Sur chaque continent existe une instance de dialogue entre les différents états le constituant. Conseil de l’Europe, Union africaine, Association des Etats d’Asie du sud-est, etc…
L’Amérique quant à elle présente l’originalité d’en avoir deux, plus ou moins antagonistes : l’historique Organisation des Etats américains (OEA), qui regroupe les Etats aussi bien du nord que du sud, et la CELAC, autrement dit la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes. Cette dernière a été créé en février 2010 par le président du Venezuela Hugo Chavez. Comme son nom l’indique, elle ne regroupe que les pays du sud, du Mexique à l’Argentine. N’en font pas partie les pays du nord, Etats-Unis et Canada, ainsi que les pays possédant des colonies dans le sud, comme la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.
On imagine facilement ce qui a motivé sa création. Dans son exposé d’objectifs, la CELAC se présente avant tout comme une structure destinée à l’intégration de l’ensemble des pays latino-américains. Mais au-delà de cela, bien entendu, il y avait également le désir de certains dirigeants de s’affranchir un tant soit peu de la pesante tutelle des États-Unis sur l’Organisation des États américains.
Pays intégrant la CELAC (différentes nuances de vert). En jaune, le Brésil : Bolsonaro a retiré son pays de la Communauté en 2020.
En principe, les deux organisations ne sont pas antinomiques. D’ailleurs la totalité des membres de la CELAC sont également membres de l’OEA, actuellement présidée (depuis 2015) par l’Uruguayen Luis Almagro. Les objectifs principaux de cette dernière sont la défense de la démocratie, la lutte contre le trafic de drogue, et la facilitation des échanges entre pays américains.
Mais récemment se sont élevées certaines critiques vis-à-vis de la CELAC, dont certains de ses membres commencent à estimer qu’elle a tendance à se réduire à un club anti-étatsunien d’une part, et une officine de propagande populiste de gauche, d’autre part. «Dans le viseur», comme on dit dans les journaux, trois pays très critiqués pour leurs régimes autoritaires : Cuba, Venezuela et Nicaragua.
En 2021, lors du congrès de Mexico, le président Argentin Alberto Fernández avait sévèrement critiqué l’OEA, en disant que «En l’état, l’OEA ne servait plus à rien». Il faisait référence à la destitution d’Evo Morales (Bolivie) en 2019, à l’occasion de laquelle l’OEA avait pris ouvertement position contre le président bolivien en contestant la régularité des élections. Celle-ci a également poussé dehors, justement, les dirigeants des trois pays « douteux » : Diaz-Canel le Cubain, n’est plus invité, Daniel Ortega (Nicaragua) a décidé de ne plus assister aux réunions, et le Venezuela est officiellement représenté par le pourtant non-officiel président auto-proclamé Juan Guaidó, opposant déclaré à Nicolás Maduro.
Pays intégrant l’OEA (vert). En rouge, Cuba, qui en est exclu, en jaune le Venezuela, représenté par un membre de l’opposition au pouvoir.
En somme, depuis 2010, on peut observer une nette ligne de fracture idéologique entre les deux organisations, même si elles continuent de réunir – en dehors des exceptions citées ci-dessus – l’ensemble des pays américains. D’un côté, une OEA plutôt dominée par les gouvernements conservateurs, de l’autre, une CELAC essentiellement animée par les gouvernements les plus à gauche. A droite, on accuse la CELAC de promouvoir les révolutions communistes (en gros) de type cubain ou vénézuélien, à gauche, on traite l’OEA de «ministère des colonies des Etats-Unis».
L’éternelle fracture américaine. A l’origine, la création de la CELAC partait d’un objectif tout à fait louable, dans la mesure où il est plus qu’évident que les Etats-Unis n’ont jamais cessé, et ne cesseront jamais, de considérer les autres pays américains comme des protectorats, n’hésitant jamais à manipuler la démocratie en leur faveur. Mais il est non moins évident qu’elle n’a pas su, de son côté, maintenir son cap d’origine, à savoir l’intégration des Etats latinos.
Son biais idéologique la rend perméable aux critiques. Citons Luis Almagro, président de l’OEA : «La variété d’opinions fait la force de notre organisation. Donner une couleur idéologique a la CELAC est une erreur. Gardons-nous de la tentation idéologique dans les forums internationaux». Une critique qui aurait plus de puissance si, de son côté, l’OEA était exempte de tout biais idéologique ! Ce qui est loin d’être le cas, comme on peut le constater en permanence par ses prises de position politiques – voire ses interventions – dans les processus démocratiques des différents pays qui la composent.
Luis Almagro, actuel président de l’OEA.
Récemment, le président des Etats-Unis Joe Biden a présenté l’OEA comme «le seul forum engagé en faveur de la démocratie et des droits humains». Certains latino-américains, comme, au hasard, Chiliens, Brésiliens, Boliviens, pourraient légitimement contester l’affirmation, quelques preuves en main !
Mais de son côté, la CELAC, qui s’obstine à soutenir un Daniel Ortega qui a fait de son pays, le Nicaragua, une propriété personnelle, et de son peuple une armée de serviteurs, ou un Maduro dont l’incompétence et l’incurie ont conduit, et conduisent toujours, le pied sur l’accélérateur, le Venezuela à une catastrophe humanitaire, serait sans donc plus crédible en faisant preuve d’un poil plus de lucidité.
C’est assez désolant, mais c’est ainsi : plus de cinq siècles après Christophe Colomb, l’Amérique dans son ensemble est toujours à la recherche de la signification du mot «indépendance» !
Comme (je ne l’avais pas) promis, voici un petit florilège de commentaires argentins d’après victoire.
Attention, hein, il s’agit d’une sélection, qui ne se prétend pas totalement représentative de l’opinion argentine, je ne me suis pas appuyé la lecture de tous les commentaires sous les articles de presse ! Oh oh !
Je vous fais grâce des cris de victoire, on est les meilleurs, c’est le plus beau jour de ma vie, l’Argentine de Messi est la plus belle de tous les temps, nous sommes le plus grand pays de football du monde, etc… Il y en a plein, comme il y en aurait eu plein chez nous en cas de résultat inverse.
Au sujet de ce troisième titre, en revanche, on pouvait s’attendre à l’inévitable comparaison Maradona-Messi. Qui c’est le plus beau ?
Enfin on tourne la page Maradona. Un joueur extraordinaire, mais un mauvais exemple autant comme joueur que comme personne.
Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ! Maradona était un grand joueur, mais un type détruit par la drogue et l’alcool. Comment peut-on le comparer à Messi, excellent joueur, honnête, sain, à l’esprit familial ? Arrêtons de les comparer, ça n’a aucun intérêt, à part pour les journalistes en mal de copie !
Les deux ont été magiques mais l’un dépasse l’autre en terme de dignité et d’éthique. Messi n’a pas mis de but de la main ni soutenu le gouvernement en place, encore moins la dictature ni frayé avec le milieu. La simplicité et l’humilité de Messi le grandissent et en font un exemple.
Comme Aimé Jacquet avant la victoire de la France en 1998, Messi avait été critiqué par la presse argentine avant le tournoi. Certains journalistes l’avaient même traité de “mollasson” (“Pecho frio”). Naturellement, après la victoire, ils se prennent le boomerang en pleine figure.
Je propose que ceux qui ont médit de Messi et Scaloni (l’entraineur) fassent un acte de contrition.
Et ceux qui ont traité Messi de mollasson ? Où ils sont ???
Je vous en passe des bien moins charitables, et surtout moins publiables…
Naturellement, s’agissant de l’Argentine, impossible de ne pas y mêler un peu de politique. Le sport le plus populaire du pays n’échappe pas à la fracture politique.
Ferveur, mer de larmes, euphorie au cours d’une prétendue fête qui s’est terminée dans la saleté et les dégradations sans le moindre respect pour les lieux interdits au public, des dégâts commis par des gens qui ont un ballon à la place du cerveau. Nous savons à quel courant politique ils appartiennent.
