L’Argentine championne du monde !

A la demande générale de quelques lecteurs amateurs de foutebol, je vais donc me pencher sur le résultat argentinesque de cette dernière coupe du monde du ballon qui ne tourne pas toujours très rond.

Mais je tiens à prévenir : il n’y en aura pas d’autres. D’abord parce que là où je suis, mes conditions de connexion, et donc d’accès à la plateforme du blog, sont plus que flottantes, et ensuite parce qu’avec cette coupe bue jusqu’à plus soif, (ne plus avoir soif, au Qatar, ça reste tout de même un exploit, compte tenu de la prohibition de la bière !) je n’ai pas vraiment trinqué.

Voilà donc les Argentins pour la troisième fois au sommet de la montagne. Après la Coupe de la honte chez eux en 1978, qu’ils avaient remportée pour le plus grand bénéfice des généraux au pouvoir (et dont ils avaient acheté un match en qualif’), celle de 1986 gagnée avec l’aide de Dieu, de sa main, ou de celle d’un autre dieu plus païen, on ne sait plus, cette fois, pas de lézard : ils ont bien mérité leur victoire. Pas de bol pour les réacs de tout poil : ils la gagnent sous un gouvernement péroniste, détesté par la moitié du pays et dont la vice-présidente vient d’être condamnée pour corruption.

Mais bien entendu, lorsqu’il s’agit de défiler sur les Champs… pardon, sur l’avenue du 9 de Julio (bien plus longue et bien plus large que nos Champs-Elysées, soit dit en passant), tout le monde se réconcilie pour communier à la grand-messe du divin sport.

Une du quotidien La Nacion du 19/12/2022

C’est donc la liesse générale, on peut oublier pour quelques jours l’inflation à trois chiffres, les haines politiques recuites et la dépression profonde dont le pays ne semble plus sortir depuis la chute de la dictature en 1983. Certains diraient plutôt : depuis la chute de Perón en 1955. Tout dépend des points de vue. Mais ce n’est pas le sujet. Aujourd’hui, tout comme en 1978, toute l’Argentine exulte et se fout pas mal du contexte. Le foot reste un excellent analgésique. Du moment qu’on gagne, bien entendu.
Un petit tour de la presse locale, d’ordinaire très clivée, permet d’en mesurer les effets.

Pour la Nación, «l’équipe de Messi a gagné la plus belle finale de l’histoire et s’est acheté un coin du paradis du football». «Euphorie et mer de larmes pour une fête qui a résonné dans tous les recoins du pays» (avec photo de la fameuse avenue en prime). «Au-delà des records, Messi fait l’histoire et gagne la dévotion, la gratitude et l’éternité». Et pour l’analyse de la partie, dominée de la tête et des épaules par l’équipe bleue et blanche, le journal décortique la vision de Scaloni, l’entraineur argentin, et l’erreur monumentale de Deschamps, qui se serait gourré à la fois de stratégie et de tactique.

Voyons maintenant ce que se dit à l’autre extrême de l’éventail politico-journalistique, chez les gaucho-péronistes de Pagina/12. Commençons par vous faire un petit cadeau : quelques cartes postales de l’Avenue du 9 de Julio dimanche soir. Pour le reste, comme on pouvait s’y attendre de la part de ce canard tout de même moins chauvin et un poil plus réflexif, la joie est plus mesurée. On met l’accent ici sur le côté collectif de la victoire, on s’attarde sur le côté cathartique du succès, avec Sandra Russo : «Du néant, de la fracture, du découragement, du boycott, de la récupération politique que le pouvoir réel fait des émotions populaires qu’il transforme en marchandises, est sorti soudain cette fête populaire qui gonfle nos poitrines et qu’il fallait pourtant défendre du petit discours ambiant qui les qualifiait de moribondes, d’ambiguës et de vulgaires». Et on s’intéresse aux réactions internationales.

Chez Clarín, le quotidien le plus lu du pays, le ton est aussi à la fête et à la victoire, mais j’ai été étonné d’en constater la mesure. On n’en fait pas des tonnes, soulignant surtout une certaine justice faite au grand champion Messi, qui peut enfin porter la couronne suprême. Petite curiosité, avec un détour par un bar parisien dans lequel les Argentins de France se sont réunis pour suivre la partie, le transformant en une sorte, dit le journal, de «Bombonera», du nom du célèbre stade du club de Buenos Aires Boca juniors. Et, pour le décalage, une collection de «memes» autour du tournoi !

Mais ce journal, fidèle à ses obsessions politiques, s’étale finalement bien moins que les autres, qui, eux, consacrent toutes leurs premières pages à l’événement. Chez Clarín, au bout d’une dizaine d’articles développés sur une moitié de une (je parle là de la une numérique, bien entendu), on en revient vite à l’actualité politico-polémique, sur le thème récurrent du journal : le péronisme est la cause de tous nos maux. Faudrait tout de même pas que l’euphorie prenne le pas sur la crise politique et fasse oublier de taper sur le gouvernement. Je passe les articles, suffit d’aller voir par vous-même : Clarin.com.

Voilà pour le tour des stades. Pardon, des unes. Je m’arrête aux trois canards principaux. Pour les autres, je vous laisse aller y voir vous-mêmes, je manque un peu de temps si je veux poster cet article avant que le globe doré ne se couvre de poussière. C’est ici, , et . Par exemple. Mais dans l’ensemble, les unes se ressemblent pas mal, on s’en doute.

Si j’ai de la connexion et un peu de temps, demain, je vous baillerai une petite revue de commentaires populaires, histoire de prendre la température des aficionados argentins. Mais je ne promets rien !
En attendant, amis footeux, bonne digestion. Les défaites sont toujours un peu lourdes, et en ces veilles de fêtes, cette séance de penalties manquée (une marque de fabrique française, vous ne trouvez pas ?) ne pouvait pas tomber plus mal.

PS.  Je dédie cet article à mon ami Benito Romero, sans lequel je n’aurais jamais aussi bien suivi le parcours de la sélection Albiceleste, comme on l’appelle là-bas ! 

