Argentine, pays des droits LGBT ?

Ces trois derniers jours (9, 10 et 11 mai) le jour­nal région­al Sud-Ouest pub­lie les trois volets d’un reportage réal­isé par Maud Rieu, qui a vécu en Argen­tine en 2017 et 2018, et qui a étudié la sit­u­a­tion des per­son­nes trans­gen­res dans ce pays.

Le reportage met en lumière un para­doxe de ce pays par ailleurs très catholique (et de plus en plus évangéliste, aus­si, comme ses voisins), où la vio­lence “de genre”, con­ju­gale ou machiste, est un vrai fléau, et dans lequel a fait rage, juste­ment en 2018, la bataille pour la légal­i­sa­tion de l’a­vorte­ment, finale­ment votée par le par­lement en 2020 : par­mi l’ensem­ble des pays sud-améri­cains, l’Ar­gen­tine est prob­a­ble­ment le plus ouvert en ce qui con­cerne les droits des per­son­nes homo­sex­uelles et trans­gen­res.

Dans le pre­mier volet, Maud Rieu fait le point sur la vision qu’ont les Argentins sur cette thé­ma­tique si con­flictuelle ailleurs :

S’intéresser à l’Argentine, c’est accepter d’être sur­prise. Com­ment ce pays où l’interruption volon­taire de grossesse n’est légale que depuis 2020 peut-il être autant en avance sur les droits des per­son­nes trans­gen­res ? Pos­er cette ques­tion, c’est affron­ter un regard inter­ro­ga­teur : les inter­locu­teurs ne voient pas le rap­port. Ici, être un homme ou une femme est une ques­tion d’identité, pas de biolo­gie. Et le respect de l’identité est sacré dans cet état trau­ma­tisé par le sou­venir des cen­taines de bébés volés à leurs familles et don­nés à d’autres, sous la dic­tature mil­i­taire de 1976 à 1983.

Pour l’il­lus­tr­er, elle a ren­con­tré notam­ment Vale­ria del Mar Ramirez, une des pre­mières béné­fi­ci­aires de la loi de 2012, qui lui a per­mis d’of­fi­cialis­er son change­ment de sexe. Ain­si, l’Ar­gen­tine est dev­enue le pre­mier pays au monde à adopter une loi d’i­den­tité de genre. Un grand pas, car comme le rap­pelle l’au­teure, jusque dans les années 90, il était encore inter­dit en Argen­tine de s’ha­biller “de façon con­traire à son sexe biologique”.

Cet incon­testable pro­grès n’a pour­tant pas résolu d’un coup de baguette mag­ique toutes les dis­crim­i­na­tions. En 2015, une mil­i­tante de la cause trans, qui avait trois mois aupar­a­vant fait pass­er une loi imposant un quo­ta de 1% de trans par­mi les fonc­tion­naires, a été assas­s­inée, et, comme l’indique la députée Kari­na Naz­a­bal (Mem­bre du Frente para la Vic­to­ria, lié au par­ti péro­niste actuelle­ment au pou­voir, NDLA) citée par Maud Rieu :

Il faut sor­tir de la tête de ces per­son­nes et de la société que les trans n’ont pas d’autre choix que se pros­tituer. Si vous deman­dez à votre voisin “Où met­triez-vous une per­son­ne trans ?”, il vous répon­dra sûre­ment “Dans la rue”.

Selon Kari­na, être trans ne doit pas con­stituer un obsta­cle à l’ob­ten­tion d’un emploi : seule la com­pé­tence doit entr­er en ligne de compte. Ce que cette loi dev­enue loi nationale en 2021, ren­force.

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Dans le sec­ond volet, Maud Rieu racon­te l’his­toire de Lua­na, qui, à six ans seule­ment, a pu offi­cielle­ment être con­sid­érée comme fille, sans pass­er par la case jus­tice. Une his­toire édi­fi­ante, en cela qu’elle démon­tre que le sen­ti­ment d’i­den­tité de genre n’est pas un caprice, mais représente la plu­part du temps une véri­ta­ble souf­france.

Le cas de Lua­na est emblé­ma­tique. Très tôt, ce petit garçon (qui a un frère jumeau) a sen­ti qu’il ne se trou­vait pas dans le bon corps. Maud Rieu, qui a ren­con­tré Gabriela, la mère de Lua­na, rap­porte :

Un jour, quand il a trou­vé les mots, à 20 mois, ce fils a pronon­cé une phrase qui a changé la vie de sa mère et de toute la famille : « Je suis une fille, je suis une princesse ».

Début d’une his­toire qui n’au­ra rien d’un chemin de rose. Les par­ents met­tront du temps à com­pren­dre les appels au sec­ours de leur enfant, ses dif­fi­cultés, son mal-être, ses cheveux qui tombent, les médecins con­sultés qui refusent de pren­dre le cas au sérieux… Le père, lassé, fini­ra par pren­dre la fuite, mais Gabriela, con­va­in­cue, se bat­tra pour que Lua­na puisse devenir une fille à part entière. Jusqu’à ce 25 sep­tem­bre 2013, où enfin, elle reçoit une carte d’i­den­tité por­tant son “nou­veau” genre.

Une carte qui ne résout pas tout. Maud Rieu rap­pelle qu’en Argen­tine, si la loi autorise les enfants (sous réserve d’ac­cord des deux par­ents) à chang­er d’i­den­tité “sur le papi­er”, ceux-ci doivent atten­dre la majorité pour pou­voir envis­ager une opéra­tion.

C’est pour aider ceux qui con­nais­sent les même prob­lèmes que Gabriela est dev­enue une véri­ta­ble mil­i­tante des droits des enfants trans. Elle a créé une asso­ci­a­tion, “Infan­cias libres” (Enfances libres) et donne régulière­ment des con­férences. Aujour­d’hui, Lua­na a  15 ans, et vit une ado­les­cence nor­male, entre sa mère et son frère. Maud Rieu con­clut à ce pro­pos en citant Gabriela :

« Il faudrait arrêter de se deman­der si elle va bien, elle ne devrait plus être au cen­tre de l’attention, même si je com­prends. Lua­na est une ado­les­cente qui vit entourée d’amour et va bien ! »

Voir aus­si le doc­u­men­taire  sur Gabriela et Lua­na : “Yo nena, yo prince­sa” (2012, en espag­nol avec sous-titrages en anglais)

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Enfin, pour le troisième volet de son enquête, Maud est allée assis­ter à une remise de diplômes dans un étab­lisse­ment bien par­ti­c­uli­er. Il s’ag­it d’un lycée ouvert aux élèves trans, mais égale­ment à tous ceux et celles en dif­fi­cultés sociales, sou­vent des jeunes sans foy­er qui ont con­nu la rue, la pros­ti­tu­tion, la drogue. A l’o­rig­ine, une asso­ci­a­tion, Mocha Celis (du nom d’une fille trans tuée par la police), fondée en 2017 et qui pro­po­sait aide, foy­er et quelques cours. Peu à peu, l’as­so­ci­a­tion a gran­di, et aujour­d’hui, nous dit Maud, l’étab­lisse­ment, qui a démé­nagé, est devenu un vrai et grand lycée accueil­lant jusqu’à 300 élèves. Il a même fait des petits : on compte main­tenant une quin­zaine d’étab­lisse­ments du même genre dans le pays, et dans quelques autres pays d’Amérique Latine comme le Chili, le Brésil et le Paraguay.

On s’en doute, il n’est guère soutenu par les instances admin­is­tra­tives offi­cielles, et tient d’abord et surtout par l’ac­tion et le dévoue­ment de ses bénév­oles. Les élèves, pudiques et pro­tégés par leurs enseignants, se livrent dif­fi­cile­ment. Maud a néan­moins pu inter­roger l’une d’en­tre elles, Viviana, qui lui a racon­té son par­cours : la prise de con­science de son iden­tité dif­férente, le déni de l’é­cole, le har­cèle­ment, l’a­ban­don sco­laire. Puis la pros­ti­tu­tion, à 13 ans, et le sport, comme une bouée de sauve­tage :

«mais caté­gorie homme, en gar­dant mon apparence fémi­nine, évidem­ment», pré­cise-t-elle.

