Les lumières d’Ushuaia

Lat­i­tude 54° 47’ 59’’ S, lon­gi­tude 68° 17’ 59’’ O : ce sont les coor­don­nées géo­graphiques de la ville où nous avions décidé de vivre les derniers jours de l’année 2007 et de saluer la nou­velle année.

Bien con­nues des explo­rateurs, des aven­turi­ers et plus récem­ment des touristes, ces coor­don­nées sont celles de la cap­i­tale de la province argen­tine de « Terre de feu, Antarc­tique et Iles de l’Atlantique Sud » située sur la «Isla Grande» : la mythique Ushua­ia.

Per­chée sur une colline battue par les vents et bor­dée par le canal de Bea­gle, la ville d’Ushuaia est con­sid­érée comme la ville la plus aus­trale du monde et surnom­mée à ce titre de « ville du bout du monde »

Ushua­ia depuis le canal de Bea­gle

Ce statut lui fut longtemps con­testé par la base navale chili­enne de Puer­to Williams située sur la «Isla Navari­no» séparée de la Isla Grande par le canal de Bea­gle. Ce débat a été tranché par les Nations Unies qui ont estimé que Puer­to Williams était trop petite (seuil 20 000 habi­tants) pour mérit­er le terme de ville !

UN PEU DE SON HISTOIRE

La Terre de Feu est séparée du con­ti­nent sud-améri­cain par un détroit, pas­sage naturel de plus de 600 km entre les océans Atlan­tique et Paci­fique, qui porte le nom du pre­mier européen à l’avoir décou­vert et tra­ver­sé en 1520, Fer­nand de Mag­el­lan (Fer­nan­do de Mag­a­l­lanes en espag­nol).

L’histoire racon­te que ce sont les marins de l’expédition con­duite par Mag­el­lan, qui obser­vant les feux et les fumées qui jalon­naient les côtes, bap­tisèrent ce lieu «Terre des Fumées et Terre des Feux» ; c’est Charles V de Hab­s­bourg dit Charles Quint qui don­nera à cet archipel le nom qu’on lui con­nait encore aujourd’hui : «Tier­ra del Fuego».

Durant les siè­cles qui suivirent, il y eut de nom­breuses expédi­tions européennes et les pre­miers con­tacts avec les Amérin­di­ens.

En 1830, lors du pre­mier voy­age du «HMS Bea­gle» en Terre de Feu, qua­tre Amérin­di­ens furent cap­turés pour être présen­tés au roi et à la reine du Roy­aume-Uni.

Seuls trois de ces «sauvages» retrou­vèrent la Terre de Feu en jan­vi­er 1833 lors du deux­ième voy­age autour du monde du «HMS Bea­gle» sous com­man­de­ment du cap­i­taine Robert FitzRoy accom­pa­g­né de nom­breux sci­en­tifiques dont le nat­u­ral­iste Charles Dar­win (1831–1836).

Le navire et son équipage vont pass­er sept semaines dans le sud de la Terre de Feu, une région alors encore très large­ment mécon­nue. Une équipe va descen­dre à terre, où elle restera pen­dant la durée du séjour pour réalis­er des études météorologiques, astronomiques, zoologiques et botaniques mais égale­ment eth­nologiques. Une équipe va rester à bord et nav­iguer le long des côtes pour faire des relevés car­tographiques et hydro­graphiques.

Faune du Canal de Bea­gle

Ushua­ia, qui veut dire «baie vers l’Ouest» en langue Yamana (ou Yaghan), sor­tit de terre en tant que pre­mière colonie non aborigène en 1869, par le biais d’une mis­sion angli­cane emmenée par le pas­teur Waite Hockin Stir­ling. Il sera rem­placé la même année par Thomas Bridges, à qui on doit le pre­mier dic­tio­n­naire de la langue Yaghan, ce «Peu­ple des canoés» qui a vécu plusieurs mil­lé­naires sur ces ter­res sans aucun con­tact avec le monde extérieur.

