au con­flit ukrainien, même si celui-ci reste, dans l’esprit du pub­lic, rel­a­tive­ment loin­tain et, pour le moment, n’a pra­tique­ment pas de réper­cus­sions vis­i­bles sur le quo­ti­di­en des habi­tants du cône sud.

Néan­moins, dans le monde d’aujourd’hui, est-il vrai­ment pos­si­ble d’imaginer qu’il n’ait aucun impact ?

C’est la ques­tion posée dans le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12 par Ger­ar­do Sza­lkow­icz, qui inti­t­ule son arti­cle «Con­flit Russie-Ukraine : impacts et défis pour l’Amérique Latine». En voici un petit résumé.

1. Les dom­mages col­latéraux.

Tout d’abord, et ceci n’est évidem­ment pas spé­ci­fique au con­ti­nent sud-améri­cain, des con­séquences économiques. L’augmentation du prix, et l’effondrement de la pro­duc­tion des matières pre­mières pro­duites par les deux bel­ligérants, et dont ils sont des lead­ers mon­di­aux, comme le blé, l’huile de tour­nesol, le maïs, le gaz, va mécanique­ment met­tre en dif­fi­culté les pays sud-améri­cains impor­ta­teurs. Par ailleurs, la fer­me­ture de l’espace aérien aux avions russ­es affectera la manne touris­tique de pays comme Cuba ou la République Domini­caine, où les touristes russ­es représen­tent une part impor­tante des apports de devis­es. La dépen­dance des pays d’Amérique latine à un sys­tème essen­tielle­ment agro-expor­ta­teur est sa faib­lesse : elle dépend des cours mon­di­aux, et si la crise san­i­taire l’a con­sid­érable­ment affaib­lie, ce nou­veau con­flit de portée mon­di­ale ne lui donne guère de per­spec­tives pos­i­tives.

2. L’Amérique Latine sur l’échiquier mon­di­al

Les républiques lati­no-améri­caines se sont forgées au XIXème siè­cle en fonc­tion des besoins et des intérêts des puis­sances « mères » européennes. Le XXème siè­cle a représen­té un cer­tain change­ment de cette donne, avec le sur­gisse­ment des Etats-Unis comme puis­sance dom­i­nante, trans­for­mant les voisins du sud en « arrière-cour » poli­tique aus­si bien qu’économique. Des Etats-Unis encore ren­for­cés par la chute de l’URSS, leur per­me­t­tant d’asseoir davan­tage leur dom­i­na­tion, y com­pris sur l’Europe. Mais là aus­si, la donne com­mence à chang­er, avec la mon­tée en puis­sance d’autres parte­naires poten­tiels comme la Russie, juste­ment, et surtout la Chine.

La Russie notam­ment a recréé des liens forts avec les pays les plus éloignés de l’orbite état­sunien, comme le Venezuela, Cuba et le Nicaragua. Mais égale­ment avec des pays pour­tant réputés plus proches des Etats-Unis comme l’Argentine et le Brésil.

Il n’y a pas d’unité de pos­ture par­mi les dif­férents pays sud-améri­cains. Ain­si, quand « l’axe boli­varien » (Les pays les plus non-alignés, alliés du Venezuela, NDLA) a plutôt soutenu les Russ­es, les droites lati­no-améri­caines ont bran­di le dra­peau ukrainien, déguisant leur sub­or­di­na­tion aux puis­sances occi­den­tales sous le masque d’un réc­it paci­fiste hyp­ocrite, quand on con­nait leur absence totale de réac­tion face aux 50 inter­ven­tions nord-améri­caines dans le sud par le passé. Quant aux autres, leur réac­tion oscille entre franc rejet de l’invasion russe et cri­tique molle.

