Le vent serait-il en train de tourner pour Milei ? La lecture des commentaires sous les articles du quotidien La Nación en tout cas donne une indication.
Ce journal conservateur était jusqu’ici relativement favorable à la politique du populiste et ultralibéral président-bûcheron sportif. Et dans son immense majorité, son lectorat itou. D’autant plus favorable que de tout temps, ce quotidien s’est toujours positionné comme un fervent opposant au péronisme.
Tout récemment, Milei est allé assister, aux États-Unis (pays qu’il visite régulièrement depuis son investiture), au Gala officiel de l’héritage hispanique.
Il en a profité pour redire tout son soutien au président Trump, notamment pour les élections de mi-mandat désormais toutes proches. Morceaux choisis de son discours :
- Il est crucial non seulement pour les États-Unis, mais pour l’Occident dans son ensemble, que le parcours de D. Trump ressorte renforcé des élections de novembre.
- Grâce à l’action de Trump, le Venezuela reprend le chemin de l’Occident et de la démocratie, tandis que la dictature cubaine tremble de peur face à un pays qui sait parfaitement en quoi consiste le régime qu’il a pour voisin proche. Et ce n’est qu’un échantillon des vents qui soufflent toujours plus forts en Amérique latine.
- Pays après pays, élection après élection, notre gouvernement a soutenu sans faille tous ceux qui sont mus par les idées de liberté dans toute la région, et les résultats ont été sans appel.
L’événement était organisé, nous dit La Nación, par Latino Wall street, une association promouvant «l’éducation financière» (en clair, un fonds visant à enseigner les techniques de boursicotage), et «La derecha diario» (Le quotidien de droite), journal propriété d’un ex-conseiller de Milei actuellement détenu en Bolivie pour avoir organisé un attentat contre une activiste. Parmi les assistants, on pouvait voir Eduardo Bolsonaro, frère du candidat à la présidence du Brésil (qui vit au Texas, et sous le coup d’un mandat d’arrêt pour ingérence – il a fait pression sur Trump pour qu’il prenne parti dans l’élection brésilienne), le président de la Conférence d’action politique conservatrice, Matt Schlapp, et plusieurs représentants du Parti Républicain. Droit de participation à l’événement : entre 3000 et 10 000 dollars !
Ceci pour situer le cadre.
Il fut un temps où ces visites de Milei au pays de Donald étaient vues comme une marque de considération États-unienne vis-à-vis du chef de l’État argentin, et une fierté de voir le pays avoir de nouveau ses entrées au sein de la communauté internationale «qui compte».
Aujourd’hui, elles sont de plus en plus perçues comme, plus prosaïquement, des marques d’allégeance et de vassalité. Autrefois, on aurait lu, sous un tel article, des commentaires élogieux et énamourés sur ce président qui «redonnait sa grandeur à l’Argentine» en étant reçu dans les chancelleries du grand monde.
J’ai été assez surpris de voir comme le vent était en train de tourner. Voici un petit florilège, traduit, des derniers commentaires au sujet de cette visite de 36 heures aux états-Unis.
Melanee :
Il ne lui manque plus que de ramper sur le tapis rouge. Indigne d’être président de l’Argentine. (…)
Luciano 81 :
Les génuflexions de notre président nous font honte. Et attention, hein, je suis partisan du rapprochement clair et stratégique avec les Etats-Unis et l’occident en général. Mais ce que fait Milei est honteux.
Pagarompas :
Il s’est déguisé en avion pulvérisateur de pesticide. L’hélice l’a trahit. Un carnaval en avance ?
1424mb_o :
Sa soumission et son obéissance nous font honte. Il se distingue par son absence d’autonomie de pensée et d’action. Encore un voyage inutile et étranger à l’agenda national. Cela a tout l’air d’être un sport national, pour cette secte, de s’attribuer des médailles et des prix inventés sur-mesure. Lamentable !
Pguevara1 :
Il est allé sniffer sa dose de prix. Lamentable.
Fire37900 :
Au moins cette fois il a été cohérent et a su s’habiller en larbin, comme il sied à un bon serviteur de Donald.

Ramp44387 :
Milei, le seul que Trump va soutenir, c’est le nouveau président de droite sudaméricain Flavio Bolsonaro au Brésil. Il te laissera de côté.
Schecci :
Le président est accro aux habituelles autocélébrations yankees et leurs galas. On se demande ce qu’il va faire en 2027. Il faudra qu’il trouve un autre moyen de diversion.
Et là, je ne prends que les derniers arrivés dans la liste.
Le désenchantement est palpable. Le FMI vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour l’Argentine, de 3,5 à 2,1. Le tissu industriel est gravement endommagé, notamment en ce qui concerne les travaux publics, quasiment à l’arrêt. Le chômage a fortement progressé, le taux de pauvreté est reparti à la hausse lui aussi.
Mais, comme le dit une autre commentatrice, « malheureusement il n’y aucun candidat digne de ce nom pour prendre sa place et se montrer capable de sortir le pays de tout ce cirque ».
C’est là tout le problème, que nous connaissons – enfin, c’est mon avis – chez nous : l’ensemble du personnel politique est fortement démonétisé. Difficile dans ce cas de mobiliser une opposition atone. On revit la situation de 2001, où, épuisé, le peuple écrivait sur les murs «qu’ils se barrent, tous !»
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Article rédigé à partir de la lecture de celui de la Nación .
Merci de nous faire partager ce vent qui tourne… est-ce de bon augure pour la suite ?
Bah ça reste quand même à voir. Il n’y a tellement pas d’alternative que les gens n’ont personne vers qui se tourner. Rien ne dit que Milei ne sera pas réélu la prochaine fois. Chez nous, on râlait contre Macron, et on l’a réélu. Pareil avec Trump. Etc…