1976–1983 : la dictature militaire

En ce mois de mars qui va voir pass­er un triste anniver­saire, nous déb­u­tons une série sur les orig­ines, le déroule­ment et la chute de la dernière dic­tature mil­i­taire en date en Argen­tine.

En effet, celle-ci a débuté par le coup d’é­tat du 24 mars 1976, il y a 46 ans.

Dans un pre­mier arti­cle, nous exposerons les con­di­tions poli­tiques, économiques et sociales qui ont mar­qué le dernier gou­verne­ment de Juan Perón, puis après sa mort, de sa femme María Estela Martínez, dite «Isabeli­ta» de juin 1973 à mars 1976.

Le sec­ond arti­cle portera sur l’in­stal­la­tion de la dic­tature et l’or­gan­i­sa­tion d’une répres­sion général­isée, qua­si indus­trielle, con­tre l’ensem­ble du peu­ple argentin.

Le troisième présen­tera les grandes lignes de la poli­tique économique de la junte mil­i­taire, et ses con­séquences durables sur le délite­ment des struc­tures indus­trielles et moné­taires du pays.

Le qua­trième enfin enfin mon­tr­era l’isole­ment pro­gres­sif, à l’in­térieur comme à l’ex­térieur, du pou­voir mil­i­taire, et sa chute après la ten­ta­tive dés­espérée de rassem­bler les Argentins autour d’un pro­jet nation­al­iste : repren­dre par la force les îles Mal­ouines aux Anglais.

Atten­tion : ces arti­cles n’ont pas pour ambi­tion de faire œuvre d’éru­di­tion his­torique. Ils sont des­tinés en pri­or­ité à informer, de manière con­cise, et acces­si­ble, un pub­lic certes, nous l’e­spérons tout du moins, intéressé par la riche his­toire de ce pays, mais non spé­cial­iste.

Ceux qui voudront aller plus loin utilis­eront avec prof­it les liens et infor­ma­tions bib­li­ographiques — très loin d’être exhaus­tifs —  que nous lis­tons ci-dessous !

Notre but est avant tout de don­ner envie, juste­ment, d’aller plus loin, en lançant quelques pistes sim­ples et, en tout cas nous l’es­saierons, de vous faire pass­er un bon moment de lec­ture !

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Arti­cle 1 : le dernier gou­verne­ment de Perón.

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Ci-dessous les prin­ci­pales sources qui nous ont aidé à la rédac­tion de ces arti­cles.

A LIRE

Bufano, Ser­gio et Teix­idó Lucre­cia — Perón y la Triple A – Sudamer­i­cana — 2015

Calveiro, Pilar — Poder y desapari­ción — Col­i­hue — 2014

De Riz, Lil­iana — La políti­ca  en sus­pen­so 1966–1976 — Paí­dos — 1981

Don­da, Vic­to­ria — Moi, Vic­to­ria, enfant volée de la dic­tature argen­tine — Robert Laf­font — 2010

Eloy Martínez, Tomás – Las vidas del Gen­er­al – Aguilar — 2004

Fein­mann, José Pablo — Per­o­nis­mo, filosofía políti­ca de una per­sis­ten­cia argenti­na — 2 tomes — Plan­e­ta 2010 et 2011

Gabet­ta, Car­los et Richter, Rodol­fo — Ene­mi­gos — Eude­ba — 2018

Horow­icz, Ale­jan­dro — Las dic­taduras argenti­nas — Edhasa — 2012

Lafage, Franck — L’Ar­gen­tine des dic­tatures — L’Har­mat­tan — 1991

Lewin, Miri­am et Wor­nat, Olga — Putas y guer­rilleras ‑Plan­e­ta 2020

Mala­mud Goti, Jaime — Ter­ror y jus­ti­cia en la Argenti­na — Edi­ciones de la Flor — 2000

Mén­dez, Euge­nio — Aram­bu­ru : el crimen per­fec­to — Plan­e­ta — 1987

Muleiro, Hugo et Vicente — Los mon­stru­os — Plan­e­ta — 2016

Robin, Marie-Monique — Escadrons de la mort, l’é­cole française — La Décou­verte — 2004

Rouquié, Alain — Pou­voir mil­i­taire et société poli­tique en République argen­tine — Press­es de la fon­da­tion nationale des sci­ences poli­tiques — 1978