Citant l’ancien jour­nal­iste du Monde Diplo­ma­tique Igna­cio Ramon­et, Ger­ar­do Sza­lkow­icz souligne que cette guerre « change la réal­ité plané­taire et mar­que l’entrée du monde dans une nou­velle ère géopoli­tique ». Elle survient au moment où l’Amérique latine se trou­ve en pleine redéf­i­ni­tion de ses pro­jets pro­gres­sistes, con­duits par des lead­ers plus mod­érés qu’auparavant. Elle vient à point nom­mé pour accélér­er un proces­sus d’articulation com­mer­ciale plus struc­turé.

Pour con­clure, Ger­ar­do Sza­lkow­icz mise sur l’arrivée au pou­voir de per­son­nal­ités pro­gres­sistes comme Gabriel Boric au Chili (il vient d’être investi comme prési­dent de la république), Gus­ta­vo Petro (leader de la gauche colom­bi­enne) et Igna­cio Lula Da Sil­va, l’ancien prési­dent brésilien, tous deux favoris pour les prochaines élec­tions, pour cimenter l’unité sud-améri­caine et lui redonner la cohé­sion néces­saire aux défis à venir.

 

14/03/2022 : revue de presse

Ce lun­di, la presse argen­tine sem­ble délaiss­er ce qui fai­sait les prin­ci­paux titres ces derniers jours, à savoir l’accord signé entre l’état et le F.M.I. Celui-ci devrait per­me­t­tre à l’Argentine, en grande dif­fi­culté finan­cière, d’étaler sa dette colos­sale et de pou­voir un peu ren­flouer ses caiss­es. L’accord a été approu­vé par la majorité du par­lement, tout en provo­quant des frot­te­ments internes dans les dif­férents par­tis. En effet, à droite, la philoso­phie est d’ordinaire plutôt favor­able au F.M.I., mais étant actuelle­ment dans l’opposition, cer­tains se voy­aient mal approu­ver un accord négo­cié par un gou­verne­ment qu’ils abhor­rent. Côté péro­niste au con­traire, cet accord avec le gen­darme financier du monde libéral fait grin­cer quelques dents. Au final, on a donc assisté à un vote trans-courant.

L’accord signé, la presse peut donc s’éloigner un peu des thèmes de poli­tique intérieure. Ce qui fait la une aujourd’hui, c’est donc naturelle­ment la guerre en Ukraine. Le quo­ti­di­en Clarín en fait l’essentiel de sa une de ce lun­di, en dévelop­pant trois grands axes : les bom­barde­ments sur la base de Yavoriv, les réfugiés (ici, en se con­cen­trant sur ceux accueil­lis par l’Espagne), et une série de tri­bunes sur la psy­cholo­gie du prési­dent russe, de la fab­ri­ca­tion d’un dic­ta­teur au désir de Pou­tine d’effacer les erreurs com­mis­es par Lénine et Staline, en pas­sant par la jalousie de Wladimir le petit.

Dans l’ensemble, le ton de la presse argen­tine est large­ment défa­vor­able au leader russe, y com­pris dans les jour­naux de gauche, même si Ger­ar­do Sza­lkow­ics, dans Pagina/12, ren­voie dos à dos Russ­es et occi­den­taux en ce qui con­cerne la respon­s­abil­ité du con­flit, les uns menant une inva­sion «bru­tale et inhu­maine», les autres et notam­ment l’OTAN, ne respec­tant aucun des accords diplo­ma­tiques pris avec la Russie con­cer­nant le thème de la sécu­rité des fron­tières et la neu­tral­i­sa­tion des zones proches de la Russie. (Voir notre résumé de cet arti­cle ici).