C’est une honte que ce soit l’équipe argentine qui donne de la joie au peuple, et non 40 ans d’une “démocratie” qui a appauvri , socialement, financièrement et culturellement le 7ème pays du monde en superficie, et le plus riche de tous. (Oui, il y a des Argentins optimistes !)
La grande fête argentine, à laquelle ne sont invités ni les corrompus ni les opportunistes !
Il y a un moment qu’une grande partie de la population qui fait ses courses au supermarché n’a plus les moyens de rien y acheter. Les gens souffrent, car il ne s’agit pas de luxe, mais de nécessité. Alors, tout comme autrefois les peuples de l’Antiquité qui crevaient de misère, ils sont sortis dans la rue hier pour agiter les drapeaux et fêter la libération. Et celui qui avait rompu les chaines pour quelques heures était un type qui gagne plusieurs millions de dollars par an. Un héros moderne. Un brave type, mari et père aimant. L’économie de marché a décidé que ce gars qui adorait jouer au ballon serait le libérateur du XXIème siècle. Voilà notre époque.
Ah ! Et puis l’ami Christophe nous a parlé hier des mauvaises manières, (en langage sportif, on dit “chambrage”) rapportées par le Figaro, des joueurs argentins vis à vis de nos bleus, après la victoire. Cela n’a pas échappé à la sagacité des (rares) supporters argentins qui lisent la presse étrangère.
Ceux qui savent lire le français trouveront dans Le Figaro d’aujourd’hui un commentaire sévère sur l’attitude mal élevée de Dibu Martinez non seulement pour ses gestes obscènes trophée en main, mais également pour ses chants dans le vestiaire. Et ce n’est pas un commentaire de mauvais perdant, c’est hélas vrai !
Voilà pour le seul avis “non chauvin” trouvé dans la presse d’hier. Qui s’est immédiatement pris une volée de bois vert :
Bah, il n’y a que les Français pour protester contre les chansons de vestiaire. Parce que vous croyez que ce sont des pucelles qui expriment toute leur joie candide en dansant ? Ils n’ont aucun argument et tentent seulement de ternir la fête de joueurs qui donnent libre cours à leur émotion. Les Argentins l’ont fait dans leur vestiaire, qui est un lieu privé. Ils se sont scandalisés quand Mbappé a célébré le pénalty manqué des Anglais ?
Ouais, ouais… il s’agit bien des Français. Ceux-là mêmes qui font les bien propres sur eux, mais qui quand il s’agit de discriminer, de conquérir et de polluer la planète, ne le sont pas tant que ça, propres. Ce qui n’enlève rien à la mauvaise attitude des Argentins en diverses occasions, mais tant qu’à comparer…
PRIVE ! Seul Dieu a droit de regard sur la vie privée des hommes…Personne d’autre ! Ils ne manquerait plus qu’ils se glissent dans le lit des gens pour leur dire comment bien faire l’amour !
Une critique qui ne va pas sans un poil de racisme, un biais largement partagé des deux côtés de l’Atlantique, hélas :
L’Argentine a gagné sa troisième étoile haut la main, en challenger, sans joueurs accros à la drogue ni but de la main. Et en plus contre le tenant du titre, c’est à dire la France+l’Afrique, et malgré le chat noir rôdant dans les tribunes. Carton plein !
Cette histoire de chat noir ne vient pas de nulle part. Lors de la seule défaite de l’Argentine en qualif’, on avait vu s’afficher l’ancien président Mauricio Macri en tribune entouré de dignitaires Qatariens. Il avait alors été la cible des rieurs qui l’avaient traité de porte-malheur. C’est resté. Du coup, après la victoire, et comme il était également dans le stade ce dimanche, ses supporters se vengent… aux dépens du nôtre, de président !
A la demande générale de quelques lecteurs amateurs de foutebol, je vais donc me pencher sur le résultat argentinesque de cette dernière coupe du monde du ballon qui ne tourne pas toujours très rond.
Mais je tiens à prévenir : il n’y en aura pas d’autres. D’abord parce que là où je suis, mes conditions de connexion, et donc d’accès à la plateforme du blog, sont plus que flottantes, et ensuite parce qu’avec cette coupe bue jusqu’à plus soif, (ne plus avoir soif, au Qatar, ça reste tout de même un exploit, compte tenu de la prohibition de la bière !) je n’ai pas vraiment trinqué.
Voilà donc les Argentins pour la troisième fois au sommet de la montagne. Après la Coupe de la honte chez eux en 1978, qu’ils avaient remportée pour le plus grand bénéfice des généraux au pouvoir (et dont ils avaient acheté un match en qualif’), celle de 1986 gagnée avec l’aide de Dieu, de sa main, ou de celle d’un autre dieu plus païen, on ne sait plus, cette fois, pas de lézard : ils ont bien mérité leur victoire. Pas de bol pour les réacs de tout poil : ils la gagnent sous un gouvernement péroniste, détesté par la moitié du pays et dont la vice-présidente vient d’être condamnée pour corruption.
Mais bien entendu, lorsqu’il s’agit de défiler sur les Champs… pardon, sur l’avenue du 9 de Julio (bien plus longue et bien plus large que nos Champs-Elysées, soit dit en passant), tout le monde se réconcilie pour communier à la grand-messe du divin sport.
Une du quotidien La Nacion du 19/12/2022
C’est donc la liesse générale, on peut oublier pour quelques jours l’inflation à trois chiffres, les haines politiques recuites et la dépression profonde dont le pays ne semble plus sortir depuis la chute de la dictature en 1983. Certains diraient plutôt : depuis la chute de Perón en 1955. Tout dépend des points de vue. Mais ce n’est pas le sujet. Aujourd’hui, tout comme en 1978, toute l’Argentine exulte et se fout pas mal du contexte. Le foot reste un excellent analgésique. Du moment qu’on gagne, bien entendu.
Un petit tour de la presse locale, d’ordinaire très clivée, permet d’en mesurer les effets.
Pour la Nación, «l’équipe de Messi a gagné la plus belle finale de l’histoire et s’est acheté un coin du paradis du football». «Euphorie et mer de larmes pour une fête qui a résonné dans tous les recoins du pays» (avec photo de la fameuse avenue en prime). «Au-delà des records, Messi fait l’histoire et gagne la dévotion, la gratitude et l’éternité». Et pour l’analyse de la partie, dominée de la tête et des épaules par l’équipe bleue et blanche, le journal décortique la vision de Scaloni, l’entraineur argentin, et l’erreur monumentale de Deschamps, qui se serait gourré à la fois de stratégie et de tactique.
Voyons maintenant ce que se dit à l’autre extrême de l’éventail politico-journalistique, chez les gaucho-péronistes de Pagina/12. Commençons par vous faire un petit cadeau : quelques cartes postales de l’Avenue du 9 de Julio dimanche soir. Pour le reste, comme on pouvait s’y attendre de la part de ce canard tout de même moins chauvin et un poil plus réflexif, la joie est plus mesurée. On met l’accent ici sur le côté collectif de la victoire, on s’attarde sur le côté cathartique du succès, avec Sandra Russo : «Du néant, de la fracture, du découragement, du boycott, de la récupération politique que le pouvoir réel fait des émotions populaires qu’il transforme en marchandises, est sorti soudain cette fête populaire qui gonfle nos poitrines et qu’il fallait pourtant défendre du petit discours ambiant qui les qualifiait de moribondes, d’ambiguës et de vulgaires». Et on s’intéresse aux réactions internationales.