Et enfin, l’ac­cueil à “La Mocha”, comme dis­ent ses habitués :

« À la pre­mière ren­con­tre, le directeur m’a dit : ‘‘Bien­v­enue à la Mocha Celis’’. Ça m’émeut encore parce que quand il m’a dit ça, c’était la pre­mière fois qu’un étab­lisse­ment me dis­ait ‘‘bien­v­enue’’. Jusqu’à main­tenant, on me dis­ait tou­jours que je ne pou­vais pas.»

En con­clu­sion, Maud cite le slo­gan du lycée, peint sur un mur :

« Si une trans va à l’université, ça change sa vie. Si beau­coup y vont, ça change la société. ».

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Vers le dossier de Sud-Ouest en ligne : immer­sion en Argen­tine. Mais hélas: c’est réservé aux abon­nés !

Pour ceux qui ont Spo­ti­fy, en recher­chant “Ici Sud Ouest”, vous trou­verez deux pod­casts con­sacrés l’un à  Gabriela Man­sil­la, la maman de Lua­na (34 mn), et l’autre à Viviana Gon­za­lez, l’é­tu­di­ante du lycée Mocha Celis (19 mn). Les deux pod­cast en français, naturelle­ment.

 

 

El héroe de las Malvinas (II)

Con­texte his­torique de la nou­velle

Nous avons quit­té le petit Javier Oso­rio alors qu’il s’ap­prê­tait à quit­ter Buenos Aires, suite au décès de sa mère et aux vilaines rumeurs qui visaient son père, décoré en tant que “héros” de la guerre des Mal­ouines. (Voir con­texte en pre­mière par­tie).

20 ans plus tard, une anci­enne cama­rade de classe vient lui ren­dre vis­ite dans sa nou­velle ville, Salta, au Nord-Ouest de l’Ar­gen­tine. Mil­i­tante dans l’as­so­ci­a­tion des Mères de la Place de Mai, qui recherche pour leurs familles biologiques les enfants volés par les mil­i­taires pen­dant la dic­tature de 1976–1983, elle lui apporte une nou­velle qui devrait boule­vers­er sa vie, mais rien ne va se pass­er comme prévu.

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Con­tex­to históri­co del cuen­to

Habíamos deja­do el pequeño Javier Oso­rio en el momen­to en que se prepara­ba a mar­charse de Buenos Aires, después de la muerte de su madre y de los rumores en cuan­to a su padre, con­dec­o­ra­do en tan­to “héroe” de la guer­ra de las Malv­inas. (Ver el con­tex­to históri­co en la primera parte).

20 años más tarde, Catali­na, una antigua cama­ra­da del cole­gio de San Tel­mo viene a vis­i­tar­le en su nue­va ciu­dad, Salta, en el noroeste argenti­no. Ella mili­ta en la aso­ciación de Madres de la Plaza de Mayo, que bus­ca los niños roba­dos por los mil­itares durante la dic­tadu­ra para devolver­los a sus famil­ias biológ­i­cas. Catali­na lle­va una noti­cia que podría cam­biar del todo la vida de Javier, pero nada fun­ciona como lo había pre­vis­to ella.

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Tex­to en español del autor. Con lec­tura y cor­rec­ciones de Ade­lai­da Ena Noval. 

La présidentielle vue d’Argentine

La presse argen­tine n’a pas fait ses choux gras de notre élec­tion prési­den­tielle, c’est le moins qu’on puisse dire. Lun­di, avec le décalage horaire, quelques arti­cles généraux pour don­ner les résul­tats pro­vi­soires, encore basés sur les pro­jec­tions de nos insti­tuts de sondages.
Nous avons donc atten­du aujourd’hui mar­di pour voir si on trou­vait des arti­cles un peu plus fouil­lés sur le sujet.

Clarín en fait son arti­cle de tête de gon­do­le ce matin à 10 h. Soulig­nant qu’en défini­tive, la can­di­da­ture Zem­mour, présen­té comme un Trump français, a en fait plutôt prof­ité à M. Le Pen en la ren­dant plus fréquentable, Clarín com­mente à par­tir d’une enquête du Figaro la fin d’un mythe : celui du front répub­li­cain. “Cette idée que la démoc­ra­tie est en dan­ger, comme en 2002 lorsque Jean-Marie Le Pen était à la place de sa fille, s’est évanouie. Il n’y aura pas de marche répub­li­caine ni 90% des votes en faveur d’un can­di­dat garan­tis­sant la survie de la démoc­ra­tie”. Au pas­sage, Clarín, en bon quo­ti­di­en droiti­er, attribue la défaite humiliante d’Anne Hidal­go à “sa ges­tion cat­a­strophique de la mairie de Paris”. Des fois que son lec­torat pour­rait croire, comme cer­tains français mal infor­més, que la chute du PS serait davan­tage due à ses renon­ce­ments poli­tiques et ses ral­liements droitiers.

La Nación pub­li­ait deux arti­cles hier lun­di. Vis­i­ble­ment, cela les a fatigués, puisque aujourd’hui, rien à sig­naler. Hier donc, Luisa Cor­ra­di­ni, avançait que ces résul­tats “étaient inter­prétés (en France, donc, doit-on sup­pos­er) comme un vote de con­fi­ance dans la gou­ver­nance Macron… et un vote utile pour empêch­er l’extrême-droite d’accéder au pou­voir”. On ne peut qu’être con­fon­du par tant de clair­voy­ance. Con­fi­ante, Luisa Cor­ra­di­ni pense même que les pro­jec­tions de deux­ième tour (pour­tant net­te­ment plus ser­rées qu’en 2017) “per­me­t­tent de penser que Macron n’a pas été touché par le rejet dont souf­frent générale­ment les prési­dents sor­tants”.

Allons voir alors le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12. Pas trop pro­lixe sur le sujet lui non plus, il faut l’admettre. Un arti­cle hier, un autre aujourd’hui. Hier, Eduar­do Feb­bro fustigeait notam­ment la respon­s­abil­ité de la gauche elle-même (c’est-à-dire, la gauche “de gou­verne­ment” comme on dit chez nous) dans ce deux­ième échec con­sé­cu­tif à accéder au sec­ond tour. “Ses égoïsmes, ses trahisons, son imma­tu­rité, la lutte à couteaux tirés entre ses com­posantes et la bataille d’égos ont ouvert un boule­vard à l’extrême-droite”. Rap­pelant le scé­nario de 2002, Feb­bro con­damne ce nou­v­el épisode de désunion mor­tifère, semant la con­fu­sion par­mi les électeurs avec des con­signes con­tra­dic­toires de vote utile en même temps qu’on récla­mait de soutenir des par­tis mori­bonds comme le PS et le PC. “Le cauchemar de 2002 avait boosté l’extrême-droite, il est prob­a­ble que celui de 2022 finisse par la porter au pou­voir”.

Aujourd’hui, le même Feb­bro, cor­re­spon­dant du jour­nal à Paris, titre sur “Com­ment gag­n­er en per­dant”, à pro­pos de Mélen­chon. Par là, il souligne que Macron dis­pose de très peu de réserve de voix pour le sec­ond tour, con­traire­ment, pense-t-il, à M. Le Pen. Feb­bro con­state qu’il a déjà lessivé le PS, dont les cadres sont en grande par­tie passés chez lui. Avec 1,7% des voix, celui-ci n’a plus rien à lui apporter. Idem pour LR. Il ne lui reste donc plus que des miettes à grat­ter de ces côtés-là.

Mais surtout Feb­bro pose Mélen­chon et ses électeurs en arbi­tres, oblig­eant les deux can­di­dats du deux­ième tour à leur faire des risettes. Pour Macron, c’est la quad­ra­ture du cer­cle : “Le chef de l’état se voit obligé de mobilis­er et attir­er la gauche sans renon­cer à son pro­gramme libéral et tout en réduisant la frac­ture ouverte avec les gilets jaunes”. Mais l’équation est tout aus­si ardue pour M. Le Pen. En somme “L’extrême-droite et le libéral­isme courent après cette gauche qu’ils n’ont jamais prise au sérieux, ont méprisée et agressée à qui mieux mieux. Le vam­pirisme élec­toral­iste entre­prend sa croisade”. A pro­pos de Mélen­chon, Feb­bro con­clut que “s’il se retire, comme on peut le penser, il lais­sera une Union Pop­u­laire bien instal­lée, digne et avec des per­spec­tives qu’elle n’avait pas encore il y a deux semaines. Il a gag­né un avenir en per­dant en par­tie le présent”.