Par la suite, renonçant à sa mis­sion, il créera «l’es­tancia Haber­ton» (1) située à quelques kilo­mètres de l’actuelle Ushua­ia, le long du canal de Bea­gle. Aujourd’hui l’estancia, tou­jours pro­priété des descen­dants du pas­teur angli­can, s’est tournée vers des activ­ités touris­tiques.

Les pre­mières habi­ta­tions furent con­stru­ites en 1870 par la «South Amer­i­can Mis­sion­ary Soci­ety», société mis­sion­naire bri­tan­nique chargée de l’évangélisation des peu­ples autochtones.

Pour sa part, dans le cadre de l’an­née polaire inter­na­tionale, la France mena une expédi­tion sci­en­tifique en Terre de feu entre 1882 et 1883.

Louis-Fer­di­nand Mar­tial (1836–1885) explo­rateur et cap­i­taine de fré­gate est nom­mé chef de l’expédition sur le trois-mâts La Romanche. Le navire part de Cher­bourg le 17 Juil­let 1882 avec 140 per­son­nes à bord et arrive le 6 sep­tem­bre à l’Ile Hoste, à 40 km du Cap Horn.

La mis­sion était chargée d’ef­fectuer des études géologiques, botaniques, zoologiques et ethno­graphiques.

Les Européens instal­lés en Terre de Feu (éleveurs, pêcheurs, exploitants de mines d’or) y per­pétrèrent de ter­ri­bles mas­sacres et trans­mirent des mal­adies, réduisant à presque rien les pop­u­la­tions autochtones. Les mis­sion­naires qui recueil­laient les sur­vivants ont égale­ment con­tribué à leur déclin en les évangélisant.

Une expédi­tion argen­tine débar­qua sur le ter­ri­toire en sep­tem­bre 1884 afin de met­tre en place une sous-pré­fec­ture. C’est seule­ment le 12 octo­bre 1884 que le dra­peau argentin fut hissé.

La ville se dévelop­pa d’abord autour d’une prison, le gou­verne­ment argentin s’inspirant du bagne français des Iles du Salut en Guyane et des bagnes bri­tan­niques en Aus­tralie.

La ville s’est surtout dévelop­pée à par­tir des années 1970 grâce à l’installation d’une zone franche.

La décou­verte de gise­ments de gaz naturel et de pét­role ont per­mis un renou­veau de l’é­conomie de cette région.

A par­tir des années 1980, le tourisme s’y est forte­ment dévelop­pé, la Terre de Feu béné­fi­ciant de son image de «bout du monde» et de point de départ de croisières vers le cap Horn et l’Antarc­tique.

Parc Nation­al de la Terre de Feu

MES COUPS DE CŒUR

Je le con­cède, c’est cette image fan­tas­mée d’Ushuaia qui m’a attiré à la pointe aus­trale du con­ti­nent sud-améri­cain.

Les risques avec les rêves c’est la décep­tion de voir que la réal­ité n’est pas à la hau­teur de son imag­i­naire, et le mythe s’effondre. Cela n’a pas été le cas pour moi.

Fraiche­ment débar­qué à l’aéroport inter­na­tion­al «Ushua­ia – Malv­inas Argenti­nas», Ushua­ia a comblé mes attentes ; aidé par cette lumière d’une fin d’après-midi d’été, j’y ai ressen­ti une émo­tion indéfiniss­able, un sen­ti­ment d’accomplissement.

Port ani­mé sur le canal de Bea­gle à l’architecture chao­tique et col­orée, adossé aux som­mets enneigés de la chaîne Mar­tial, la ville béné­fi­cie d’un site majestueux prop­ice aux rêves d’aventures.

En ce 31 décem­bre ensoleil­lé quoi de mieux que de nav­iguer sur le canal de Bea­gle sur fond de glac­i­ers et d’ilots rocheux. Embar­qués à bord du Yate Che en com­pag­nie d’un petit groupe cos­mopo­lite, direc­tion plein Est à la décou­verte du petit archipel Kashu­na aus­si appelé îlots Les Eclaireurs.

