Argentine à vendre ?

Pas­sion­nant arti­cle sur le site d’in­fos français Blast, à pro­pos des accoin­tances entre le prési­dent argentin Milei et le trump­isme.

Il est en accès libre, vous pou­vez le lire inté­grale­ment ici.

En voici un petit résumé, pour vous don­ner une idée.

En août dernier, un groupe d’activistes argentins est allé man­i­fester sous les fenêtres de la vil­la de Peter Thiel à Paler­mo Chico, un quarti­er branché de Buenos Aires, pas loin de la bib­lio­thèque nationale et du musée des Beaux-arts.

Peter Thiel est le fon­da­teur de Palan­tir, cette société pro­duc­trice de logi­ciels de sur­veil­lance et de ren­seigne­ments qui a fait par­ler d’elle notam­ment pour son aide à la police anti-immi­grants de Trump, l’ICE.

Il est égale­ment le cofon­da­teur de Pay­pal, entre­prise de paiements en ligne, dont le but ini­tial était parait-il de créer et d’instaurer une mon­naie virtuelle échap­pant à tout con­trôle gou­verne­men­tal. Un sou­tien de la pre­mière heure de Don­ald, et qui dis­ait en 2009 qu’il ne croy­ait plus que «la lib­erté et la démoc­ra­tie étaient com­pat­i­bles».

Le rap­port avec l’Argentine ? Déjà en 2017, Palan­tir négo­ci­ait avec le gou­verne­ment de droite de l’époque, dirigé par le prési­dent Mauri­cio Macri. Il pro­po­sait de numéris­er les archives d’une affaire judi­ci­aire datant de 1994 et jamais éclair­cie à ce jour, d’un atten­tat con­tre un bâti­ment abri­tant des asso­ci­a­tions juives, et qui avait fait 85 morts. Affaire qui avait provo­qué bien plus tard la mort d’un juge enquê­teur, Alber­to Nis­man, (Arti­cle en espag­nol) dans des cir­con­stances trou­bles, en 2015.

Mais c’est surtout depuis l’élection de Javier Milei, très favor­able à l’implantation des nou­velles tech­nolo­gies et de l’IA, que l’entreprise mène un lob­by­ing act­if, et très bien accueil­li par la nou­velle admin­is­tra­tion. Milei rêve de faire de son pays un fer de lance dans le développe­ment des data-cen­ters, notam­ment en Patag­o­nie.

En ce sens, l’Argentine pos­sède un fort poten­tiel énergé­tique, qui intéresse de près les sociétés nord-améri­caines. Eau (le pays pos­sède les plus grandes réserves du monde dans la région des glac­i­ers), pét­role et gaz de schiste (respec­tive­ment 4è et 2è réserves mon­di­ales).

Milei est prêt à leur dérouler le tapis, dans les grandes largeurs. Son gou­verne­ment vient de dépos­er plusieurs pro­jets de lois visant à leur faciliter la vie. Notam­ment, tenez-vous bien, afin de garan­tir un cadre légal solide sur lequel se repos­er et des réseaux poli­tiques suff­isam­ment amples pour que les aléas élec­toraux ne con­duisent pas à la fin de leurs ambi­tions. «Exonéra­tions fis­cales de longue durée, (la) facil­i­ta­tion de l’ac­qui­si­tion de ter­res ou encore une exemp­tion pure et sim­ple de toute respon­s­abil­ité humaine à tra­vers une loi sur les « sociétés automa­tisées» rap­porte égale­ment Blast.

Autrement dit, des lois visant à exempter ces grandes entre­prise de toute respon­s­abil­ité civile en cas, par exem­ple, de dégâts majeurs sur l’environnement. A cet effet, le gou­verne­ment argentin tente de faire pass­er le RIGI (pour Reg­i­men de incen­ti­vo para grandes inver­siones, en français régime d’incitation pour grands investisse­ments) vaste pro­jet de lois garan­tis­sant, nous explique Blast, trente ans de sta­bil­ité fis­cale, douanière et de change, et la lib­erté pour les entre­pris­es adhérentes de vers­er des div­i­den­des à l’étranger et rap­a­tri­er leur cap­i­tal sans autori­sa­tion préal­able de la Banque cen­trale. L’ob­jec­tif est de ren­dre qua­si­ment irréversibles les priv­ilèges accordés aux entre­pris­es.

Ce que nom­bre d’Argentins appel­lent tout sim­ple­ment «ven­dre le pays» aux plus offrants. Un néo­colo­nial­isme qui ne dit pas son nom.

Plus grave : Milei envis­age d’accorder à ces entre­pris­es très éner­gi­vores un accès pri­or­i­taire aux ressources hydrologiques, et ce même en cas de sécher­esse. Et, bien enten­du, mais je crois en avoir déjà par­lé ici, l’autorisation de la recherche minière au sein même du parc nation­al des glac­i­ers.

On com­prend mieux l’intérêt de gens comme Peter Thiel pour inve­stir dans un tel pays de cocagne, où les grandes entre­pris­es multi­na­tionales n’auraient non seule­ment plus aucune con­trainte d’ordre envi­ron­nemen­tal, mais n’auraient plus non plus à répon­dre de quoi que ce soit, puisque désor­mais «non humaines» et donc légale­ment inat­taquables pénale­ment.

Ce con­cept d’entreprise «non humaine» est l’un des piliers de l’idéologie anar­cho-cap­i­tal­iste : organ­is­er l’irresponsabilité légale des entre­pris­es pour faciliter leur développe­ment.

Par ailleurs, Palan­tir intéresse de près égale­ment l’administration Milei pour ses qual­ités de base, si l’on peut dire : la sur­veil­lance et le ren­seigne­ment. Écol­o­gistes, mil­i­tants indi­ens, migrants, opposants, autant d’ennemis à con­trôler et à abat­tre.

L’internationale réac­tion­naire, en plein délire. Qui parvien­dra à les arrêter ? Nous le saurons, ou pas, dans les mois à venir. Élec­tions de mi-man­dat aux États-Unis, 2è tour des prési­den­tielles au Brésil tout bien­tôt, prési­den­tielles chez nous et en Argen­tine en 2027, etc…

Chez nous, oui. Car vous je ne sais pas, mais moi, j’ai bien l’impression que l’arrivée de l’extrême-droite au pou­voir ne man­quera pas se stim­uler les appétits des appren­tis sor­ciers de la tech.

La démoc­ra­tie est un com­bat. Déjà per­du ?

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