Pour ter­min­er, le petit dessin du car­i­ca­tur­iste Paz dans ce même jour­nal. Je ne peux pas le repro­duire directe­ment ici pour des raisons évi­dentes, mais on y voit deux Argentins com­men­tant cette élec­tion. L’un demande à l’autre : Pourquoi autant de Français votent à l’extrême-droite ? et l’autre : parce qu’elle dif­fuse un mes­sage sim­ple et très clair. Lequel ? Lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité, mes c…lles.

04/04/2022 : visite surprise

Le nou­veau prési­dent chilien Gabriel Boric a réservé sa pre­mière vis­ite offi­cielle à l’étranger à son homo­logue et voisin argentin, Alber­to Fer­nán­dez, avec lequel il partage sans nul doute une prox­im­ité poli­tique prop­ice à de bonnes rela­tions diplo­ma­tiques entre ces deux pays pour­tant, à la manière de la Grande-Bre­tagne et de la France, aus­si proches qu’éternels rivaux.

Il est cer­tain que les deux prési­dents n’auront pas man­qué de sujets de con­ver­sa­tion poli­tique, la vic­toire de Boric ouvrant une sorte de par­en­thèse enchan­tée à son homo­logue argentin plutôt chahuté dans son pro­pre pays en ce moment. Ils en auront sans doute prof­ité pour par­ler de la dif­fi­culté de gou­vern­er durable­ment à gauche dans un cône sud tou­jours étroite­ment sur­veil­lé par «L’empereur du nord», qui n’aime jamais autant les lead­ers de gauche sud­istes que lorsqu’ils restent dans l’opposition.
Il est vrai que cette même gauche sud-améri­caine, ces derniers temps, sem­ble repren­dre quelques couleurs, du Chili au Pérou en pas­sant par la Bolivie, et, espère-t-elle, en atten­dant le retour de Lula aux affaires au Brésil.

Mais loin de ces con­sid­éra­tions poli­tiques, Gabriel Boric a égale­ment ren­du une sorte d’hommage à une belle et grande spé­cial­ité argen­tine : la lec­ture, et, corol­laire­ment, la grande tra­di­tion des librairies indépen­dantes qui pul­lu­lent dans tout le pays. Prof­i­tant de la prox­im­ité de son hôtel, situé dans le quarti­er mod­erne de Paler­mo à Buenos Aires, il a fait un saut jusqu’à la petite librairie voi­sine, «Eter­na caden­cia», pour feuil­leter et acheter quelques bouquins. Pour l’anecdote, comme le rap­por­tent Pagina/12 et Clarín, il en a acheté cinq, dont celui de Mar­i­ana Enríquez, «Alguién cam­i­na sobre tu tum­ba» (Quelqu’un marche sur ta tombe), chronique de ses vis­ites de cimetières (voilà au moins un intérêt que je partage avec cette auteure argen­tine et le prési­dent chilien !).

Occa­sion de rap­pel­er en effet que l’Argentine, c’est le pays des livres et des librairies. Des grandes, des moins grandes, mais égale­ment des bouquin­istes, bien plus nom­breux à Buenos Aires que nos braves bouquin­istes des bor­ds de Seine. Un arti­cle du quo­ti­di­en Infobae nous apprend ain­si qu’il exis­terait 25 librairies pour 100 000 habi­tants à Buenos Aires (Plus de 700 en tout, donc) ! Naturelle­ment, iné­gale­ment répar­ties sur la sur­face, avec des quartiers sur­représen­tés dans le cen­tre et les quartiers touris­tiques (Reco­le­ta, San Tel­mo), et des quartiers plus pop­u­laires rel­a­tive­ment oubliés, comme Bar­ra­cas ou Vil­la Sol­dati.

Il existe égale­ment une autre tra­di­tion très suiv­ie : celle des foires aux livres d’occasion qui ont lieu tout au long de l’année. Les plus mar­quantes : celle, qua­si per­ma­nente, de Reco­le­ta, non loin du fameux cimetière et du célèbre bar «La Biela», qui se tient chaque fin de semaine, celle du quarti­er Cabal­li­to, tous les jours, ou encore celle qui se tient autour du Par­que Cen­te­nario, pro­posant elle aus­si quo­ti­di­en­nement divers stands du même type que nos bouquin­istes parisiens.

Une sim­ple prom­e­nade le long des avenues Cor­ri­entes ou San­ta Fe nous donne une idée du suc­cès de ce genre de librairies : il y en a qua­si­ment une tous les trois cents mètres, de chaque côté du trot­toir ! Et per­son­nelle­ment, même en plein mois de févri­er (équiv­a­lent de notre mois d’août de vacances), je n’en ai jamais ren­con­tré une de vide.

Un grand fes­ti­val du livre a lieu chaque année et reçoit env­i­ron un mil­lion de vis­i­teurs. Cette année, il se tien­dra du 26 au 28 avril, au Cen­tre d’exposition de La Rur­al, près de la Plaza Italia, dans le quarti­er de Paler­mo.

Out­re ce nom­bre hors norme de librairies, Buenos Aires abrite égale­ment celle qui est con­sid­érée comme l’une des plus belles du monde : l’Ateneo. Située sur l’avenue San­ta Fe, elle s’est d’abord appelée «Grand Splen­did», car c’était à l’origine un théâtre à l’ancienne, où se pro­dui­saient les chanteurs de tan­go les plus fameux, dont le célèbre Car­los Gardel. Inau­guré en 1919, il a été reven­du en 1930, a servi de nom­breuses années de ciné­ma, pour être racheté en 2000 par la Société El Ate­neo qui l’a donc trans­for­mé en librairie, se ser­vant de l’orchestre et des dif­férents niveaux de bal­cons pour y installer ses étagères de livres. La scène, quant à elle, sert aujourd’hui de café ! Fort heureuse­ment, l’ensemble archi­tec­tur­al a été entière­ment préservé, ce qui lui fait mérit­er son titre de «deux­ième plus belle librairie du monde». (La pre­mière serait celle de la Selexyz Domini­ca­nen à Maas­tricht aux Pays-Bas).

Librairie de l’Ate­neo — Vu sur les bal­cons

L’Ateneo est ain­si devenu une des attrac­tions touris­tiques à ne pas man­quer dans la cap­i­tale argen­tine, au même titre que le Camini­to, le musée des Beaux-arts, le Théâtre Colón ou le Palais Baro­lo. Voir ain­si les livres «mis en scène», au sens pro­pre comme au sens fig­uré, est un régal pour les yeux, et jus­ti­fie la prom­e­nade, même si on ne vient pas spé­ciale­ment acheter des livres. D’autant qu’il est un des derniers ves­tiges de l’architecture des salles de spec­ta­cle du début du XXème !

Au fond, la scène et son café

A lire égale­ment au sujet de l’Ate­neo l’article assez com­plet (de 2011) sur le blog «Petit Hergé de Buenos Aires».

Le Jour de la mémoire

Cela pour­ra paraitre éton­nant, mais la presse argen­tine n’en fait pas des tonnes sur cette date pour­tant ô com­bi­en mar­quante de l’histoire trag­ique du pays. A 46 ans du coup d’état mil­i­taire de 1976, qui allait faire des mil­liers de morts et de dis­parus, et provo­quer des blessures jamais entière­ment refer­mées à ce jour, les com­mé­mora­tions restent pour le moins dis­crètes, et sont surtout l’occasion d’insister sur la néces­sité d’affirmer le «Nun­ca más» proclamé par la com­mis­sion d’enquête qui a suivi la chute de la dic­tature pour éval­uer les respon­s­abil­ités de cha­cun dans ce drame his­torique.

Rien d’étonnant à ce que ce soit les jour­naux situés le plus à gauche qui con­cen­trent le plus d’articles sur le sujet. Pagina/12 en pro­pose pas moins de 10 sur sa pre­mière page de l’édition numérique !

D’abord pour annon­cer le grand rassem­ble­ment con­sacré au «jour de la mémoire», le pre­mier, dit le jour­nal, post-con­fine­ment et depuis le change­ment de gou­verne­ment, puisque celle de l’an dernier n’avait pas pu avoir lieu. Par­mi les mots d’ordre, un revient par­ti­c­ulière­ment «Où sont-ils ?» en référence aux dis­parus de la dic­tature, dont le nom­bre est dis­cuté, mais ici, on retient celui générale­ment repris : 30 000.