Il a été nom­mé ain­si par le cap­i­taine de fré­gate Louis Fer­di­nand Mar­tial, com­man­dant La Romanche en sep­tem­bre 1882.

Il est com­posé de plusieurs îlots dont ceux de Los Pajaros et de Los Lobos où se trou­ve une colonie de cor­morans et de lions de mer. Il pos­sède un phare à son extrémité Est mis en ser­vice le 23 décem­bre 1920, le phare des Eclaireurs.

Le phare des Eclaireurs

Ce phare est sou­vent con­fon­du avec le phare de San Juan del Sal­va­men­to situé sur l’île des États à l’Est de l’ex­trémité sud-ori­en­tale de la Terre de Feu dont Jules Verne s’est inspiré pour son roman «Le Phare du bout du monde».

A not­er qu’un aven­turi­er Rochelais, André Bron­ner, qui avait décou­vert ce phare de San Juan lais­sé à l’abandon, entre­prit de le recon­stru­ire à l’identique. Le 26 févri­er 1998, en col­lab­o­ra­tion avec les Ate­liers Per­rault Frères, le phare recon­stru­it fonc­tionne à nou­veau. Une réplique de ce phare con­stru­ite à la pointe des Min­imes à La Rochelle a été inau­gurée le 1er jan­vi­er 2000. Un troisième exem­plaire de ce bâti­ment existe au Musée Mar­itime et du Bagne d’Ushuaia.

Ushua­ia, c’est aus­si le « Cer­ro Mar­tial » ; cul­mi­nant à près de 1 300 mètres d’alti­tude, c’est la plus grande source d’eau potable de la ville d’Ushuaia et acces­soire­ment un point de vue panoramique priv­ilégié sur la baie, les toits mul­ti­col­ores d’Ushuaia, le canal de Bea­gle et au loin la Cordil­lère de Dar­win.

La vue est vrai­ment fan­tas­tique, et tou­jours cette lumière aus­si agréable que sin­gulière.

Ushua­ia depuis le Cer­ro Mar­tial

On y accède par une route en lacets de 7 km puis un tra­jet en télésiège avant de finir par une petite balade viv­i­fi­ante qui mène au glac­i­er éponyme.

C’est avant tout un incroy­able sou­venir que d’avoir foulé, un pre­mier jan­vi­er, le glac­i­er du bout du monde dans la ville la plus aus­trale de la planète !

A une dizaine de kilo­mètres à l’ouest de la ville, une vis­ite au Parc nation­al de la Terre de Feu s’impose. Créé en 1960, le parc s’ouvre sur la Baie de Lap­ata­ia, (baie du bon bois en langue yamana), à l’entrée du seul fjord argentin du canal de Bea­gle. C’est aus­si ici que se ter­mine la «Ruta 3» par­tie finale de la fameuse transaméri­caine, plus long réseau routi­er au monde.

En quelques min­utes, on quitte l’agitation de la civil­i­sa­tion pour le calme et la beauté sauvage d’une nature qui s’est adap­tée aux tem­péra­tures et aux vents les plus rudes.

Dans cette nature baignée d’une lumière trans­par­ente d’une pureté presque irréelle, règne une atmo­sphère de calme, de pléni­tude et de sérénité.
Baignée par cette lumière si par­ti­c­ulière, où que notre regard se porte, Ushua­ia restera pour longtemps tout en haut du hit-parade de mes plus beaux sou­venirs.

Elle est mythique en toute sim­plic­ité. 

Texte : Patrick Richard.

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(1) Une estancia est une pro­priété agri­cole, générale­ment de grande super­fi­cie.

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Voir aus­si les autres arti­cles du car­net de route :

Dans les pas des incas

En pas­sant par Men­doza et Maipú

Sur la ruta 7 entre Argen­tine et Chili

Baie de Lap­ata­ia

El héroe de las Malvinas (II)

Con­texte his­torique de la nou­velle

Nous avons quit­té le petit Javier Oso­rio alors qu’il s’ap­prê­tait à quit­ter Buenos Aires, suite au décès de sa mère et aux vilaines rumeurs qui visaient son père, décoré en tant que “héros” de la guerre des Mal­ouines. (Voir con­texte en pre­mière par­tie).

