Accord sur l’enseignement du français

(Tous mes remer­ciements à Ali­cia Isidori qui m’a trans­mis cette infor­ma­tion)

Mer­cre­di dernier, 8 juin, le gou­verneur de la province de San­ta Fe  et l’am­bas­sadrice de France en Argen­tine ont signé un accord qui va grande­ment amélior­er la sit­u­a­tion de l’ap­pren­tis­sage du français dans les écoles de la province.

Le site du gou­verne­ment de la province rend compte de cette ren­con­tre, qui a eu lieu dans les locaux de l’am­bas­sade de France à Buenos Aires, dans le quarti­er de Reco­le­ta, entre le gou­verneur Omar Per­ot­ti et l’am­bas­sadrice Clau­dia Scher­er-Effos­se.

Ambas­sade de France à Buenos Aires

L’ac­cord stip­ule que la province s’en­gage à favoris­er la péd­a­gogie du français à tous les niveaux, tant sco­laires qu’as­so­ci­at­ifs, à ren­forcer la for­ma­tion ini­tiale et con­tin­ue des enseignants de langue française, et à pro­mou­voir les ini­tia­tives inter­dis­ci­plinaires en dévelop­pant notam­ment l’en­seigne­ment bilingue. De son côté, l’Am­bas­sade de France s’en­gage à financer des moyens de for­ma­tion pour les enseignants, ain­si qu’à favoris­er les inter­ac­tions entre les dif­férentes entités péd­a­gogiques des deux côtés de l’At­lan­tique.

A l’is­sue de la ren­con­tre, le gou­verneur Per­ot­ti a déclaré en sub­stance : “San­ta Fe est une province à haut poten­tiel d’échanges avec l’ex­térieur, tant au plan com­mer­cial que de l’ou­ver­ture sur le monde, et il est donc impor­tant que ses habi­tants soient bien for­més à l’usage des langues. Il existe une forte tra­di­tion d’ap­pren­tis­sage du français dans nos écoles, tra­di­tion dont le présent accord devrait stim­uler encore davan­tage l’en­t­hou­si­asme et les liens déjà bien présents”.

Omar Per­ot­ti

De son côté, Clau­dia Scher­er-Effos­se a indiqué que “c’est un accord que nous met­tons au point depuis des mois. L’en­seigne­ment du français dans la province de San­ta Fe est une réal­ité. Nous souhaitons la ren­forcer et nous avons tra­vail­lé en ayant à l’e­sprit tout ce que cet accord pour­rait apporter pour les rela­tions bilatérales entre la province et la France”.

L’am­bas­sadrice de France Clau­dia Scher­er-Effos­se, lors de la remise de sa let­tre de créance au prési­dent Argentin (2015–2019) Mauri­cio Macri.

Cet accord est une excel­lente nou­velle pour l’ap­pren­tis­sage d’une langue mal­heureuse­ment en déclin un peu partout dans le monde, où l’anglais est devenu hégé­monique. On ne peut que se réjouir par ailleurs de voir ain­si se ren­forcer les liens cul­turels entre deux pays qui, sur bien des aspects, ont beau­coup en com­mun.

La province de San­ta Fe se situe au nord-ouest de Buenos Aires, le long du fleuve Paraná. San­ta Fe est sa cap­i­tale, mais la ville la plus impor­tante en nom­bre d’habi­tants est Rosario, au sud de la province. La province abrite env­i­ron 3,5 mil­lions d’habi­tants, dont un tiers habite à Rosario. C’est la troisième région en impor­tance démo­graphique, après Buenos Aires (17 mil­lions) et Cór­do­ba (3,7 mil­lions).

Province de San­ta Fe — cap­ture d’écran

Un peu de pub touristique !

Bon, comme je suis en con­va­les­cence post opéra­toire, une fois n’est pas cou­tume, je vais prof­iter de mon immo­bil­ité for­cée et de ma vital­ité en berne pour causer tourisme argentin.

La Nación d’aujourd’hui con­sacre un arti­cle à un nou­veau site offi­ciel con­sacré aux routes et lieux touris­tiques les plus emblé­ma­tiques du pays : La Ruta Nat­ur­al.

Il s’agit de pro­mou­voir le tourisme “à l’air libre” et la décou­verte des grands espaces naturels du pays, trop sou­vent ignorés même des locaux. Et pour­tant, l’Argentine fait bien par­tie des pays les mieux dotés dans ce domaine, des déserts et forêts du nord trop­i­cal jusqu’aux glac­i­ers géants et aux steppes de la Patag­o­nie et de la Terre de feu.

Val­lées Calchaquies — Nord-ouest argentin

Le nou­veau site web du pro­gramme, nous explique le quo­ti­di­en, réu­nit l’information néces­saire au touriste pour lui per­me­t­tre de choisir et d’organiser ses voy­ages vers des sites naturels pointés comme “incon­tourn­ables”, en présen­tant 17 grands itinéraires recou­vrant les dif­férents paysages et cli­mats du pays.

Le site, abon­dam­ment illus­tré, est plutôt bien fait. Il pro­pose trois grandes entrées :
Par lieux géo­graphiques (Les val­lées Calchaquies, le parc naturel de la Terre de feu, la Pénin­sule de Valdez, les chutes d’Iguazu entre autres mul­ti­ples exem­ples. Pas loin de 200 lieux présen­tés, hélas pas classés géo­graphique­ment)

En Terre de Feu

- Par expéri­ences à vivre (Où observ­er la faune, où pra­ti­quer l’astronomie active, où camper à la belle étoile, etc…)
— Par type de tourisme : parcs nationaux, astronomie, aven­ture, paléo, obser­va­tion de la faune…

Il four­nit égale­ment un cal­en­dri­er utile pour situer le meilleur moment pour chaque type de par­cours.

Chutes de l’Iguazu — Province de Misiones

Comme le développe La Nación, chaque “incon­tourn­able” présen­té par le site pro­pose une infor­ma­tion détail­lée : pho­tos, activ­ités pos­si­bles, com­ment s’y ren­dre facile­ment, héberge­ment et restau­ra­tion, meilleures épo­ques de vis­ite, et autres infor­ma­tions pra­tiques.

Naturelle­ment, s’agissant d’un site argentin, il n’est pour le moment disponible qu’en espag­nol. Espérons que le min­istère du tourisme songera à une plus grande dif­fu­sion inter­na­tionale. Mais nous n’en sommes qu’au tout début, bien enten­du. Le /es à la fin de l’adresse du site nous laisse quelques espoirs de voir bien­tôt appa­raitre /en ou /fr. Qui sait ? (Atten­tion à ce pro­pos : le site en anglais “The nat­ur­al route” est un blog qui n’a rien à voir !)

Vous n’irez peut-être pas tout de suite en Argen­tine. Mais je ne saurais trop vous con­seiller déjà d’aller vous balad­er sur le site. Il vous don­nera une excel­lente idée de la dimen­sion d’immense par­adis naturel de l’Argentine, dis­posant d’une var­iété incroy­able de paysages, de cli­mats, de faune et de flo­re, qu’on trou­ve rarement rassem­blés comme ici sur un seul ter­ri­toire.
Et il vous per­me­t­tra au moins de faire un beau voyage…virtuel !