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Sur la folie du foot en Argentine, lire ou relire aussi notre article sur la disparition de Maradona.

Cristina Kirchner condamnée

Suite du feuilleton Cristina Kirchner. Comme nous l’annoncions dans l’article précédent, le jugement est tombé hier dans la journée. L’ancienne présidente (2007-2015) et actuelle vice-présidente de la République Argentine a été jugée coupable de corruption et de fraude aux marchés publics et condamnée à six ans de prison, ainsi qu’à l’inéligibilité à vie.
Un jugement qui ne surprend personne, à Buenos Aires. Selon Pagina/12, la messe était dite depuis longtemps, en raison de la partialité de juges, selon le quotidien de gauche, qui n’ont présenté aucune preuve tangible de l’implication de Cristina Kirchner dans un réseau de corruption. Pour le quotidien, dans cette affaire, la seule association de malfaiteurs, c’est justement celle des juges !

Cristina Kirchner recevant le bâton de présidente de son mari Nestor, lors de la passation de pouvoirs en 2007.

Ce n’est évidemment pas l’avis des journaux d’opposition au gouvernement péroniste. Pour la Nación, ce n’est que le début d’une longue liste de condamnations à venir, puisque d’autres procès demeurent en cours, concernant d’autres affaires d’ordre similaire, comme celle de présumé blanchiment d’argent dans la construction et la réfection d’hôtels appartenant à la famille Kirchner en Patagonie.

L’ancienne présidente n’ira néanmoins pas en prison tout de suite. D’une part, elle bénéficie d’une immunité en tant que parlementaire et membre du gouvernement (il faudrait un vote et une majorité des deux tiers au parlement pour la lever), d’autre part, elle va naturellement faire appel de la sentence. Elle pourrait même se présenter à la prochaine présidentielle, malgré l’inéligibilité.

Dans cette affaire, elle n’est pas la seule condamnée. Il y avait en tout 13 accusés, à des titres divers. (Voir détails dans Clarín) Deux ont écopé de la même peine, l’entrepreneur Lázaro Báez et l’ancien secrétaire d’état aux travaux publics José López. 6 ont été condamnés à des peines un peu moins lourdes, 4 ont été finalement acquittés. Tous sont d’anciens fonctionnaires ou liés à des entreprises de travaux publics.

Les péronistes, qui soutiennent Cristina Kirchner, voient dans cette sentence la volonté de juges liés à l’opposition de droite de proscrire le mouvement, une nouvelle fois. (Rappelons que le péronisme avait été proscrit après le coup d’état de 1955, durant 18 ans, par les différents gouvernements militaires qui s’étaient succédé). La vice-présidente elle-même parlant d’une mafia judiciaire œuvrant pour la faire disparaitre du paysage politique.

Même s’il est très difficile pour un spectateur extérieur, comme nous le disions précédemment, de faire la part des choses, il parait assez probable en effet que la droite ait au moins profité de cette fenêtre judiciaire pour enfoncer un coin dans un mouvement péroniste qui demeure envers et contre tout très populaire auprès des Argentins les plus modestes.
Il n’en reste pas moins vrai que les marchés publics de construction de routes dans la région de Santa Cruz (celle dont sont originaires les Kirchner) ont été systématiquement attribués à la même entreprise amie de la famille, celle de Lázaro Báez.

Néanmoins, il semble bien que les preuves de l’implication directe de Nestor (président de 2003 à 2007) et Cristina Kirchner (présidente de 2007 à 2015) n’aient jamais été clairement démontrées. Par exemple, aucun document écrit n’a pu être mis au jour prouvant que l’ancienne présidente ait réellement donné des instructions concernant l’attribution des marchés. Ce qui n’enlève rien à l’évidence des relations entre les différents protagonistes de l’affaire. En somme, si les juges ont probablement moralement raison (Le favoritisme envers Báez saute aux yeux), ils se sont appuyés davantage sur des faisceaux de présomption et des témoins aux versions changeantes que sur des preuves tangibles, et le jugement manque donc de solidité légale.

En attendant, l’opposition exulte. Dans la Nación, Mariano Spezzapria voit dans le jugement une bombe politique qui laisse le gouvernement KO debout : Cristina Kirchner a annoncé qu’elle ne se présenterait plus à rien, laissant ainsi le mouvement orphelin d’une dirigeante historique. Dans Clarín, Claudio Savoia voit une sentence ouvrant la porte à une ère nouvelle, et qui pourrait servir de tremplin pour de nombreuses autres affaires. Une bombe qui pourrait bien sauter à la figure de nombreux autres dirigeants sud-américains eux aussi convaincus de corruption. Savoia ne prend pas la peine d’user d’euphémisme ni de prendre de gants, dressant une liste impressionnante de corrompus, mélangeant joyeusement les avérés comme l’ancien président Paraguayen González Macchi et les blanchis victimes de lawfare comme Lula au Brésil.

Cristina Kirchner et Ignacio Lula Da Silva

A gauche en revanche, on dénonce assez unanimement une persécution envers l’ancienne présidente. Pagina/12 relate en détails l’appui reçu de la part à la fois du gouvernement, des syndicats et d’associations de droits de l’homme.

Alors, sentence méritée ou lawfare ? Difficile de se faire une idée en lisant une presse totalement partiale en Argentine. Il n’en reste pas moins qu’avec ce jugement, le kirchnerisme, ce péronisme classé à gauche, est gravement touché, et aura du mal à s’en remettre. Il est en effet peu probable que Cristina Kirchner, malgré sa popularité encore élevée, puisse avoir encore un avenir politique. Paradoxalement, cela laisse le champ libre à l’espoir d’un certain apaisement politique dans un pays où sa figure cristallise  rancœurs et divisions. Et pourrait arranger l’aile plus centriste du mouvement, portée par l’actuel président Alberto Fernández, qui ces derniers temps était entré en conflit de tendances plus ou moins ouvert avec le kirchnerisme.