20 ans plus tard, une anci­enne cama­rade de classe vient lui ren­dre vis­ite dans sa nou­velle ville, Salta, au Nord-Ouest de l’Ar­gen­tine. Mil­i­tante dans l’as­so­ci­a­tion des Mères de la Place de Mai, qui recherche pour leurs familles biologiques les enfants volés par les mil­i­taires pen­dant la dic­tature de 1976–1983, elle lui apporte une nou­velle qui devrait boule­vers­er sa vie, mais rien ne va se pass­er comme prévu.

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Con­tex­to históri­co del cuen­to

Habíamos deja­do el pequeño Javier Oso­rio en el momen­to en que se prepara­ba a mar­charse de Buenos Aires, después de la muerte de su madre y de los rumores en cuan­to a su padre, con­dec­o­ra­do en tan­to “héroe” de la guer­ra de las Malv­inas. (Ver el con­tex­to históri­co en la primera parte).

20 años más tarde, Catali­na, una antigua cama­ra­da del cole­gio de San Tel­mo viene a vis­i­tar­le en su nue­va ciu­dad, Salta, en el noroeste argenti­no. Ella mili­ta en la aso­ciación de Madres de la Plaza de Mayo, que bus­ca los niños roba­dos por los mil­itares durante la dic­tadu­ra para devolver­los a sus famil­ias biológ­i­cas. Catali­na lle­va una noti­cia que podría cam­biar del todo la vida de Javier, pero nada fun­ciona como lo había pre­vis­to ella.

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Tex­to en español del autor. Con lec­tura y cor­rec­ciones de Ade­lai­da Ena Noval. 

Por la ruta 7, entre Argentina y Chile

(Ver­sión en PDF aqui)

No cabe duda que esta ruta es mucho menos cono­ci­da que la famosa 66 en Esta­dos-Unidos, pero la « Ruta 7 » argenti­na vale la pena de un via­je.

Esa cin­ta de asfal­ta de 1224 kilómet­ros sale de las oril­las del Río de la Pla­ta para ir has­ta la Cordillera de los Andes. Cruzan­do así de este a oeste las provin­cias de Buenos Aires, Cór­do­ba, San Luis y Men­doza (Cuyo), rev­ela la diver­si­dad de los paisajes nat­u­rales que par­tic­i­pan del encan­to de este fasci­nante país.

Acá no vamos a recor­rer sino les 220 kilómet­ros finales de la ruta, entre Men­doza y Las Cuevas, donde se encuen­tra el túnel del “Cristo Reden­tor”, últi­ma eta­pa del via­je. Pasan­do por las opu­len­tas propiedades vití­co­las de Maipú, entramos en el valle del Río Men­doza y sus paisajes desér­ti­cos. Primera para­da: el embalse de Potreril­los. Nos paramos a desayu­nar en Uspal­la­ta, oasis de álam­os en medio de un dec­o­ra­do más bien min­er­al, a 2039 met­ros de alti­tud. 165 kilómet­ros más allá de Men­doza, y a 2580 met­ros de alti­tud, des­cub­ri­mos el sitio de “Los Pen­i­tentes”, que lla­maron así por la for­ma de las rocas, que se pare­cen a frailes.

Para­da impre­scindible en “Puente del Inca”, puente nat­ur­al for­ma­do por la acu­mu­lación de nieve y pedre­gal solid­i­fi­ca­dos por el hier­ro y el azufre del “Río de las Cuevas”. Este sitio se mere­cería más tiem­po para estu­di­ar mejor su his­to­ria y sus leyen­das, pero ya ten­emos que seguir nue­stro via­je.

Puente del Inca

Antes de lle­gar a nues­tra meta final, hace­mos una pausa algo “ven­tosa” al pie de la cum­bre de las Améri­c­as: el Aconcagua que vig­i­la des­de sus 6960 met­ros de altura la reser­va nat­ur­al epón­i­ma.