La Nación, autre quo­ti­di­en plutôt situé à droite, relève le change­ment de posi­tion du gou­verne­ment péro­niste vis-à-vis du prési­dent Russe, jusqu’à il y a peu con­sid­éré comme un parte­naire fiable. Ce change­ment, selon La Nación, aurait provo­qué de fortes dis­sen­sions au sein du gou­verne­ment, et entrainé la démis­sion de cer­tains mem­bres du min­istère des Affaires étrangères. Le quo­ti­di­en indique que «L’invasion et ses con­séquences atro­ces sur les pop­u­la­tions civiles ont éteint les voix qui à l’intérieur du gou­verne­ment défendaient les liens poli­tiques et com­mer­ci­aux avec le prési­dent russe, auquel le prési­dent argentin Alber­to Fer­nán­dez avait offert l’Argentine comme por­tail d’entrée sur le con­ti­nent il y seule­ment un peu plus d’un mois. Mais les ten­sions per­sis­tent et ceux qui défendaient cette posi­tion ont été réduits au silence ou dis­crète­ment écartés, en même temps que les liens avec les Etats-Unis (…) ont été ren­for­cés con­comi­ta­m­ment  avec la sig­na­ture de l’accord avec le F.M.I.»

On notera néan­moins la dif­férence de cou­ver­ture du con­flit par ces deux prin­ci­paux quo­ti­di­ens argentins, La Nación restant davan­tage cen­tré sur les thé­ma­tiques nationales. C’est le cas égale­ment du jour­nal de gauche Pagina/12, qui ne pro­pose qu’un arti­cle en une sur l’Ukraine, de nature factuelle. Ce qui est le cas égale­ment du Diario Pop­u­lar, qui s’attarde cepen­dant sur la mort d’un jour­nal­iste abat­tu au nord de Kiev et les men­aces de Biden affir­mant que l’OTAN répli­querait en cas de fran­chisse­ment de fron­tière des Russ­es vers un pays de l’Alliance.

Ce qui préoc­cupe égale­ment les quo­ti­di­ens argentins en ce lun­di, out­re le con­flit, c’est surtout l’augmentation du car­bu­rant, qui devrait pren­dre env­i­ron 10% dans les jours à venir et la sus­pen­sion des expor­ta­tions d’huile de soja et de farine (Avec en pré­pa­ra­tion une aug­men­ta­tion des tax­es prélevées aux dif­férents secteurs sur les expor­ta­tions).

Pour l’anecdote, notons que Clarín par­le de notre PSG en une aujourd’hui. Pour soulign­er qu’après la (nou­velle) hon­teuse défaite face à un rival espag­nol, les sup­port­ers s’en pren­nent, entre autres, à l’icône argen­tine Leo Mes­si et au non moins argentin entraineur Mauri­cio Pochet­ti­no. Le seul épargné aura été le Français Kylian M’Bappé, qui, fait mali­cieuse­ment remar­quer le quo­ti­di­en, serait annon­cé l’an prochain… au Real Madrid.

Brève histoire des Iles Malouines

 

(Voir égale­ment l’ar­ti­cle sur le déroule­ment de la guerre sur ce même blog)

Les Iles Mal­ouines — Sit­u­a­tion géo­graphique

L’antériorité de la décou­verte des îles est âpre­ment dis­putée. Selon les sources, elles auraient été vues pour la pre­mière fois par l’explorateur Ameri­go Vespuc­ci (celui-là même à l’origine du nom du con­ti­nent : l’Amérique) entre 1501 et 1504, ou par le Por­tu­gais Mag­el­lan en 1520, ou le jésuite espag­nol Fran­cis­co de Rib­era en 1540. Aucune trace tan­gi­ble que l’un d’entre eux ait réelle­ment posé le pied sur les îles. Les Anglais en tien­nent soit pour le cor­saire Richard Hawkins en 1574, soit pour John Davis en 1592. Mais ce ne sont pas les seuls «can­di­dats» à la pri­mauté.

Cha­cun d’ailleurs les a bap­tisées de manière à «mar­quer» le ter­ri­toire de son empreinte : «Iles mérid­ionales de Davis», «Iles Sebald» (du nom d’un nav­i­ga­teur Hol­landais), «Hawkins maid­en land», par l’Anglais Richard Hawkins.

Ce qui est attesté en revanche, c’est qu’en 1764, ce sont des marins bre­tons venus de Saint Malo qui les bap­tisent « Iles Mal­ouines », nom qui restera, du moins dans les langues latines. Le nom gardé par les Bri­tan­niques, « Falk­land islands », est sem­ble-t-il plus ancien encore, don­né par le nav­i­ga­teur écos­sais John Strong en 1690 en l’honneur du Comte de Falk­land.