Rouquié, Alain — Le siè­cle de Perón- Seuil — 2016

Tcherkas­ki, Osval­do – Las vueltas de Perón, 1971–1976 – Sudamer­i­cana — 2016

Ver­bit­sky, Hora­cio — El vue­lo — Plan­e­ta — 1995

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A VOIR ET ÉCOUTER

Sur le dernier gou­verne­ment de Perón :

Un point de vue de gauche sur le dernier gou­verne­ment de Perón :
https://www.izquierdasocialista.org.ar/2020/index.php/blog/elsocialista/item/17698-el-gobierno-peronista-de-1973-a-1976

Le regard d’un his­to­rien, José Luis Romero (1906–1977)
https://jlromero.com.ar/textos/el-carisma-de-peron-1973/

Une brève mise en con­texte, avec quelques images d’époque :
https://historiadigital.jimdofree.com/cuarto/argentina-entre-1966-y-1983-gobiernos-autoritarios-y-democr%C3%A1tico-custodiados/retorno-del-peronismo-1973-a-1976/

Sur la péri­ode de la dic­tature :

Escadrons de la mort, l’é­cole française, doc­u­men­taire de Marie-Dominique Robin. (60′)

Présen­ta­tion par l’au­teure du livre “Dou­ble fond” (Ed. Métail­lié) d’El­sa Oso­rio, sur un épisode lié à la dic­tature, mais se déroulant en par­tie en France. 4’53. En français.

Quelques points de vue des mil­i­taires, extraits d’une émis­sion argen­tine (10′). Atten­tion ici : le pro­pos de l’émis­sion est bien de mon­tr­er le car­ac­tère stupé­fi­ant de l’aplomb des mil­i­taires, per­suadés d’avoir accom­pli une action bien­faitrice pour le pays.

La noche de los lápices. Film d’Héc­tor Oliveira (1986) basé sur un fait réel : l’ar­resta­tion, la tor­ture et l’as­sas­si­nat d’un groupe de 7 jeunes en sep­tem­bre 1976. (95′)

Un autre film très intéres­sant, mais désor­mais introu­vable sur le net (on en trou­ve de nom­breux extraits néan­moins), est “Gara­je Olimpo”, de Mar­co Bechis (1999), qui racon­te l’his­toire d’une jeune activiste arrêtée par les mil­i­taires, trans­férée dans un cen­tre de déten­tion (un garage désaf­fec­té), et tor­turée par un jeune qui s’avère être le jeune pen­sion­naire à qui sa mère et elle louaient une cham­bre de la mai­son.

Let­tre ouverte du jour­nal­iste Rodol­fo Walsh à la junte mil­i­taire — fichi­er audio précédé d’une courte présen­ta­tion musi­cale — 12’29. En espag­nol. (Il en existe égale­ment des extraits. Chercher “car­ta abier­ta a la jun­ta mil­i­tar”.)
Ver­sion française du texte en lec­ture ici.

Sur la poli­tique économique de la péri­ode :

Le plan économique de la dic­tature, doc­u­men­taire en espag­nol (de la chaine “Tele­visión Públi­ca argenti­na” (Point de vue de gauche) (9′)

Pla­ta dulce, film de Fer­nan­do Ayala (1982) sur les con­séquences finan­cières de la poli­tique économique de la dic­tature. (94′)

Sur les bébés volés :

Le héros des Mal­ouines”, nou­velle, sur ce même blog. (En ver­sions française et espag­nole), ain­si que le livre de Vic­to­ria Don­da cité dans la bib­li­ogra­phie ci-dessus, “Moi Vic­to­ria, enfant volée de la dic­tature argen­tine”.

 

Dans les pas des Incas

A LA DÉCOUVERTE DE L’INCA

          D’aussi loin que je m’en sou­vi­enne, j’ai tou­jours été fasciné par les civil­i­sa­tions pré­colom­bi­ennes, et plus par­ti­c­ulière­ment par celle des Incas.

          Je n’avais pas alors con­science qu’il s’agissait de la civil­i­sa­tion ayant le plus mar­qué l’histoire de l’Amérique latine mal­gré la brièveté de son ray­on­nement (début du 13ème siè­cle jusqu’à l’avancée des troupes du général Pizarro à par­tir de 1532).