Nieve en el Aconcagua

Al salir del pequeño pueblo de Las Cuevas, dejamos la Ruta 7 que con­tinúa por el túnel que une des­de 1980 Argenti­na y Chile. Vamos rum­bo al Paso de La Cum­bre, pun­to más alto de la antigua car­retera entre Men­doza y San­ti­a­go de Chile. Esta pista de tier­ra que ser­pen­tea sobre una dece­na de kilómet­ros nos per­mite subir has­ta el mirador del Cristo Reden­tor (3854 m.), eta­pa final de nues­tra excur­sión.

Ese mag­ní­fi­co entorno nat­ur­al de las altas Andes fue el teatro, el 13 de mar­zo de 1904, de la inau­gu­ración de la estat­ua del “Cristo Reden­tor de los Andes”. Un mon­u­men­to clave de la his­to­ria tumul­tu­osa de las rela­ciones diplomáti­cas entre los dos país­es veci­nos.

El Cristo Reden­tor

Las dos naciones se enfrenta­ban des­de finales del siglo XIX, en torno al prob­le­ma del traza­do de la fron­tera. Solic­i­taron la inter­me­diación del Rey de Inglater­ra, Eduar­do VII, y este puso un pun­to final al desacuer­do, evi­tan­do una guer­ra que parecía inevitable  (Fueron los ingle­ses quienes fijaron la fron­tera entre los dos país­es en noviem­bre de 1902. Pero argenti­nos y chilenos  fir­maron un trata­do de paz unos meses antes, los “pactos de mayo).

Es para recor­dar el men­saje de paz del Papa León XIII que el obis­po de Cuyo, Marceli­no del Car­men Benavente, mandó a con­stru­ir una estat­ua de bronce de 7 met­ros de altura, encomen­dan­do el tra­ba­jo al escul­tor Mateo Alon­so. La her­mana de un gen­er­al argenti­no, Angela Oliveira Cezar, quien forma­ba parte de la aso­ciación suramer­i­cana por la paz uni­ver­sal y era ami­ga del pres­i­dente argenti­no Julio A. Roca (segun­do manda­to entre 1898 y 1904), sugir­ió lev­an­tar la estat­ua en tan­to sím­bo­lo de paz en el Paso de La Cum­bre, lugar por donde había pasa­do José de San Martín con sus tropas en 1817 para lib­er­ar a Chile.

Expues­ta durante un breve peri­o­do en el patio de la escuela Lacor­daire en Buenos Aires, la estat­ua via­jó luego por tren, sobre 1200 kilómet­ros, antes de verse desmon­ta­da en var­ios tro­zos para ter­mi­nar el via­je trans­porta­da por mulas. La lev­an­taron sobre un pedestal de hormigón y acero lam­i­na­do de 6 met­ros de altura dis­eña­do por el inge­niero Juan Moli­na Civ­it, a par­tir de los esbo­zos del escul­tor. El tra­ba­jo lo dirigió el inge­niero Con­ti.

Dos veces nom­i­naron a Angela Oliveira Cezar para recibir el pre­mio Nobel de la Paz, pero sin éxi­to. Sin embar­go su obra siem­pre quedará como un tes­ti­mo­nio de lo que se volvió con el tiem­po un ver­dadero sím­bo­lo de esta zona and­i­na.

(Ver­sión en castel­lano: Patrick V.)

Sur la ruta 7, entre Argentine et Chili

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Sans doute moins con­nue que la célèbre route 66 aux Etats Unis, la «Ruta 7» en Argen­tine, mérite à elle seule qu’on lui con­sacre un voy­age.

Ce ruban d’asphalte de 1224 km con­duit le voyageur des rives du Rio de la Pla­ta à la Cordil­lière des Andes. En tra­ver­sant ain­si d’est en ouest les provinces de Buenos Aires, Cor­do­ba, San Luis et Men­doza, il décou­vre la diver­sité des espaces naturels qui con­stituent le véri­ta­ble attrait de ce fasci­nant pays.

