Législatives argentines : J‑7

Dans Pagina/12 de ce dimanche 19 octo­bre, le dessin humoris­tique quo­ti­di­en de Paz résume assez bien l’ambiance actuelle en Argen­tine à sept jours des élec­tions lég­isla­tives, où le prési­dent d’extrême-droite Javier Milei espère décrocher la majorité qui lui per­me­t­trait de gou­vern­er sans être con­stam­ment, comme c’est le cas aujourd’hui, freiné par les votes défa­vor­ables du Par­lement.

On y voit Milei inter­rogé par un jour­nal­iste télé et dis­ant :

Le plus impor­tant, le 26 octo­bre est de … Et le jour­nal­iste de finir la phrase :
Gag­n­er ? Ce à quoi Milei répond :
Con­va­in­cre Trump que nous n’avons pas per­du.

Cou­ver­ture de Pagina/12 du 19-10-2025

Et c’est qu’en effet ces derniers jours, Trump, qui a mis la main à la poche pour soutenir son copain Milei en offrant la bagatelle de 20 mil­liards au Tré­sor argentin, a annon­cé qu’en cas de vic­toire de l’opposition, il couperait les vivres. Une ingérence qui ramène les Argentins aux joyeux temps des années 40, où les États-Unis pre­naient ouverte­ment posi­tion con­tre l’élection de Juan Perón. (Le par­ti péro­niste en avait d’ailleurs fait un slo­gan de la cam­pagne prési­den­tielle de 1946, à par­tir du nom de l’ambassadeur améri­cain : ¿Braden o Perón ? Lien vers image)

Les derniers sondages ne don­nent guère matière aux par­ti­sans de Milei d’être très opti­mistes. La pop­u­lar­ité du prési­dent est en berne, les man­i­fes­ta­tions se suc­cè­dent, met­tant des mil­liers de gens dans la rue chaque semaine ou presque, et les dif­fi­cultés s’accumulent pour un gou­verne­ment qui ne parvient ni à réelle­ment remon­ter une économie qui stagne, ni à con­tenir la mon­tée du dol­lar qui pèse sur la dette publique, et qui peine à se dépa­touiller des dif­férents scan­dales qui vien­nent brouiller son image, avec notam­ment l’affaire de la chute de la cryp­tomon­naie $Libra dont le prési­dent avait fait la pro­mo­tion publique, et la démis­sion for­cée du député du par­ti gou­verne­men­tal José Luis Espert, accusé de blanchi­ment d’argent en lien avec le nar­co­traf­ic.

Le quo­ti­di­en La Nación dresse trois pro­fils pos­si­bles pour les résul­tats de dimanche prochain.

1. Une vic­toire du par­ti gou­verne­men­tal, LLA (La lib­er­tad avan­za), arrivant en tête avec entre 35 et 40% des voix. Pro­jec­tion en sièges : env­i­ron 70, ajoutés à ceux du par­ti de droite clas­sique, son allié, cela porterait l’ensemble à une cen­taine de sièges sur 257. C’est loin de la majorité absolue, mais cela per­me­t­trait à Milei de gou­vern­er par décrets, puisqu’il aurait plus de 30% des sièges, min­i­mum néces­saire pour cela.

2. Match nul avec le péro­nisme : 33 à 35% des voix cha­cun. Cela ne chang­erait qu’à la marge : env­i­ron 95 sièges sur 257. Mais surtout, plus ques­tion de gou­vern­er par décret.

3. Défaite, avec moins de 30% des voix, et un max­i­mum de 80 sièges alliés com­pris.

On le voit, aucun des scé­nar­ios présen­tés par La Nación n’envisage une vic­toire nette, et encore moins une majorité absolue pour le par­ti gou­verne­men­tal (El ofi­cial­is­mo, comme on dit en espag­nol). Milei s’accroche donc à l’espoir de par­venir au tiers des sièges, et pou­voir ain­si avoir le champ libre pour impos­er ses lois, en con­tour­nant l’obstacle par­lemen­taire, qui lui a couté jusqu’ici pas mal de lois restées let­tre morte. Une ambi­tion mod­este au regard des promess­es sus­citées par sa pour­tant nette vic­toire prési­den­tielle de fin 2023.

Son prin­ci­pal hand­i­cap réside dans sa con­cep­tion même de la poli­tique. Arrivé au pou­voir avec la promesse de dyna­miter le sys­tème, il s’est très vite coupé de nom­bre d’alliés poten­tiels, désignés eux aus­si, au même titre que les péro­nistes voués aux gémonies, comme respon­s­ables de la ruine du pays. Ce que lui reprochent à mots cou­verts même des parte­naires extérieurs favor­ables à sa poli­tique, navrés de voir ses excès entach­er une gou­ver­nance dont ils rêvaient de faire un lab­o­ra­toire d’idées. Citons Martín Rodríguez Yebra dans La Nación :

Milei doit urgem­ment recon­stru­ire, sous la pres­sion extérieure, la coali­tion qui s’offrait à lui il y a un an et qu’il s’est lui-même chargé de dyna­miter à coups d’insultes et de promess­es non tenues. Le mépris envers ces mains ten­dues après son tri­om­phe de 2023 répondait à une logique idéal­iste : dans l’enthousiasme de la con­quête du pou­voir il n’acceptait que les sou­tiens incon­di­tion­nels à son utopie lib­er­taire. Milei se définis­sait comme un prophète venu libér­er l’Argentine des con­traintes que la poli­tique impo­sait aux mécan­ismes du marché. Sa mis­sion ultime était d’abolir l’état pour libér­er une bonne fois la puis­sance de l’initiative privée. Ces quelques alliés de cir­con­stance étaient con­sid­érés eux aus­si respon­s­ables de la ruine passée. Qu’ils soient «les dégénérés fis­caux» qui gou­ver­naient les provinces ou les «tièdes» et les «couil­lons à principes» du PRO, le par­ti for­mé par Mauri­cio Macri (L’ancien prési­dent de droite, NDLA). Tous des «cafards, des rats, des com­plices affligés de par­a­sitisme men­tal».

En cat­a­stro­phe, pour recon­quérir un élec­torat de plus en plus scep­tique, Milei tente de revoir sa copie, et d’amender un peu son ultra-libéral­isme, dont les sanglantes coupes budgé­taires dans de trop nom­breux domaines (Retraites, san­té, uni­ver­sité, travaux publics, finance­ment des provinces) ont fait bondir ses scores d’impopularité. La tronçon­neuse a été remisée, au moins pro­vi­soire­ment d’ici les élec­tions, dans l’abri de jardin.

Cela sera-t-il suff­isant ? Rien n’est moins sûr. Pagina/12 relève dans son édi­tion de ce dimanche que le gou­verne­ment pré­pare un affichage des résul­tats qui lui soit le moins défa­vor­able pos­si­ble. Méth­ode ? Les présen­ter non par régions, mais de façon générale. Ce qui per­me­t­trait à LLA, qui se présente partout sous une seule dénom­i­na­tion, d’afficher de meilleurs résul­tats que ses adver­saires, qui eux, présen­tent des can­di­dats régionaux défen­dant une même mou­vance, mais sous des éti­quettes dif­férentes. Préoc­cu­pa­tion sig­ni­fica­tive du pes­simiste offi­ciel ambiant.

Ren­dez-vous lun­di prochain !

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