Chez Clarín, le quotidien le plus lu du pays, le ton est aussi à la fête et à la victoire, mais j’ai été étonné d’en constater la mesure. On n’en fait pas des tonnes, soulignant surtout une certaine justice faite au grand champion Messi, qui peut enfin porter la couronne suprême. Petite curiosité, avec un détour par un bar parisien dans lequel les Argentins de France se sont réunis pour suivre la partie, le transformant en une sorte, dit le journal, de «Bombonera», du nom du célèbre stade du club de Buenos Aires Boca juniors. Et, pour le décalage, une collection de «memes» autour du tournoi !
Mais ce journal, fidèle à ses obsessions politiques, s’étale finalement bien moins que les autres, qui, eux, consacrent toutes leurs premières pages à l’événement. Chez Clarín, au bout d’une dizaine d’articles développés sur une moitié de une (je parle là de la une numérique, bien entendu), on en revient vite à l’actualité politico-polémique, sur le thème récurrent du journal : le péronisme est la cause de tous nos maux. Faudrait tout de même pas que l’euphorie prenne le pas sur la crise politique et fasse oublier de taper sur le gouvernement. Je passe les articles, suffit d’aller voir par vous-même : Clarin.com.
Voilà pour le tour des stades. Pardon, des unes. Je m’arrête aux trois canards principaux. Pour les autres, je vous laisse aller y voir vous-mêmes, je manque un peu de temps si je veux poster cet article avant que le globe doré ne se couvre de poussière. C’est ici, là, et là. Par exemple. Mais dans l’ensemble, les unes se ressemblent pas mal, on s’en doute.
Si j’ai de la connexion et un peu de temps, demain, je vous baillerai une petite revue de commentaires populaires, histoire de prendre la température des aficionados argentins. Mais je ne promets rien !
En attendant, amis footeux, bonne digestion. Les défaites sont toujours un peu lourdes, et en ces veilles de fêtes, cette séance de penalties manquée (une marque de fabrique française, vous ne trouvez pas ?) ne pouvait pas tomber plus mal.
PS. Je dédie cet article à mon ami Benito Romero, sans lequel je n’aurais jamais aussi bien suivi le parcours de la sélection Albiceleste, comme on l’appelle là-bas !
Suite du feuilleton Cristina Kirchner. Comme nous l’annoncions dans l’article précédent, le jugement est tombé hier dans la journée. L’ancienne présidente (2007–2015) et actuelle vice-présidente de la République Argentine a été jugée coupable de corruption et de fraude aux marchés publics et condamnée à six ans de prison, ainsi qu’à l’inéligibilité à vie.
Un jugement qui ne surprend personne, à Buenos Aires. Selon Pagina/12, la messe était dite depuis longtemps, en raison de la partialité de juges, selon le quotidien de gauche, qui n’ont présenté aucune preuve tangible de l’implication de Cristina Kirchner dans un réseau de corruption. Pour le quotidien, dans cette affaire, la seule association de malfaiteurs, c’est justement celle des juges !
Cristina Kirchner recevant le bâton de présidente de son mari Nestor, lors de la passation de pouvoirs en 2007.
Ce n’est évidemment pas l’avis des journaux d’opposition au gouvernement péroniste. Pour la Nación, ce n’est que le début d’une longue liste de condamnations à venir, puisque d’autres procès demeurent en cours, concernant d’autres affaires d’ordre similaire, comme celle de présumé blanchiment d’argent dans la construction et la réfection d’hôtels appartenant à la famille Kirchner en Patagonie.
L’ancienne présidente n’ira néanmoins pas en prison tout de suite. D’une part, elle bénéficie d’une immunité en tant que parlementaire et membre du gouvernement (il faudrait un vote et une majorité des deux tiers au parlement pour la lever), d’autre part, elle va naturellement faire appel de la sentence. Elle pourrait même se présenter à la prochaine présidentielle, malgré l’inéligibilité.
Dans cette affaire, elle n’est pas la seule condamnée. Il y avait en tout 13 accusés, à des titres divers. (Voir détails dans Clarín) Deux ont écopé de la même peine, l’entrepreneur Lázaro Báez et l’ancien secrétaire d’état aux travaux publics José López. 6 ont été condamnés à des peines un peu moins lourdes, 4 ont été finalement acquittés. Tous sont d’anciens fonctionnaires ou liés à des entreprises de travaux publics.
Les péronistes, qui soutiennent Cristina Kirchner, voient dans cette sentence la volonté de juges liés à l’opposition de droite de proscrire le mouvement, une nouvelle fois. (Rappelons que le péronisme avait été proscrit après le coup d’état de 1955, durant 18 ans, par les différents gouvernements militaires qui s’étaient succédé). La vice-présidente elle-même parlant d’une mafia judiciaire œuvrant pour la faire disparaitre du paysage politique.
Même s’il est très difficile pour un spectateur extérieur, comme nous le disions précédemment, de faire la part des choses, il parait assez probable en effet que la droite ait au moins profité de cette fenêtre judiciaire pour enfoncer un coin dans un mouvement péroniste qui demeure envers et contre tout très populaire auprès des Argentins les plus modestes.
Il n’en reste pas moins vrai que les marchés publics de construction de routes dans la région de Santa Cruz (celle dont sont originaires les Kirchner) ont été systématiquement attribués à la même entreprise amie de la famille, celle de Lázaro Báez.
Néanmoins, il semble bien que les preuves de l’implication directe de Nestor (président de 2003 à 2007) et Cristina Kirchner (présidente de 2007 à 2015) n’aient jamais été clairement démontrées. Par exemple, aucun document écrit n’a pu être mis au jour prouvant que l’ancienne présidente ait réellement donné des instructions concernant l’attribution des marchés. Ce qui n’enlève rien à l’évidence des relations entre les différents protagonistes de l’affaire. En somme, si les juges ont probablement moralement raison (Le favoritisme envers Báez saute aux yeux), ils se sont appuyés davantage sur des faisceaux de présomption et des témoins aux versions changeantes que sur des preuves tangibles, et le jugement manque donc de solidité légale.
En attendant, l’opposition exulte. Dans la Nación, Mariano Spezzapria voit dans le jugement une bombe politique qui laisse le gouvernement KO debout : Cristina Kirchner a annoncé qu’elle ne se présenterait plus à rien, laissant ainsi le mouvement orphelin d’une dirigeante historique. Dans Clarín, Claudio Savoia voit une sentence ouvrant la porte à une ère nouvelle, et qui pourrait servir de tremplin pour de nombreuses autres affaires. Une bombe qui pourrait bien sauter à la figure de nombreux autres dirigeants sud-américains eux aussi convaincus de corruption. Savoia ne prend pas la peine d’user d’euphémisme ni de prendre de gants, dressant une liste impressionnante de corrompus, mélangeant joyeusement les avérés comme l’ancien président Paraguayen González Macchi et les blanchis victimes de lawfare comme Lula au Brésil.
Cristina Kirchner et Ignacio Lula Da Silva
A gauche en revanche, on dénonce assez unanimement une persécution envers l’ancienne présidente. Pagina/12 relate en détails l’appui reçu de la part à la fois du gouvernement, des syndicats et d’associations de droits de l’homme.
Alors, sentence méritée ou lawfare ? Difficile de se faire une idée en lisant une presse totalement partiale en Argentine. Il n’en reste pas moins qu’avec ce jugement, le kirchnerisme, ce péronisme classé à gauche, est gravement touché, et aura du mal à s’en remettre. Il est en effet peu probable que Cristina Kirchner, malgré sa popularité encore élevée, puisse avoir encore un avenir politique. Paradoxalement, cela laisse le champ libre à l’espoir d’un certain apaisement politique dans un pays où sa figure cristallise rancœurs et divisions. Et pourrait arranger l’aile plus centriste du mouvement, portée par l’actuel président Alberto Fernández, qui ces derniers temps était entré en conflit de tendances plus ou moins ouvert avec le kirchnerisme.