Ce petit archipel ne va pas cess­er de chang­er de pro­prié­taires au cours du temps. En 1764 donc, les Français, con­duits par Louis de Bougainville, instal­lent une sorte de comp­toir, Port-Louis (le vil­lage existe encore sous ce nom, au nord de l’île ori­en­tale, Isla Soledad en espag­nol). Les Espag­nols râlent aus­sitôt : ils con­sid­èrent les îles comme par­tie des ter­ri­toires sud-améri­cains qu’ils ont déjà con­quis. Notre bon roi Louis XV, qui a déjà per­du la guerre de Sept ans et corol­laire­ment la plu­part de nos colonies améri­caines, Cana­da com­pris, baisse pavil­lon et admet l’illégalité du comp­toir français. Les îles restent espag­noles, après remise néan­moins d’une jolie somme aux Français en dédom­mage­ment de leurs dépens­es d’installation à Port Louis.

Les ton­tons flingueurs Anglais ne tar­dent pas à rap­pli­quer, comme tou­jours quand ils sen­tent qu’il y a moyen de rafler des mar­rons déjà tirés du feu. C’est que les îles con­stituent une sorte de porte d’entrée du Paci­fique, sans être obligé de pass­er par le con­ti­nent «espag­nol». En 1765, ils fondent Port Egmont, aujourd’hui Saun­ders. Com­mence alors une dis­pute anglo-espag­nole. Cha­cun revendique l’antériorité de la décou­verte des îles. Pas facile de tranch­er, entre ceux qui ont vu en pre­mier, ceux qui ont accosté en pre­mier, ceux qui se sont instal­lés en pre­mier, etc…

En 1770, les Espag­nols parvi­en­nent à déloger les Anglais de Port Egmont. S’ensuit une querelle diplo­ma­tique assez acharnée : on est au bord de la guerre. Un accord est alors signé, per­me­t­tant aux Anglais de pou­voir se retir­er sans per­dre la face : c’est l’accord de San Loren­zo (accord de Nook, en Anglais), signé en 1790. Dans un pre­mier temps, les Espag­nols per­me­t­tent leur réin­stal­la­tion à Port Egmont, puis la couronne d’Angleterre décrète qu’elle aban­donne la sou­veraineté des îles aux Espag­nols. En Angleterre, ça râle sec : on a l’impression de s’être fait avoir, et que le bon George III a bais­sé le pan­talon.

Néan­moins, par cet accord, les Espag­nols con­ser­vent l’autorité sur les îles, rat­tachées au Vice-Roy­aume de La Pla­ta, la future Argen­tine. La pop­u­la­tion est alors essen­tielle­ment com­posée de mil­i­taires et de pris­on­niers, car les Espag­nols y ont implan­té un péni­tenci­er en 1780. L’intérêt économique des îles n’est pas très évi­dent !

Les Iles Mal­ouines, carte argen­tine.

1810 : début du proces­sus d’indépendance du vice-roy­aume de La Pla­ta. Les Espag­nols ont besoin de troupes pour affron­ter les indépen­dan­tistes : l’archipel se vide de ses habi­tants mil­i­taires.

1816 : l’Argentine est enfin totale­ment indépen­dante, les Mal­ouines passent sous l’autorité du nou­v­el état, encore appelé «Provinces unies du Río de La Pla­ta».

1823 : instal­la­tion du gou­verneur argentin Pablo Areguatí. La sou­veraineté de l’Argentine sur les îles, qui pour l’essentiel rede­vi­en­nent un cen­tre péni­ten­ti­aire, est offi­cielle­ment proclamée, et aval­isée par les autres nations. Dont, faut-il le remar­quer, l’Angleterre, qui ne moufte pas à ce moment-là.

