Sondage de popularité

Dans le lignée de mon précé­dent arti­cle, et pour con­firmer l’impression qui se dégage d’un cer­tain décroche­ment de Milei dans l’opinion argen­tine, le quo­ti­di­en Página/12 pub­lie aujourd’hui un sondage tout frais, réal­isé par l’agence Analo­gias.

Pas de quoi s’exciter non plus pour les lead­ers poli­tiques du cru. L’ancienne prési­dente, tou­jours sous bracelet élec­tron­ique pour cor­rup­tion, refait sur­face, mais sus­cite tou­jours plus de rejet que de sym­pa­thie. Seule­ment voilà, c’est le cas aus­si de tous les autres. C’est même pire pour Milei, mais on sait que l’exercice du pou­voir rend rarement pop­u­laire. Voir chez nous le faible taux de sym­pa­thie généré par notre pro­pre prési­dent. Ou celui de Don­ald aux États-Unis.

Voici la copie du tableau pub­lié par le quo­ti­di­en ce matin :

L’im­age des prin­ci­paux dirigeants poli­tiques

Dans l’ordre : Cristi­na Kirch­n­er, prési­dente de la République de 2008 à 2016, Javier Milei, l’actuel, Patri­cia Bull­rich, min­istre de l’intérieur et leader du par­ti de droite de l’ancien prési­dent Mauri­cio Macri (2016–2020), et Axel Kiciloff, actuel leader du par­ti péro­niste et futur can­di­dat poten­tiel à la prési­dence, gou­verneur de la province de Buenos Aires depuis 2019.
On le voit, ils sont tous en négatif, mais à des degrés divers. Et sur­prise, le meilleur score est obtenu par Cristi­na Kirch­n­er.

Dans l’or­dre : Cristi­na Kirch­n­er, Axel Kiciloff, Patri­cia Bull­rich. (Source : Wikipedia)

Ce sondage est naturelle­ment, comme tous les sondages, à pren­dre avec quelques pincettes. On le sait, les sondages por­tent tou­jours des biais : nom­bre de per­son­nes inter­rogées, moyens et con­di­tions d’enquête, ques­tions posées…

Celui-ci étant com­mandé, et pub­lié, par un jour­nal de gauche, on peut sup­pos­er quelques biais de ce côté-là.

N’empêche, il donne néan­moins quelques indi­ca­tions quant aux mou­ve­ments d’opinion en œuvre en Argen­tine en ce moment.

Le quo­ti­di­en pointe en out­re la très nette oppo­si­tion de la pop­u­la­tion face à deux mesures gou­verne­men­tales emblé­ma­tiques : le refus de se pli­er à la règle de finance­ment du secteur uni­ver­si­taire, et la dérégu­la­tion totale de la vente de ter­res aux investis­seurs étrangers. Respec­tive­ment 62,7 et 67,7% de dés­ap­pro­ba­tion. 6 Argentins sur 10 dés­ap­prou­vent la poli­tique économique de Milei, et con­sid­èrent que la sit­u­a­tion a empiré depuis un an. 60% esti­ment que le gou­verne­ment actuel est cor­rompu.

Ces chiffres per­me­t­tent à l’opposition de voir là un cer­tain frémisse­ment de l’opinion, voire un redé­col­lage pos­si­ble, après une péri­ode atone, où elle était rel­a­tive­ment inaudi­ble.

Ce n’est pas impos­si­ble, l’impopularité du gou­verne­ment étant de plus en plus mar­quée. Mais atten­tion cepen­dant. L’image des éventuelles alter­na­tives reste brouil­lée. Il est peu prob­a­ble que Cristi­na Kirch­n­er, adulée par les plus ent­hou­si­astes des péro­nistes, mais détestée par le reste des Argentins, puisse non seule­ment se représen­ter un jour, mais par­venir à con­va­in­cre une majorité de ses conci­toyens. L’autre leader péro­niste, Axel Kiciloff, garde une image de citadin intel­lectuel décon­nec­té des gens les plus mod­estes, et sa ges­tion de la province est pour le moins dis­cutée.

Quant à Patri­cia Bull­rich, représen­tante de la droite clas­sique, si son action en tant que min­istre de l’intérieur a sus­cité l’enthousiasme des par­ti­sans de l’ordre et de la répres­sion, elle fait l’effet d’un chif­fon rouge pour tous les autres. Per­son­ne n’oublie que c’est elle qui a de fait pra­tique­ment abrogé le droit de man­i­fester. Aujourd’hui en Argen­tine, il est inter­dit de man­i­fester sur la voie publique, on doit le faire… sur les trot­toirs, sous peine d’arrestation pour trou­ble à l’ordre pub­lic !

Bref, là-bas comme ici, les lead­ers poli­tiques affichent des scores de pop­u­lar­ité pour le moins fluc­tu­ants, et plutôt négat­ifs. Aucune per­son­nal­ité n’émerge net­te­ment, ce qui laisse penser que Milei, mal­gré tout, garde toutes ses chances pour 2028 (élec­tions en novem­bre 2027). Le fatal­isme est aus­si une car­ac­téris­tique de nos amis argentins !

Une manif’ de sou­tien au secteur de l’é­d­u­ca­tion et de l’u­ni­ver­sité est con­vo­quée aujour­d’hui devant le Con­grès à Buenos Aires. Ce sera un test grandeur nature de la capac­ité de l’op­po­si­tion à mobilis­er.

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Arti­cle orig­i­nal de Página/12 à lire ici.

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