On aura noté la rareté informative sur le blog ces derniers temps. Mais je fais confiance à l’immense majorité très affutée de nos lecteurs habituels pour en avoir déduit la cause principale. En effet, en ce moment, dans la presse argentine, l’actualité dominante, pour ne pas dire écrasante, a pris une très nette forme sphérique.
En bref, les unes des journaux, depuis début novembre, sont couvertes de photos de types en maillots de toutes les couleurs, et, pour ce qui concerne nos amis Argentins, surtout en bleu ciel et blanc. Tenez, rien qu’aujourd’hui, dans la Nación, sur 35 articles proposés en page d’accueil, 13 sont consacrés au Mondial de foot. Et encore, ce journal place quand même 5 articles plus généraux, politiques ou sociaux, avant. Clarín et Pagina/12, eux, mettent carrément le Mondial aux premières loges, le dossier spécial Mondial arrivant en haut de page : 5 articles pour Clarín, 6 pour Pagina/12. Et le fait que l’Argentine ait joué (et gagné) la veille n’influe en rien : c’était pareil les jours d’avant.
Tous les connaisseurs le savent, et le serineront : l’Argentine est un pays de football, celui de Maradona et de Messi, un des quatre ou cinq pays majeurs du sport le plus populaire au monde. Mes amis Porteños (Les Porteños, je le rappelle, sont les habitants de la capitale, Buenos Aires) ont beau avoir une conscience politique, et ne pas être totalement ignorants des critiques adressés à ce « mondial de la honte » comme l’appellent ses détracteurs, ils sont à fond.
Hier, ils m’ont envoyé des photos de la fan zone de Palermo, où ils étaient allés en famille voir le match de huitième de finale contre l’Australie. On a beau communiquer tous les jours, je n’ai pas lu de leur part le moindre doute quant au fait de savoir s’il fallait boycotter ou suivre le tournoi.
Fan Zone lors du match Argentine-Australie du 03-12-2022 — Quartier de Palermo, Buenos Aires.
L’Argentine tout entière, de gauche à droite et des plus pauvres aux plus riches, est devant ses écrans. En plus, pour eux, et pour une fois, le Mondial a lieu l’été, ce qui ne gâte rien et rend les rassemblements encore plus agréables et festifs. On peut assister aux matches en sirotant son Fernet-Coca en terrasse.
J’ai eu beau chercher, dans les grands quotidiens en ligne, pas l’ombre d’une polémique, pas trace de la moindre critique, pas de place au moindre doute. Il est vrai qu’en Argentine, l’écologie n’est pas un souci encore très prégnant. L’écologie politique n’est même pas encore née. L’exploitation des travailleurs migrants pourrait l’être en revanche, si l’histoire du pays avait été moins marquée, justement, par une inégalité systémique et une relation entre capital et travail très défavorable au second. L’exploitation ouvrière, en Argentine, on connait bien, et on la vit au moins aussi violemment qu’au Qatar. Demandez aux indiens, aux ouvriers agricoles (peones) ou aux habitants des nombreux bidonvilles qui s’étendent aux alentours, et même dans les centres, des grandes agglomérations.
Ne pas oublier non plus que le dernier Mondial à avoir posé autant de problèmes de conscience aux habitants des pays les plus favorisés de la planète – essentiellement occidentaux – a été justement celui de 1978 en… Argentine. Pendant la dictature des généraux Videla et Cie. Le mot boycott sonne donc assez mal aux oreilles argentines (Même s’il existe, et même traduit, contrairement à chez nous : boicoteo, et le verbe boicotear…).
Bref, en Argentine, c’est la fête du foot, qui permet de surcroit d’oublier pendant quelques semaines les soucis du quotidien, qui s’accumulent ces derniers temps. Inflation galopante, augmentation des prix, monnaie qui ne vaut plus rien (mes amis, qui rêvent de venir en Europe, devront probablement attendre encore quelques années), crise politique aiguë…
Tiens, à propos de crise politique. Nous devrions connaitre d’ici peu le sort de l’ancienne présidente – et actuelle vice-présidente – Cristina Kirchner. Depuis plusieurs années en procès pour corruption, fraude fiscale et association de malfaiteurs, notamment au sujet de chantiers et d’appels d’offre qui auraient fait l’objet de favoritisme et de divers pots de vin, elle pourrait écoper de 5 à 8 ans de prison, et de 20 ans d’inéligibilité. Le verdict sera prononcé mardi prochain. Ceci dit quel qu’il soit, et même si elle est déclarée coupable – ce qui, pour les quotidiens de droite comme Clarín et La Nación, est plus que probable – elle n’ira pas en prison, et pourra même se présenter à la prochaine présidentielle : elle est loin d’avoir épuisé tous les recours que le justice argentine lui autorise.
Ne me demandez pas mon avis là-dessus. La lecture des quotidiens argentins ne peut être d’aucun secours pour se faire une idée, tant l’indépendance des médias y est inexistante. Véritable corruption ou soft power façon Lula au Brésil, pour dézinguer un personnage politique encore très populaire ? Impossible de trancher. Il semble peu probable que Cristina ait les mains totalement propres dans cette affaire. Le pouvoir est le pouvoir, avec les privilèges et petits arrangements qui vont avec. Que les Kirchner (son mari avait été président lui aussi de 2003 à 2007) en ait fait profiter leurs copains entrepreneurs, comme le fameux Lazaro Baez, n’aurait rien d’étonnant. Mauricio Macri, président de droite de 2015 à 2019, n’est sans doute pas le mieux placé pour servir de contre-exemple.
Le pouvoir corrompt, c’est bien connu. Et le pouvoir, les Kirchner l’ont eu pendant 12 ans consécutifs ! Et il ne les a pas appauvris, bien au contraire : leur solide patrimoine (propriétés agricoles, hôtels, immeubles) en fait foi. La nouvelle madone des humbles (on compare souvent Cristina à Evita) est très riche.
Mais ne comptez pas sur Clarín et la Nación (anti) ou sur Pagina/12 (pro) pour séparer le bon grain de l’ivraie, comme disent les catholiques. Pour les uns, Cristina ferait passer Al Capone pour un bienfaiteur de l’humanité, pour les autres, elle est une nouvelle sainte Blandine donnée en pâture aux lions de l’ultra libéralisme. Dans tous les cas, sa figure permet de se simplifier singulièrement les problèmes de conscience, en peignant la situation politique tout en noir ou blanc, et en rejetant la responsabilité intégrale des problèmes du pays sur « l’autre », le politique corrompu ou le mal votant.
Allons, au moins, il reste une chose qui met tout le monde d’accord : l’Albiceleste (surnom de l’équipe argentine de foot) est la meilleure du monde, et elle va rapporter la coupe à la maison. Comme en 1978, où même les plus féroces opposants avaient mis leurs griefs entre parenthèses le temps d’acclamer ce bon Rafael Videla levant les bras en tribune du stade Monumental Antonio Vespucio Liberti de Buenos Aires, le 25 juin.
Coupe du Monde 1978
Allez, tiens, un bon conseil à mes amis Argentins. Vous voulez en finir avec la haine qui pourrit l’ambiance politique du pays ? Elisez Leo Messi président en 2023 !
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Quelques articles de presse :
- Sur le jugement contre Cristina Kirchner mardi 6 décembre.
Hebe de Bonafini est décédée le 20 novembre dernier, à l’âge de 93 ans. Elle était une des premières « Mères de la Plaza de Mayo », ces femmes courageuses qui avaient pris l’initiative d’aller manifester sous les fenêtres du Palais présidentiel, en avril 1977. La dictature militaire avait moins d’un an, et déjà le cycle infernal de la répression et des disparitions était bien engagé.