 

Le foot remporte la mise

On aura noté la rareté informative sur le blog ces derniers temps. Mais je fais confiance à l’immense majorité très affutée de nos lecteurs habituels pour en avoir déduit la cause principale. En effet, en ce moment, dans la presse argentine, l’actualité dominante, pour ne pas dire écrasante, a pris une très nette forme sphérique.

En bref, les unes des journaux, depuis début novembre, sont couvertes de photos de types en maillots de toutes les couleurs, et, pour ce qui concerne nos amis Argentins, surtout en bleu ciel et blanc. Tenez, rien qu’aujourd’hui, dans la Nación, sur 35 articles proposés en page d’accueil, 13 sont consacrés au Mondial de foot. Et encore, ce journal place quand même 5 articles plus généraux, politiques ou sociaux, avant. Clarín et Pagina/12, eux, mettent carrément le Mondial aux premières loges, le dossier spécial Mondial arrivant en haut de page : 5 articles pour Clarín, 6 pour Pagina/12. Et le fait que l’Argentine ait joué (et gagné) la veille n’influe en rien : c’était pareil les jours d’avant.

Tous les connaisseurs le savent, et le serineront : l’Argentine est un pays de football, celui de Maradona et de Messi, un des quatre ou cinq pays majeurs du sport le plus populaire au monde. Mes amis Porteños (Les Porteños, je le rappelle, sont les habitants de la capitale, Buenos Aires) ont beau avoir une conscience politique, et ne pas être totalement ignorants des critiques adressés à ce « mondial de la honte » comme l’appellent ses détracteurs, ils sont à fond.

Hier, ils m’ont envoyé des photos de la fan zone de Palermo, où ils étaient allés en famille voir le match de huitième de finale contre l’Australie. On a beau communiquer tous les jours, je n’ai pas lu de leur part le moindre doute quant au fait de savoir s’il fallait boycotter ou suivre le tournoi.

Fan Zone lors du match Argentine-Australie du 03-12-2022 – Quartier de Palermo, Buenos Aires.

L’Argentine tout entière, de gauche à droite et des plus pauvres aux plus riches, est devant ses écrans. En plus, pour eux, et pour une fois, le Mondial a lieu l’été, ce qui ne gâte rien et rend les rassemblements encore plus agréables et festifs. On peut assister aux matches en sirotant son Fernet-Coca en terrasse.

J’ai eu beau chercher, dans les grands quotidiens en ligne, pas l’ombre d’une polémique, pas trace de la moindre critique, pas de place au moindre doute. Il est vrai qu’en Argentine, l’écologie n’est pas un souci encore très prégnant. L’écologie politique n’est même pas encore née. L’exploitation des travailleurs migrants pourrait l’être en revanche, si l’histoire du pays avait été moins marquée, justement, par une inégalité systémique et une relation entre capital et travail très défavorable au second. L’exploitation ouvrière, en Argentine, on connait bien, et on la vit au moins aussi violemment qu’au Qatar. Demandez aux indiens, aux ouvriers agricoles (peones) ou aux habitants des nombreux bidonvilles qui s’étendent aux alentours, et même dans les centres, des grandes agglomérations.

Ne pas oublier non plus que le dernier Mondial à avoir posé autant de problèmes de conscience aux habitants des pays les plus favorisés de la planète – essentiellement occidentaux – a été justement celui de 1978 en… Argentine. Pendant la dictature des généraux Videla et Cie. Le mot boycott sonne donc assez mal aux oreilles argentines (Même s’il existe, et même traduit, contrairement à chez nous : boicoteo, et le verbe boicotear…).

Bref, en Argentine, c’est la fête du foot, qui permet de surcroit d’oublier pendant quelques semaines les soucis du quotidien, qui s’accumulent ces derniers temps. Inflation galopante, augmentation des prix, monnaie qui ne vaut plus rien (mes amis, qui rêvent de venir en Europe, devront probablement attendre encore quelques années), crise politique aiguë…

Tiens, à propos de crise politique. Nous devrions connaitre d’ici peu le sort de l’ancienne présidente – et actuelle vice-présidente – Cristina Kirchner. Depuis plusieurs années en procès pour corruption, fraude fiscale et association de malfaiteurs, notamment au sujet de chantiers et d’appels d’offre qui auraient fait l’objet de favoritisme et de divers pots de vin, elle pourrait écoper de 5 à 8 ans de prison, et de 20 ans d’inéligibilité. Le verdict sera prononcé mardi prochain. Ceci dit quel qu’il soit, et même si elle est déclarée coupable – ce qui, pour les quotidiens de droite comme Clarín et La Nación, est plus que probable – elle n’ira pas en prison, et pourra même se présenter à la prochaine présidentielle : elle est loin d’avoir épuisé tous les recours que le justice argentine lui autorise.

Ne me demandez pas mon avis là-dessus. La lecture des quotidiens argentins ne peut être d’aucun secours pour se faire une idée, tant l’indépendance des médias y est inexistante. Véritable corruption ou soft power façon Lula au Brésil, pour dézinguer un personnage politique encore très populaire ? Impossible de trancher. Il semble peu probable que Cristina ait les mains totalement propres dans cette affaire. Le pouvoir est le pouvoir, avec les privilèges et petits arrangements qui vont avec. Que les Kirchner (son mari avait été président lui aussi de 2003 à 2007) en ait fait profiter leurs copains entrepreneurs, comme le fameux Lazaro Baez, n’aurait rien d’étonnant. Mauricio Macri, président de droite de 2015 à 2019, n’est sans doute pas le mieux placé pour servir de contre-exemple.

Le pouvoir corrompt, c’est bien connu. Et le pouvoir, les Kirchner l’ont eu pendant 12 ans consécutifs ! Et il ne les a pas appauvris, bien au contraire : leur solide patrimoine (propriétés agricoles, hôtels, immeubles) en fait foi. La nouvelle madone des humbles (on compare souvent Cristina à Evita) est très riche.