Sur ce sujet, le quo­ti­di­en de gauche rend égale­ment hom­mage au tra­vail de l’association des Mères et Grands-mères de la place de Mai, créée un jour de 1977 pour réclamer, juste­ment, qu’on leur rende leurs maris et leurs enfants enlevés par la junte. Aujourd’hui, l’association pour­suit un com­bat acharné pour retrou­ver les «enfants volés de la dic­tature», fils et filles d’activistes arrêtés et exé­cutés, dont la plu­part ont été escamotés à leurs familles biologiques pour être «adop­tés» par des familles de mil­i­taires.

Tou­jours dans le même quo­ti­di­en, le psy­ch­an­a­lyste Martín Alo­mo fait le par­al­lèle entre deux absences, celle de ses patients lais­sant le divan vide pen­dant la péri­ode de con­fine­ment, et celle des dis­parus de la dic­tature, «témoins de la douleur et de l’abus de pou­voir engen­drés par un état d’ex­cep­tion». Mais là s’arrête la com­para­i­son, parce que «…les dél­its de lèse-human­ité ne sont pas pre­scriptibles, car une fois com­mis, ils con­tin­u­ent de faire souf­frir de façon per­ma­nente». D’où la néces­sité impéra­tive de main­tenir ce «rite social» du sou­venir : on ne doit  laiss­er s’installer aucune pos­si­bil­ité de pre­scrip­tion.

L’écrivaine et femme poli­tique Vic­to­ria Don­da, elle-même enfant volée de la dic­tature, attend de ce rassem­ble­ment qu’il soit égale­ment l’occasion d’affirmer son oppo­si­tion aux dis­cours de haine et de néga­tivisme his­torique qui se propa­gent, tant en Argen­tine que dans le monde, et qui, selon elle, sont surtout le fait d’une cer­taine droite haineuse. «Le 24 est une bonne date pour les com­bat­tre, car les dis­cours de haine ont tou­jours précédé les géno­cides, dont les vic­times ont été les sujets soci­aux et les acteurs du change­ment. C’est impor­tant de men­er une réflex­ion là-dessus car de nom­breuses généra­tions n’ont pas vécu la dic­tature, mais seule­ment ses effets qui se sont dilués avec le temps».

Vic­to­ria Don­da

Cette année, elle y emmèn­era sa fille, 7 ans. «Elle m’a demandé pourquoi nous fai­sions cette marche. Je lui ai répon­du que c’était pour que nous écoutent non seule­ment ceux qui avaient com­mis tous ces crimes, mais égale­ment tous ceux qui pour­raient penser qu’il y a une par­tie de la société qui ne sert à rien, et qu’il faudrait faire dis­paraitre. (..) Il faut que les gamins et les gamines com­pren­nent que si une époque heureuse a jamais existé, nous devons la recon­stru­ire, mais tous ensem­ble».

Les autres jour­naux argentins sont net­te­ment pro­lix­es sur le sujet. Il faut descen­dre très bas sur la une de La Nación pour trou­ver un arti­cle d’opinion dénonçant une journée «de la mémoire sélec­tive». Dans son texte, Daniel San­ta Cruz regrette que, même s’il lui parait «tout à fait bien que nous Argentins gar­dions en mémoire ce qui s’est passé durant la dic­tature, à la base, et c’est la loi qui le dit, pour éviter que cela ne se repro­duise». Mais il juge regret­table que, «mal­heureuse­ment, ni le gou­verne­ment, ni les mil­i­tants poli­tiques qui le sou­ti­en­nent, ni les organ­i­sa­tions de droits de l’homme qui par­ticipent active­ment à cette man­i­fes­ta­tion, ne dis­ent rien des cen­taines de vio­la­tions des droits humains com­mis en 2020 et 2021 pen­dant la pandémie, quand le gou­verne­ment réglait par décret les com­porte­ments soci­aux dans un but de sécu­rité san­i­taire». Il regrette qu’on s’apitoie sur le sort des noirs abat­tus par la police aux Etats-Unis, mais, citant plusieurs exem­ples, pas sur celui de citoyens argentins tués par leur pro­pre police, et que le gou­verne­ment péro­niste a sou­veraine­ment passés sous silence. Il cite ain­si 200 cas de vic­times de la vio­lence insti­tu­tion­nelle, com­mise au sim­ple pré­texte d’assurer l’ordre pen­dant le con­fine­ment, et proteste con­tre ce «deux poids deux mesures», qui «s’approprie le con­trôle moral des droits de l’homme» en choi­sis­sant ses caus­es. «Le jour de la mémoire a rai­son de nous rap­pel­er la nuit obscure de la dic­tature, mais il ferait bien d’inciter à réfléchir sur les moyens d’éviter que de tels faits com­mis par la police d’état se repro­duisent en démoc­ra­tie, en enquê­tant et en en temps et en heure».

Un seul arti­cle égale­ment dans Clarín, de l’historien Ricar­do De Tit­to, s’attachant quant à lui à regret­ter que le «jour de la mémoire» soit trop cen­tré sur le thème des droits de l’homme, alors que les con­séquences de la dic­tature se font sen­tir encore aujour­d’hui dans bien d’autres domaines, notam­ment économiques, diplo­ma­tiques, cul­turels ou édu­cat­ifs.

Un arti­cle très intéres­sant, en cela qu’il établit un par­al­lèle entre les com­porte­ments poli­tiques, qui, dit-il, ont ten­dance à s’imiter tout en don­nant l’illusion du con­tre-pied. Dres­sant un bilan sévère de la péri­ode mil­i­taire, il appelle ses conci­toyens à ouvrir les yeux sur son héritage : la fin de la dic­tature n’a jamais sig­nifié le retour aux jours heureux. «L’héritage de la dic­tature se laisse apercevoir entre les draps. La poli­tique tend à repro­duire ces trucages déloy­aux qui ressem­blent à des mon­tages vidéos où les amis et les adver­saires changent de posi­tion et s’accusent mutuelle­ment, à la grande con­fu­sion des spec­ta­teurs – leurs électeurs – qui obser­vent, écoutent et doutent». L’Argentine en a sans doute fini avec les mil­i­taires, mais sa sit­u­a­tion ne s’est guère améliorée. Les défis, que ce soit face à la pau­vreté, à l’exclusion sociale, à l’état désas­treux de l’éducation et de la san­té publique, demeurent.

Enfin, le quo­ti­di­en Cróni­ca, lui, met deux arti­cles en pre­mière place de sa une. Le pre­mier racon­te l’historie de Bár­bara Gar­cía, 9 ans en 1976, qui aujourd’hui encore tente de faire con­damn­er celui qui a arrêté sa mère sous ses yeux, un mil­i­taire qu’elle a recon­nu lors d’une man­i­fes­ta­tion des années après, et qui l’accuse de faux-témoignage. Depuis, men­acée de repré­sailles, Bár­bara vit sous le statut de témoin pro­tégé. Autre his­toire, celle d’Horacio Pietra­gal­la, fils de dis­parus et «enfant volé», devenu aujourd’hui prési­dent de l’Organisation des Droits de l’Homme d’Argentine. Ce n’est qu’à l’âge de 26 ans qu’il a appris que ses par­ents n’étaient pas ses par­ents biologiques. Il racon­te notam­ment com­ment, une fois con­nue la vérité, il avait décidé de chang­er de vie. «Toute la ques­tion, c’est de pren­dre sa déci­sion et de l’assumer. Tu éprou­ves une cer­taine cul­pa­bil­ité face à ce qui peut arriv­er à ceux qui t’ont élevé, car ils ont com­mis un vol, une appro­pri­a­tion, un délit puni par la loi. Mais pour pren­dre cette déci­sion, j’ai dû penser, de manière un peu égoïste, à tous ceux qui devaient être en train de m’attendre».

Un rugbyman argentin tué à Paris

Same­di 18 mars au matin, le rug­by­man argentin Fed­eri­co Aram­bu­ru a été vio­lem­ment agressé et tué de plusieurs balles de revolver devant un bar parisien du quarti­er Saint Ger­main, le Mabil­lon.

D’après le quo­ti­di­en région­al Sud-Ouest, qui rap­porte les faits dans son édi­tion du dimanche 20 mars, il s’a­gi­rait de l’is­sue trag­ique d’une alter­ca­tion avec deux clients du bar, qui serait revenus ensuite en voiture et armés, pour régler le dif­férent.