De ce voy­age, nous ne par­cour­rons que les 220 derniers kilo­mètres, de Men­doza à Las Cuevas, où se situe l’entrée du tun­nel du «Christ Rédemp­teur», ter­mi­nus de la «Ruta7». Lais­sant der­rière nous les rich­es pro­priétés viti­coles de Maipú, nous nous enga­geons dans la val­lée du Rio Men­doza et ses paysages déser­tiques ; pre­mier arrêt : le lac de bar­rage de Potreril­los. Pause petit déje­uner à Uspal­la­ta, oasis de peu­pli­ers dans ce décor minéral, nichée à 2 039 m d’altitude. A 165 km à l’ouest de Men­doza et à 2580 m d’altitude, décou­verte du site de « Los Pen­i­tentes », ain­si nom­mé à cause de ses pitons rocheux ressem­blant à des moines.

Arrêt oblig­a­toire à «Puente del Inca», pont naturel, résul­tat de l’amoncellement de neige et d’éboulis solid­i­fié par les dépôts de fer et de soufre du «Rio Las Cuevas». Ce site, pour son his­toire et sa légende, mérit­erait sans doute qu’on lui accorde un peu plus que ces quelques lignes d’un voyageur pressé.

Puente del Inca

Avant d’atteindre notre des­ti­na­tion finale, pause ébou­rif­fante au pied du «toit des Amériques», l’Aconcagua, qui domine de ses 6960 m, la réserve naturelle éponyme.

Neiges sur l’Aconcagua

A la sor­tie de la petite ville de Las Cuevas, nous quit­tons la «Ruta 7» qui s’engouffre dans le tun­nel qui relie, depuis 1980, l’Argentine et le Chili ; direc­tion le col de la Cum­bre, point cul­mi­nant de la vieille route Mendoza/Santiago du Chili. Cette piste en terre qui ser­pente sur une dizaine de kilo­mètres nous per­met d’atteindre à 3 854 m, le «Mirador del Cristo Reden­tor», terme de notre périple du jour.

C’est dans ce mag­nifique écrin naturel des hautes Andes que fut inau­gurée le 13 mars 1904, la stat­ue du «Christ Rédemp­teur des Andes». Ce mon­u­ment s’inscrit dans l’histoire tumultueuse entre les «deux sœurs enne­mies d’Amérique du Sud».

El Cristo Reden­tor

Les deux nations s’affrontant depuis la fin du 19ème siè­cle à pro­pos du tracé de leur fron­tière com­mune, l’arbitrage du roi Edouard VII d’Angleterre fut sol­lic­ité et il mit fin au désac­cord évi­tant une guerre qui sem­blait inéluctable  (Le soin fut lais­sé à la Couronne bri­tan­nique de fix­er la fron­tière entre les deux pays. (Pactos de Mayo, accords de paix signés en mai 1902, l’arbitrage anglais inter­venant en novem­bre de la même année).

Pour rap­pel­er le mes­sage de paix du pape León XIII, une stat­ue du Christ Rédemp­teur en bronze haute de 7 mètres fut com­mandée par l’Evêque de Cuyo, Mon­seigneur Marceli­no del Car­men Benavente, au sculp­teur Mateo Alon­so. La sœur d’un général argentin, Angela Oliveira Cézar, mem­bre de l’association sud améri­caine de la paix uni­verselle et proche du prési­dent argentin de l’époque, Julio Argenti­no Roca (2ème man­dat de 1898 à 1904), sug­géra d’ériger la stat­ue comme sym­bole de paix au col de la Cum­bre qu’avaient franchi José de San Martín et ses troupes en 1817, pour aller libér­er le Chili.

Pro­vi­soire­ment exposée dans la cour de l’école Lacor­daire à Buenos Aires, la stat­ue fut trans­portée sur 1200 km par voie fer­rovi­aire, puis démon­tée en plusieurs morceaux pour être achem­inée à dos d’âne. Elle fut érigée sur un piédestal en béton et aci­er lam­iné de 6 mètres de haut dess­iné par l’ingénieur Juan Moli­na Civ­it, d’après les cro­quis du sculp­teur, puis érigé sous la direc­tion de l’ingénieur Con­ti.

Deux fois pro­posée pour recevoir le Prix Nobel de la paix, Angela Oliveira Cézar ne fut cepen­dant pas retenue. Mais son action aura lais­sé après elle ce qui est devenu, avec le temps, une véri­ta­ble icône de cette région andine.

Pasando por Mendoza y Maipú

 

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Afi­ciona­do al vino, no podía imag­i­nar otro via­je a Argenti­na sin pasar por una de sus cap­i­tales mundi­ales: Men­doza y su famoso Mal­bec, cepa de ori­gen france­sa ya que la impor­taron de la región de Cahors, en el suroeste de este país.

Si el Mal­bec, que tam­bién se lla­ma “Côt” es muy emblemáti­co de Argenti­na (Una cuar­ta parte de la uva pro­duci­da en este país es de esta cepa), su pro­duc­ción se con­cen­tra en la provin­cia de Men­doza (85 por cien­to de la super­fi­cie total plan­ta­da), sea vinifi­ca­do sólo o mescla­do con otros. Se puede encon­trar viñas de 80 años todavía sin trasplante.

En Men­doza cul­ti­van tam­bién un gran aban­i­co de cepas france­sas tan­to de tin­to (Caber­net Sauvi­gnon, Syrah, Mer­lot, Pinot noir) como de blan­co (Chardon­nay, Chenin, Sauvi­gnon, Sémil­lon, así como el Ugni blanc, cepa que se uti­liza en Fran­cia por ejem­p­lo para elab­o­rar el Cognac o el Arma­gnac).

Viñas en Maipú – 2020

Se puede encon­trar tam­bién unas cepas criol­las, resul­tan­do de mez­clas con cepas impor­tadas, Argenti­na sien­do uno de los pocos país­es del mun­do pro­ducien­do vino con esas cepas.

Cues­ta tra­ba­jo creer que esta ciu­dad se hal­la en medio del desier­to, al ver sus largas avenidas arbo­ladas y las numerosas fuentes de sus plazas: la lla­ma­da “Ciu­dad-bosque” y sus 50 000 árboles tiene muchos recur­sos para seducir el vis­i­tante.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­tura remon­ta al siglo XVI cuan­do los jesuitas tra­jeron las primeras cepas y las plan­taron en torno a sus monas­te­rios, para pro­ducir el vino de misa.

 Luego la activi­dad se desar­rol­ló sigu­ien­do las olas de inmi­gración suce­si­vas: los nuevos vitic­ul­tores, al traer su expe­ri­en­cia y sus conocimien­tos, hicieron de Men­doza la más impor­tante y antigua zona de pro­duc­ción de vino en Argenti­na.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futuro pres­i­dente de la Repúbli­ca argenti­na (1868–1874), dio el con­se­jo al entonces gob­er­nador de Men­doza, Pedro Pas­cual Segu­ra, de con­tratar a un agrónomo francés que había cono­ci­do en Chile, un tal Michel Aimé Pouget, para desar­rol­lar el sec­tor de la viña.

Este importó a Men­doza los primeros cepos de Mal­bec y los méto­dos france­ses para con­ver­tir­lo en una indus­tria mod­er­na.

No eligieron la provin­cia de Men­doza al azar: su topografía, su geología y su cli­ma son ide­ales.

Un pun­to clave del éxi­to de la viti­cul­tura men­doci­na reside en el mane­jo bien con­tro­la­do del sis­tema de riego. La Cordillera for­man­do un obstácu­lo a las llu­vias del Pací­fi­co, esta región muy ári­da no puede con­tar sino con el agua del deshielo de la pri­mav­era para ali­men­tar las ace­quias.  