Mais ne comptez pas sur Clarín et la Nación (anti) ou sur Pagina/12 (pro) pour séparer le bon grain de l’ivraie, comme disent les catholiques. Pour les uns, Cristina ferait passer Al Capone pour un bienfaiteur de l’humanité, pour les autres, elle est une nouvelle sainte Blandine donnée en pâture aux lions de l’ultra libéralisme. Dans tous les cas, sa figure permet de se simplifier singulièrement les problèmes de conscience, en peignant la situation politique tout en noir ou blanc, et en rejetant la responsabilité intégrale des problèmes du pays sur « l’autre », le politique corrompu ou le mal votant.

Allons, au moins, il reste une chose qui met tout le monde d’accord : l’Albiceleste (surnom de l’équipe argentine de foot) est la meilleure du monde, et elle va rapporter la coupe à la maison. Comme en 1978, où même les plus féroces opposants avaient mis leurs griefs entre parenthèses le temps d’acclamer ce bon Rafael Videla levant les bras en tribune du stade Monumental Antonio Vespucio Liberti de Buenos Aires, le 25 juin.

Coupe du Monde 1978

Allez, tiens, un bon conseil à mes amis Argentins. Vous voulez en finir avec la haine qui pourrit l’ambiance politique du pays ? Elisez Leo Messi président en 2023 !

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Quelques articles de presse :

Sur le jugement contre Cristina Kirchner mardi 6 décembre.

Version anti Kirchner dans la Nación

https://www.lanacion.com.ar/politica/vialidad-en-los-tribunales-dan-por-hecho-que-cristina-kirchner-sera-condenada-nid04122022/

Version pro dans Pagina/12 :

https://www.pagina12.com.ar/504392-cancelar-a-cristina

Le point de vue d’un ministre kirchneriste dans Clarín :

https://www.clarin.com/politica/-hacen-cuenta-cargan-cristina-peronismo-dura-15-minutos-frase-ministro-gobierno-oposicion_0_iJtYmVPVZ2.html

– Sur le football et son pouvoir de réconciliation en Argentine, un article de fond dans Clarín :

https://www.clarin.com/opinion/fascinacion-futbol-argentina-busca-felicidad_0_2wfvOF2SSf.html

Décès d’une Mère de la Plaza de Mayo

Hebe de Bonafini est décédée le 20 novembre dernier, à l’âge de 93 ans. Elle était une des premières « Mères de la Plaza de Mayo », ces femmes courageuses qui avaient pris l’initiative d’aller manifester sous les fenêtres du Palais présidentiel, en avril 1977. La dictature militaire avait moins d’un an, et déjà le cycle infernal de la répression et des disparitions était bien engagé.

Hebe de Bonafini en 2015

Les militaires enlevaient de jeunes militants et les envoyaient dans des centres de détention pour les interroger, la plupart du temps au moyen de la torture. Ensuite, la grande majorité d’entre eux étaient escamotés. Comme disait un général de l’époque : « Pas de cadavre, pas d’existence ». Faire disparaitre, en somme, était vu comme le meilleur moyen de camoufler ses crimes. Beaucoup de jeunes, notamment, seront ainsi jetés depuis un avion, parfois vivants (on leur administrait un fort soporifique) dans le Río de La Plata. (Voir notre article sur la répression militaire ici).

Leurs mères et grands-mères ont alors pris l’initiative d’aller exiger de savoir où étaient leurs enfants, en venant manifester tous les jeudis sous les fenêtres des nouveaux dirigeants. Comme on leur interdisait tout rassemblement statique, elles se sont mises alors à tourner autour de la petite pyramide qui fait face au Palais. Pour les discréditer, les militaires les surnommeront « Les folles de la Plaza de Mayo ». En français, « les folles de mai ».

Siège de l’association à Buenos Aires

Hebe de Bonafini, qui avait 50 ans à l’époque, faisait partie des premières d’entre elles. Son fils Jorge avait été enlevé par les militaires à La Plata en février 1977. Ensuite, disparaitront également son autre fils Raúl, puis sa belle-fille María Elena, dans les mêmes circonstances.
Fondée officiellement en 1979, l’association des Mères existe depuis cette époque, Hebe de Bonafini en était présidente depuis le début.

Militantes sur la Plaza de Mayo

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A lire dans la presse argentine :

Hebe de Bonafini, la más intransigente, de Pablo Mendelevitch, dans La Nación.

Hebe, ¡Una imprescindible! de Sonia Alesso, dans Pagina/12

Deux visions contrastées d’une forte personnalité devenue politique qui, comme souvent en Argentine, était très clivante.

Le feuilleton Milagro Sala

Voilà maintenant six ans que Milagro Sala est en prison, sans que les accusations portées contre elle n’aient pour le moment débouché sur un verdict définitif.

Le cas de cette militante des droits indigènes est très révélateur de l’immense fracture qui divise actuellement toute la société argentine. Pour les uns, Milagro Sala est le symbole de l’arbitraire d’un pouvoir judiciaire à la botte des dirigeants politiques. Pour les autres, celui de la mise au service d’une grande cause au profit d’intérêts particuliers, en somme, représentative de la corruption et du clientélisme du mouvement péroniste, auquel on n’hésite pas alors à la rattacher.

Qui est-elle en réalité, et que lui est-il reproché ?

Milagro Sala, 58 ans, était jusqu’en 2016 présidente de l’association de quartiers Tupac Amaru, à San Salvador de Jujuy, dans le nord-ouest argentin, près de la frontière avec la Bolivie. Elle était également militante du syndicat d’extrême-gauche CTA (Confédération des travailleurs argentins), et avait été élue en 2013 députée de sa région, avant de démissionner en 2015 pour entrer au parlement du Mercosur, le marché commun du continent américain.

D’origine indienne, elle est également une défenseure des droits indigènes, et une militante féministe reconnue.

Farouche et très active opposante au gouverneur conservateur de la région, Gerardo Morales, celui-ci n’a eu de cesse de la museler et de tenter d’affaiblir son mouvement, en l’accusant de toutes sortes de malversations.
En 2016, Milagro Sala a été arrêtée, dans un premier temps au motif de la participation à une manifestation sauvage devant le domicile de Morales, pour protester contre sa politique de logement.