Hebe de Bonafini en 2015
Les militaires enlevaient de jeunes militants et les envoyaient dans des centres de détention pour les interroger, la plupart du temps au moyen de la torture. Ensuite, la grande majorité d’entre eux étaient escamotés. Comme disait un général de l’époque : « Pas de cadavre, pas d’existence ». Faire disparaitre, en somme, était vu comme le meilleur moyen de camoufler ses crimes. Beaucoup de jeunes, notamment, seront ainsi jetés depuis un avion, parfois vivants (on leur administrait un fort soporifique) dans le Río de La Plata. (Voir notre article sur la répression militaire ici).
Leurs mères et grands-mères ont alors pris l’initiative d’aller exiger de savoir où étaient leurs enfants, en venant manifester tous les jeudis sous les fenêtres des nouveaux dirigeants. Comme on leur interdisait tout rassemblement statique, elles se sont mises alors à tourner autour de la petite pyramide qui fait face au Palais. Pour les discréditer, les militaires les surnommeront « Les folles de la Plaza de Mayo ». En français, “les folles de mai”.
Siège de l’association à Buenos Aires
Hebe de Bonafini, qui avait 50 ans à l’époque, faisait partie des premières d’entre elles. Son fils Jorge avait été enlevé par les militaires à La Plata en février 1977. Ensuite, disparaitront également son autre fils Raúl, puis sa belle-fille María Elena, dans les mêmes circonstances.
Fondée officiellement en 1979, l’association des Mères existe depuis cette époque, Hebe de Bonafini en était présidente depuis le début.
Voilà maintenant six ans que Milagro Sala est en prison, sans que les accusations portées contre elle n’aient pour le moment débouché sur un verdict définitif.
Le cas de cette militante des droits indigènes est très révélateur de l’immense fracture qui divise actuellement toute la société argentine. Pour les uns, Milagro Sala est le symbole de l’arbitraire d’un pouvoir judiciaire à la botte des dirigeants politiques. Pour les autres, celui de la mise au service d’une grande cause au profit d’intérêts particuliers, en somme, représentative de la corruption et du clientélisme du mouvement péroniste, auquel on n’hésite pas alors à la rattacher.
Qui est-elle en réalité, et que lui est-il reproché ?
Milagro Sala, 58 ans, était jusqu’en 2016 présidente de l’association de quartiers Tupac Amaru, à San Salvador de Jujuy, dans le nord-ouest argentin, près de la frontière avec la Bolivie. Elle était également militante du syndicat d’extrême-gauche CTA (Confédération des travailleurs argentins), et avait été élue en 2013 députée de sa région, avant de démissionner en 2015 pour entrer au parlement du Mercosur, le marché commun du continent américain.
D’origine indienne, elle est également une défenseure des droits indigènes, et une militante féministe reconnue.
Farouche et très active opposante au gouverneur conservateur de la région, Gerardo Morales, celui-ci n’a eu de cesse de la museler et de tenter d’affaiblir son mouvement, en l’accusant de toutes sortes de malversations.
En 2016, Milagro Sala a été arrêtée, dans un premier temps au motif de la participation à une manifestation sauvage devant le domicile de Morales, pour protester contre sa politique de logement.
Bien qu’il ait été prouvé qu’elle n’était pas présente ce jour-là, et en dépit des protestation d’organisations non-gouvernementales et même du groupe de travail sur les arrestations arbitraires de l’ONU, elle est condamnée à trois ans de prison avec sursis. Sentence confirmée par la Cour suprême : à l’époque, l’Argentine était dirigée par Mauricio Macri, du même bord que Gerardo Morales.
A partir de là, les mises en accusations vont se multiplier : détournement de fonds publics (subventions à son association), favoritisme (attribution de postes aux militants de son mouvement), clientélisme (distribution de pots de vin), menaces de mort et attentats contre d’anciens militants repentis. Des accusations bien souvent étayées par les seuls témoignages, justement, de repentis.
C’est le cas notamment de Jorge Páez, qui, arrêté pour une tentative d’assassinat qui fera une victime collatérale, une fillette grièvement blessée, dénoncera Sala comme commanditaire de l’attentat. Il sera par la suite libéré, tandis que ses complices, qui avaient mis Sala hors de cause, sont encore en prison.
Depuis six ans, Milagro Sala est transbahutée de procès en procès, de prison en prison. En juillet 2017, la commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a exigé, en raison des mauvaises conditions de détention, qu’elle soit placée en résidence surveillée chez elle. Le tribunal a accepté, mais disposé qu’elle devrait accomplir sa peine non chez elle, mais dans une autre maison lui appartenant. Or, celle-ci – et le tribunal le savait – avait été mise à sac et était inhabitable. La CIDH a protesté et finalement, des militants la remettront en état. Là, Milagro Sala bénéficie d’un «traitement de faveur» : surveillance policière renforcée, caméras, barbelés autour de la propriété, régime de visites aligné sur celui de la prison.
Elle est actuellement sous le coup d’une condamnation à treize années de réclusion, et est transférée au gré des décisions judiciaires de la prison à son domicile, et de son domicile à la prison.
Manifestation pour Milagro Sala à Paris, en juillet 2021
Victime ou coupable ? Le gouverneur Gerardo Morales semble répondre assez clairement là-dessus, lui qui a fait de la militante sa cible prioritaire, LA femme à abattre. A travers son cas particulier, s’illustre tout un combat conservateur et néocolonialiste, anti-indigène, antiféministe, antiprogressiste et très nettement raciste. Voire même négationniste : pour beaucoup de blancs d’origine européenne, les derniers indiens encore présents sur le territoire argentins n’ont aucune réalité.
Ce serait, en fait, des faux-indiens, se travestissant pour appuyer leurs revendications gauchistes, la cause indienne étant bien reçue chez les bobos écolos¬-péronistes. Oui, péronistes. Car s’il y a bien un repoussoir qui fonctionne à plein régime pour au moins la moitié des Argentins, c’est bien celui du péronisme. Pire : du kirchnerisme (de Nestor et Cristina Kirchner, présidents péronistes de 2003 à 2015). Or, Milagro Sala est en très bons termes avec Cristina Kirchner.
D’un autre côté, on ne peut pas non plus occulter une part de clientélisme réel et une façon toute personnelle d’utiliser les subventions publiques de la part de la militante. Mais elle sait aussi s’en expliquer. Par exemple, au sujet de l’argent donné par le gouvernement de Nestor Kirchner, destiné en principe à la construction de logements sociaux à Tilcara. Jugeant que la localité voisine de Maimará en avait davantage besoin, elle n’a pas hésité à faire dériver les fonds plutôt vers celle-ci. Sans consulter personne et prêtant ainsi le flanc à l’accusation de détournement. Même chose lorsque toutes les subventions n’étaient pas dépensées en totalité sur un projet. Elle disposait du reste selon ses propres priorités.
Femme indépendante, engagée, elle représente tout ce que la classe dominante conservatrice déteste : les gueux à peau basanée qui revendiquent des droits et prétendent l’empêcher de décider ce qui est bon pour le petit peuple, à sa place. La droite argentine aura beau l’accuser de tous les maux – et nous l’avons dit, sa manière d’agir est parfois critiquable – elle reste une prisonnière politique au sein d’une démocratie qui revendique l’estampille d’état de droit. Et le symbole d’une guerre jamais tout à fait terminée des colonisateurs d’origine européenne contre les peuples premiers.
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Au sujet de Milagro Sala, l’écrivaine Alice Dujovne Ortiz, par ailleurs autrice d’une biographie remarquée d’Eva Perón, a écrit un livre : “Milagro Sala. L’étincelle d’un peuple”, aux éditions Des femmes/Antoinette Fouque.