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Courte présen­ta­tion vidéo du site (47′) : https://www.youtube.com/watch?v=AxobWuUqnpE 

 

 

Droits des femmes en Amérique latine : docus accessibles

Pour pro­longer l’ar­ti­cle précé­dent ren­dant compte du dossier de Sud-Ouest sur les droits des trans en Argen­tine, je sig­nale ici plusieurs doc­u­men­taires dont cer­tains sont acces­si­bles sur l’ap­pli­ca­tion ARTE TV.

1. Argen­tine : la révolte des femmes

Dans la série “Arte reportages”. De Karen Naun­dorf. France. 25 mn.

Le doc­u­men­taire suit la famille de Mon­i­ca Gar­ni­ca, dans l’at­tente du procès où doit com­para­itre son mari, qui l’a assas­s­iné en la brûlant vive. Le pro­pos s’é­tend égale­ment à l’ensem­ble du mou­ve­ment fémin­iste “Ni una menos”, par­ti d’Ar­gen­tine mais qui essaime sur tout le con­ti­nent.

Sur l’ap­pli Arte.tv jusqu’au 8 octo­bre 2022

Sur Youtube ici.

2. Sud-Améri­caines con­tre le machisme

De Marie-Kristin Boese. Alle­magne. 53 mn.

Le com­bat des femmes argen­tines pour la légal­i­sa­tion de l’a­vorte­ment, sym­bol­isé par le port du foulard vert, gagne l’ensem­ble du con­ti­nent lati­no améri­cain. Le doc­u­men­taire fait le point sur cette lutte dans cer­tains autres pays, comme le Mex­ique ou le Brésil, où le machisme reste par­ti­c­ulière­ment fort.

Sur l’ap­pli Arte.tv jusqu’au 23 mai 2022

3. Femmes d’Ar­gen­tine

De Juan Solanas. Argen­tine. 87 mn. Titre orig­i­nal : Que sea ley

Juan Solanas a suivi le par­cours des femmes argen­tines au foulard vert, en lutte pour obtenir le vote au par­lement de la légal­i­sa­tion de l’IVG. Le doc­u­men­taire, qui donne la parole à dif­férents acteurs du mou­ve­ment, à des député(e)s, des opposants, a été pro­jeté au Fes­ti­val de Cannes 2019, et sor­ti en salles en France en mars 2020, à peine quelques jours avant le con­fine­ment. En replay sur my canal jusqu’au 10 octo­bre 2022.

Il est aus­si disponible à l’achat ou la loca­tion sur la chaine Youtube, mais en ver­sion espag­nole. 

4. L’Amérique latine mobil­isée con­tre les fémini­cides.

Reportage de France 24. 12 mn. Sur youtube.

Cam­pagne argen­tine pour le droit à l’IVG

Argentine, pays des droits LGBT ?

Ces trois derniers jours (9, 10 et 11 mai) le jour­nal région­al Sud-Ouest pub­lie les trois volets d’un reportage réal­isé par Maud Rieu, qui a vécu en Argen­tine en 2017 et 2018, et qui a étudié la sit­u­a­tion des per­son­nes trans­gen­res dans ce pays.

Le reportage met en lumière un para­doxe de ce pays par ailleurs très catholique (et de plus en plus évangéliste, aus­si, comme ses voisins), où la vio­lence “de genre”, con­ju­gale ou machiste, est un vrai fléau, et dans lequel a fait rage, juste­ment en 2018, la bataille pour la légal­i­sa­tion de l’a­vorte­ment, finale­ment votée par le par­lement en 2020 : par­mi l’ensem­ble des pays sud-améri­cains, l’Ar­gen­tine est prob­a­ble­ment le plus ouvert en ce qui con­cerne les droits des per­son­nes homo­sex­uelles et trans­gen­res.

Dans le pre­mier volet, Maud Rieu fait le point sur la vision qu’ont les Argentins sur cette thé­ma­tique si con­flictuelle ailleurs :

S’intéresser à l’Argentine, c’est accepter d’être sur­prise. Com­ment ce pays où l’interruption volon­taire de grossesse n’est légale que depuis 2020 peut-il être autant en avance sur les droits des per­son­nes trans­gen­res ? Pos­er cette ques­tion, c’est affron­ter un regard inter­ro­ga­teur : les inter­locu­teurs ne voient pas le rap­port. Ici, être un homme ou une femme est une ques­tion d’identité, pas de biolo­gie. Et le respect de l’identité est sacré dans cet état trau­ma­tisé par le sou­venir des cen­taines de bébés volés à leurs familles et don­nés à d’autres, sous la dic­tature mil­i­taire de 1976 à 1983.

Pour l’il­lus­tr­er, elle a ren­con­tré notam­ment Vale­ria del Mar Ramirez, une des pre­mières béné­fi­ci­aires de la loi de 2012, qui lui a per­mis d’of­fi­cialis­er son change­ment de sexe. Ain­si, l’Ar­gen­tine est dev­enue le pre­mier pays au monde à adopter une loi d’i­den­tité de genre. Un grand pas, car comme le rap­pelle l’au­teure, jusque dans les années 90, il était encore inter­dit en Argen­tine de s’ha­biller “de façon con­traire à son sexe biologique”.

Cet incon­testable pro­grès n’a pour­tant pas résolu d’un coup de baguette mag­ique toutes les dis­crim­i­na­tions. En 2015, une mil­i­tante de la cause trans, qui avait trois mois aupar­a­vant fait pass­er une loi imposant un quo­ta de 1% de trans par­mi les fonc­tion­naires, a été assas­s­inée, et, comme l’indique la députée Kari­na Naz­a­bal (Mem­bre du Frente para la Vic­to­ria, lié au par­ti péro­niste actuelle­ment au pou­voir, NDLA) citée par Maud Rieu :

Il faut sor­tir de la tête de ces per­son­nes et de la société que les trans n’ont pas d’autre choix que se pros­tituer. Si vous deman­dez à votre voisin “Où met­triez-vous une per­son­ne trans ?”, il vous répon­dra sûre­ment “Dans la rue”.

Selon Kari­na, être trans ne doit pas con­stituer un obsta­cle à l’ob­ten­tion d’un emploi : seule la com­pé­tence doit entr­er en ligne de compte. Ce que cette loi dev­enue loi nationale en 2021, ren­force.

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Dans le sec­ond volet, Maud Rieu racon­te l’his­toire de Lua­na, qui, à six ans seule­ment, a pu offi­cielle­ment être con­sid­érée comme fille, sans pass­er par la case jus­tice. Une his­toire édi­fi­ante, en cela qu’elle démon­tre que le sen­ti­ment d’i­den­tité de genre n’est pas un caprice, mais représente la plu­part du temps une véri­ta­ble souf­france.

Le cas de Lua­na est emblé­ma­tique. Très tôt, ce petit garçon (qui a un frère jumeau) a sen­ti qu’il ne se trou­vait pas dans le bon corps. Maud Rieu, qui a ren­con­tré Gabriela, la mère de Lua­na, rap­porte :

Un jour, quand il a trou­vé les mots, à 20 mois, ce fils a pronon­cé une phrase qui a changé la vie de sa mère et de toute la famille : « Je suis une fille, je suis une princesse ».

Début d’une his­toire qui n’au­ra rien d’un chemin de rose. Les par­ents met­tront du temps à com­pren­dre les appels au sec­ours de leur enfant, ses dif­fi­cultés, son mal-être, ses cheveux qui tombent, les médecins con­sultés qui refusent de pren­dre le cas au sérieux… Le père, lassé, fini­ra par pren­dre la fuite, mais Gabriela, con­va­in­cue, se bat­tra pour que Lua­na puisse devenir une fille à part entière. Jusqu’à ce 25 sep­tem­bre 2013, où enfin, elle reçoit une carte d’i­den­tité por­tant son “nou­veau” genre.

Une carte qui ne résout pas tout. Maud Rieu rap­pelle qu’en Argen­tine, si la loi autorise les enfants (sous réserve d’ac­cord des deux par­ents) à chang­er d’i­den­tité “sur le papi­er”, ceux-ci doivent atten­dre la majorité pour pou­voir envis­ager une opéra­tion.

C’est pour aider ceux qui con­nais­sent les même prob­lèmes que Gabriela est dev­enue une véri­ta­ble mil­i­tante des droits des enfants trans. Elle a créé une asso­ci­a­tion, “Infan­cias libres” (Enfances libres) et donne régulière­ment des con­férences. Aujour­d’hui, Lua­na a  15 ans, et vit une ado­les­cence nor­male, entre sa mère et son frère. Maud Rieu con­clut à ce pro­pos en citant Gabriela :

« Il faudrait arrêter de se deman­der si elle va bien, elle ne devrait plus être au cen­tre de l’attention, même si je com­prends. Lua­na est une ado­les­cente qui vit entourée d’amour et va bien ! »

Voir aus­si le doc­u­men­taire  sur Gabriela et Lua­na : “Yo nena, yo prince­sa” (2012, en espag­nol avec sous-titrages en anglais)

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Enfin, pour le troisième volet de son enquête, Maud est allée assis­ter à une remise de diplômes dans un étab­lisse­ment bien par­ti­c­uli­er. Il s’ag­it d’un lycée ouvert aux élèves trans, mais égale­ment à tous ceux et celles en dif­fi­cultés sociales, sou­vent des jeunes sans foy­er qui ont con­nu la rue, la pros­ti­tu­tion, la drogue. A l’o­rig­ine, une asso­ci­a­tion, Mocha Celis (du nom d’une fille trans tuée par la police), fondée en 2017 et qui pro­po­sait aide, foy­er et quelques cours. Peu à peu, l’as­so­ci­a­tion a gran­di, et aujour­d’hui, nous dit Maud, l’étab­lisse­ment, qui a démé­nagé, est devenu un vrai et grand lycée accueil­lant jusqu’à 300 élèves. Il a même fait des petits : on compte main­tenant une quin­zaine d’étab­lisse­ments du même genre dans le pays, et dans quelques autres pays d’Amérique Latine comme le Chili, le Brésil et le Paraguay.

On s’en doute, il n’est guère soutenu par les instances admin­is­tra­tives offi­cielles, et tient d’abord et surtout par l’ac­tion et le dévoue­ment de ses bénév­oles. Les élèves, pudiques et pro­tégés par leurs enseignants, se livrent dif­fi­cile­ment. Maud a néan­moins pu inter­roger l’une d’en­tre elles, Viviana, qui lui a racon­té son par­cours : la prise de con­science de son iden­tité dif­férente, le déni de l’é­cole, le har­cèle­ment, l’a­ban­don sco­laire. Puis la pros­ti­tu­tion, à 13 ans, et le sport, comme une bouée de sauve­tage :

«mais caté­gorie homme, en gar­dant mon apparence fémi­nine, évidem­ment», pré­cise-t-elle.

Et enfin, l’ac­cueil à “La Mocha”, comme dis­ent ses habitués :

« À la pre­mière ren­con­tre, le directeur m’a dit : ‘‘Bien­v­enue à la Mocha Celis’’. Ça m’émeut encore parce que quand il m’a dit ça, c’était la pre­mière fois qu’un étab­lisse­ment me dis­ait ‘‘bien­v­enue’’. Jusqu’à main­tenant, on me dis­ait tou­jours que je ne pou­vais pas.»

En con­clu­sion, Maud cite le slo­gan du lycée, peint sur un mur :

« Si une trans va à l’université, ça change sa vie. Si beau­coup y vont, ça change la société. ».

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Vers le dossier de Sud-Ouest en ligne : immer­sion en Argen­tine. Mais hélas: c’est réservé aux abon­nés !

Pour ceux qui ont Spo­ti­fy, en recher­chant “Ici Sud Ouest”, vous trou­verez deux pod­casts con­sacrés l’un à  Gabriela Man­sil­la, la maman de Lua­na (34 mn), et l’autre à Viviana Gon­za­lez, l’é­tu­di­ante du lycée Mocha Celis (19 mn). Les deux pod­cast en français, naturelle­ment.

 

 

La présidentielle vue d’Argentine

La presse argen­tine n’a pas fait ses choux gras de notre élec­tion prési­den­tielle, c’est le moins qu’on puisse dire. Lun­di, avec le décalage horaire, quelques arti­cles généraux pour don­ner les résul­tats pro­vi­soires, encore basés sur les pro­jec­tions de nos insti­tuts de sondages.
Nous avons donc atten­du aujourd’hui mar­di pour voir si on trou­vait des arti­cles un peu plus fouil­lés sur le sujet.

Clarín en fait son arti­cle de tête de gon­do­le ce matin à 10 h. Soulig­nant qu’en défini­tive, la can­di­da­ture Zem­mour, présen­té comme un Trump français, a en fait plutôt prof­ité à M. Le Pen en la ren­dant plus fréquentable, Clarín com­mente à par­tir d’une enquête du Figaro la fin d’un mythe : celui du front répub­li­cain. “Cette idée que la démoc­ra­tie est en dan­ger, comme en 2002 lorsque Jean-Marie Le Pen était à la place de sa fille, s’est évanouie. Il n’y aura pas de marche répub­li­caine ni 90% des votes en faveur d’un can­di­dat garan­tis­sant la survie de la démoc­ra­tie”. Au pas­sage, Clarín, en bon quo­ti­di­en droiti­er, attribue la défaite humiliante d’Anne Hidal­go à “sa ges­tion cat­a­strophique de la mairie de Paris”. Des fois que son lec­torat pour­rait croire, comme cer­tains français mal infor­més, que la chute du PS serait davan­tage due à ses renon­ce­ments poli­tiques et ses ral­liements droitiers.

La Nación pub­li­ait deux arti­cles hier lun­di. Vis­i­ble­ment, cela les a fatigués, puisque aujourd’hui, rien à sig­naler. Hier donc, Luisa Cor­ra­di­ni, avançait que ces résul­tats “étaient inter­prétés (en France, donc, doit-on sup­pos­er) comme un vote de con­fi­ance dans la gou­ver­nance Macron… et un vote utile pour empêch­er l’extrême-droite d’accéder au pou­voir”. On ne peut qu’être con­fon­du par tant de clair­voy­ance. Con­fi­ante, Luisa Cor­ra­di­ni pense même que les pro­jec­tions de deux­ième tour (pour­tant net­te­ment plus ser­rées qu’en 2017) “per­me­t­tent de penser que Macron n’a pas été touché par le rejet dont souf­frent générale­ment les prési­dents sor­tants”.

Allons voir alors le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12. Pas trop pro­lixe sur le sujet lui non plus, il faut l’admettre. Un arti­cle hier, un autre aujourd’hui. Hier, Eduar­do Feb­bro fustigeait notam­ment la respon­s­abil­ité de la gauche elle-même (c’est-à-dire, la gauche “de gou­verne­ment” comme on dit chez nous) dans ce deux­ième échec con­sé­cu­tif à accéder au sec­ond tour. “Ses égoïsmes, ses trahisons, son imma­tu­rité, la lutte à couteaux tirés entre ses com­posantes et la bataille d’égos ont ouvert un boule­vard à l’extrême-droite”. Rap­pelant le scé­nario de 2002, Feb­bro con­damne ce nou­v­el épisode de désunion mor­tifère, semant la con­fu­sion par­mi les électeurs avec des con­signes con­tra­dic­toires de vote utile en même temps qu’on récla­mait de soutenir des par­tis mori­bonds comme le PS et le PC. “Le cauchemar de 2002 avait boosté l’extrême-droite, il est prob­a­ble que celui de 2022 finisse par la porter au pou­voir”.

Aujourd’hui, le même Feb­bro, cor­re­spon­dant du jour­nal à Paris, titre sur “Com­ment gag­n­er en per­dant”, à pro­pos de Mélen­chon. Par là, il souligne que Macron dis­pose de très peu de réserve de voix pour le sec­ond tour, con­traire­ment, pense-t-il, à M. Le Pen. Feb­bro con­state qu’il a déjà lessivé le PS, dont les cadres sont en grande par­tie passés chez lui. Avec 1,7% des voix, celui-ci n’a plus rien à lui apporter. Idem pour LR. Il ne lui reste donc plus que des miettes à grat­ter de ces côtés-là.

Mais surtout Feb­bro pose Mélen­chon et ses électeurs en arbi­tres, oblig­eant les deux can­di­dats du deux­ième tour à leur faire des risettes. Pour Macron, c’est la quad­ra­ture du cer­cle : “Le chef de l’état se voit obligé de mobilis­er et attir­er la gauche sans renon­cer à son pro­gramme libéral et tout en réduisant la frac­ture ouverte avec les gilets jaunes”. Mais l’équation est tout aus­si ardue pour M. Le Pen. En somme “L’extrême-droite et le libéral­isme courent après cette gauche qu’ils n’ont jamais prise au sérieux, ont méprisée et agressée à qui mieux mieux. Le vam­pirisme élec­toral­iste entre­prend sa croisade”. A pro­pos de Mélen­chon, Feb­bro con­clut que “s’il se retire, comme on peut le penser, il lais­sera une Union Pop­u­laire bien instal­lée, digne et avec des per­spec­tives qu’elle n’avait pas encore il y a deux semaines. Il a gag­né un avenir en per­dant en par­tie le présent”.

Pour ter­min­er, le petit dessin du car­i­ca­tur­iste Paz dans ce même jour­nal. Je ne peux pas le repro­duire directe­ment ici pour des raisons évi­dentes, mais on y voit deux Argentins com­men­tant cette élec­tion. L’un demande à l’autre : Pourquoi autant de Français votent à l’extrême-droite ? et l’autre : parce qu’elle dif­fuse un mes­sage sim­ple et très clair. Lequel ? Lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité, mes c…lles.

Le Jour de la mémoire

Cela pour­ra paraitre éton­nant, mais la presse argen­tine n’en fait pas des tonnes sur cette date pour­tant ô com­bi­en mar­quante de l’histoire trag­ique du pays. A 46 ans du coup d’état mil­i­taire de 1976, qui allait faire des mil­liers de morts et de dis­parus, et provo­quer des blessures jamais entière­ment refer­mées à ce jour, les com­mé­mora­tions restent pour le moins dis­crètes, et sont surtout l’occasion d’insister sur la néces­sité d’affirmer le «Nun­ca más» proclamé par la com­mis­sion d’enquête qui a suivi la chute de la dic­tature pour éval­uer les respon­s­abil­ités de cha­cun dans ce drame his­torique.

Rien d’étonnant à ce que ce soit les jour­naux situés le plus à gauche qui con­cen­trent le plus d’articles sur le sujet. Pagina/12 en pro­pose pas moins de 10 sur sa pre­mière page de l’édition numérique !

D’abord pour annon­cer le grand rassem­ble­ment con­sacré au «jour de la mémoire», le pre­mier, dit le jour­nal, post-con­fine­ment et depuis le change­ment de gou­verne­ment, puisque celle de l’an dernier n’avait pas pu avoir lieu. Par­mi les mots d’ordre, un revient par­ti­c­ulière­ment «Où sont-ils ?» en référence aux dis­parus de la dic­tature, dont le nom­bre est dis­cuté, mais ici, on retient celui générale­ment repris : 30 000.

Sur ce sujet, le quo­ti­di­en de gauche rend égale­ment hom­mage au tra­vail de l’association des Mères et Grands-mères de la place de Mai, créée un jour de 1977 pour réclamer, juste­ment, qu’on leur rende leurs maris et leurs enfants enlevés par la junte. Aujourd’hui, l’association pour­suit un com­bat acharné pour retrou­ver les «enfants volés de la dic­tature», fils et filles d’activistes arrêtés et exé­cutés, dont la plu­part ont été escamotés à leurs familles biologiques pour être «adop­tés» par des familles de mil­i­taires.

Tou­jours dans le même quo­ti­di­en, le psy­ch­an­a­lyste Martín Alo­mo fait le par­al­lèle entre deux absences, celle de ses patients lais­sant le divan vide pen­dant la péri­ode de con­fine­ment, et celle des dis­parus de la dic­tature, «témoins de la douleur et de l’abus de pou­voir engen­drés par un état d’ex­cep­tion». Mais là s’arrête la com­para­i­son, parce que «…les dél­its de lèse-human­ité ne sont pas pre­scriptibles, car une fois com­mis, ils con­tin­u­ent de faire souf­frir de façon per­ma­nente». D’où la néces­sité impéra­tive de main­tenir ce «rite social» du sou­venir : on ne doit  laiss­er s’installer aucune pos­si­bil­ité de pre­scrip­tion.

L’écrivaine et femme poli­tique Vic­to­ria Don­da, elle-même enfant volée de la dic­tature, attend de ce rassem­ble­ment qu’il soit égale­ment l’occasion d’affirmer son oppo­si­tion aux dis­cours de haine et de néga­tivisme his­torique qui se propa­gent, tant en Argen­tine que dans le monde, et qui, selon elle, sont surtout le fait d’une cer­taine droite haineuse. «Le 24 est une bonne date pour les com­bat­tre, car les dis­cours de haine ont tou­jours précédé les géno­cides, dont les vic­times ont été les sujets soci­aux et les acteurs du change­ment. C’est impor­tant de men­er une réflex­ion là-dessus car de nom­breuses généra­tions n’ont pas vécu la dic­tature, mais seule­ment ses effets qui se sont dilués avec le temps».

Vic­to­ria Don­da

Cette année, elle y emmèn­era sa fille, 7 ans. «Elle m’a demandé pourquoi nous fai­sions cette marche. Je lui ai répon­du que c’était pour que nous écoutent non seule­ment ceux qui avaient com­mis tous ces crimes, mais égale­ment tous ceux qui pour­raient penser qu’il y a une par­tie de la société qui ne sert à rien, et qu’il faudrait faire dis­paraitre. (..) Il faut que les gamins et les gamines com­pren­nent que si une époque heureuse a jamais existé, nous devons la recon­stru­ire, mais tous ensem­ble».

Les autres jour­naux argentins sont net­te­ment pro­lix­es sur le sujet. Il faut descen­dre très bas sur la une de La Nación pour trou­ver un arti­cle d’opinion dénonçant une journée «de la mémoire sélec­tive». Dans son texte, Daniel San­ta Cruz regrette que, même s’il lui parait «tout à fait bien que nous Argentins gar­dions en mémoire ce qui s’est passé durant la dic­tature, à la base, et c’est la loi qui le dit, pour éviter que cela ne se repro­duise». Mais il juge regret­table que, «mal­heureuse­ment, ni le gou­verne­ment, ni les mil­i­tants poli­tiques qui le sou­ti­en­nent, ni les organ­i­sa­tions de droits de l’homme qui par­ticipent active­ment à cette man­i­fes­ta­tion, ne dis­ent rien des cen­taines de vio­la­tions des droits humains com­mis en 2020 et 2021 pen­dant la pandémie, quand le gou­verne­ment réglait par décret les com­porte­ments soci­aux dans un but de sécu­rité san­i­taire». Il regrette qu’on s’apitoie sur le sort des noirs abat­tus par la police aux Etats-Unis, mais, citant plusieurs exem­ples, pas sur celui de citoyens argentins tués par leur pro­pre police, et que le gou­verne­ment péro­niste a sou­veraine­ment passés sous silence. Il cite ain­si 200 cas de vic­times de la vio­lence insti­tu­tion­nelle, com­mise au sim­ple pré­texte d’assurer l’ordre pen­dant le con­fine­ment, et proteste con­tre ce «deux poids deux mesures», qui «s’approprie le con­trôle moral des droits de l’homme» en choi­sis­sant ses caus­es. «Le jour de la mémoire a rai­son de nous rap­pel­er la nuit obscure de la dic­tature, mais il ferait bien d’inciter à réfléchir sur les moyens d’éviter que de tels faits com­mis par la police d’état se repro­duisent en démoc­ra­tie, en enquê­tant et en en temps et en heure».

Un seul arti­cle égale­ment dans Clarín, de l’historien Ricar­do De Tit­to, s’attachant quant à lui à regret­ter que le «jour de la mémoire» soit trop cen­tré sur le thème des droits de l’homme, alors que les con­séquences de la dic­tature se font sen­tir encore aujour­d’hui dans bien d’autres domaines, notam­ment économiques, diplo­ma­tiques, cul­turels ou édu­cat­ifs.

Un arti­cle très intéres­sant, en cela qu’il établit un par­al­lèle entre les com­porte­ments poli­tiques, qui, dit-il, ont ten­dance à s’imiter tout en don­nant l’illusion du con­tre-pied. Dres­sant un bilan sévère de la péri­ode mil­i­taire, il appelle ses conci­toyens à ouvrir les yeux sur son héritage : la fin de la dic­tature n’a jamais sig­nifié le retour aux jours heureux. «L’héritage de la dic­tature se laisse apercevoir entre les draps. La poli­tique tend à repro­duire ces trucages déloy­aux qui ressem­blent à des mon­tages vidéos où les amis et les adver­saires changent de posi­tion et s’accusent mutuelle­ment, à la grande con­fu­sion des spec­ta­teurs – leurs électeurs – qui obser­vent, écoutent et doutent». L’Argentine en a sans doute fini avec les mil­i­taires, mais sa sit­u­a­tion ne s’est guère améliorée. Les défis, que ce soit face à la pau­vreté, à l’exclusion sociale, à l’état désas­treux de l’éducation et de la san­té publique, demeurent.

Enfin, le quo­ti­di­en Cróni­ca, lui, met deux arti­cles en pre­mière place de sa une. Le pre­mier racon­te l’historie de Bár­bara Gar­cía, 9 ans en 1976, qui aujourd’hui encore tente de faire con­damn­er celui qui a arrêté sa mère sous ses yeux, un mil­i­taire qu’elle a recon­nu lors d’une man­i­fes­ta­tion des années après, et qui l’accuse de faux-témoignage. Depuis, men­acée de repré­sailles, Bár­bara vit sous le statut de témoin pro­tégé. Autre his­toire, celle d’Horacio Pietra­gal­la, fils de dis­parus et «enfant volé», devenu aujourd’hui prési­dent de l’Organisation des Droits de l’Homme d’Argentine. Ce n’est qu’à l’âge de 26 ans qu’il a appris que ses par­ents n’étaient pas ses par­ents biologiques. Il racon­te notam­ment com­ment, une fois con­nue la vérité, il avait décidé de chang­er de vie. «Toute la ques­tion, c’est de pren­dre sa déci­sion et de l’assumer. Tu éprou­ves une cer­taine cul­pa­bil­ité face à ce qui peut arriv­er à ceux qui t’ont élevé, car ils ont com­mis un vol, une appro­pri­a­tion, un délit puni par la loi. Mais pour pren­dre cette déci­sion, j’ai dû penser, de manière un peu égoïste, à tous ceux qui devaient être en train de m’attendre».

Un rugbyman argentin tué à Paris

Same­di 18 mars au matin, le rug­by­man argentin Fed­eri­co Aram­bu­ru a été vio­lem­ment agressé et tué de plusieurs balles de revolver devant un bar parisien du quarti­er Saint Ger­main, le Mabil­lon.

D’après le quo­ti­di­en région­al Sud-Ouest, qui rap­porte les faits dans son édi­tion du dimanche 20 mars, il s’a­gi­rait de l’is­sue trag­ique d’une alter­ca­tion avec deux clients du bar, qui serait revenus ensuite en voiture et armés, pour régler le dif­férent.

Fed­eri­co Aram­bu­ru, 42 ans, ancien joueur des Pumas, comme on appelle l’équipe nationale argen­tine, avait joué notam­ment dans les clubs français de Biar­ritz, Per­pig­nan et Dax, dans les années 2004 à 2010, et s’é­tait défini­tive­ment instal­lé à Biar­ritz avec sa femme et ses trois enfants. Il gérait avec un autre ami rug­by­man, le français d’o­rig­ine néo-zélandaise Shaun Hegar­ty, une agence de voy­ages spé­cial­isée dans les man­i­fes­ta­tions sportives.

La trag­ique nou­velle a égale­ment fait les titres des prin­ci­paux quo­ti­di­ens argentins ce week-end, on s’en doute, s’agis­sant d’un joueur par­ti­c­ulière­ment mar­quant de l’his­toire du rug­by local.

Mais si Pagina/12 en rend compte en suiv­ant les sources français­es, qui font état des soupçons de la police au sujet d’un sus­pect ancien mem­bre du GUD, (Groupe Union Défense) un groupe d’ex­trême-droite vio­lent act­if jusqu’en 2017, un cer­tain Loïk Le Pri­ol, Clarín en revanche décrit, à la manière de cer­tains jour­naux éta­suniens, un Paris, et plus spé­ci­fique­ment le quarti­er his­torique de Saint ger­main des Prés, en proie à la délin­quance la plus incon­trôlée :

Aram­bu­ru a été abat­tu à la sor­tie du bar “La Mabil­lon”, sur le Boule­vard Saint Ger­main à Paris, un quarti­er qui ces dernières années est devenu aus­si pop­uleux que dan­gereux. Il n’y est plus sûr d’y venir manger un ham­burg­er, comme le fai­saient autre­fois les habi­tants du quarti­er après la dernière séance de ciné­ma. On y voit main­tenant des gens de la nuit, liés à la pros­ti­tu­tion, des ban­des, des deal­ers (La phrase en gras l’est sur l’ar­ti­cle).

Il y est même ques­tion, sans doute pour don­ner à l’événe­ment un tour plus inquié­tant encore, d’un des sus­pects filmé par une caméra de sur­veil­lance, qui, affirme le quo­ti­di­en sans citer de source, serait “un Albanais du Koso­vo, mem­bre de cette com­mu­nauté de mafieux qui ont pris le con­trôle des trafics d’armes et de drogue, (…) craints de tout le monde et prin­ci­paux grossistes (sic) en drogue, armes et muni­tions en prove­nance de la guerre de Bosnie”.

Trem­blez, Parisiens et touristes : les bar­bares du Koso­vo font régn­er la ter­reur sur la cap­i­tale.

Il est néan­moins plus prob­a­ble qu’on soit en présence d’une hélas plus banale issue trag­ique d’une bagarre entre clients de bar, aux petites heures du jour. Fed­eri­co Aram­bu­ru s’en serait pris à la mau­vaise per­son­ne, un type con­nu pour ses accès de vio­lence,  et armé.

Dans cette affaire, une femme a sem­ble-t-il été arrêtée assez rapi­de­ment. Il s’a­gi­rait de la con­duc­trice du véhicule avec lequel les agresseurs seraient revenus sur les lieux de l’al­ter­ca­tion.

Que ce soit en France ou en Argen­tine, où Fed­eri­co Aram­bu­ru était unanime­ment appré­cié, l’af­faire a sus­cité une forte com­mo­tion.  Pour l’an­cien inter­na­tion­al français Dim­itri Yachvil­li, “Fédé était tou­jours posi­tif, plein d’en­train, en plus d’être un for­mi­da­ble équip­i­er, c’é­tait une belle per­son­ne”. Patrice Lag­is­quet, ancien entraineur de Biar­ritz, dit de lui “Le bon­homme était adorable, il avait tou­jours le sourire”. (Pro­pos recueil­lis par Sud-Ouest Dimanche).

En Argen­tine, même una­nim­ité. Le prési­dent de la fédéra­tion argen­tine de rug­by, San­ti­a­go Marot­ta, estime que le fait divers “affecte tout le rug­by argentin”. Celui de la Super Ligue Améri­caine de rug­by, l’U­ruguayen Sebastián Piñeyrúa, annonce pour les prochaines par­ties une minute de silence et le port d’un bras­sard noir par les équipes en présence. De son côté, Agustín Pichot, ex-cap­i­taine des Pumas, fera le voy­age à Paris pour soutenir la famille de celui qu’il a tou­jours con­sid­éré “comme un ami avec qui nous avons partagé des mil­liers de voy­ages et de match­es”. (Pro­pos recueil­lis par Pagina/12)

10/02/2022 : polémique sur les bus

Grosse polémique en ce moment à Buenos Aires. Pour sat­is­faire aux exi­gences du FMI, qui comme à son habi­tude, réclame en échange de ses bons offices (c’est-à-dire : un gros prêt) que l’Etat argentin serre les cor­dons de sa bourse pour­tant déjà bien plate, celui-ci envis­age de refiler la ges­tion de 32 lignes de bus de Buenos Aires à l’administration munic­i­pale de la ville. Un coup clas­sique qu’on con­nait bien chez nous : l’état som­mé de faire des économies se décharge de cer­taines dépens­es sur des entités régionales. En l’occurrence, les bus portègnes sont un gouf­fre à sub­ven­tions : la plu­part des com­pag­nies, toutes privées, ne tien­nent que grâce aux sub­sides de l’état, qui verse annuelle­ment 13 mil­liards de pesos, soit à peu près 107 mil­lions d’euros. Mil­liards qui pour­raient être con­sacrés, selon le gou­verne­ment, au trans­port pub­lic dans les régions, qui ne béné­fi­cient pas jusque là de la même manne, et où l’usager doit pay­er son tick­et plus cher.

Occa­sion de revenir sur un sys­tème de trans­port aux traits assez par­ti­c­uliers. Les bus portègnes… Ah, oui, là, je rap­pelle pour la dernière fois : portègne, c’est l’adjectif qui se rap­porte à tout ce qui vient de Buenos Aires. On dit aus­si « bonaerense », lit­térale­ment bueno­sairien, mais c’est moins util­isé. Les bus portègnes, donc, exis­tent depuis 1928, année au cours de laque­lle une asso­ci­a­tion de taxis décide de créer un sys­tème de trans­port col­lec­tif, pour faire con­cur­rence au tram. Là-bas, on les appelle «colec­tivos», nom util­isé dans tout le pays pour désign­er les bus de ville (Pour la route, on dit «micros». Autrement dit, bus en ville, auto­car sur la route). Dans la cap­i­tale, on dit aus­si «Bon­di». C’est de l’ar­got local, le lun­far­do.

1928

Ce nou­veau sys­tème de «colec­tivos» se met douce­ment en place. La con­cur­rence est rude, d’autant qu’au début des années trente, ce sont les anglais qui maitrisent le trans­port portègne, et que le gou­verne­ment de l’époque (des mil­i­taires con­ser­va­teurs) ne sait rien leur refuser. Il ira même, en 1932, jusqu’à restrein­dre par décret la cir­cu­la­tion des nou­veaux colec­tivos pour éviter de leur faire trop d’ombre !

Mais le pub­lic est con­quis. Ce nou­veau type de trans­port, plus sou­ple, plus rapi­de, et bon marché, trou­ve sa clien­tèle. Petit à petit, le sys­tème se régle­mente : couleurs dis­tinctes pour les véhicules, déf­i­ni­tion de lignes et de tra­jet (1932), instal­la­tion oblig­a­toire d’un sys­tème de vente de tick­ets – tax­imètre – à bord, pour con­trôler la capac­ité max­i­male de pas­sagers (1934), puis créa­tion en 1936 d’une Cor­po­ra­tion des trans­ports de la ville de Buenos Aires, pour fédér­er l’ensemble. Une sorte de mono­pole, quoi. Mais là encore, il s’agissait de faire plaisir aux Anglais, avec lesquels on venait de sign­er un accord d’échange com­mer­cial préféren­tiel : expor­ta­tion de viande con­tre pri­or­ité pour les investisse­ments indus­triels et exemp­tion de droits de douane pour les pro­duits importés de Grande Bre­tagne. Pour faire court : le trans­port par colec­tivos était rat­taché au sys­tème de trans­port fer­rovi­aire, alors totale­ment entre les mains des Anglais.