1825 : con­ces­sion des droits de pêche, de chas­se et d’élevage à la société fondée par l’Allemand d’origine française Louis Ver­net, qui recon­stru­it l’ancien comp­toir de Port-Louis. C’est le vrai départ économique de l’archipel, qui com­mence à se peu­pler autrement que de bag­nards.

1829 : Les Anglais relèvent les sour­cils. On pour­rait donc tir­er quelque béné­fice de ces cail­loux atlan­tiques ? Com­mence alors ce qu’on n’appelle pas encore un «lob­by­ing» de quelques entre­pre­neurs anglais auprès de la Couronne. Après tout, quand l’Angleterre s’est retirée en 1774, légale­ment, est-ce qu’elle a vrai­ment aban­don­né tous ses droits ? (Réponse : oui, mais pos­er la ques­tion, c’est tou­jours jeter un doute utile)

1830 : en ver­tu de l’interdiction de pêche décrétée par le gou­verne­ment argentin, trois navires éta­suniens sont arraison­nés et con­duits à Buenos Aires. Les nord-améri­cains protes­tent : per­son­ne au monde ne peut leur inter­dire de pêch­er où bon leur sem­ble, décret ou pas décret. Ils men­a­cent : ou les Argentins libèrent leurs navires, ou ils débar­quent sur les Iles Mal­ouines.

Les Anglais saut­ent sur l’occasion, et appuient la demande nord-améri­caine, insis­tant sur «l’illégalité» de l’occupation de l’archipel par les Argentins, et leur pro­pre sou­veraineté restée intacte depuis 1774. (Oui, ils s’assoient encore une fois sur l’accord de San Loren­zo, et alors ?)

1831 : Fort de ce sou­tien, les États-Unis envoient un navire à Puer­to Soledad, et pren­nent pos­ses­sion du port. Par­al­lèle­ment, ils négo­cient avec les Anglais le futur statut de l’archipel : la pleine sou­veraineté lais­sée aux Bri­tan­niques en échange d’un droit illim­ité de pêche. Après l’intrusion nord-améri­caine, les îles ont som­bré dans un état d’anarchie, il n’y a plus d’autorité con­sti­tuée.

1832 : pour rétablir l’ordre, l’Argentine envoie un nou­veau gou­verneur, Este­ban Mes­tivi­er. Mais sa ten­ta­tive de reprise en main arrive trop tard. Il est assas­s­iné par un groupe fac­tieux, le désor­dre est à son comble, et les îles ne sont plus suff­isam­ment défendues par les autorités argen­tines. Les Anglais vont en prof­iter.

1833 : Les Anglais débar­quent à Port Egmont. Le port est en ruines, mais ils déci­dent de le remet­tre en état. La faible défense argen­tine, con­duite par José María Pine­do, ne peut endiguer l’invasion bri­tan­nique. Le 3 jan­vi­er, Pine­do quitte les îles, sur lesquelles flot­tent désor­mais les couleurs anglais­es. Ceux-ci emploient alors une méth­ode effi­cace pour s’assurer un con­trôle a pri­ori défini­tif : peu­pler les îles de colons bri­tan­niques, qu’on appelle aujourd’hui les «Kelpers». Plus d’argentins, plus de prob­lème. Jusqu’en 1982, donc, comme on pour­ra le lire dans l’article prin­ci­pal.

Les Iles Mal­ouines, ver­sion anglaise.

*

Point sur la sit­u­a­tion actuelle

En réal­ité, le dif­férent à pro­pos des Mal­ouines englobe aus­si les îles Sand­wich et La Georgie du sud, égale­ment sous tutelle bri­tan­nique (Voir carte ci-dessous).
L’ONU a pro­mul­gué deux réso­lu­tions impor­tantes qui font référence pour ce con­flit, mais égale­ment et plus glob­ale­ment pour dif­férents cas sim­i­laires.