Fed­eri­co Aram­bu­ru, 42 ans, ancien joueur des Pumas, comme on appelle l’équipe nationale argen­tine, avait joué notam­ment dans les clubs français de Biar­ritz, Per­pig­nan et Dax, dans les années 2004 à 2010, et s’é­tait défini­tive­ment instal­lé à Biar­ritz avec sa femme et ses trois enfants. Il gérait avec un autre ami rug­by­man, le français d’o­rig­ine néo-zélandaise Shaun Hegar­ty, une agence de voy­ages spé­cial­isée dans les man­i­fes­ta­tions sportives.

La trag­ique nou­velle a égale­ment fait les titres des prin­ci­paux quo­ti­di­ens argentins ce week-end, on s’en doute, s’agis­sant d’un joueur par­ti­c­ulière­ment mar­quant de l’his­toire du rug­by local.

Mais si Pagina/12 en rend compte en suiv­ant les sources français­es, qui font état des soupçons de la police au sujet d’un sus­pect ancien mem­bre du GUD, (Groupe Union Défense) un groupe d’ex­trême-droite vio­lent act­if jusqu’en 2017, un cer­tain Loïk Le Pri­ol, Clarín en revanche décrit, à la manière de cer­tains jour­naux éta­suniens, un Paris, et plus spé­ci­fique­ment le quarti­er his­torique de Saint ger­main des Prés, en proie à la délin­quance la plus incon­trôlée :

Aram­bu­ru a été abat­tu à la sor­tie du bar “La Mabil­lon”, sur le Boule­vard Saint Ger­main à Paris, un quarti­er qui ces dernières années est devenu aus­si pop­uleux que dan­gereux. Il n’y est plus sûr d’y venir manger un ham­burg­er, comme le fai­saient autre­fois les habi­tants du quarti­er après la dernière séance de ciné­ma. On y voit main­tenant des gens de la nuit, liés à la pros­ti­tu­tion, des ban­des, des deal­ers (La phrase en gras l’est sur l’ar­ti­cle).

Il y est même ques­tion, sans doute pour don­ner à l’événe­ment un tour plus inquié­tant encore, d’un des sus­pects filmé par une caméra de sur­veil­lance, qui, affirme le quo­ti­di­en sans citer de source, serait “un Albanais du Koso­vo, mem­bre de cette com­mu­nauté de mafieux qui ont pris le con­trôle des trafics d’armes et de drogue, (…) craints de tout le monde et prin­ci­paux grossistes (sic) en drogue, armes et muni­tions en prove­nance de la guerre de Bosnie”.

Trem­blez, Parisiens et touristes : les bar­bares du Koso­vo font régn­er la ter­reur sur la cap­i­tale.

Il est néan­moins plus prob­a­ble qu’on soit en présence d’une hélas plus banale issue trag­ique d’une bagarre entre clients de bar, aux petites heures du jour. Fed­eri­co Aram­bu­ru s’en serait pris à la mau­vaise per­son­ne, un type con­nu pour ses accès de vio­lence,  et armé.

Dans cette affaire, une femme a sem­ble-t-il été arrêtée assez rapi­de­ment. Il s’a­gi­rait de la con­duc­trice du véhicule avec lequel les agresseurs seraient revenus sur les lieux de l’al­ter­ca­tion.

Que ce soit en France ou en Argen­tine, où Fed­eri­co Aram­bu­ru était unanime­ment appré­cié, l’af­faire a sus­cité une forte com­mo­tion.  Pour l’an­cien inter­na­tion­al français Dim­itri Yachvil­li, “Fédé était tou­jours posi­tif, plein d’en­train, en plus d’être un for­mi­da­ble équip­i­er, c’é­tait une belle per­son­ne”. Patrice Lag­is­quet, ancien entraineur de Biar­ritz, dit de lui “Le bon­homme était adorable, il avait tou­jours le sourire”. (Pro­pos recueil­lis par Sud-Ouest Dimanche).

En Argen­tine, même una­nim­ité. Le prési­dent de la fédéra­tion argen­tine de rug­by, San­ti­a­go Marot­ta, estime que le fait divers “affecte tout le rug­by argentin”. Celui de la Super Ligue Améri­caine de rug­by, l’U­ruguayen Sebastián Piñeyrúa, annonce pour les prochaines par­ties une minute de silence et le port d’un bras­sard noir par les équipes en présence. De son côté, Agustín Pichot, ex-cap­i­taine des Pumas, fera le voy­age à Paris pour soutenir la famille de celui qu’il a tou­jours con­sid­éré “comme un ami avec qui nous avons partagé des mil­liers de voy­ages et de match­es”. (Pro­pos recueil­lis par Pagina/12)

Por la ruta 7, entre Argentina y Chile

(Ver­sión en PDF aqui)

No cabe duda que esta ruta es mucho menos cono­ci­da que la famosa 66 en Esta­dos-Unidos, pero la « Ruta 7 » argenti­na vale la pena de un via­je.

Esa cin­ta de asfal­ta de 1224 kilómet­ros sale de las oril­las del Río de la Pla­ta para ir has­ta la Cordillera de los Andes. Cruzan­do así de este a oeste las provin­cias de Buenos Aires, Cór­do­ba, San Luis y Men­doza (Cuyo), rev­ela la diver­si­dad de los paisajes nat­u­rales que par­tic­i­pan del encan­to de este fasci­nante país.

Acá no vamos a recor­rer sino les 220 kilómet­ros finales de la ruta, entre Men­doza y Las Cuevas, donde se encuen­tra el túnel del “Cristo Reden­tor”, últi­ma eta­pa del via­je. Pasan­do por las opu­len­tas propiedades vití­co­las de Maipú, entramos en el valle del Río Men­doza y sus paisajes desér­ti­cos. Primera para­da: el embalse de Potreril­los. Nos paramos a desayu­nar en Uspal­la­ta, oasis de álam­os en medio de un dec­o­ra­do más bien min­er­al, a 2039 met­ros de alti­tud. 165 kilómet­ros más allá de Men­doza, y a 2580 met­ros de alti­tud, des­cub­ri­mos el sitio de “Los Pen­i­tentes”, que lla­maron así por la for­ma de las rocas, que se pare­cen a frailes.

Para­da impre­scindible en “Puente del Inca”, puente nat­ur­al for­ma­do por la acu­mu­lación de nieve y pedre­gal solid­i­fi­ca­dos por el hier­ro y el azufre del “Río de las Cuevas”. Este sitio se mere­cería más tiem­po para estu­di­ar mejor su his­to­ria y sus leyen­das, pero ya ten­emos que seguir nue­stro via­je.

Puente del Inca

Antes de lle­gar a nues­tra meta final, hace­mos una pausa algo “ven­tosa” al pie de la cum­bre de las Améri­c­as: el Aconcagua que vig­i­la des­de sus 6960 met­ros de altura la reser­va nat­ur­al epón­i­ma.

Nieve en el Aconcagua

Al salir del pequeño pueblo de Las Cuevas, dejamos la Ruta 7 que con­tinúa por el túnel que une des­de 1980 Argenti­na y Chile. Vamos rum­bo al Paso de La Cum­bre, pun­to más alto de la antigua car­retera entre Men­doza y San­ti­a­go de Chile. Esta pista de tier­ra que ser­pen­tea sobre una dece­na de kilómet­ros nos per­mite subir has­ta el mirador del Cristo Reden­tor (3854 m.), eta­pa final de nues­tra excur­sión.

Ese mag­ní­fi­co entorno nat­ur­al de las altas Andes fue el teatro, el 13 de mar­zo de 1904, de la inau­gu­ración de la estat­ua del “Cristo Reden­tor de los Andes”. Un mon­u­men­to clave de la his­to­ria tumul­tu­osa de las rela­ciones diplomáti­cas entre los dos país­es veci­nos.

El Cristo Reden­tor

Las dos naciones se enfrenta­ban des­de finales del siglo XIX, en torno al prob­le­ma del traza­do de la fron­tera. Solic­i­taron la inter­me­diación del Rey de Inglater­ra, Eduar­do VII, y este puso un pun­to final al desacuer­do, evi­tan­do una guer­ra que parecía inevitable  (Fueron los ingle­ses quienes fijaron la fron­tera entre los dos país­es en noviem­bre de 1902. Pero argenti­nos y chilenos  fir­maron un trata­do de paz unos meses antes, los “pactos de mayo).