Elle en parlait lors de sa sortie dans un interview au quotidien en ligne Infobae.Traduction de cette interview ici. (Format PDF)
Un des monuments les plus emblématiques de la capitale fédérale argentine, l’Obélisque de l’avenue 9 de Julio, va subir prochainement, nous raconte le quotidien La Nación, une transformation importante : on va aménager à son sommet une petite salle depuis laquelle le public pourra admirer l’ensemble de la ville, à près de 70 m de hauteur. Un ascenseur sera également installé dans la colonne, afin de gagner le sommet, ainsi qu’au rez-de-chaussée, une petite salle d’exposition retraçant l’historique du monument et de la ville elle-même. (l’article donne des photos en réalité virtuelle)
L’obélisque, c’est un peu la tour Eiffel de Buenos Aires, LE monument qui personnifie le mieux la ville et en représente l’emblème définitif.
Tout comme notre tour parisienne, il est beaucoup moins ancien que la ville elle-même. A son emplacement se situait l’église Saint Nicolas de Bari, sur le clocher de laquelle fut hissé pour la première fois le drapeau argentin en 1812, deux ans après la première déclaration d’autonomie, et quatre ans avant la déclaration définitive de l’indépendance du pays. L’église a dû être démolie en 1931 dans la perspective de créer ce qui constitue toujours une des plus larges avenues du monde : la 9 de julio. Celle-ci ne sera pourtant réellement percée que quelques mois après la construction de l’Obélisque !
L’Obélisque avant la percée de l’Avenue du 9 de julio
C’est en 1936 que pour la première fois on a songé à marquer cet emplacement par un monument significatif. Dans un premier temps, la majorité radicale du parlement avait pensé ériger là un monument à la gloire de l’ancien président Hipólito Irigoyen (1916–1922, puis 1928–1930), mais en février 1936, le président de l’époque, Pedro Justo, privilégiant la célébration du quatre centième anniversaire de la première fondation de la ville, imposa, selon sa formule «la réalisation d’une œuvre singulière rappelant au peuple de la République la véritable importance de cette date. Puisqu’à ce jour il n’existe aucun monument symbolisant l’hommage de la Capitale à la nation entière».
La construction a été confié à l’architecte Alberto Prebisch. C’est lui qui choisira la forme de l’obélisque : «Nous avons choisi cette forme géométrique simple et sans artifice parce c’est la forme traditionnelle des obélisques. Nous l’avons appelé Obélisque parce qu’il fallait bien lui donner un nom. Mais je revendique de pouvoir l’appeler pour ma part, de façon plus simple et générique, “Monument” ».
Profitant, pour asseoir sa base de béton, de la construction simultanée de la ligne B du métropolitain, l’obélisque a été construit en seulement 2 mois, du 20 mars au 23 mai 1936.
Le jour de l’inauguration
Tout comme la Tour Eiffel également, le monument a été l’objet de polémiques et moqueries. Trois ans après sa construction, on pensa même à le démolir, pour «raisons esthétiques, économiques et de sécurité» ! Mais il n’en fut rien, et il devint peu à peu l’emblème définitif et indiscutable de la capitale argentine.
A tel point que lui aussi a servi de symbole de ralliement à diverses causes, écologiques, politiques ou humanitaires. Comme en 1998, quand Greenpeace y avait déployé une banderole au sujet – déjà – du réchauffement climatique, ou en 2005, où il s’était trouvé recouvert d’un gigantesque préservatif rose, pour célébrer la journée mondiale contre le SIDA. Il est régulièrement le point de rencontre de manifestations diverses.
L’obélisque aujourd’huiVue prise depuis l’Avenue Roque Saenz PeñaDepuis l’Avenue 9 de julio
La fin du premier mandat est marquée par le début d’une forte crise économique. Jusqu’ici pourtant, tout marchait comme sur des roulettes.
L’Argentine avait bénéficié des conséquences dramatiques de la seconde guerre mondiale en Europe pour redresser son commerce extérieur, grâce à la forte demande de celle-ci en matières premières notamment alimentaires.
L’industrie se développait, le pouvoir d’achat des salariés n’avait jamais été aussi haut, la pauvreté reculait, et le pays s’était doté de services publics efficients. Le péronisme était à son apogée : les manifestations de soutien populaire se succédaient devant le palais présidentiel, manifestations que le président accueillait à bras ouverts au balcon de la Maison Rose en faisant des discours enflammés.
Trop enthousiastes, les supporters péronistes ? Sans aucun doute. Car en y regardant de plus près, tout ne va pas si bien.
Car à la fin des années quarante, dès lors que l’Europe se reconstruit et que son économie redémarre, la demande s’effondre.
Le gouvernement se voit donc obligé de prendre des mesures d’urgence et de revoir à la baisse sa politique redistributive. Il est même question de bloquer les salaires pendant deux ans. Comme de juste, cela provoque le mécontentement de certains secteurs, et on voit se faire jour de nouvelles mobilisations ouvrières, revendiquant la poursuite des mesures de justice sociale et de hausse des salaires dont ils bénéficiaient jusque-là.
En 1951, le conflit connait un pic sérieux, avec une grève massive des employés du rail. Réaction du pouvoir : décréter la mobilisation militaire de tout le secteur, faisant passer les cheminots sous un régime de règlementation militaire. De quoi décourager toute velléité de poursuite du mouvement. Une mesure, on l’imagine, fraichement accueillie. Premier accroc dans l’idylle entre Perón et le monde ouvrier.
Dans le même temps, pour museler les voix d’opposition, le gouvernement saisit le quotidien “La Prensa”, qui appartenait jusque-là à la famille Gainz, pour en faire l’organe officiel de la CGT.
Troisième décision polémique, celle de réformer la constitution de 1853. De cette réforme, assez vaste et recouvrant des domaines très divers, de l’économie à la politique en passant par les droits des minorités, des travailleurs, de la famille, à l’éducation, des associations, etc… les opposants retiendront surtout une mesure emblématique : la possibilité laissée au président sortant de se représenter pour un second mandat de six ans, ce qui n’était pas possible jusqu’alors. Permettant ainsi à Juan Perón d’être candidat à sa propre succession !
Malgré tout, paradoxalement, la popularité du président et de sa femme n’ont pas réellement baissé après six ans de pouvoir. Les Perón conservent le soutien du monde ouvrier, et du secteur syndical. Malgré les difficultés, ils conservent la confiance de la masse du peuple, face à une opposition conservatrice et/ou libérale qui n’a pas grand-chose à proposer et manque cruellement de figures charismatiques.
C’est dans ce contexte que nait un mouvement plus ou moins spontané en vue des élections de 1952 : une proposition populaire de “ticket” présidentiel associant Juan Perón et Eva. Mouvement principalement impulsé par le principal syndicat péroniste : la CGT.
L’idée est assez massivement soutenue par la masse des électeurs péronistes. D’autant plus que la popularité d’Evita est à son comble, notamment auprès des femmes, qui viennent d’obtenir le droit de vote.
Mais, on l’a vu dans l’épisode précédent, cela ne se fera pas, Eva étant contrainte par le cancer de renoncer à cette perspective.
Eva vient de renoncer à la vice-présidence
Malgré cette déception populaire, Perón est facilement réélu avec 62% des voix. Eva, elle, a dû voter depuis son lit. Elle meurt peu de temps après, le 26 juillet. Ses funérailles seront suivies par des millions d’Argentins en pleurs. Disparue à 33 ans, elle devient un personnage christique, et fera l’objet d’un véritable culte qui se poursuit encore aujourd’hui. (Suffit d’aller voir sa tombe au cimetière de la Recoleta : il faut faite la queue à toute heure pour approcher !)
Mauvais présage ou simple coïncidence, c’est aussi à partir de ce moment-là que la situation économique et le climat social de l’Argentine vont commencer sérieusement à se détériorer.
On l’a vu plus haut, le commerce extérieur a du plomb dans l’aile en raison de la baisse des exportations vers l’Europe en reconstruction. Mais ce n’est pas le seul problème.