Bien qu’il ait été prouvé qu’elle n’était pas présente ce jour-là, et en dépit des protestation d’organisations non-gouvernementales et même du groupe de travail sur les arrestations arbitraires de l’ONU, elle est condamnée à trois ans de prison avec sursis. Sentence confirmée par la Cour suprême : à l’époque, l’Argentine était dirigée par Mauricio Macri, du même bord que Gerardo Morales.

A partir de là, les mises en accusations vont se multiplier : détournement de fonds publics (subventions à son association), favoritisme (attribution de postes aux militants de son mouvement), clientélisme (distribution de pots de vin), menaces de mort et attentats contre d’anciens militants repentis. Des accusations bien souvent étayées par les seuls témoignages, justement, de repentis.

C’est le cas notamment de Jorge Páez, qui, arrêté pour une tentative d’assassinat qui fera une victime collatérale, une fillette grièvement blessée, dénoncera Sala comme commanditaire de l’attentat. Il sera par la suite libéré, tandis que ses complices, qui avaient mis Sala hors de cause, sont encore en prison.

Depuis six ans, Milagro Sala est transbahutée de procès en procès, de prison en prison. En juillet 2017, la commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a exigé, en raison des mauvaises conditions de détention, qu’elle soit placée en résidence surveillée chez elle. Le tribunal a accepté, mais disposé qu’elle devrait accomplir sa peine non chez elle, mais dans une autre maison lui appartenant. Or, celle-ci – et le tribunal le savait – avait été mise à sac et était inhabitable. La CIDH a protesté et finalement, des militants la remettront en état. Là, Milagro Sala bénéficie d’un «traitement de faveur» : surveillance policière renforcée, caméras, barbelés autour de la propriété, régime de visites aligné sur celui de la prison.

Elle est actuellement sous le coup d’une condamnation à treize années de réclusion, et est transférée au gré des décisions judiciaires de la prison à son domicile, et de son domicile à la prison.

Manifestation pour Milagro Sala à Paris, en juillet 2021

Victime ou coupable ? Le gouverneur Gerardo Morales semble répondre assez clairement là-dessus, lui qui a fait de la militante sa cible prioritaire, LA femme à abattre. A travers son cas particulier, s’illustre tout un combat conservateur et néocolonialiste, anti-indigène, antiféministe, antiprogressiste et très nettement raciste. Voire même négationniste : pour beaucoup de blancs d’origine européenne, les derniers indiens encore présents sur le territoire argentins n’ont aucune réalité.

Ce serait, en fait, des faux-indiens, se travestissant pour appuyer leurs revendications gauchistes, la cause indienne étant bien reçue chez les bobos écolos¬-péronistes. Oui, péronistes. Car s’il y a bien un repoussoir qui fonctionne à plein régime pour au moins la moitié des Argentins, c’est bien celui du péronisme. Pire : du kirchnerisme (de Nestor et Cristina Kirchner, présidents péronistes de 2003 à 2015). Or, Milagro Sala est en très bons termes avec Cristina Kirchner.

D’un autre côté, on ne peut pas non plus occulter une part de clientélisme réel et une façon toute personnelle d’utiliser les subventions publiques de la part de la militante. Mais elle sait aussi s’en expliquer. Par exemple, au sujet de l’argent donné par le gouvernement de Nestor Kirchner, destiné en principe à la construction de logements sociaux à Tilcara. Jugeant que la localité voisine de Maimará en avait davantage besoin, elle n’a pas hésité à faire dériver les fonds plutôt vers celle-ci. Sans consulter personne et prêtant ainsi le flanc à l’accusation de détournement. Même chose lorsque toutes les subventions n’étaient pas dépensées en totalité sur un projet. Elle disposait du reste selon ses propres priorités.

Femme indépendante, engagée, elle représente tout ce que la classe dominante conservatrice déteste : les gueux à peau basanée qui revendiquent des droits et prétendent l’empêcher de décider ce qui est bon pour le petit peuple, à sa place. La droite argentine aura beau l’accuser de tous les maux – et nous l’avons dit, sa manière d’agir est parfois critiquable – elle reste une prisonnière politique au sein d’une démocratie qui revendique l’estampille d’état de droit. Et le symbole d’une guerre jamais tout à fait terminée des colonisateurs d’origine européenne contre les peuples premiers.

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Au sujet de Milagro Sala, l’écrivaine Alice Dujovne Ortiz, par ailleurs autrice d’une biographie remarquée d’Eva Perón, a écrit un livre : « Milagro Sala. L’étincelle d’un peuple », aux éditions Des femmes/Antoinette Fouque.

Elle en parlait lors de sa sortie dans un interview au quotidien en ligne Infobae.Traduction de cette interview ici. (Format PDF)

Voir également la présentation du livre dans Le Monde diplomatique.

L’Obélisque devient mirador !

Un des monuments les plus emblématiques de la capitale fédérale argentine, l’Obélisque de l’avenue 9 de Julio, va subir prochainement, nous raconte le quotidien La Nación, une transformation importante : on va aménager à son sommet une petite salle depuis laquelle le public pourra admirer l’ensemble de la ville, à près de 70 m de hauteur. Un ascenseur sera également installé dans la colonne, afin de gagner le sommet, ainsi qu’au rez-de-chaussée, une petite salle d’exposition retraçant l’historique du monument et de la ville elle-même. (l’article donne des photos en réalité virtuelle) 

 

L’obélisque, c’est un peu la tour Eiffel de Buenos Aires, LE monument qui personnifie le mieux la ville et en représente l’emblème définitif.

Tout comme notre tour parisienne, il est beaucoup moins ancien que la ville elle-même. A son emplacement se situait l’église Saint Nicolas de Bari, sur le clocher de laquelle fut hissé pour la première fois le drapeau argentin en 1812, deux ans après la première déclaration d’autonomie, et quatre ans avant la déclaration définitive de l’indépendance du pays. L’église a dû être démolie en 1931 dans la perspective de créer ce qui constitue toujours une des plus larges avenues du monde : la 9 de julio. Celle-ci ne sera pourtant réellement percée que quelques mois après la construction de l’Obélisque !

L’Obélisque avant la percée de l’Avenue du 9 de julio

C’est en 1936 que pour la première fois on a songé à marquer cet emplacement par un monument significatif. Dans un premier temps, la majorité radicale du parlement avait pensé ériger là un monument à la gloire de l’ancien président Hipólito Irigoyen (1916-1922, puis 1928-1930), mais en février 1936, le président de l’époque, Pedro Justo, privilégiant la célébration du quatre centième anniversaire de la première fondation de la ville, imposa, selon sa formule «la réalisation d’une œuvre singulière rappelant au peuple de la République la véritable importance de cette date. Puisqu’à ce jour il n’existe aucun monument symbolisant l’hommage de la Capitale à la nation entière».

La construction a été confié à l’architecte Alberto Prebisch. C’est lui qui choisira la forme de l’obélisque : «Nous avons choisi cette forme géométrique simple et sans artifice parce c’est la forme traditionnelle des obélisques. Nous l’avons appelé Obélisque parce qu’il fallait bien lui donner un nom. Mais je revendique de pouvoir l’appeler pour ma part, de façon plus simple et générique, « Monument » ».

Profitant, pour asseoir sa base de béton, de la construction simultanée de la ligne B du métropolitain, l’obélisque a été construit en seulement 2 mois, du 20 mars au 23 mai 1936.

Le jour de l’inauguration

Tout comme la Tour Eiffel également, le monument a été l’objet de polémiques et moqueries. Trois ans après sa construction, on pensa même à le démolir, pour «raisons esthétiques, économiques et de sécurité» ! Mais il n’en fut rien, et il devint peu à peu l’emblème définitif et indiscutable de la capitale argentine.

A tel point que lui aussi a servi de symbole de ralliement à diverses causes, écologiques, politiques ou humanitaires. Comme en 1998, quand Greenpeace y avait déployé une banderole au sujet – déjà – du réchauffement climatique, ou en 2005, où il s’était trouvé recouvert d’un gigantesque préservatif rose, pour célébrer la journée mondiale contre le SIDA. Il est régulièrement le point de rencontre de manifestations diverses.

L’obélisque aujourd’hui
Vue prise depuis l’Avenue Roque Saenz Peña
Depuis l’Avenue 9 de julio

Attentat contre Cristina Kirchner

Jeudi soir dernier, (le 1er septembre), un jeune Brésilien de 35 ans a tenté d’assassiner l’ancienne présidente et actuelle vice-présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner. Alors qu’elle saluait des militants de son parti devant son immeuble, situé au coin des rues Uruguay et Juncal, dans le quartier de La Recoleta, il a sorti une arme et l’a pointée dans sa direction, mais le coup n’est pas parti.

L’attentat a suscité une véritable commotion dans le pays, où Cristina Kirchner est aussi adulée par les uns que détestée par les autres. Depuis 2007 et sa première élection en tant que présidente, elle n’a jamais cessé de représenter un sujet de polémique et de débats les plus vifs autour de sa personne. Harcelée par la droite qui en a fait un symbole de la corruption péroniste, elle est tout autant soutenue par une large partie de la gauche, qui voit en elle une pasionaria des plus humbles ; toute proportion gardée, à l’image d’Eva Perón en son temps.

Cristina Kirchner entourée de ses enfants Maximo et Florencia.

Les motifs de Fernando Sabag Montiel, le tireur, ne sont pas encore complètement éclaircis. Selon le quotidien La Nación, son profil est bien connu sur certains réseaux sociaux radicaux, et on l’avait entendu, interrogé par la chaine d’information Cronica.tv, se répandre en critique contre les mesures d’aide sociale, et se signaler par des propos particulièrement virulents contre les pauvres, taxés de fainéants et de profiteurs. Il était également «connu des services de police», comme on dit chez nous, pour port d’arme illégal.

Vidéo (1’44) de l’attentat, filmé au portable par un témoin de la scène. La vidéo est présentée sous trois angles différents. L’agresseur porte un masque chirurgical blanc. (Vidéo postée sur youtube par La Voz de Neuquen)

La condamnation de cette tentative d’assassinat a été unanime dans la classe politique, y compris au sein de l’opposition au gouvernement que codirige Cristina Kirchner. Même les membres du syndicat des propriétaires terriens, qui pourtant lui vouent une haine farouche depuis qu’elle a voulu augmenter leurs impôts, se sont fendus d’une déclaration de soutien : «Nous espérons que toute la lumière sera faite au sujet de cet attentat ignoble. En tant que fédération syndicale nous militons fermement pour la cessation de toute forme de violence et pour le retour à la paix sociale».

Si l’attentat n’a pas eu de conséquence dramatique, il est néanmoins révélateur de l’ambiance actuelle de l’Argentine, qui vit depuis plusieurs années une crise multiple : économique, sociale, politique. Jamais la grieta comme ils disent là-bas, la fracture, n’a été aussi profonde entre les citoyens. L’Argentine est désormais divisée en deux camps qui ne peuvent plus du tout se parler : les péronistes (plutôt de gauche, mais tous les gens de gauche ne sont pas péronistes) et les antipéronistes. On ne peut plus parler du tout d’opposition, de débat, de querelle, mais de haine, implacable et définitive.

Cette haine est volontiers attisée, comme le fait remarquer à juste titre le ministre de l’Intérieur, Eduardo de Pedro, par une grosse majorité des médias du pays, pour une large part classés à droite. J’en ai été témoin lors de mon dernier séjour à Buenos Aires, et il suffit de parcourir les journaux en ligne pour le constater : ce sont plusieurs Cnews qui déversent au quotidien leur fiel contre le gouvernement péroniste, et sans filtre.

Toute opposition est légitime, mais, à l’image de notre chaine d’extrême-droite, il est inquiétant de voir s’installer durablement dans le paysage des discours de plus en plus haineux, et dont le venin qu’ils distillent conduit de plus en plus souvent des esprits faibles à des actes criminels.