Es para recor­dar el men­saje de paz del Papa León XIII que el obis­po de Cuyo, Marceli­no del Car­men Benavente, mandó a con­stru­ir una estat­ua de bronce de 7 met­ros de altura, encomen­dan­do el tra­ba­jo al escul­tor Mateo Alon­so. La her­mana de un gen­er­al argenti­no, Angela Oliveira Cezar, quien forma­ba parte de la aso­ciación suramer­i­cana por la paz uni­ver­sal y era ami­ga del pres­i­dente argenti­no Julio A. Roca (segun­do manda­to entre 1898 y 1904), sugir­ió lev­an­tar la estat­ua en tan­to sím­bo­lo de paz en el Paso de La Cum­bre, lugar por donde había pasa­do José de San Martín con sus tropas en 1817 para lib­er­ar a Chile.

Expues­ta durante un breve peri­o­do en el patio de la escuela Lacor­daire en Buenos Aires, la estat­ua via­jó luego por tren, sobre 1200 kilómet­ros, antes de verse desmon­ta­da en var­ios tro­zos para ter­mi­nar el via­je trans­porta­da por mulas. La lev­an­taron sobre un pedestal de hormigón y acero lam­i­na­do de 6 met­ros de altura dis­eña­do por el inge­niero Juan Moli­na Civ­it, a par­tir de los esbo­zos del escul­tor. El tra­ba­jo lo dirigió el inge­niero Con­ti.

Dos veces nom­i­naron a Angela Oliveira Cezar para recibir el pre­mio Nobel de la Paz, pero sin éxi­to. Sin embar­go su obra siem­pre quedará como un tes­ti­mo­nio de lo que se volvió con el tiem­po un ver­dadero sím­bo­lo de esta zona and­i­na.

(Ver­sión en castel­lano: Patrick V.)

Sur la ruta 7, entre Argentine et Chili

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Sans doute moins con­nue que la célèbre route 66 aux Etats Unis, la «Ruta 7» en Argen­tine, mérite à elle seule qu’on lui con­sacre un voy­age.

Ce ruban d’asphalte de 1224 km con­duit le voyageur des rives du Rio de la Pla­ta à la Cordil­lière des Andes. En tra­ver­sant ain­si d’est en ouest les provinces de Buenos Aires, Cor­do­ba, San Luis et Men­doza, il décou­vre la diver­sité des espaces naturels qui con­stituent le véri­ta­ble attrait de ce fasci­nant pays.

De ce voy­age, nous ne par­cour­rons que les 220 derniers kilo­mètres, de Men­doza à Las Cuevas, où se situe l’entrée du tun­nel du «Christ Rédemp­teur», ter­mi­nus de la «Ruta7». Lais­sant der­rière nous les rich­es pro­priétés viti­coles de Maipú, nous nous enga­geons dans la val­lée du Rio Men­doza et ses paysages déser­tiques ; pre­mier arrêt : le lac de bar­rage de Potreril­los. Pause petit déje­uner à Uspal­la­ta, oasis de peu­pli­ers dans ce décor minéral, nichée à 2 039 m d’altitude. A 165 km à l’ouest de Men­doza et à 2580 m d’altitude, décou­verte du site de « Los Pen­i­tentes », ain­si nom­mé à cause de ses pitons rocheux ressem­blant à des moines.

Arrêt oblig­a­toire à «Puente del Inca», pont naturel, résul­tat de l’amoncellement de neige et d’éboulis solid­i­fié par les dépôts de fer et de soufre du «Rio Las Cuevas». Ce site, pour son his­toire et sa légende, mérit­erait sans doute qu’on lui accorde un peu plus que ces quelques lignes d’un voyageur pressé.

Puente del Inca

Avant d’atteindre notre des­ti­na­tion finale, pause ébou­rif­fante au pied du «toit des Amériques», l’Aconcagua, qui domine de ses 6960 m, la réserve naturelle éponyme.

Neiges sur l’Aconcagua

A la sor­tie de la petite ville de Las Cuevas, nous quit­tons la «Ruta 7» qui s’engouffre dans le tun­nel qui relie, depuis 1980, l’Argentine et le Chili ; direc­tion le col de la Cum­bre, point cul­mi­nant de la vieille route Mendoza/Santiago du Chili. Cette piste en terre qui ser­pente sur une dizaine de kilo­mètres nous per­met d’atteindre à 3 854 m, le «Mirador del Cristo Reden­tor», terme de notre périple du jour.

C’est dans ce mag­nifique écrin naturel des hautes Andes que fut inau­gurée le 13 mars 1904, la stat­ue du «Christ Rédemp­teur des Andes». Ce mon­u­ment s’inscrit dans l’histoire tumultueuse entre les «deux sœurs enne­mies d’Amérique du Sud».

El Cristo Reden­tor

Les deux nations s’affrontant depuis la fin du 19ème siè­cle à pro­pos du tracé de leur fron­tière com­mune, l’arbitrage du roi Edouard VII d’Angleterre fut sol­lic­ité et il mit fin au désac­cord évi­tant une guerre qui sem­blait inéluctable  (Le soin fut lais­sé à la Couronne bri­tan­nique de fix­er la fron­tière entre les deux pays. (Pactos de Mayo, accords de paix signés en mai 1902, l’arbitrage anglais inter­venant en novem­bre de la même année).

Pour rap­pel­er le mes­sage de paix du pape León XIII, une stat­ue du Christ Rédemp­teur en bronze haute de 7 mètres fut com­mandée par l’Evêque de Cuyo, Mon­seigneur Marceli­no del Car­men Benavente, au sculp­teur Mateo Alon­so. La sœur d’un général argentin, Angela Oliveira Cézar, mem­bre de l’association sud améri­caine de la paix uni­verselle et proche du prési­dent argentin de l’époque, Julio Argenti­no Roca (2ème man­dat de 1898 à 1904), sug­géra d’ériger la stat­ue comme sym­bole de paix au col de la Cum­bre qu’avaient franchi José de San Martín et ses troupes en 1817, pour aller libér­er le Chili.

Pro­vi­soire­ment exposée dans la cour de l’école Lacor­daire à Buenos Aires, la stat­ue fut trans­portée sur 1200 km par voie fer­rovi­aire, puis démon­tée en plusieurs morceaux pour être achem­inée à dos d’âne. Elle fut érigée sur un piédestal en béton et aci­er lam­iné de 6 mètres de haut dess­iné par l’ingénieur Juan Moli­na Civ­it, d’après les cro­quis du sculp­teur, puis érigé sous la direc­tion de l’ingénieur Con­ti.

Deux fois pro­posée pour recevoir le Prix Nobel de la paix, Angela Oliveira Cézar ne fut cepen­dant pas retenue. Mais son action aura lais­sé après elle ce qui est devenu, avec le temps, une véri­ta­ble icône de cette région andine.

Pasando por Mendoza y Maipú

 

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Afi­ciona­do al vino, no podía imag­i­nar otro via­je a Argenti­na sin pasar por una de sus cap­i­tales mundi­ales: Men­doza y su famoso Mal­bec, cepa de ori­gen france­sa ya que la impor­taron de la región de Cahors, en el suroeste de este país.

Si el Mal­bec, que tam­bién se lla­ma “Côt” es muy emblemáti­co de Argenti­na (Una cuar­ta parte de la uva pro­duci­da en este país es de esta cepa), su pro­duc­ción se con­cen­tra en la provin­cia de Men­doza (85 por cien­to de la super­fi­cie total plan­ta­da), sea vinifi­ca­do sólo o mescla­do con otros. Se puede encon­trar viñas de 80 años todavía sin trasplante.

En Men­doza cul­ti­van tam­bién un gran aban­i­co de cepas france­sas tan­to de tin­to (Caber­net Sauvi­gnon, Syrah, Mer­lot, Pinot noir) como de blan­co (Chardon­nay, Chenin, Sauvi­gnon, Sémil­lon, así como el Ugni blanc, cepa que se uti­liza en Fran­cia por ejem­p­lo para elab­o­rar el Cognac o el Arma­gnac).

Viñas en Maipú – 2020

Se puede encon­trar tam­bién unas cepas criol­las, resul­tan­do de mez­clas con cepas impor­tadas, Argenti­na sien­do uno de los pocos país­es del mun­do pro­ducien­do vino con esas cepas.

Cues­ta tra­ba­jo creer que esta ciu­dad se hal­la en medio del desier­to, al ver sus largas avenidas arbo­ladas y las numerosas fuentes de sus plazas: la lla­ma­da “Ciu­dad-bosque” y sus 50 000 árboles tiene muchos recur­sos para seducir el vis­i­tante.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­tura remon­ta al siglo XVI cuan­do los jesuitas tra­jeron las primeras cepas y las plan­taron en torno a sus monas­te­rios, para pro­ducir el vino de misa.

 Luego la activi­dad se desar­rol­ló sigu­ien­do las olas de inmi­gración suce­si­vas: los nuevos vitic­ul­tores, al traer su expe­ri­en­cia y sus conocimien­tos, hicieron de Men­doza la más impor­tante y antigua zona de pro­duc­ción de vino en Argenti­na.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futuro pres­i­dente de la Repúbli­ca argenti­na (1868–1874), dio el con­se­jo al entonces gob­er­nador de Men­doza, Pedro Pas­cual Segu­ra, de con­tratar a un agrónomo francés que había cono­ci­do en Chile, un tal Michel Aimé Pouget, para desar­rol­lar el sec­tor de la viña.

Este importó a Men­doza los primeros cepos de Mal­bec y los méto­dos france­ses para con­ver­tir­lo en una indus­tria mod­er­na.

No eligieron la provin­cia de Men­doza al azar: su topografía, su geología y su cli­ma son ide­ales.

Un pun­to clave del éxi­to de la viti­cul­tura men­doci­na reside en el mane­jo bien con­tro­la­do del sis­tema de riego. La Cordillera for­man­do un obstácu­lo a las llu­vias del Pací­fi­co, esta región muy ári­da no puede con­tar sino con el agua del deshielo de la pri­mav­era para ali­men­tar las ace­quias.  

Se aprovecha tam­bién de la ampli­tud tér­mi­ca de estas zonas de desier­to: el calor del día favorece la pro­duc­ción de azú­car nat­ur­al, la fres­cu­ra de las noches garan­ti­za un buen niv­el de acidez, y la escasa tasa de humedad pro­tege de los hon­gos e insec­tos dañi­nos.

Para cono­cer a los pro­duc­tos locales, opta­mos por la prop­ues­ta de excur­sión de una agen­cia de tur­is­mo. Nos lle­van has­ta el pueblo de Maipú, poco más de diez kilómet­ros al sud­este de Men­doza.

El pro­gra­ma incluye la visi­ta de tres bode­gas y, bue­na sor­pre­sa, de una fábri­ca de aceite de oli­va y de vina­gre.

La visi­ta de las dos primeras bode­gas se parece a una car­ga de caballería: paseo relám­pa­go por las viñas y las bode­gas, cata tam­bién relám­pa­go de tres vinos dis­tin­tos, darse prisa por favor, hay otros auto­bus­es lle­gan­do. Parece algo rápi­do para catar cor­rec­ta­mente los pro­duc­tos locales, pero resul­ta sufi­ciente para encon­trar una encan­ta­do­ra pare­ja de Rosari­nos y com­par­tir nue­stros conocimien­tos vití­co­las respec­tivos. ¿Qué podría ser mejor que un buen vaso de vino para romper el hielo?

La ter­cera bode­ga se difer­en­cia de las dos primeras en cuan­to a los pro­duc­tos prop­uestos.

Esta bode­ga, fun­da­da en 1912 por un inmi­grante ital­iano, Anto­nio Flo­rio, se espe­cial­izó en la pro­duc­ción de “vinos vari­etales”, como el “Chi­anti”, de “vinos gen­erosos” como el Marsala, el Opor­to o el Mosca­to, así como “vinos espumantes”.

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bue­na sor­pre­sa de la tarde es la visi­ta de la “Olivi­co­la Laur y acei­ta­ta Mil­lán”.

Esta fábri­ca de aceite de oli­va, fun­da­da en 1906 por Fran­cis­co Laur, inmi­gra­do francés venido a bus­car for­tu­na en “La Cruz de piedra” en Maipú, se volvió la primera empre­sa argenti­na de fab­ri­cación de aceite, y ocu­pa des­de 2019 el cuar­to puesto en la clasi­fi­cación mundi­al de los mejores pro­duc­tores.

Fábri­ca de aceite Laur – 2020

La famil­ia Mil­lán com­pró la empre­sa en 2010, y empezó en segui­da a pro­ducir vina­gre bal­sámi­co tradi­cional, lo que nos sor­prendió bas­tante ya que se tra­ta de un pro­duc­to pro­te­gi­do por cer­ti­fi­ca­do de ori­gen, estric­ta­mente reser­va­do a fábri­c­as hal­ladas en las regiones de Móde­na y Reg­gio Emil­ia.

Sin embar­go nos expli­can que fuera de Europa, tres empre­sas, en Toron­to, Tokio y, pues, Men­doza, son cer­ti­fi­cadas por el “Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na” que garan­ti­za la cal­i­dad del pro­duc­to, los méto­dos y pro­ce­sos especí­fi­cos de pro­duc­ción emplea­d­os, y así tienen per­miso para pro­ducir ese vina­gre.

La visi­ta empieza por la plantación de olivos, hoy en día más que cen­te­nar­ia, y luego visi­ta­mos la fábri­ca, muy mod­er­na. Visi­ta­mos tam­bién el museo donde se pueden ver las dis­tin­tas maquinas uti­lizadas a lo largo de la his­to­ria de la fábri­ca.

Ter­mi­namos por la visi­ta de las bode­gas donde enve­je­cen el vina­gre elab­o­ra­do sigu­ien­do un pro­ce­so muy antiguo inven­ta­do en Móde­na.
Ese pro­ce­so empieza por la pro­duc­ción de un mosto de uva coci­da (en este caso Ugni blanc), segui­da por el enve­jec­imien­to en una serie de cin­co bar­riles de madera de dis­tin­tas tamaños y esen­cias (Roble, cas­taño, cere­zo, fres­no y aca­cia) los cuales favore­cen la evap­o­ración.

Fábri­ca Mil­lán : pren­sas – 2020

Cada año susti­tuyen la parte evap­o­ra­da del bar­ril sigu­iente por una parte del con­tenido del bar­ril ante­ri­or. Llenan el primero bar­ril con mosto coci­do.
Se nece­si­ta 15 años para enve­je­cer el vina­gre, por eso se ten­drá que esper­ar has­ta 2029 para que la Aceita­ia Mil­lán se vuel­va la primera empre­sa del hem­is­fe­rio sur pro­ducien­do vina­gre bal­sámi­co “IGP”.

Men­doza ya es una ciu­dad muy famosa en el mun­do entero por sus vinos, pero no deja de sor­pren­der el vis­i­tante. No es una “Ciu­dad oasis” como la lla­man algunos. Pero es una ciu­dad muy verde en medio del desier­to que rodea los Andes, y con una his­to­ria enrique­ci­da por todos los que se insta­laron.

Antes de la lle­ga­da del fun­dador de la ciu­dad, un tal Pedro del Castil­lo, el sitio lo ocu­pa­ban pueb­los indios como los “Huarpes”, quienes crearon el sis­tema de ace­quias que per­mi­tió trans­for­mar esta zona de desier­to en ciu­dad verde, un sis­tema todavía en uso hoy en día para el desar­rol­lo de la activi­dad prin­ci­pal de Men­doza.

La base urbanís­ti­ca de la ciu­dad actu­al la creó el arqui­tec­to francés Julio Ballofet en 1863, para recon­stru­ir – unos kilómet­ros más lejos – la ciu­dad destru­i­da por el ter­re­mo­to de 1861.

Así es como, a lo largo de su his­to­ria, unos france­ses dejaron su huel­la y con­tribuyeron a la fama de una ciu­dad que es aho­ra la cuar­ta ciu­dad más impor­tante de Argenti­na.

Ver­sión en castel­lano: Patrick V.

En passant par Mendoza et Maipú

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Très ama­teur de vin, je ne pou­vais pas imag­in­er ce nou­veau voy­age en Argen­tine, sans me ren­dre dans l’une de ses cap­i­tales mon­di­ales : Men­doza et son célèbre mal­bec, cépage importé de France (région de Cahors).