Suite à une période de sécheresse et de mauvaises récoltes, l’agriculture entre en crise. Par ailleurs, l’inflation repointe le bout de son nez, des pénuries apparaissent sur certains biens de consommation. Il faut prendre des mesures d’urgence : ce sera le second plan quinquennal, également nommé “Plan économique de conjoncture”. Il s’agit d’une part d’aider le secteur agricole, et d’autre part d’aller chercher les investisseurs étrangers. C’est à dire, en somme, faire le contraire de ce que le péronisme avait fait jusque-là. Ce qui provoque des grincements de dents à l’intérieur du mouvement, qui s’ajoutent aux critiques plus attendues de l’opposition.
Le plan quinquennal publié au bulletin officiel
Les propriétaires terriens, dont le IAPI, cet institut de promotion des échanges commerciaux, avait amputé les bénéfices au profit du secteur industriel, commencent à relever la tête. Pour faire pression, ils réduisent les surfaces agricoles. Du coup, la production de céréales s’en ressent, et la balance commerciale aussi.
Eva disparue, des rumeurs circulent : Perón entretiendrait des relations scandaleuses avec de jeunes étudiantes de l’Union des étudiants du secondaire (UES), mouvement politique de jeunes lié au péronisme, et spécialement avec une certaine Nelly Rivas, 14 ans à l’époque (il en avait 58). Des rumeurs qui plus tard, seront bien utiles pour disqualifier le vieux général, mais dont le fondement reste très discuté encore aujourd’hui. (Voir ici l’article d’un historien argentin, Ignacio Cloppet).
Les militaires, pour leur part, sont divisés. En septembre 1951, un groupe d’officiers antipéronistes, menés par le général Benjamín Ménendez, a tenté de renverser le président élu. Le coup a échoué, mais il a montré la profonde fracture partageant le monde militaire : le camp antipéroniste existe, pour l’essentiel des officiers conservateurs et/ou libéraux, et il s’est renforcé.
Et puis, il y a l’Église. Jusqu’ici, elle vivait en bons termes avec le président. Même si elle n’aimait pas beaucoup Eva (qui non seulement était vue comme une sainte laïque par de nombreux croyants modestes ‑sacrilège ! –, mais également avait le culot de piétiner ses plates-bandes caritatives avec sa Fondation) il avait réussi à la mettre dans sa poche, ne remettant pas en cause l’enseignement catholique, augmentant largement les salaires des personnels religieux payés par l’état (et augmentant le nombre de ceux-ci), subventionnant les pèlerinages, finançant les réparations d’édifices religieux, etc… (Et, cerise sur le gâteau pour les cathos, en diminuant parallèlement les subventions aux autres cultes !). Tout allait pour le mieux. Mais peu à peu, ça va finir par se gâter.
Pour être précis, la dégradation date de 1954. L’Église, qui tient à assurer une place à sa doctrine dans l’univers politique, face aux sociaux-démocrates et aux communistes, crée un parti pour la défendre : ce sera le parti démocrate chrétien, qui se veut de centre-droit. Perón, qui considère que son propre mouvement est déjà, lui aussi, à la fois démocrate et chrétien, en prend ombrage. Vexé, il prend alors une série de mesures de rétorsion considérées comme des casus-belli : loi légalisant le divorce, interdiction pour les commerçants de Buenos Aires de décorer leurs vitrines de Noël avec des sujets religieux, suppression de jours fériés célébrant des fêtes religieuses, légalisation des bordels, ça faisait beaucoup. D’autant plus que de l’autre côté, les classes dominantes, très proches de la hiérarchie catholique, faisaient monter la pression.
L’opposition se cristallise autour de l’Église et des militaires, avec le soutien des conservateurs, des radicaux et des socialistes, tous décidés à en finir avec le péronisme. Mais ce sont essentiellement les militaires qui s’y collent, étant les seuls à en avoir les moyens. Le 16 juin 1955, une grande partie de l’Armée se soulève, et les avions de la Marine bombardent la place de Mayo, où se trouve la palais présidentiel. L’attaque, indiscriminée, fait plus de trois cents morts, pour la plupart des passants, et sème la terreur. Les militaires loyalistes parviennent à la repousser, mais le coup a porté. Perón veut à tout prix éviter une guerre civile. Il refuse tout net d’armer ses partisans, et propose à l’opposition de négocier.
16 juin 1955 : bombardement de la place de Mayo
Le conflit retombe un peu, jusqu’à l’incendie de plusieurs églises de Buenos Aires, qui va le réactiver. On ne sait pas avec précision qui en est à l’origine. Provocation péroniste ou anti ? Aujourd’hui encore le débat reste ouvert. Toujours est-il que ces incidents donnent du grain à moudre à l’opposition, qui crie au loup. Là-dessus, Perón fait un discours enflammé pour galvaniser ses supporters, où il est notamment question d’abattre cinq opposants pour chaque péroniste tué. Bref, l’ambiance n’est plus vraiment à l’apaisement.
“Nous devons rétablir la paix entre le gouvernement, les institutions et le peuple, par l’action du gouvernement, des institutions et du peuple lui-même. La consigne pour tout péroniste, individuellement ou au sein d’une organisation, est de répondre à toute action violente par une action plus violente encore. Pour un des nôtres abattu, il faudra abattre cinq de nos ennemis !” (Extrait du discours)
L’Armée va donc donner le coup de grâce, emmenée par le Général Lonardi. Le 16 septembre, il soulève la garnison de Córdoba et la flotte de la Marine à Puerto Belgrano et marche sur Buenos Aires accompagné par des commandos civils formés par des militants radicaux, socialistes et catholiques. Le 20, le Contre-amiral Rojas menace de bombarder de nouveau la capitale. Pour éviter le bain de sang, Perón préfère renoncer, et demande asile à l’ambassade du Paraguay. Pays qu’il rejoindra ensuite par voie fluviale.
L’auto-proclamée “Revolución libertadora” (Révolution libératrice) vient de commencer. Elle va durer dix-huit ans, entre gouvernements civils – mais étroitement contrôlés – et militaires. Le péronisme entre en sommeil. Et en résistance. Car il est désormais proscrit de la vie politique du pays.
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Pour en savoir plus
En français
La très intéressante interview d’Alain Rouquié, universitaire spécialiste de l’Amérique latine et auteur du “Siècle de Perón”. Il donne notamment les raisons de la perte d’influence des partis de gauche traditionnelle en Argentine, et quelques explications au sujet de la persistance du péronisme dans la société argentine.
Courte vidéo d’un programme canadien sur Eva Perón. (3′)
Latitud 54° 47’ 59’’ sur, longitud 68° 17’ 59’’ oeste: aqui están las coordenadas geográficas de la ciudad donde decidimos pasar los últimos días del año 2007 y festejar la llegada del nuevo año.
Bien conocidas por los exploradores, los aventureros y ahora los turistas, esas coordenadas son las de la capital de la provincia argentina de “Tierra del fuego, Antártico e Islas del Atlántico sur” ubicada en la Isla Grande: la mítica Ushuaia.
Construida en la ladera de una colina azotada por los vientos y bordeada por el canal de Beagle, la ciudad de Ushuaia se considera la ciudad más sureña del mundo, por eso se llama “Ciudad del fin del mundo”.
Vista de Ushuaia desde el Canal de Beagle
Un apodo que le cuestionó varios años la base naval de Puerto Williams, ubicada en la Isla Navarino, en el otro lado del canal de Beagle. Una discusión zanjada por las Naciones Unidas: decidieron que Puerto Williams no podía reclamar el titulo por ser demasiada pequeña, ya que el mínimo para que se considere ciudad sería 20 000 habitantes.
UN POCO DE HISTORIA
La Tierra del fuego está separada del continente por un estrecho formando un corredor natural de 600 km entre los océanos Atlántico y Pacífico, estrecho que tiene el nombre del mismisimo navegante portugués, primer europeo en descubrirlo, Fernando de Magallanes.