La sec­onde guerre mon­di­ale met un coup d’arrêt au développe­ment du sys­tème. D’une part, par faute de pièces détachées (La plu­part étaient pro­duites aux États-Unis), d’autre part, à cause d’un con­flit ouvert entre la Cor­po­ra­tion et les quelques com­pag­nies restées indépen­dantes, qui se voy­aient régulière­ment inter­dites de cir­cu­la­tion (La Cor­po­ra­tion ayant le pou­voir de les expro­prier).

En 1948, la Cor­po­ra­tion, mal gérée, est mise en fail­lite et dis­soute. L’État péro­niste crée alors une nou­velle com­pag­nie publique : «Trans­ports de Buenos Aires», qui développe des lignes au-delà de la pre­mière cein­ture de la cap­i­tale. Les ban­lieues sont enfin desservies. Le sys­tème reste pub­lic jusqu’à la chute du péro­nisme, en 1955. Ensuite, le nou­veau pou­voir (tou­jours mil­i­taire, eh oui !), se lance dans la pri­vati­sa­tion : il vend une ving­taine de lignes. Par­al­lèle­ment, il sup­prime peu à peu toutes les lignes de tram et de trol­ley : à la fin des années soix­ante, il n’y a plus que des bus pour trans­porter les usagers en ville. Plus, naturelle­ment, les cinq lignes de métro (la 5ème créée en 1966). Mais en ce qui con­cerne le métro, s’agissant d’une cap­i­tale aus­si énorme (y vit le tiers de la pop­u­la­tion argen­tine, rap­pelons-le), il est notoire­ment sous-dimen­sion­né, et ne s’étend pas au-delà des lim­ites de la ville elle-même (Celle-ci compte plus de trois mil­lions d’habitants, 17 mil­lions pour la total­ité de l’agglomération. A com­par­er avec Paris et ses 14 lignes de métro, pour 2 mil­lions d’habitants, 12 en agg­lo).

1969

Aujourd’hui, la qua­si-total­ité des com­pag­nies de colec­tivos est de statut privé, mais l’état garde la main sur l’organisation générale du sys­tème. Heureuse­ment : on imag­ine le chaos si tout le monde pou­vait faire selon sa volon­té. C’est qu’il y a pas loin d’une cen­taine de com­pag­nies, pour près de 350 lignes en exploita­tion ! Mais ces com­pag­nies, pour la plu­part, ne sur­vivent que grâce aux sub­sides de l’état, qui sub­ven­tionne large­ment le prix du gazole, d’une part, et celui du bil­let d’autre part. Et ce depuis la grande crise de 2001, qui avait vu s’effondrer la demande pen­dant que mon­tait en flèche le prix du car­bu­rant. Mais mal­gré ces sub­ven­tions, la flotte de bus com­mence à sen­tir de plus en plus le vieux. Tous fab­riqués selon un mod­èle unique, ils cir­cu­lent jusqu’à ren­dre l’âme. S’il est extrême­ment rare de nos jours, de mon­ter dans un bus neuf à Buenos Aires, en revanche il est fréquent d’avoir la sen­sa­tion, à bord d’un des brin­que­bal­ants engins, de voy­ager dans le temps !

Le gou­verne­ment cherche donc, aujourd’hui, à refiler le bébé à la munic­i­pal­ité de Buenos Aires. Celle-ci, en échange de ce trans­fert de charges, pour­ra gér­er le sys­tème de lignes, décider du prix du bil­let, du mon­tant des sub­ven­tions. Mais bon, ça coince, naturelle­ment : le cadeau est totale­ment empoi­son­né, s’agissant d’un ser­vice qui coûtera tou­jours plus cher qu’il ne rap­porte !

Sta­tion Avenue 9 de Julio — Buenos Aires

Selon le jour­nal Infobae, le gou­verne­ment se défend de se soumet­tre au dik­tat du FMI. Il ne chercherait qu’à rétablir l’équilibre avec les sys­tèmes de trans­port de province, qui, eux, ne béné­fi­ciant pas des mêmes sub­ven­tions, font pay­er le tick­et bien plus cher à leurs usagers. En moyenne, 60–70 pesos par tra­jet con­tre 18 à Buenos Aires. Récupér­er la manne dis­tribuée jusque là aux com­pag­nies portègnes per­me­t­trait ain­si d’en revers­er une par­tie aux villes de l’intérieur, comme Rosario, Cór­do­ba ou Bar­iloche, et d’en finir avec les dis­par­ités cap­i­tale-province. Ce que ne con­teste pas la munic­i­pal­ité de B.A., mais celle-ci craint de devoir, du coup, aug­menter sub­stantielle­ment le prix du bil­let, qui pour­rait pass­er de 18 à 40 pesos. Affaire à suiv­re : à savoir si après le trans­fert de charges, les provin­ci­aux paieront effec­tive­ment un peu moins, ou si au final, ce sont seule­ment les usagers portègnes qui paieront leur bus plus cher !

A VOIR AUSSI

Arti­cle de La Nación

Arti­cle sur Pagina/12

Et notre “Instan­ta­né” sur le sujet, sur ce même blog ! (En français)

Pic de chaleur, Buenos Aires disjoncte

Une amie Québé­coise vient de m’informer que chez elle, il fai­sait telle­ment froid en ce moment que ses fenêtres givraient de l’intérieur !

Fenêtre com­plète­ment givrée !

Ce n’est cer­taine­ment pas le cas de l’Argentine, qui, en plein été aus­tral, atteint des som­mets de tem­péra­ture. Hier à Buenos Aires, selon le jour­nal Cróni­ca, on a atteint le sec­ond pic de tem­péra­ture après celui relevé en jan­vi­er 1957 (43,3) : 41,1°.

Naturelle­ment, les clim’ tour­nent à plein. Résul­tat : les four­nisseurs d’électricité sont débor­dés, et c’est ain­si que 700 000 foy­ers du secteur nord du Grand Buenos Aires ont été en par­tie privés de courant hier.

Comme tou­jours, les respon­s­abil­ités de la coupure font l’objet d’une polémique entre la com­pag­nie respon­s­able (ici, Ede­nor) et l’autorité publique de régu­la­tion, ENRE (acronyme espag­nol d’Entité nationale de régu­la­tion de l’électricité). Selon Ede­nor, la coupure serait due à un incendie dans un bidonville, qui aurait ensuite affec­té des câbles haute-ten­sion. Faux, répond ENRE. Aucun incendie : les pom­piers n’ont même pas été appelés. Le quo­ti­di­en Clarín qui rap­porte l’événement fait état de témoignages con­fir­mant l’incendie, mais con­tra­dic­toires. Selon cer­tains, c’est l’incendie de la mai­son qui a affec­té le câble, d’autres ont vu des étin­celles sur le câble, étin­celles qui auraient ensuite provo­qué l’incendie de la mai­son !