Si le mal­bec, égale­ment dénom­mé «côt», est devenu emblé­ma­tique de l’Argentine, (1/4 des raisins pro­duits dans le pays provi­en­nent de ce cépage), il est essen­tielle­ment con­cen­tré dans la province de Men­doza (85% des sur­faces plan­tées), vinifié seul ou en assem­blage. On y trou­ve encore des vignes de 80 ans qui n’ont jamais été gref­fées.

On y cul­tive aus­si un large éven­tail d’autres cépages français aus­si bien en rouge (le caber­net sauvi­gnon, la syrah, le mer­lot, le pinot noir), qu’en blanc (le chardon­nay, le chenin, le sauvi­gnon, le sémil­lon, ain­si que l’ugni blanc, cépage util­isé en France notam­ment pour l’élaboration du cognac et de arma­gnac).

Vignes à Maipú – 2020

On y trou­ve encore quelques cépages « créoles » issus du croise­ment de cépages importés, l’Argentine étant un des rares pays au monde à éla­bor­er du vin à par­tir de ces cépages.

Dif­fi­cile de croire que cette ville se trou­ve en plein désert, avec ses larges avenues arborées et les nom­breuses fontaines qui ornent ses places : Men­doza la bien nom­mée «ville forêt» et ses cinquante mille arbres, a beau­coup d’atouts pour séduire.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­ture remonte ici au XVIème siè­cle avec l’arrivée des jésuites qui ont ramené et plan­té, autour de leurs monastères, des pieds de vigne pour pro­duire leur vin de messe.

L’activité viti­cole s’est ensuite dévelop­pée au gré des vagues d’immigration européenne suc­ces­sives, qui en appor­tant leur savoir-faire, ont fait de la province de Men­doza la plus impor­tante et la plus anci­enne région viti­cole d’Argentine.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futur prési­dent de la République (1868–1874), con­seille au gou­verneur de Men­doza, Pedro Pas­cal Segu­ra, d’engager un agronome français qu’il a ren­con­tré au Chili, Michel Aimé Pouget, pour dévelop­per le vig­no­ble.

Celui-ci importe à Men­doza les pre­miers plants de mal­bec et les méth­odes de son pays natal pour en faire une indus­trie mod­erne.

La région de Men­doza n’a pas été choisie au hasard : sa topogra­phie, sa géolo­gie et son cli­mat en font un lieu idéal.

L’une des clés de la réus­site de sa viti­cul­ture réside dans la maîtrise de l’irrigation : en l’absence des pluies blo­quées par la Cordil­lère des Andes, c’est la fonte des neiges des mon­tagnes andines qui ali­mente les canaux d’irrigation dont béné­fi­cie la vigne.

Elle prof­ite égale­ment de l’importance des écarts de tem­péra­ture de ces zones déser­tiques : la chaleur des journées favorise la pro­duc­tion de sucre, la fraicheur des nuits garan­tit un bon niveau d’acidité, le faible taux d’humidité pro­tège des champignons et insectes nuis­i­bles.

Pour faire con­nais­sance avec les pro­duc­tions locales, nous optons pour une demi-journée d’excursion pro­posée par une agence de tourisme : direc­tion Maipú, une petite dizaine de kilo­mètres au sud-est de Men­doza.

Au pro­gramme, vis­ite de trois pro­priétés viti­coles, et, sur­prise, d’une fab­rique d’huile d’olive et de vinai­gre.

La vis­ite des deux pre­mières «bode­gas» est bien rodée : décou­verte au pas de charge de par­celles de vignes et des chais, dégus­ta­tion au même rythme de trois sortes de vins. On n’est pas là pour trainass­er : les cars suc­cè­dent aux cars ! C’est un peu rapi­de pour avoir le temps de bien déguster les pro­duits locaux, assez cepen­dant pour faire con­nais­sance avec un char­mant cou­ple de touristes «Rosari­nos» (De Rosario, en Argen­tine), et échang­er nos con­nais­sances vini­coles respec­tives ! Quoi de mieux qu’un verre de bon vin pour bris­er la glace ?

La troisième pro­priété vis­itée se démar­que des deux pre­mières par l’originalité de ses pro­duc­tions.

Cette «bode­ga», fondée en 1912 par un immi­gré ital­ien, Anto­nio Flo­rio, s’est spé­cial­isée dans la pro­duc­tion de «vins ital­iens» à par­tir de cépages tels que le Chi­anti, de «vins for­ti­fiés» tels que le Marsala, le Por­to, le Mosca­to, ain­si que des «vins effer­ves­cents».

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bonne sur­prise de l’après midi est la vis­ite et la décou­verte de l’activité de l’Olivicola Laur y Aceta­ia Mil­lán.

Cette fab­rique d’huile d’olive, fondée en 1906 par Fran­cis­co Laur, immi­gré français venu faire for­tune à la «Cruz de Piedra» à Maipú, est dev­enue la 1ère entre­prise d’oléiculture d’Argentine, et occupe depuis 2019, le 4ème rang du classe­ment mon­di­al des meilleurs oléicul­teurs.

Fab­rique d’huile Laur – 2020

Rachetée en 2010 par la famille Mil­lán, l’entreprise s’est lancée, en 2013, dans la fab­ri­ca­tion du vinai­gre bal­samique tra­di­tion­nel, ce qui n’a pas man­qué de piquer notre curiosité puisque ce pro­duit béné­fi­cie d’une appel­la­tion con­trôlée his­torique­ment réservée aux provinces de Mod­ène et de Reg­gio Emil­ia !

Toute­fois, nous apprenons qu’en dehors de l’Europe, trois entre­pris­es, sis­es à Toron­to, Tokyo et donc Men­doza, sont cer­ti­fiées par le «Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na», garant de la qual­ité des pro­duits, des méth­odes et procé­dures de fab­ri­ca­tion spé­ci­fiques, et sont autorisées à pro­duire ce vinai­gre.

La vis­ite com­mence par l’oliveraie, aujourd’hui plus que cen­te­naire, puis par celle de la fab­rique, à la pointe des méth­odes mod­ernes de pro­duc­tion. Nous décou­vrons égale­ment le musée où sont exposées les dif­férentes machines util­isées à tra­vers les âges.

Nous ter­mi­nons par la décou­verte des chais de vieil­lisse­ment du vinai­gre élaboré selon un procédé ances­tral dévelop­pé à Mod­ène.

Tout com­mence par la pro­duc­tion d’un moût de raisin cuit (ici de l’Ugni Blanc) qui passe ensuite par un proces­sus de vieil­lisse­ment dans une bat­terie de cinq fûts en bois de tailles et d’essences dif­férentes (chêne, châ­taig­nier, cerisi­er, frêne et aca­cia) et per­me­t­tant l’évaporation.

Hui­lerie Mil­lán : press­es – 2020

Chaque année, la par­tie éva­porée est rem­placée par une par­tie du con­tenu du fût immé­di­ate­ment précé­dent ; le dernier par du nou­veau moût cuit.

La durée de vieil­lisse­ment étant d’au min­i­mum 15 ans, ce n’est donc qu’en 2029 que l’Acetaia Mil­lán devien­dra la 1ère entre­prise de l’hémisphère sud à embouteiller du vinai­gre bal­samique «IGP».

Si elle est con­nue du monde entier pour ses vig­no­bles et la qual­ité de ses grands crus, Men­doza est une ville sur­prenante. Elle n’est pas la ville oasis que cer­tains y voient. C’est une ville ver­doy­ante au cœur du désert qui entoure les Andes, riche de son his­toire et de l’apport de ceux qui s’y sont instal­lés.

Avant d’être créé en 1561 par un dénom­mé Pedro del Castil­lo, le site était occupé par des tribus indigènes dont les «Huarpes» à qui l’on doit ce sys­tème d’irrigation appelé «ace­quias» qui a per­mis de trans­former cette zone déser­tique en cité ver­doy­ante, sys­tème d’irrigation tou­jours util­isé aujourd’hui pour l’activité phare de la Province de Men­doza.

La base urban­is­tique de la ville actuelle fut créée en 1863 par le français Jules Ballofet, chargé de recon­stru­ire, un peu plus loin du site orig­inel, la ville rasée par le vio­lent séisme de 1861.

Ain­si, tout au long de son his­toire, on y retrou­ve l’empreinte de nom­breux français qui ont con­tribué à la con­struc­tion et à la répu­ta­tion de ce qui est aujourd’hui la 4ème ville d’Argentine.

Men­doza : parc du “Museo del área fun­da­cional » (Musée archéologique de la ville) – 2020