Se cuenta que fueron los marineros de Magallanes, al asistir desde su barco al espectáculo de las hogueras en las colinas, quienes llamaron el lugar “Tierra de los humos y Tierra de los fuegos”. Carlos V de Habsburgo (El famoso Carlos Quinto) le daría luego el nombre definitivo de “Tierra del fuego”.
A lo largo de los siguientes siglos, se montaron varias expediciones europeas entrando en contacto por primera vez con los nativos.
En 1830, durante el primer viaje del “HMS Beagle” en Tierra del Fuego, los marineros capturaron a cuatro indios y los llevaron para presentarles a los reyes de Inglaterra.
Sólo tres de esos “salvajes” volvieron a la Tierra del Fuego, en enero de 1833, aprovechando la segunda expedición (1831–1836) del HMS Beagle, al mando del capitán Robert Fitz Roy, que llevaba también varios científicos entre los cuales el naturalista Charles Darwin.
El buque y su equipaje pasaron siete semanas en el sur de la Tierra del Fuego, un lugar por entonces desconocido. Un equipo bajó a tierra y se quedó allí todo el tiempo necesario para realizar estudios meteorológicos, astronómicos, zoológicos y botánicos así como etnológicos. Otro equipo se quedó a bordo y navegó a lo largo de las costas para realizar estudios tanto cartográficos como hidrográficos.
Fauna en el Canal de Beagle
Ushuaia, que significa “Bahía hacia el oeste” en idioma yámana (o yagán) empezó su historia en tanto colonia a mano de una misión anglicana al mando del pastor Waite Hockin Stirling, en 1869. Este mismo año a Hockin le sustituyó Thomas Bridges, autor del primer diccionario del idioma yagán, ese “Pueblo de las canoas” que vivió varios milenarios sin ningún contacto con el mundo exterior.
Luego, Bridges dejó la misión y se fue a vivir a la estancia Haberton que él mismo había fundado. Esta estancia se ubica a pocos kilómetros de la actual Ushuaia, en las orillas del canal de Beagle. Hoy en día la estancia todavía pertenece a la familia del pastor y se dedica a actividades turísticas.
Las primeras viviendas las construyó la American Missionary Society, sociedad misionera británica encargada de evangelizar a los pueblos autóctonos.
En cuanto a Francia, ese país organizó una expedición científica en Tierra del Fuego en 1882 ‑1883, en el marco del año polar internacional.
A Louis-Ferdinand Martial(1836–1885), explorador y capitán de fragata le confiaron el mando de la fragata La Romanche. El buque zarpó desde Cherburgo el 17 de julio de 1882 con 140 personas a bordo, para llegar a la Isla Hoste, a 40 km del Cabo de Hornos, el 6 de septiembre.
El objeto de la misión era realizar estudios geológicos, botánicos, zoológicos y etnográficos.
Los europeos asentados en Tierra del Fuego (ganaderos, pescadores, mineros de oro) cometieron masacres tremendas y propagaron enfermedades, casi erradicando los pueblos autóctonos. Los misioneros quienes acogieron los sobrevivientes no hicieron sino acelerar el proceso de decadencia evangelizándolos.
Una expedición argentina desembarcó en el territorio en septiembre de 1884 para instalar una prefectura. El 12 de octubre ondeaba por fin la bandera argentina en la provincia.
La ciudad se desarrolló primero en torno a una cárcel, el gobierno argentino inspirándose de las experiencias en las Islas del Salut en Guyana (Francia) y de los presidios británicos en Australia.
Pero el desarrollo arrancó de verdad en 1970 mediante la creación de una zona exenta de impuestos.
El descubrimiento de yacimientos de gas y de petróleo contribuyó también a la prosperidad de la economía local.
El turismo creció sobre todo a partir de los años 1980, la Tierra del Fuego aprovechando su imagen de fin del mundo y de punto de partida hacia el cabo de Hornos y el Antártico.
Parque nacional de Tierra del Fuego
MIS FAVORITOS
Lo tengo que admitir, es esa imagen fantaseada de Ushuaia que me atrajo primero hasta la punta austral del continente suramericano.
El peligro de los sueños es la posibilidad de desilusión que puede acaecer cuando la realidad no está a la altura de lo que habíamos imaginado.
Entonces el mito se viene abajo. Pero tal no fue el caso para mí.
A penas desembarcamos en el aeropuerto internacional de Ushuaia-Malvinas argentinas la ciudad cumplió con las expectativas. Gracias a la luz de fin de tarde veraniego, sentí una emoción indescriptible, un sentimiento de plenitud.
En tanto puerto con mucho bullicio, esta ciudad de arquitectura desordenada y colorada, amparada por los montes nevados de la cordillera Martial, beneficia de un sitio precioso favorable para los sueños de aventura.
Este 31 de diciembre, no teníamos nada mejor que hacer sino navegar por el canal de Beagle, disfrutando del paisaje de témpanos e islotes rocosos.
A bordo del yate Che, con un pequeño grupo de turistas brasileñas y españoles, nos fuimos rumbo al este, hacia el archipiélago Kashuna, también llamado “Islotes Les Eclaireurs” (el nombre lo atribuyó Louis Martial, por eso es en Francés).
El archipiélago está compuesto de varios islotes como “Los Pájaros” y “Los Lobos” donde se puede ver una colonia de leones de mar así como cormoranes. Cuenta con un faro construido en 1920, el Faro “Les Eclaireurs”.
El faro “Les Eclaireurs”
Se confunde a menudo este faro con el de San Juan del Salvamento, en la isla de los Estados, en la punta sureste de la provincia, faro que inspiró el escritor francés Jules Verne para su novela “El faro del fin del mundo”.
Cabe subrayar que un aventurero francés de La Rochelle, André Bronner, quien había descubierto este faro abandonado desde mucho tiempo, se empeñó en arreglarlo y en 1998, y gracias a la colaboración de los talleres Perrault, el faro de San Juan funcionó de nuevo. Y en 2000, construyeron un faro idéntico en la pointe des Minimes, en La Rochelle. Otra réplica se puede ver también en el museo marítimo y del presidio de Ushuaia.
Ushuaia también es el Cerro Martial. Culminando a casi 1300 metros de altitud, representa la mayor reserva de agua potable de la ciudad así como el mejor punto de vista hacia la bahía, los techos colorados, el canal de Beagle y más allá la cordillera de Darwin.
Un panorama realmente fantástico, siempre con esta luz tan agradable como especial.
Ushuaia vista desde el cerro Martial
Se sube al cerro por une carretera sinuosa de 7 km, luego tomando un teleférico y para terminar andando hasta el glaciar.
Ante todo representa para mí un recuerdo inolvidable haber pisado este glaciar del fin del mundo el primer día del año, ¡en la ciudad más austral del planeta!
10 km más allá de la ciudad se halla el Parque Nacional de Tierra del Fuego. Imposible no visitarlo, claro. Creado en 1960, el Parque da a la bahía de Lapataia (Bahía de la buena madera, en idioma Yagán), el único fiordo argentino del Canal de Beagle. Aquí también finaliza la ruta 3, final de la famosa carretera panamericana, la más larga del mundo.
En unos minutos dejamos el bullicio de la civilización para gozar de la tranquilidad y la belleza salvaje de una naturaleza perfectamente adaptada a las temperaturas bajas y los vientos violentos de la zona.
En esa naturaleza iluminada por una luz transparente casi irreal, reina aquí un ambiente de plenitud y de serenidad.
Bañada de esa luz tan especial, por cualquier lugar en que dirigimos nuestra mirada Ushuaia quedará eternamente al tope de mis recuerdos íntimos.
Una ciudad mítica, así de simple.
Texto : Patrick Richard Traducción : Patrick Viannais (Lectura y correcciones Adelaida Ena Noval)
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Véase también otros articulos del “Carnet de route”: