Biden et l’Argentine

QUE PEUT ESPÉRER L’ARGENTINE DU NOUVEAU PRÉSIDENT  ?

          Comme dans tous les pays du monde ou presque, l’attente est grande en Argen­tine vis-à-vis du nou­veau prési­dent Joe Biden. La presse en fait large­ment état dans ses unes de ce jeu­di 21 jan­vi­er, au lende­main de la presta­tion de ser­ment.

Retour au mul­ti­latéral­isme ?

          Pagina/12 y con­sacre même un dossier com­plet, décliné en pre­mière page sur pas moins de huit arti­cles. Avec entre autres, bien enten­du, l’évolution de la posi­tion état­suni­enne vis-à-vis du mul­ti­latéral­isme et, sujet tou­jours brûlant en Argen­tine, du Fonds moné­taire inter­na­tion­al (FMI), un organ­isme dont l’intervention est récur­rente dans l’économie du grand pays sud-améri­cain depuis de très nom­breuses années. Le min­istre des Finances argentin, Martín Guzmán attend beau­coup de la nom­i­na­tion de Janet Yellen au Tré­sor pour aider à sceller un accord défini­tif entre l’Argentine et le FMI, et régler de façon sat­is­faisante la brûlante ques­tion du rem­bourse­ment de la dette argen­tine, et notam­ment celui du prêt extrav­a­gant de 57 mil­liards de dol­lars con­sen­ti au gou­verne­ment de l’ancien prési­dent Mauri­cio Macri.
          En ce qui con­cerne le mul­ti­latéral­isme, La Nación a noté que Biden, dans son pre­mier dis­cours, n’a pra­tique­ment pas « par­lé du monde », et se demande quelle con­clu­sion on peut tir­er de ce silence assour­dis­sant de la part d’un homme qui fut quand même pen­dant des années, rap­pelle le quo­ti­di­en, « un mem­bre du Comité des Rela­tions extérieures du Sénat , tutoie de nom­breux chefs d’état, poli­tiques et chefs d’entreprises inter­na­tionaux, est venu 16 fois en Amérique du Sud et est con­sid­éré par les spé­cial­istes du sujet comme l’un des prési­dents améri­cains les plus calés en géopoli­tique ». Certes, Biden a proclamé la fin du repli ini­tié par Trump, et le retour au mul­ti­latéral­isme, mais n’a don­né aucune pré­ci­sion con­crète sur sa poli­tique future dans ce domaine. La bonne volon­té, con­clut Ines Capdev­il­la dans son arti­cle, con­fir­mée par le retour dans l’Accord de Paris sur le cli­mat et dans l’Organisation mon­di­ale de la san­té, ne suf­fi­ra pas à faire oubli­er que Biden, au moins dans un pre­mier temps, aura à s’occuper de prob­lèmes aus­si aigus que bien plus internes, et n’aura pas for­cé­ment beau­coup de temps à con­sacr­er au reste du monde.

Biden et l’ad­min­is­tra­tion péro­niste

          En bon anti-kirch­n­er mil­i­tant, Clarín souligne dès son pre­mier sous-titre que Biden n’a pas de bons sou­venirs du kirch­ner­isme, du temps de sa vice-prési­dence avec Oba­ma. Le quo­ti­di­en con­sacre qua­tre para­graphes à en rap­pel­er les dif­férents épisodes, de la con­fis­ca­tion par les Argentins de matériel mil­i­taire état­sunien en 2011 à la dénon­ci­a­tion des Etats-Unis par l’Argentine devant la Cour Inter­na­tionale de Jus­tice pour un con­flit financier, en pas­sant par le rap­proche­ment avec l’Iran impul­sé par la prési­dente Cristi­na Kirch­n­er, et les accu­sa­tions à peine voilées de cette dernière sur un pos­si­ble atten­tat des ser­vices état­suniens con­tre sa per­son­ne. Néan­moins, le quo­ti­di­en anti-péro­niste ne se mon­tre pas trop pes­simiste quant aux futures rela­tions entre les deux pays, soulig­nant le prag­ma­tisme de Biden, mais il souligne que tout dépen­dra, en réal­ité, de l’attitude du gou­verne­ment argentin. Un des prob­lèmes per­sis­tant est bien enten­du la rela­tion entretenue par l’administration péro­niste avec le gou­verne­ment vénézuélien, jugée bien trop bien­veil­lante par les nord-améri­cains. Un autre, men­tion­né égale­ment par Pagina/12 (Voir plus haut), est celui de la négo­ci­a­tion de la dette argen­tine avec le FMI : pour Clarín, la balle est dans le camp de l’Argentine, c’est à elle de pro­pos­er un plan de rem­bourse­ment viable, que les Etats-Unis pour­ront alors soutenir auprès de l’organisme inter­na­tion­al.

Ne pas se faire trop d’il­lu­sions

          Il ne faut pas se faire trop d’illusions, indique pour­tant Atilio Boron dans Pagina/12, dans un arti­cle néan­moins très ori­en­té, met­tant l’accent sur les biais impéri­al­istes de la nou­velle admin­is­tra­tion.
          L’arrivée d’Obama avait sus­cité de nom­breux espoirs, mais sa poli­tique, dit Boron, avait déçu, notam­ment dans sa ges­tion de l’après crise de 2008, plus favor­able aux puis­sances d’argent qu’aux gens mod­estes. Certes, indique l’auteur, Biden arrive avec un gou­verne­ment net­te­ment plus diver­si­fié que celui de Trump, essen­tielle­ment con­sti­tué de «mâles blancs». Mais la diver­sité, eth­nique et cul­turelle, n’empêche pas les mem­bres de cette nou­velle admin­is­tra­tion d’être tout aus­si liés au «grand cap­i­tal».
          Le nou­veau tit­u­laire du Départe­ment d’Etat, Antho­ny Blinken, est «un fau­con mod­éré, mais un fau­con tout de même», qui a soutenu l’invasion de l’Irak en 2003 et l’intervention en Lybie. Son adjointe Vic­to­ria Nuland, très active sur le Maid­an en Ukraine en 2014, avait envoyé promen­er l’Ambassadeur des Etats-Unis en per­son­ne lorsque celui-ci lui avait sig­nalé le désac­cord de l’Union Européenne avec la des­ti­tu­tion de Vic­tor Yanukovich d’un cinglant « Fuck the Euro­pean Union ».
          Le min­istre de la Défense Lloyd Austin quant à lui était jusqu’à très récem­ment mem­bre du direc­toire de Raytheon, un des géants du com­plexe mil­i­taro-indus­triel, et socié­taire d’un fond d’investissement con­sacré à le vente d’équipements mil­i­taires.
          Dif­fi­cile avec ce genre de per­son­nel, con­clut Boron, d’être très opti­miste quant à une diminu­tion à venir des ten­sions inter­na­tionales. Mal­gré tout, Clarín veut croire qu’après un an de rela­tions extrême­ment dif­fi­ciles entre l’Argentine d’Alberto Fer­nán­dez et les Etats-Unis de Don­ald Trump, très proche de l’ancien prési­dent Mauri­cio Macri, des dis­cus­sions pos­i­tives puis­sent repren­dre assez rapi­de­ment entre les deux pays.

          Les Etats-Unis ont tou­jours con­sid­éré l’Amérique Latine comme son «arrière-cour», et n’a jamais renon­cé à ten­ter d’influer, directe­ment ou indi­recte­ment, sur son cours poli­tique et économique. Il est assez peu prob­a­ble qu’on puisse s’attendre à de grands change­ments dans ce domaine avec le nou­veau prési­dent. Au con­traire. « Amer­i­ca is back » est une for­mule à dou­ble-tran­chant, surtout en Amérique du Sud, où l’histoire des rela­tions avec le cousin du nord a tou­jours été pour le moins tumultueuse.

Promulgation de la loi sur l’avortement

         

La loi pro­mul­guée par le Prési­dent

      C’est offi­ciel : l’avortement est désor­mais légal en Argen­tine. Le Prési­dent Alber­to Fer­nán­dez vient de sign­er la pro­mul­ga­tion de la loi qui établit notam­ment (Arti­cle 4 de la loi) que «Les femmes et les per­son­nes d’autres gen­res en capac­ité de pro­créer ont le droit de décider et d’accéder à l’interruption volon­taire de leur grossesse jusqu’à la lim­ite de 14 semaines max­i­mum du proces­sus en cours». La loi stip­ule égale­ment que la per­son­ne qui en fait la demande doit être prise en charge dans les 10 jours suiv­ant sa déc­la­ra­tion.
          Assez curieuse­ment, cette nou­velle pour­tant impor­tante ne fait pas out­re mesure la une des jour­naux argentins aujourd’hui 15 jan­vi­er. Il est vrai que cette loi, le Par­lement l’a votée il y a déjà plus de deux semaines (30 décem­bre 2020). La loi entr­era en appli­ca­tion à par­tir du 23 jan­vi­er 2021, date de sa pub­li­ca­tion au jour­nal offi­ciel.
          Par­al­lèle­ment, est pro­mul­gué égale­ment la loi dite « des mille jours », met­tant en place un dis­posi­tif d’assistance et de suivi san­i­taire durant la grossesse et après l’accouchement, ain­si que tout au long de la petite enfance.
          L’in­for­ma­tion n’apparait en pre­mière page ni de La Nación ni de Clarín, deux quo­ti­di­ens dont le lec­torat est naturelle­ment plutôt opposé à l’avortement.
          Pagina/12 en revanche en fait un titre impor­tant, de même que le Diario Pop­u­lar, qui met en avant la sat­is­fac­tion du Prési­dent d’avoir tenu sa parole et réal­isé ce point impor­tant de son pro­gramme. Selon Alber­to Fer­nán­dez, la société vient de faire «un pas impor­tant pour que la société soit plus juste et plus égal­i­taire envers les femmes», ajoutant qu’il se sen­tait heureux «d’en finir avec le patri­ar­cat». «Avec la pro­mul­ga­tion de la loi sur l’avortement» dit le quo­ti­di­en, «L’Argentine s’inscrit comme un des pays les plus avancé sociale­ment d’Amérique Latine, une région où le droit à l’avortement est inex­is­tant ou forte­ment lim­ité dans la plu­part des pays».

Maradona

          Sidéra­tion en Argen­tine. Un dieu qui jusque là était vivant, ou à peu près, est mort. A 60 ans. Pile le même âge que son ancien ami Nestor Kirch­n­er, l’ancien prési­dent. Pile dix ans après. Et pile le même jour (mais qua­tre ans plus tard) que son autre ancien ami Fidel Cas­tro. Maradona a tou­jours eu le don de savoir bien tomber. A une semaine près, son but de la main con­tre l’Angleterre en quarts de finale de la coupe du monde 1986 (22 juin) venait mar­quer la fière vengeance de l’humiliation subie qua­tre ans plus tôt lors de la guerre des Mal­ouines. (14 juin 1982)

          L’Argentine est en larmes. L’Argentine toute entière. On a beau chercher, fouiller la presse de ce jeu­di 26 novem­bre, pas de voix dis­cor­dante. De toute façon, comme dit Clarín, ce n’est pas seule­ment l’Argentine qui chiale le héros trop tôt dis­paru, mais le monde entier. Clarín a rai­son, d’ailleurs : depuis hier soir, nos radios et télés nationales, en France, tour­nent en boucle. Pour le Parisien, c’était une rock star avec un bal­lon. Pour L’Equipe, « L’Argentine pleure son Dieu » (avec majus­cule). Libéra­tion reprend car­ré­ment une for­mule niet­zschéenne : « Ain­si jouait Maradona ». France info y va elle aus­si de son « Dieu du foot ». Et ain­si de suite. Un dieu. Ben oui, hein, la main qui lui a servi à bat­tre les Anglais en 1986 n’était pas vrai­ment la sienne, mais celle de Dieu. Maradona était donc Dieu. Per­son­nifié. Pelé, lui, qui n’a pas la chance d’être mort, n’aura jamais eu que le titre de roi. Mes­si, comme son nom l’indique, ne sera jamais qu’un représen­tant de Dieu, Beck­en­bauer restera Kaiser et Johan Cruyff devra à jamais se con­tenter du mod­este titre de « Prince d’Amsterdam ».

          Remar­quez, Dieu, c’est mieux que saint. Parce que c’est bien le para­doxe, avec Maradona. Si on ne lui mégote pas son titre divin, décerné à la qua­si una­nim­ité du monde entier, donc, (et quand on dit qua­si, c’est pour se don­ner une dernière illu­sion de crédi­bil­ité néan­moins tout à fait dis­pens­able dans ce cas), il y aurait sans doute un poil moins de monde pour lui accorder la sanc­ti­fi­ca­tion. Faut vrai­ment être un foot­balleur pour mérit­er ain­si l’appellation de Dieu, mais pas celle de saint. Surtout dans un pays aus­si catholique que l’Argentine.

          Catholique, Maradona l’était sans nul doute, mais pas for­cé­ment au sens ortho­doxe du terme. Mais comme à tout bon catholique, même non con­fessé, on lui accorde tous les par­dons du monde. Comme dit l’excellent Rober­to Fonta­nar­rosa, célèbre écrivain et dessi­na­teur de BD, cité par La Nación, « Je me fiche de ce que Maradona a fait de sa vie, ce qui compte, c’est ce qu’il a fait de la mienne ». Quand un type sus­cite un tel amour, même de la part d’un homme aus­si posé, intel­li­gent et caus­tique que Rober­to Fonta­nar­rosa[1], au point de faire oubli­er tous ses côtés obscurs, on ne peut que soulever son cha­peau au pas­sage du cer­cueil. Maradona fait donc par­tie de ces gens qui, comme dis­ait un sup­port­er de Trump, « peu­vent abat­tre un type au hasard dans la rue sans per­dre une once de pop­u­lar­ité ». Maradona restera à tout jamais au-dessus de toute avanie. La Nación et Clarín, tout à leur célébra­tion, passent en chœur au-dessus des liens de l’idole avec le gue­varisme, le cas­trisme, le chav­isme, le madurisme, tout ce que ces jour­naux vom­is­sent pour­tant à longueur de colonnes. Les sup­port­ers de gauche vous insul­tent si vous osez men­tion­ner ses autres liens, bien dif­férents, avec la mafia cal­abraise, du temps de sa splen­deur napoli­taine. De toute façon, ce ne sont pas les hommes qui peu­vent s’arroger le droit de par­don­ner à un dieu, n’est-ce pas ?

          Ce déchaine­ment d’idolâtrie, on l’aura com­pris, nous laisse un tan­ti­net pan­tois. Il en dit long sur ce que sont dev­enues nos sociétés, quand la mort d’un type dont le tal­ent con­sis­tait à jon­gler avec un bal­lon et défray­er la chronique pen­dant et après sa glo­rieuse car­rière par ses frasques et ses divers­es addic­tions devient un événe­ment plané­taire, et que son nom devient celui d’une nou­velle divinité uni­verselle.

          Une amie vient de nous envoy­er le son du dis­cours d’une cer­taine Mar­gari­ta Pécaros. Une Cubaine. A Cuba aus­si, la mort du dieu du foot est un séisme pop­u­laire. Emportée par son lyrisme, Mar­gari­ta en vient à espér­er que Maradon­na et Dieu, en frères jumeaux enfin réu­nis, vont pou­voir désor­mais taper le bal­lon ensem­ble. Pourvu qu’un tir trop puis­sant, ou un drib­ble trop appuyé, ne réveille pas nos valeureux morts ordi­naires de leur bien­heureux som­meil.

[1] Auteur notam­ment de l’excellente chronique « Uno nun­ca sabe », chez Plan­e­ta.

8 novembre 2020

         VICTOIRE POUR JOE BIDEN : les réac­tions de la presse Argen­tine

          Pas de voix dis­cor­dante en ce dimanche, à la une des six grands quo­ti­di­ens en ligne d’Argentine : tout le monde annonce la vic­toire de Joe Biden comme défini­tive, actant l’élection de celui-ci comme 46ème prési­dent des Etats-Unis.
          La Nación insiste sur l’extrême ten­sion générée par ces élec­tions assez per­tur­bées par la crise san­i­taire, induisant un fort taux de vote par cor­re­spon­dance. Ce qui a eu pour effet d’une part de grande­ment retarder le comp­tage des voix et la procla­ma­tion des résul­tats, mais a égale­ment per­mis à Don­ald Trump de jeter la sus­pi­cion sur le proces­sus élec­toral. Le quo­ti­di­en note par ailleurs que ces attaques, lancées déjà avant l’élection, et soutenues par de nom­breux cadres répub­li­cains, ont « empêché toute pos­si­bil­ité de ren­forcer ce sys­tème élec­toral par antic­i­pa­tion ». Il relève égale­ment le car­ac­tère infondé, et non prou­vé, des accu­sa­tions de fraude lancées par le camp répub­li­cain.
          Cróni­ca, con­forme à sa ligne plus « peo­ple », s’intéresse plutôt à la per­son­nal­ité de la vice-prési­dente, Kamala Har­ris. « Fille d’une sci­en­tifique Indi­enne et d’un écon­o­miste Jamaï­cain, mar­iée à un avo­cat juif », relève le quo­ti­di­en vis­i­ble­ment mar­qué par le cos­mopolitisme de la nou­velle vice-prési­dente, et qui relève qu’elle est par­v­enue à s’imposer dans un milieu tra­di­tion­nelle­ment réservé aux « hommes blancs ». Selon le quo­ti­di­en, Kamala Har­ris, qui a tou­jours mis l’accent sur la défense des droits des minorités, notam­ment des femmes et des noirs, peut être con­sid­érée comme un élé­ment « pro­gres­siste » dans une bal­ance démoc­rate plutôt cen­triste, même si elle s’est attirée de nom­breuses cri­tiques de la part de la gauche du Par­ti en rai­son de sa sup­posée indul­gence vis-à-vis de la police.
          Le Diario Pop­u­lar préfère insis­ter sur la volon­té réc­on­cil­i­atrice de Joe Biden, dans un pays que Trump a ren­du con­flictuel à l’extrême. Citant le nou­veau prési­dent, il veut voir en lui celui qui « va restau­r­er l’âme des Etats-Unis, pour recon­stru­ire le pays autour de sa colonne vertébrale, la classe moyenne ». Le Diario Pop­u­lar souligne égale­ment que Trump est seule­ment le cinquième prési­dent à per­dre la réélec­tion, après Her­bert Hoover en 1932, Ger­ald Ford en 1976, Carter en 1980 et George Bush senior en 1992, et que son man­dat a été mar­qué par un fort taux de con­flic­tiv­ité à l’international, entre la sor­tie de l’Accord de Paris, la néga­tion du change­ment cli­ma­tique, l’escalade com­mer­ciale avec la Chine, la rup­ture de l’accord sur le nucléaire iranien, et des rela­tions pour le moins rugueuses avec les pro­pres alliés des Etats-Unis.
           Le retour à l’unité du pays, c’est ce que veut croire égale­ment Clarín, citant lui aus­si l’appel à la réc­on­cil­i­a­tion et la main ten­due aux électeurs répub­li­cains : « Je com­prends votre tristesse, moi aus­si j’ai per­du des élec­tions. Mais le temps est venu d’être de nou­veau ensem­ble, de nous unir pour guérir le pays. ». Clarín craint cepen­dant que mal­gré les dif­fi­cultés – le résul­tat des recours envis­agés par le camp répub­li­cain s’annonce incer­tain – il est « peu prob­a­ble que Trump con­cède (de sitôt) la vic­toire à son adver­saire ». En out­re, le quo­ti­di­en souligne l’enracinement prob­a­ble du « Trump­isme » pour une longue péri­ode dans une opin­ion améri­caine plus divisée que jamais, et surtout, pour une bonne part, rad­i­cal­isée. Ce qui annonce un après élec­tion qui pour­rait se trans­former en « champ de bataille ».
          Le quo­ti­di­en péro­niste Pagina/12 s’intéresse quant à lui aux futures rela­tions entre la nou­velle admin­is­tra­tion état­suni­enne et celle du gou­verne­ment argentin. Avec espoir, mais sans trop d’illusions non plus. Avec la défaite d’un Trump active­ment soutenu par le Brésilien Bol­sonaro et le Colom­bi­en Duque, Alber­to Fer­nán­dez, indique Pagina/12, se ver­rait bien comme le nou­v­el inter­locu­teur priv­ilégié de l’administration Biden pour l’Amérique latine. Biden et Fer­nán­dez ne man­quent pas de points d’intersection sur beau­coup de sujets, même si, tem­père Pagina/12, il ne faut pas se faire trop d’illusions sur le plan économique : sur ce plan il n’y a pas beau­coup de dif­férence entre les philoso­phies répub­li­caine et démoc­rate. D’ailleurs, la plu­part des diplo­mates argentins souligne que de ce point de vue « la péri­ode Bush aura été plus prof­itable à l’Argentine que celle d’Obama », et par ailleurs Trump s’est tou­jours mon­tré arrangeant vis à vis de l’Ar­gen­tine notam­ment dans les rela­tions de cette dernière avec le FMI. Néan­moins, citant le Finan­cial Times, il souligne qu’Alberto Fer­nán­dez est là-bas con­sid­éré comme un « homme de gauche prag­ma­tique », loin d’être un « chav­iste ». En tout état de cause, il fau­dra de toute façon atten­dre le prochain Som­met des Amériques, en 2021 – qui aura pré­cisé­ment lieu aux Etats-Unis – pour mieux con­naitre les inten­tions futures de Joe Biden vis-à-vis du con­ti­nent sud-améri­cain.

6 novembre 2020

REVUE DE PRESSE DU 06 NOVEMBRE 2020

Pour cette pre­mière revue, plutôt que de dévelop­per un seul sujet en con­frontant les dif­férentes présen­ta­tions, nous allons sim­ple­ment par­courir les unes des jour­naux nationaux en ligne (voir la liste sur la page « revue de presse ») afin de met­tre en relief leurs pri­or­ités, ce qu’ils met­tent en avant. Ceci afin de don­ner une petite idée de leurs dif­férentes lignes édi­to­ri­ales.

ELECTION DE JOE BIDEN

Aujourd’hui ven­dre­di 6 novem­bre, l’actualité est naturelle­ment tou­jours dom­inée par l’élection prési­den­tielle améri­caine. Elle est le titre prin­ci­pal des deux plus grands quo­ti­di­ens, Clarín et La Nación, et du prin­ci­pal jour­nal de gauche, Pagina/12. Qui indiquent unanime­ment que Jo Biden est en bonne voie d’être élu. Leurs arti­cles sont d’ordre factuel, don­nant des infor­ma­tions qui leur sem­blent être fiables, infor­ma­tions qui ne dif­fèrent pas de celles qu’on peut par ailleurs trou­ver dans nos pro­pres jour­naux. Ce qui a le don d’agacer les lecteurs des deux jour­naux de droite, à lire leurs com­men­taires. Pour la plu­part, ceux-ci repren­nent les argu­ments trump­istes : les démoc­rates sont en train de « vol­er » l’élection, Biden est un cor­rompu pédophile et sénile, les démoc­rates ont passé les qua­tre ans de man­dat de Trump a ten­ter de le ren­vers­er, etc… En général, ils ne veu­lent pas croire à une vic­toire démoc­rate. Clarín néan­moins souligne l’espoir du gou­verne­ment argentin d’une vic­toire de Jo Biden, qui, selon le quo­ti­di­en, éloign­erait les Etats-Unis du Brésil de Bol­sonaro, et per­me­t­trait de renouer le dia­logue avec Cuba et le Venezuela, deux pays dont les régimes sont classés par Clarín comme proches du péro­nisme de Cristi­na Fer­nán­dez, la vice- prési­dente Argen­tine. Là encore, les com­men­taires des lecteurs sont peu amènes : pour cer­tains, Biden, « Kristi­na » (avec le fameux K de ral­liement util­isé par ceux qui détes­tent la vice-prési­dente), Alber­to, sont à met­tre dans le même sac des com­mu­nistes cor­rom­pus et voleurs, et ils sont assez nom­breux à cri­ti­quer l’apparent sou­tien porté par Clarín et la Nación au can­di­dat démoc­rate.

CORONAVIRUS

L’autre grand titre, c’est naturelle­ment l’évolution de la pandémie. Con­traire­ment à la France, les chiffres sont un peu plus ras­sur­ants, et il sem­blerait qu’on se dirige vers un décon­fine­ment pro­gres­sif sur l’agglomération de Buenos Aires, où vit le quart de la pop­u­la­tion du pays. Le sys­tème est un peu dif­férent du nôtre. A Buenos Aires, on était jusqu’ici en «con­fine­ment social préven­tif et oblig­a­toire», on passerait donc à une sim­ple «dis­tan­ci­a­tion sociale». La déci­sion de change­ment sera prise à l’issue de la ren­con­tre entre le Prési­dent de la nation et les élus de la Com­mu­nauté urbaine de Buenos Aires. Si elle est favor­able, chaque dis­trict pour­ra définir les activ­ités économiques qui pour­ront repren­dre ou non, il n’y aura plus besoin d’attestation pour pou­voir cir­culer libre­ment, même si les trans­ports publics res­teront réservés aux déplace­ments de tra­vail. Les réu­nions de famille et d’amis seront de nou­veau autorisés, et les locaux publics, comme les restau­rants, les bars, les ciné­mas, les théâtres, pour­ront aller jusqu’à 50 % de leur capac­ité d’accueil.
En ce qui con­cerne un éventuel vac­cin, Pagina/12 croit savoir que le gou­verne­ment main­tient d’étroites rela­tions avec la Russie, qui non seule­ment a lancé d’intenses recherch­es sur son sol, mais investit égale­ment dans la recherche en Argen­tine. Clarín est même plus pré­cis : le gou­verne­ment aurait déjà réservé 25 mil­lions de dos­es du vac­cin russe «Sput­nik», ce qui per­me­t­trait de vac­cin­er, à rai­son de deux dos­es par per­son­nes, plus de 12 mil­lions de citoyens argentins. Selon les chiffres du même jour­nal, le nom­bre de cas argentins s’élevait cette semaine à 1.205.928.

Les autres grands titres

Hors ces deux grands sujets unanime­ment traité par la presse argen­tine, celle-ci se dis­tingue néan­moins par une grande var­iété de pre­mières pages. Si Clarín con­sacre un arti­cle, comme à son habi­tude, à l’enquête en cours sur la pré­sumée cor­rup­tion de Cristi­na Kirch­n­er pen­dant ses deux man­dats, se félic­i­tant de la déci­sion de la Cour Suprême de ne pas des­tituer le juge Castel­li (des­ti­tu­tion réclamée par le gou­verne­ment), La Nación s’inquiète d’une nou­velle prob­a­ble déval­u­a­tion du peso, ren­dant compte d’un sondage assez pes­simiste réal­isé auprès des citoyens Argentins. Un sondage qui mon­tr­erait par ailleurs un retourne­ment de l’opinion en défaveur de l’actuel gou­verne­ment. Le « Diario Pop­u­lar » quant à lui, fait son prin­ci­pal titre sur les 200 ans de la con­quête des îles Mal­ouines, repris­es par les Bri­tan­niques 13 ans seule­ment plus tard. Un sujet par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble en Argen­tine, où auront lieu sur tout le ter­ri­toire des céré­monies de com­mé­mora­tion de ce bicen­te­naire du « Pre­mier dra­peau argentin plan­té sur les îles ».