Ce qui met tout le monde d’accord, c’est que l’ensemble du sys­tème argentin souf­fre d’un manque cru­el d’investissement. Pour les uns, la faute à des tar­ifs trop bas, ne dégageant pas suff­isam­ment de marge aux four­nisseurs, qui économisent donc en retour sur l’amélioration du réseau. Pour les autres, les four­nisseurs priv­ilégient la rétri­bu­tion des action­naires au détri­ment d’investissements indis­pens­ables. Le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12 rap­pelle que le gou­verne­ment précé­dent avait imposé des hauss­es dras­tiques de tar­ifs (jusqu’à 300% ! On imag­ine la réac­tion des Français si cela s’était pro­duit chez nous !), et que ces hauss­es auraient dû débouch­er sur des amélio­ra­tions, mais qu’il n’en a rien été.

La Nación prend cepen­dant la défense du gou­verne­ment de Mauri­cio Macri (2015–2019), en rap­pelant que les gou­verne­ments péro­nistes ont tou­jours pra­tiqué une poli­tique de gel des tar­ifs, à ses yeux con­tre­pro­duc­tive. Un arti­cle du 27 jan­vi­er 2016, sur le site BBC world (en espag­nol), l’expliquait par le besoin dans lequel s’étaient trou­vés les gou­verne­ments péro­nistes de main­tenir des prix bas, après la ter­ri­ble crise qui avait affec­té le pays en 2001, et con­sid­érable­ment appau­vri une majorité d’Argentins. D’où des tar­ifs sub­ven­tion­nés, bien loin de cou­vrir les coûts réels de pro­duc­tion, et oblig­eant les com­pag­nies à restrein­dre les investisse­ments.

Il n’en reste pas moins que, mal­gré les aug­men­ta­tions mas­sives de 2016, le réseau argentin reste très pré­caire. Pas éton­nant alors que le moin­dre pic un peu impor­tant fasse dis­jonc­ter le sys­tème. Pagina/12 rap­pelle d’ailleurs le gigan­tesque « apagón » (coupure) de juin 2019, qui avait plongé la qua­si-total­ité du pays dans le noir, et avait même affec­té cer­tains pays voisins.
En Argen­tine, l’électricité est aux mains d’une dizaine de com­pag­nies privées, donc libres de leur poli­tique d’investissement, mais con­traintes néan­moins de par le con­trôle de l’état sur les tar­ifs exigés auprès des usagers. Un sys­tème assez per­vers, qui con­duit comme aujourd’hui à ce que cha­cun se ren­voie la balle des respon­s­abil­ités, sans qu’aucune solu­tion ne se pointe à l’horizon.

¡Ay, qué calor!

10/01/2022 : Soulac à la une !

Petite devinette posée par un grand quo­ti­di­en argentin à ses lecteurs :

Où est-ce ? Cet immeu­ble est sur le point d’être avalé par la mer.

Ce n’est pas sou­vent, et même pra­tique­ment jamais, que notre région fait la une d’un jour­nal argentin ! Et pas n’importe lequel : le deux­ième en nom­bre de lecteurs, et LE quo­ti­di­en his­torique, fondé au XIXème siè­cle par un des pre­miers prési­dents de la République, Bar­tolomé Mitre !

Bon, évidem­ment, l’article est assez court, et le lecteur français n’apprendra rien de nou­veau sur les mal­heurs de l’immeuble soula­cais. Quant au lecteur argentin, il risque de n’y prêter qu’un œil rapi­de devant son café du matin, en se deman­dant com­ment il se fait que ces «bolu­dos» de français n’ont pas pen­sé avant de con­stru­ire à nivel­er les dunes pour les met­tre au niveau de la mer. Je n’exagère rien : le quo­ti­di­en per­me­t­tant les com­men­taires sous l’article, on peut en lire de cro­quig­no­lets.

Qui, si on avait mau­vais esprit, pour­raient venir con­firmer notre réponse naïve à la ques­tion : «mais pourquoi dia­ble La Nación se donne la peine de pub­li­er un arti­cle que 99% de ses lecteurs vont lire en demie diag­o­nale ?» Ben, peut-être pour les ras­sur­er. Le Sig­nal, c’est peut-être celui d’un cer­tain change­ment cli­ma­tique, mais bon, Soulac, c’est loin, c’est la France, c’est l’Europe. En cette péri­ode de vacances d’été où une pro­por­tion non nég­lige­able d’Argentins est en train de se faire rôtir sur les plages de l’Atlantique, de Mar del Pla­ta à Vil­la Gesell, ça fait du bien de se dire que chez soi, on peut avoir con­stru­it les immeubles au ras des flots, on est tran­quille. Et en effet. Flo­rilège de com­men­taires :

Habe­mus Bru­tus : En réal­ité ce n’est pas la mer qui avance, mais la terre qui recule. (…) Seuls les mou­ve­ments tec­toniques qui soulèvent une par­tie des ter­res et créent des fos­s­es marines font qu’on a des con­ti­nents. Donc il est nor­mal qu’en cette péri­ode de tran­quil­lité tec­tonique la mer gagne du ter­rain grâce à l’érosion des ter­res émergées. CQFD.

A Vil­la Gesell, tant que la mer n’a­vance pas…

Dia­man­teen­bru­to : on voit bien qu’il est con­stru­it sur du sable, qu’est-ce que ça a à voir avec le réchauf­fe­ment glob­al ?

Indio007 : (…) Le vrai prob­lème c’est que ça a été con­stru­it sur du sable (dune) sans qu’on ait prévu de soutène­ments suff­isam­ment pro­fonds. C’est ain­si qu’on esquive la respon­s­abil­ité pénale des archi­tectes en util­isant l’argument com­mode du change­ment cli­ma­tique. Un argu­ment qu’on ne manque jamais de sor­tir quand les chats com­men­cent à aboy­er (sic).

Av6551649 : Ce phénomène naturel est con­fon­du par les sci­en­tifiques avec l’augmentation du niveau de la mer.

Sur 26 com­men­taires (ce qui est très peu, pour un arti­cle du jour­nal), un seul se mon­tre inqui­et de ce que révèle le des­tin du Sig­nal.

Ceci dit, on ne pour­ra donc pas reprocher à La Nación de vouloir effray­er ses lecteurs. A part une phrase en pas­sant pour évo­quer le fait que «Les médias, par­fois, qual­i­fient les pro­prié­taires de l’immeuble de réfugiés cli­ma­tiques», le reste de l’article se con­cen­tre sur les con­séquences éco­nom­i­co-touris­tiques de l’érosion marine. «Le pays (La France, NDLA) où 35 % du lit­toral est con­sti­tué de plages, a per­du 26 kilo­mètres car­rés de terre entre 1949 et 2005. Dans un endroit aus­si touris­tique que la France, où 40% des capac­ités hôtelières sont con­cen­trées sur les côtes, tous les sig­naux sont au rouge».

On appréciera la sol­lic­i­tude du grand quo­ti­di­en argentin pour nos capac­ités hôtelières men­acées. Je con­nais d’autres Argentins, pour ma part, qui aimeraient bien que de temps en temps, La Nación se fende d’un petit arti­cle sur l’effondrement des glac­i­ers patag­o­niques. Ou la ter­ri­ble sécher­esse qui acca­ble la région viti­cole de Men­doza.

Néan­moins, ne boudons pas notre plaisir : lire un arti­cle sur les prob­lèmes assail­lant nos belles côtes français­es, et par­ti­c­ulière­ment girondines, est tout aus­si rare !