Il n’est que de lire les commentaires au pied de certains des très nombreux articles qui ont suivi l’attentat pour s’en convaincre. Entre complotisme (On met en doute le sérieux de l’attentat : le pistolet ne se serait pas enrayé, il s’agirait d’une simple mise en scène) et regrets affichés que Montiel ait raté son coup, la palette est assez variée, mais relativement monochrome chez les opposants.

Personnellement, je n’ai pas de sympathie particulière pour Cristina Kirchner, une présidente dont les deux mandats ne resteront pas dans les annales comme des modèles de gestion, et dont la personnalité pour le moins trouble participe largement de la fracture entre Argentins. Accusée de corruption, actuellement poursuivie par les tribunaux pour cela, elle s’accroche au pouvoir et contribue ainsi à crisper un peu plus une partie de l’opinion. Qu’elle soit effectivement coupable ou réellement innocente (la justice ne s’est pas encore prononcée), elle serait certainement mieux avisée de se concentrer sur sa défense. D’autant que son acharnement à rester aux postes de décision donne des arguments à ses détracteurs, puisqu’elle donne l’impression ainsi de vouloir contrôler la justice. Mais il faut bien dire qu’elle peut compter, parmi la population la plus modeste du pays, avec un très fort soutien populaire.

De l’autre côté, l’opposition de droite semble entrée dans une phase d’irrationalité la plus complète. Elle a gagné les dernières élections législatives, et même si elle n’a pas la majorité absolue au parlement, elle pourrait ainsi faire démocratiquement son travail d’opposition, pacifiquement et en respectant les institutions. Les prochaines présidentielles, qu’elle a également toutes les chances de gagner, auront lieu fin 2023, et pour le moment, elle semble n’avoir ni programme, ni candidat(e) d’alternance. Mais elle préfère ajouter de l’huile sur le feu, et pratiquer une opposition aussi systématique que stérile et surtout, pousse-au-crime.

Surfant sur cette vague haineuse, se profile en outre un nouveau personnage encore bien plus inquiétant, un certain Javier Milei, ultra-libéral de tendance autoritaire, sorte de Berlusconi mâtiné de Mussolini, de Pinochet et de Milton Friedman au rabais, prêt à transformer l’Argentine en crise en modèle de pays inégalitaire gouverné par le capitalisme le plus sauvage.

L’attentat manqué contre Cristina Kirchner montre le paroxysme atteint par le pays dans cette guerre ouverte. A tel point que j’ai pu lire, parmi la masse des commentaires de citoyens, un appel à… la partition du pays en différentes entités indépendantes ! Les Argentins ne se parlent plus, ne veulent plus se parler. L’adversaire politique est devenu un ennemi, et un ennemi à abattre, à tout prix, même celui du sang. On pensait que la terrible dictature militaire de 1976-1983, condamnée par la magnitude de son échec et l’évidence de son caractère criminel, serait la dernière de l’histoire argentine. Que la démocratie avait définitivement gagné la partie. Que le pays avait enfin intégré le cercle des nations pacifiées. La crise sociale et morale qui l’étreint de nouveau revient sérieusement doucher notre optimisme peut-être un peu précipité. Car au train où va la fracture actuelle, pas sûr que le pays ne s’embrase pas de nouveau, et dans un avenir proche.

Voir également notre dossier en cours sur le péronisme et son empreinte sur la société argentine.

Article de fond d’Eduardo Aliverti dans Pagina/12 le 5 septembre 2022, sur l’ambiance de haine régnant dans le monde politique et social argentin d’aujourd’hui.

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Cristina Kirchner, actuelle vice-présidente de la République argentine, a été élue présidente en 2007, succédant ainsi à son mari Nestor (2003-2007, décédé en 2010) puis réélue en 2011. Son successeur a été Mauricio Macri (centre-droit libéral), de 2015 à 2019. En 2019, les Argentins ont de nouveau élu un président péroniste, Alberto Fernández, qui s’était présenté avec Cristina Kirchner, donc.

Accord sur l’enseignement du français

(Tous mes remerciements à Alicia Isidori qui m’a transmis cette information)

Mercredi dernier, 8 juin, le gouverneur de la province de Santa Fe  et l’ambassadrice de France en Argentine ont signé un accord qui va grandement améliorer la situation de l’apprentissage du français dans les écoles de la province.

Le site du gouvernement de la province rend compte de cette rencontre, qui a eu lieu dans les locaux de l’ambassade de France à Buenos Aires, dans le quartier de Recoleta, entre le gouverneur Omar Perotti et l’ambassadrice Claudia Scherer-Effosse.

Ambassade de France à Buenos Aires

L’accord stipule que la province s’engage à favoriser la pédagogie du français à tous les niveaux, tant scolaires qu’associatifs, à renforcer la formation initiale et continue des enseignants de langue française, et à promouvoir les initiatives interdisciplinaires en développant notamment l’enseignement bilingue. De son côté, l’Ambassade de France s’engage à financer des moyens de formation pour les enseignants, ainsi qu’à favoriser les interactions entre les différentes entités pédagogiques des deux côtés de l’Atlantique.

A l’issue de la rencontre, le gouverneur Perotti a déclaré en substance : « Santa Fe est une province à haut potentiel d’échanges avec l’extérieur, tant au plan commercial que de l’ouverture sur le monde, et il est donc important que ses habitants soient bien formés à l’usage des langues. Il existe une forte tradition d’apprentissage du français dans nos écoles, tradition dont le présent accord devrait stimuler encore davantage l’enthousiasme et les liens déjà bien présents« .

Omar Perotti

De son côté, Claudia Scherer-Effosse a indiqué que « c’est un accord que nous mettons au point depuis des mois. L’enseignement du français dans la province de Santa Fe est une réalité. Nous souhaitons la renforcer et nous avons travaillé en ayant à l’esprit tout ce que cet accord pourrait apporter pour les relations bilatérales entre la province et la France« .