1. La réso­lu­tion 1514, datée du 14 décem­bre 1960.

L’Argentine s’appuie sur ses arti­cles 1 (s’opposant à l’exploitation d’un peu­ple par une puis­sance étrangère) et 6 (sur l’intégrité ter­ri­to­ri­ale inal­ién­able) pour affirmer le car­ac­tère colo­nial­iste de «l’occupation» bri­tan­nique. En réal­ité, cette réso­lu­tion affirme surtout le droit des peu­ples à dis­pos­er d’eux-mêmes. Or, les habi­tants des Falk­lands sont pra­tique­ment tous d’origine bri­tan­nique. En 2013, lors d’un référen­dum, ils ont affir­mé à une majorité écras­ante préfér­er rester sous tutelle bri­tan­nique. Mais l’Argentine con­teste ce point, non sans argu­ments : la pop­u­la­tion des îles n’est pas une pop­u­la­tion native, mais une pop­u­la­tion entière­ment importée, et par là même, peut et doit être con­sid­érée comme une pop­u­la­tion colo­niale, et non une pop­u­la­tion native colonisée. Par ailleurs, le para­graphe 6 de la réso­lu­tion s’applique par­faite­ment aux îles : celles-ci ont été illé­gale­ment détachées de l’ensemble ter­ri­to­r­i­al argentin (Elles font par­tie inté­grante de la plate­forme con­ti­nen­tale sud-améri­caine). Les Bri­tan­niques de leur côté répliquent que l’origine des habi­tants ne saurait être un argu­ment val­able pour con­tester leur droit à l’autodétermination, en s’appuyant sur l’article 5, qui stip­ule que «des mesures immé­di­ates seront pris­es (…)pour trans­fér­er tous pou­voirs aux peu­ples de ces ter­ri­toires, sans aucune con­di­tion ni réserve, con­for­mé­ment à leur volon­té et à leurs vœux libre­ment exprimés, sans aucune dis­tinc­tion de race, de croy­ance ou de couleur, afin de leur per­me­t­tre de jouir d’une indépen­dance et d’une lib­erté com­plètes».

2. La réso­lu­tion 2065, du 16 décem­bre 1965.

Cette réso­lu­tion plus spé­ci­fique­ment con­sacrée au dif­férent anglo-argentin enjoint les deux par­ties à engager une négo­ci­a­tion sans délai pour trou­ver une solu­tion au con­flit, paci­fique, respec­tant les ter­mes de la réso­lu­tion 1514, et préser­vant l’intérêt de la pop­u­la­tion des îles. En préam­bule, elle rap­pelle claire­ment le car­ac­tère colo­nial de l’occupation des îles.

D’autres réso­lu­tions ont égale­ment été votées pour insis­ter sur la néces­sité pour les par­ties de ne pren­dre aucune ini­tia­tive uni­latérale qui pour­rait com­pro­met­tre le proces­sus de dis­cus­sion paci­fique. Or, selon les Argentins, la Grande-Bre­tagne ne respecte pas ces réso­lu­tions. Elle refuse sys­té­ma­tique­ment de s’asseoir à la table des négo­ci­a­tions, et, juste­ment, ne se prive pas de men­er des activ­ités uni­latérales, en mil­i­tarisant la zone et en exploitant les ressources des îles. Ce que les Anglais con­tes­tent : les forces mil­i­taires instal­lées depuis 1982 n’ont selon eux que des visées défen­sives, et l’exploitation des ressources est faite dans l’intérêt de la pop­u­la­tion locale.
En réal­ité, comme le prou­vent les inter­ven­tions répétées des diplo­mates bri­tan­niques, pour la Grande-Bre­tagne, il n’y a rien à négoci­er. En la matière, l’ONU reste impuis­sante à faire appli­quer cor­recte­ment ses réso­lu­tions. Par ailleurs, l’intervention mil­i­taire de 1982 a forte­ment frag­ilisé la posi­tion argen­tine, tout en ren­forçant la tutelle bri­tan­nique. La réso­lu­tion du con­flit est encore très éloignée !

Sit­u­a­tion géo­graphique des Iles Mal­ouines (Falk­lands), Georgie et Sand­wich.