          Dans mes rêver­ies ado­les­centes, la civil­i­sa­tion Inca, c’était surtout les rives du Lac Tit­i­ca­ca, où légen­des et réc­its his­toriques s’accordent à en situer l’origine ; leur cap­i­tale, Cuz­co «le nom­bril du monde», et leur val­lée sacrée con­duisant à la mys­térieuse cité du Machu Pic­chu.

          Ce n’est que quelques décen­nies plus tard, avec la décou­verte du Puente del Inca, pont naturel enjam­bant le rio Las Cuevas sur la route qui relie Men­doza à la fron­tière chili­enne, que je me suis intéressé de nou­veau à la civil­i­sa­tion Inca et à sa présence en Argen­tine, si loin de son berceau orig­inel.

           La présence des Incas en Argen­tine est attestée par les ves­tiges des voies et ouvrages con­stru­its sous la dynas­tie Pacha­cutec et con­nus sous le nom de Qha­paq Ñan, la «Route Royale» en langue quechua, per­me­t­tant de voy­ager rapi­de­ment du nord au sud de leur empire.

          Cette route de plus de 6 000 km dans son axe prin­ci­pal reli­ait Cuz­co, la cap­i­tale, à Pas­to en Colom­bie dans sa par­tie nord, et au pied de l’Aconcagua en Argen­tine dans sa par­tie sud, tra­ver­sant ain­si l’Équateur, le Pérou, la Bolivie. Ce «Chemin Prin­ci­pal Andin» était com­plété par un vaste réseau sec­ondaire de 40 000 km util­isant les infra­struc­tures pré incaïques exis­tantes de chaque coté de la Cordil­lère des Andes, jusqu’à San­ti­a­go du Chili dans sa par­tie ouest.

          Ce réseau con­sti­tué de voies pavées, d’escaliers tail­lés dans la roche, de ponts sus­pendus tra­ver­sant val­lées encais­sées et plateaux déser­tiques, cul­mi­nant dans sa majeure par­tie entre 3 000 et 5 000 m, reli­ait les cen­tres admin­is­trat­ifs des régions habitées par les tribus con­quis­es et soumis­es par les Incas, les zones agri­coles et minières ain­si que les lieux de culte. Un sys­tème de «chasqui wasi», (relais de poste), «pukara» (forts) et «tam­bo» (auberges), com­plé­tait cet ensem­ble qui per­me­t­tait à l’Inca de con­trôler son empire. Il était emprun­té par les «chaquis», servi­teurs dévoués de l’Inca, qui courant de relais en relais et de ville en ville, étaient chargés de faire par­venir les mis­sives impéri­ales jusqu’aux con­fins de ses ter­res.

          L’un des con­quis­ta­dors du Pérou, Diego de Alma­gro, qui par­tit en 1535 à la con­quête de nou­veaux ter­ri­toires vers le sud, est con­sid­éré comme le pre­mier Européen à avoir par­cou­ru le «Chemin de l’Inca» dans ce qui est devenu l’Argentine. La chronique du voy­age de cet explo­rateur, con­tem­po­rain de l’apogée de la présence inca en Argen­tine, est aujourd’hui encore un out­il pré­cieux pour les his­to­riens.

          Par delà des fron­tières mod­ernes, le Qha­paq Ñan con­stitue un trait d’union entre les divers­es cul­tures andines. C’est à ce titre que les gou­verne­ments des six pays tra­ver­sés ont obtenu en 2014, l’inscription du Qha­paq Ñan, plus longue route archéologique du monde, sur la liste du pat­ri­moine mon­di­al de l’UNESCO.

Tracé du Qha­paq Nan

EN PARCOURANT LE QHAPAQ NAN

          Ain­si en Argen­tine, ce sont sept provinces qui sont tra­ver­sées par ce «chemin andin», qui, bien qu’existant depuis plus de 2000 ans, fut con­solidé et «mod­ernisé» sous l’empire Inca : Jujuy, Salta, Tucuman, Cata­mar­ca, La Rio­ja, San Juan et Men­doza. L’UNESCO a retenu 13 tronçons de cet ancien chemin représen­tant près de 120 km aux­quels sont asso­ciés 32 sites archéologiques.

          Depuis la fron­tière bolivi­enne, le Qha­paq Ñan tra­verse la province de Jujuy en emprun­tant notam­ment la Que­bra­da de Humahua­ca. Le vil­lage de Tilcara et sa forter­esse (pucara) con­stru­ite par les indi­ens Tilcaras est une par­faite illus­tra­tion de l’appropriation des struc­tures exis­tantes par les Incas qui en ont fait une impor­tante cité.

          Pour­suiv­ant leur avancée les Incas ont tra­ver­sé l’actuelle province de Salta jusqu’à Cafay­ate fran­chissant le col Abra del Acay point cul­mi­nant du Qha­paq Ñan avec ses 4 895 m d’altitude avant de redescen­dre vers les Val­lées Calchaquies. Aujourd’hui encore ce col situé sur la Ruta 40 est l’un des plus élevés au monde, seuls quelques cols asi­a­tiques lui dis­putant ce record.

          Tout au long de ce par­cours de nom­breux sites archéologiques attes­tent de l’existence de com­mu­nautés indi­ennes asservies par les incas et prob­a­ble­ment util­isées aux travaux de con­struc­tion du Chemin de l’Inca.

          Sans être exhaus­tif, citons les ruines de Tastil, le site de Graneros de la Poma ou encore celui de Potrero de Payo­gas­ta. Près de Cachi, le site archéologique de La Paya est con­sid­éré comme étant les ves­tiges d’une impor­tante cité Inca, siège du pou­voir impér­i­al représen­té par un fonc­tion­naire de haut rang : l’Inca Cura­ca.

          A Salta, le MAAM, (Museo de Arque­ología de Alta Mon­taña), est recon­nu pour être le meilleur musée d’Argentine dédié à la cul­ture inca ; y sont notam­ment exposés les momies d’enfants sac­ri­fiés selon les rit­uels incas décou­vertes en 1999 près du Pic de Llul­lail­la­co, vol­can cul­mi­nant à 6 739 m, ce qui en fait le plus haut sanc­tu­aire sacré de l’empire Inca.

          Dans la province de Tucuman, le Qha­paq Ñan rejoint la Cité sacrée de Quilmes où la com­mu­nauté éponyme a survécu à la cohab­i­ta­tion avec les Incas, avant d’être vain­cue par les con­quis­ta­dors.

          Ce dernier site restera pour nous un ren­dez vous man­qué lors de notre pre­mier voy­age en Argen­tine en décem­bre 2007 en rai­son du blocage de l’entrée par les descen­dants des indi­ens Quilmes pour faire val­oir leurs droits.

Devant le site de Quilmes, jour de protes­ta­tion

          L’origine du con­flit date de 1977, avec l’expropriation de la com­mu­nauté par les autorités de la province de Tucuman et l’octroi, en 1992, d’une con­ces­sion de 10 ans à un homme d’affaires. Les indi­ens Quilmes entamèrent alors une procé­dure pour empêch­er le renou­velle­ment de cette con­ces­sion. Bien qu’ayant obtenu gain de cause, il a fal­lu le blocage du site pour que les descen­dants de la com­mu­nauté obti­en­nent enfin le droit d’exploiter ce qui s’appelle aujourd’hui «le Com­plexe des Ruines de Quilmes».

          Autre site inca d’importance dans la province de Tucuman, la Ciu­daci­ta, égale­ment con­nue sous le nom de Vieille Ville, est située dans le parc nation­al Acon­qui­ja à 4 400 m d’altitude.

          Dans la province de Cata­mar­ca, c’est un tronçon du Qha­paq Ñan de près d’un kilo­mètre qui relie le Pucara de Acon­qui­ja au site archéologique d’El Bajo qui a été retenu par l’UNESCO eut égard à son état de con­ser­va­tion.

           Au nord-ouest de la ville de Lon­dres dans la province de Cata­mar­ca, se trou­vent les ruines du Shin­cal de Quimiv­il. Bien qu’antérieur à l’invasion des incas, ce site a pris de l’importance avec leur arrivée. Situé à un car­refour du Qha­paq Ñan il est con­sid­éré comme l’un des plus impor­tants cen­tres admin­is­trat­ifs de l’empire inca en Argen­tine.

          Con­tin­u­ant vers le sud par­al­lèle­ment à l’actuelle Ruta 40, le Qha­paq Ñan con­duit à la Tam­be­ria del Inca à Chilecito, site de la province de La Rio­ja mal­heureuse­ment fort dégradé. Il tra­verse la Cues­ta de Miran­da avant de pénétr­er dans la province de San Juan.

          Dans la province de San Juan, le « chemin de l’inca » pro­gresse vers Bar­real, tra­verse le Parc de Leonci­to et ses sites incas, avant d’entrer dans la province Men­doza.

          Dans cette province, le Qha­paq Ñan, emprunte la val­lée d’Uspallata où l’on peut décou­vrir les ruines de Ran­chil­los et celles de Tam­bil­li­tos.

REALITE ET LEGENDES : LE « PUENTE DEL INCA »

          A l’extrémité mérid­ionale de l’empire inca, c’est une curiosité géologique, le Puente del Inca qui rap­pelle le pas­sage de ce peu­ple en Argen­tine.

Puente del Inca

           Comme sou­vent, en l’absence de doc­u­ments écrits con­nus, his­toire et légen­des se con­fondent. Ain­si, l’une d’elle rap­porte que l’héritier de l’Inca, grave­ment malade, ne pou­vait être soigné que par les eaux cura­tives d’une source située aux con­fins de son empire. Devant l’impossibilité de franchir le tor­rent tumultueux qui les séparait de la source mag­ique, les guer­ri­ers for­mèrent un pont humain qui sous l’action divine s’est pétri­fié, sauvant ain­si le prince.

          Selon une autre ver­sion, c’est l’Inca lui même qui eut besoin des bien­faits d’une herbe médic­i­nale pous­sant au sud de son empire. Il ne dut son salut qu’au pont de pierre bâti en une nuit par «Inti», le dieu Soleil et «Mama Quil­la», la Lune, lui per­me­t­tant de franchir la riv­ière descen­dant de la mon­tagne.

           Bien que la civil­i­sa­tion Inca n’ait pas mar­qué longtemps l’histoire de l’Argentine (1479 – 1534), il est intéres­sant de remar­quer que de sa fron­tière avec la Bolivie jusqu’au pied de l’Aconcagua, l’un des prin­ci­paux axes routiers du pays, la Ruta 40, reprend en grande par­tie le tracé du Qha­paq Ñan créé au 15ème siè­cle au cœur des Andes.

          Autre clin d’œil de l’histoire, le dra­peau argentin dess­iné le 27 févri­er 1812 à Rosario par le général Manuel Bel­gra­no, à par­tir des couleurs de la cocarde argen­tine, arbore en son cen­tre le «sol de Mayo», cen­sé rap­pel­er la représen­ta­tion du dieu solaire inca, «Inti». Ce dra­peau a été adop­té par le Con­grès le 25 juil­let 1816, soit quelques jours après la déc­la­ra­tion d’Indépendance de l’Argentine (9 juil­let).

Dra­peau de l’Ar­gen­tine

          On dit même que lors de ce Con­grès, le général Bel­gra­no, par­ti­san d’une monar­chie con­sti­tu­tion­nelle pro­posa qu’à sa tête soit nom­mé un descen­dant d’Inca!

          Mais entre légen­des et réal­ité, il nous reste cepen­dant encore beau­coup de mys­tères à éclair­cir, tout au long de cette fameuse et mag­nifique route impéri­ale !

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Pour en savoir plus, un intéres­sant arti­cle sur le site “Open edi­tions jour­nal”. Il con­cerne surtout la géo­gra­phie péru­vi­enne du Chemin de l’In­ca, mais il est très com­plet sur le sujet.

Et pour ceux qui aiment les images, ce doc­u­men­taire de Lau­ra Car­bonari sur le Chemin de l’In­ca en Argen­tine. Mais c’est en espag­nol, naturelle­ment. (Durée 19’39)

Bientôt des élections législatives

          Dimanche prochain 14 novem­bre auront lieu les élec­tions au Par­lement argentin. Les électeurs seront appelés à renou­vel­er pour par­tie à la fois l’Assemblée nationale et le Sénat (Con­traire­ment à la France, les séna­teurs sont élus au suf­frage uni­versel direct).

          Les séna­teurs Argentins sont comme les nôtres élus pour six ans. Ils sont au nom­bre de 72, soit trois par région. Le sénat est renou­velé par tiers tous les deux ans.

          La Cham­bre des députés compte quant à elle 257 élus nationaux, élus pour qua­tre ans. Elle est renou­velée par moitié tous les deux ans.
Par ailleurs, un sys­tème mis en place depuis 2009 impose à tous les par­tis une élec­tion pri­maire quelques semaines avant a date des élec­tions offi­cielles. Ceci afin, d’une part, d’éliminer tous les par­tis obtenant moins de 5% des voix, et d’autre part, de départager les éventuels con­cur­rents à l’intérieur des par­tis en présence. Ces pri­maires sont con­nues sous l’acronyme de PASO (pri­marias abier­tas simultáneas oblig­a­to­rias). Voir notre précé­dent arti­cle «un curieux sys­tème élec­toral».

          Ces élec­tions pri­maires, qui se sont déroulées en sep­tem­bre dernier, ont don­né une nette avance à l’opposition de droite et du cen­tre, con­tre l’actuel gou­verne­ment péro­niste d’Alber­to Fer­nán­dez. En général, les résul­tats se voient con­fir­més lors des élec­tions offi­cielles.

          Selon le quo­ti­di­en La Pren­sa, l’issue ne fait pas de doute : la majorité actuelle va chang­er au Par­lement, et net­te­ment. La seule incer­ti­tude con­cerne la réac­tion des deux prin­ci­paux dirigeants péro­nistes : le prési­dent Alber­to Fer­nán­dez et la vice-prési­dente Cristi­na Kirch­n­er. Leur rival­ité est con­nue, et on se demande seule­ment lequel des deux prof­it­era de la défaite pour écarter l’autre. Dans La Nación, l’économiste Rober­to Cachanosky ne dit pas autre chose, jugeant cette rival­ité mor­tifère autant pour le par­ti péro­niste («Aucune per­son­nal­ité de pres­tige n’acceptera de par­ticiper à un tel gou­verne­ment») que pour le pays. («Qui peut assur­er que l’Argentin moyen pour­ra sup­port­er deux ans de plus de cette folie ?»). Il faut dire que le pays est enseveli sous une dette énorme vis-à-vis du FMI, que sa mon­naie, le peso, est en chute libre (ce qui ne date pas de ce gou­verne­ment, d’ailleurs, mais de bien avant) et l’inflation galopante. Avec tout cela, dif­fi­cile d’espérer l’aide d’investisseurs étrangers pour relancer la machine.

          Côté oppo­si­tion, un des lead­ers, l’ancien prési­dent Mauri­cio Macri, est actuelle­ment pris dans une affaire judi­ci­aire pour détourne­ment de fonds publics durant son man­dat : une par­tie des fonds délivrés par le FMI auraient été ver­sée à des ban­ques privés pour faciliter leur éva­sion fis­cale. D’après Pagina/12, 44 mil­liards de dol­lars, pas moins. Sans par­ler d’une autre affaire, d’écoutes illé­gales de familles de vic­times du naufrage dra­ma­tique d’un sous-marin mil­i­taire, le «San Juan».

          En réal­ité, vue de notre Europe peu famil­iarisée avec le duel éter­nel péro­nisme-anti péro­nisme, la sit­u­a­tion de nos amis Argentins paraît plutôt dés­espérée. Quelque soit l’issue de ces élec­tions – et la vic­toire de l’opposition de droite est plus que prob­a­ble – les prob­lèmes demeureront. Dette stratosphérique, empilée par pra­tique­ment tous les gou­verne­ments suc­ces­sifs depuis la fin de la dic­tature, et même bien avant, chô­mage endémique, bas salaires, pré­car­ité, déval­u­a­tion moné­taire et hausse des prix, on n’arrêterait pas d’égrener la liste des prob­lèmes économiques et soci­aux qui acca­blent le pays, sans qu’aucune per­spec­tive poli­tique un tant soit peu por­teuse d’espoir se fasse jour. Ce sera même prob­a­ble­ment pire après le 14 novem­bre, puisque le gou­verne­ment devra com­pos­er avec un par­lement défa­vor­able, et une oppo­si­tion que fera tout pour entraver son action et le pouss­er à la faute. On peut penser que, comme sou­vent, la rue devien­dra le théâtre d’affrontements par­ti­sans, et que les mou­ve­ments soci­aux, d’un côté comme de l’autre, vont se mul­ti­pli­er. Ce qui ne con­tribuera qu’à dégrad­er la sit­u­a­tion.

          Dans ce pays, il paraît impos­si­ble d’imaginer une classe poli­tique lut­tant pour le bien pub­lic. Ce qui compte, c’est le pou­voir, et l’argent qu’il attire dans les poches des élus. Qu’ils soient péro­nistes, «kirch­ner­istes» (la ten­dance péro­niste proche de Cristi­na Kirch­n­er, la vice-prési­dente), libéraux, con­ser­va­teurs ou mêmes nos­tal­giques de la dic­tature (il y en a pas mal encore), aucun ne porte une vision saine de la poli­tique et de l’administration publique. L’écologie poli­tique est inex­is­tante, il en va de même pour ce que nous Européens appelons «la gauche», diluée dans le péro­nisme.

          Ren­dez-vous le 15 novem­bre, après les résul­tats. Mais il sem­ble bien que jamais élec­tions lég­isla­tives n’auront été moins por­teuses d’espoir pour le peu­ple argentin dans son ensem­ble.

4 mai 2021. La France rend le butin !

          Selon Pagina/12 du 4 mai 2021, la France va restituer à l’Argentine les restes mor­tu­aires d’un chef Tehuelche, qui avaient été dérobés, en même temps que près de 1400 autres objets de divers­es natures, par le Comte De La Vaux entre mars 1896 et juil­let 1897, dans le sud argentin.
          Ces restes de Liem­pichún Saka­ma­ta, com­prenant son squelette, mais égale­ment divers objets se trou­vant dans sa sépul­ture, étri­ers, pen­den­ti­fs, pièces d’argent, ont été exposés au Musée de l’Homme à Paris jusqu’en 2009, avant d’être relégués à la réserve du musée.
          «C’est un pas impor­tant vers la répa­ra­tion his­torique des dom­mages causés à nos com­mu­nautés», a com­men­té l’anthropologue de L’institut Nation­al des Affaires indigènes, Fer­nan­do Miguel Pepe, qui a soutenu depuis 2015 la demande de la com­mu­nauté Tehuelche. «Mais cette vic­toire est essen­tielle­ment l’œuvre des peu­ples pre­miers, lesquels n’ont cessé de se bat­tre pour que soit recon­nu ce droit humain uni­versel qu’est celui de pou­voir don­ner une sépul­ture à leurs ancêtres telle que leur dicte leur cos­mo­vi­sion».
          Pagina/12 relève que la resti­tu­tion antérieure, par la France, des crânes de 24 Algériens assas­s­inés pen­dant la bataille qui a con­duit à la prise de Zaatcha par le général Her­bil­lon en 1849, aura con­sti­tué un précé­dent favor­able.
          Ces resti­tu­tions, tout comme celle, aus­si récente, des biens cul­turels dérobés pen­dant les guer­res colo­niales au Bénin et au Séné­gal, mar­que un net change­ment dans la poli­tique française par rap­port à ce prob­lème. Notre pays s’est très longtemps mon­tré plus que rétif, invo­quant hyp­ocrite­ment, comme le fai­sait par exem­ple l’ancien pre­mier min­istre Jean-Marc Ayrault , «l’inaliénabilité des œuvres détenues par les musées nationaux». Ou encore, le dan­ger qu’il y avait à restituer des œuvres qui, argu­men­tait-on, seraient bien mieux con­servées en France que dans leur pays d’origine. En somme, le voleur pré­ten­dant que les biens volés étaient finale­ment dans de meilleures mains que celles de leur légitime pro­prié­taire !
          Les Tehuelch­es, appelés égale­ment Aonikenk, sont un peu­ple de Patag­o­nie, dont le ter­ri­toire s’étend sur deux pays, l’Argentine et le Chili. S’ils ont pra­tique­ment totale­ment dis­paru de ce dernier pays, un recense­ment de 2010 éval­ue leur pop­u­la­tion en Argen­tine à 28 000 env­i­ron, dont une par­tie métis­sée avec une autre com­mu­nauté indi­enne, les Mapuch­es. La plu­part vit actuelle­ment dans la province de San­ta Cruz, con­nue pour ses immenses glac­i­ers andins.

Répar­ti­tion des peu­ples indigènes — Source : Wikipedia.org
Les langues indi­ennes — Source : wiki com­mons

Voir égale­ment sur ce blog, sur le sujet des peu­ples indigènes :
La con­quête du désert.