L’ambassadrice de France Claudia Scherer-Effosse, lors de la remise de sa lettre de créance au président Argentin (2015-2019) Mauricio Macri.

Cet accord est une excellente nouvelle pour l’apprentissage d’une langue malheureusement en déclin un peu partout dans le monde, où l’anglais est devenu hégémonique. On ne peut que se réjouir par ailleurs de voir ainsi se renforcer les liens culturels entre deux pays qui, sur bien des aspects, ont beaucoup en commun.

La province de Santa Fe se situe au nord-ouest de Buenos Aires, le long du fleuve Paraná. Santa Fe est sa capitale, mais la ville la plus importante en nombre d’habitants est Rosario, au sud de la province. La province abrite environ 3,5 millions d’habitants, dont un tiers habite à Rosario. C’est la troisième région en importance démographique, après Buenos Aires (17 millions) et Córdoba (3,7 millions).

Province de Santa Fe – capture d’écran

Un peu de pub touristique !

Bon, comme je suis en convalescence post opératoire, une fois n’est pas coutume, je vais profiter de mon immobilité forcée et de ma vitalité en berne pour causer tourisme argentin.

La Nación d’aujourd’hui consacre un article à un nouveau site officiel consacré aux routes et lieux touristiques les plus emblématiques du pays : La Ruta Natural.

Il s’agit de promouvoir le tourisme « à l’air libre » et la découverte des grands espaces naturels du pays, trop souvent ignorés même des locaux. Et pourtant, l’Argentine fait bien partie des pays les mieux dotés dans ce domaine, des déserts et forêts du nord tropical jusqu’aux glaciers géants et aux steppes de la Patagonie et de la Terre de feu.

Vallées Calchaquies – Nord-ouest argentin

Le nouveau site web du programme, nous explique le quotidien, réunit l’information nécessaire au touriste pour lui permettre de choisir et d’organiser ses voyages vers des sites naturels pointés comme « incontournables », en présentant 17 grands itinéraires recouvrant les différents paysages et climats du pays.

Le site, abondamment illustré, est plutôt bien fait. Il propose trois grandes entrées :
Par lieux géographiques (Les vallées Calchaquies, le parc naturel de la Terre de feu, la Péninsule de Valdez, les chutes d’Iguazu entre autres multiples exemples. Pas loin de 200 lieux présentés, hélas pas classés géographiquement)

En Terre de Feu

Par expériences à vivre (Où observer la faune, où pratiquer l’astronomie active, où camper à la belle étoile, etc…)
– Par type de tourisme : parcs nationaux, astronomie, aventure, paléo, observation de la faune…

Il fournit également un calendrier utile pour situer le meilleur moment pour chaque type de parcours.

Chutes de l’Iguazu – Province de Misiones

Comme le développe La Nación, chaque « incontournable » présenté par le site propose une information détaillée : photos, activités possibles, comment s’y rendre facilement, hébergement et restauration, meilleures époques de visite, et autres informations pratiques.

Naturellement, s’agissant d’un site argentin, il n’est pour le moment disponible qu’en espagnol. Espérons que le ministère du tourisme songera à une plus grande diffusion internationale. Mais nous n’en sommes qu’au tout début, bien entendu. Le /es à la fin de l’adresse du site nous laisse quelques espoirs de voir bientôt apparaitre /en ou /fr. Qui sait ? (Attention à ce propos : le site en anglais « The natural route » est un blog qui n’a rien à voir !)

Vous n’irez peut-être pas tout de suite en Argentine. Mais je ne saurais trop vous conseiller déjà d’aller vous balader sur le site. Il vous donnera une excellente idée de la dimension d’immense paradis naturel de l’Argentine, disposant d’une variété incroyable de paysages, de climats, de faune et de flore, qu’on trouve rarement rassemblés comme ici sur un seul territoire.
Et il vous permettra au moins de faire un beau voyage…virtuel !

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Courte présentation vidéo du site (47′) : https://www.youtube.com/watch?v=AxobWuUqnpE 

 

 

Droits des femmes en Amérique latine : docus accessibles

Pour prolonger l’article précédent rendant compte du dossier de Sud-Ouest sur les droits des trans en Argentine, je signale ici plusieurs documentaires dont certains sont accessibles sur l’application ARTE TV.

1. Argentine : la révolte des femmes

Dans la série « Arte reportages ». De Karen Naundorf. France. 25 mn.

Le documentaire suit la famille de Monica Garnica, dans l’attente du procès où doit comparaitre son mari, qui l’a assassiné en la brûlant vive. Le propos s’étend également à l’ensemble du mouvement féministe « Ni una menos », parti d’Argentine mais qui essaime sur tout le continent.

Sur l’appli Arte.tv jusqu’au 8 octobre 2022

Sur Youtube ici.

2. Sud-Américaines contre le machisme

De Marie-Kristin Boese. Allemagne. 53 mn.

Le combat des femmes argentines pour la légalisation de l’avortement, symbolisé par le port du foulard vert, gagne l’ensemble du continent latino américain. Le documentaire fait le point sur cette lutte dans certains autres pays, comme le Mexique ou le Brésil, où le machisme reste particulièrement fort.

Sur l’appli Arte.tv jusqu’au 23 mai 2022

3. Femmes d’Argentine

De Juan Solanas. Argentine. 87 mn. Titre original : Que sea ley

Juan Solanas a suivi le parcours des femmes argentines au foulard vert, en lutte pour obtenir le vote au parlement de la légalisation de l’IVG. Le documentaire, qui donne la parole à différents acteurs du mouvement, à des député(e)s, des opposants, a été projeté au Festival de Cannes 2019, et sorti en salles en France en mars 2020, à peine quelques jours avant le confinement. En replay sur my canal jusqu’au 10 octobre 2022.

Il est aussi disponible à l’achat ou la location sur la chaine Youtube, mais en version espagnole. 

4. L’Amérique latine mobilisée contre les féminicides.

Reportage de France 24. 12 mn. Sur youtube.

Campagne argentine pour le droit à l’IVG