Se aprovecha tam­bién de la ampli­tud tér­mi­ca de estas zonas de desier­to: el calor del día favorece la pro­duc­ción de azú­car nat­ur­al, la fres­cu­ra de las noches garan­ti­za un buen niv­el de acidez, y la escasa tasa de humedad pro­tege de los hon­gos e insec­tos dañi­nos.

Para cono­cer a los pro­duc­tos locales, opta­mos por la prop­ues­ta de excur­sión de una agen­cia de tur­is­mo. Nos lle­van has­ta el pueblo de Maipú, poco más de diez kilómet­ros al sud­este de Men­doza.

El pro­gra­ma incluye la visi­ta de tres bode­gas y, bue­na sor­pre­sa, de una fábri­ca de aceite de oli­va y de vina­gre.

La visi­ta de las dos primeras bode­gas se parece a una car­ga de caballería: paseo relám­pa­go por las viñas y las bode­gas, cata tam­bién relám­pa­go de tres vinos dis­tin­tos, darse prisa por favor, hay otros auto­bus­es lle­gan­do. Parece algo rápi­do para catar cor­rec­ta­mente los pro­duc­tos locales, pero resul­ta sufi­ciente para encon­trar una encan­ta­do­ra pare­ja de Rosari­nos y com­par­tir nue­stros conocimien­tos vití­co­las respec­tivos. ¿Qué podría ser mejor que un buen vaso de vino para romper el hielo?

La ter­cera bode­ga se difer­en­cia de las dos primeras en cuan­to a los pro­duc­tos prop­uestos.

Esta bode­ga, fun­da­da en 1912 por un inmi­grante ital­iano, Anto­nio Flo­rio, se espe­cial­izó en la pro­duc­ción de “vinos vari­etales”, como el “Chi­anti”, de “vinos gen­erosos” como el Marsala, el Opor­to o el Mosca­to, así como “vinos espumantes”.

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bue­na sor­pre­sa de la tarde es la visi­ta de la “Olivi­co­la Laur y acei­ta­ta Mil­lán”.

Esta fábri­ca de aceite de oli­va, fun­da­da en 1906 por Fran­cis­co Laur, inmi­gra­do francés venido a bus­car for­tu­na en “La Cruz de piedra” en Maipú, se volvió la primera empre­sa argenti­na de fab­ri­cación de aceite, y ocu­pa des­de 2019 el cuar­to puesto en la clasi­fi­cación mundi­al de los mejores pro­duc­tores.

Fábri­ca de aceite Laur – 2020

La famil­ia Mil­lán com­pró la empre­sa en 2010, y empezó en segui­da a pro­ducir vina­gre bal­sámi­co tradi­cional, lo que nos sor­prendió bas­tante ya que se tra­ta de un pro­duc­to pro­te­gi­do por cer­ti­fi­ca­do de ori­gen, estric­ta­mente reser­va­do a fábri­c­as hal­ladas en las regiones de Móde­na y Reg­gio Emil­ia.

Sin embar­go nos expli­can que fuera de Europa, tres empre­sas, en Toron­to, Tokio y, pues, Men­doza, son cer­ti­fi­cadas por el “Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na” que garan­ti­za la cal­i­dad del pro­duc­to, los méto­dos y pro­ce­sos especí­fi­cos de pro­duc­ción emplea­d­os, y así tienen per­miso para pro­ducir ese vina­gre.

La visi­ta empieza por la plantación de olivos, hoy en día más que cen­te­nar­ia, y luego visi­ta­mos la fábri­ca, muy mod­er­na. Visi­ta­mos tam­bién el museo donde se pueden ver las dis­tin­tas maquinas uti­lizadas a lo largo de la his­to­ria de la fábri­ca.

Ter­mi­namos por la visi­ta de las bode­gas donde enve­je­cen el vina­gre elab­o­ra­do sigu­ien­do un pro­ce­so muy antiguo inven­ta­do en Móde­na.
Ese pro­ce­so empieza por la pro­duc­ción de un mosto de uva coci­da (en este caso Ugni blanc), segui­da por el enve­jec­imien­to en una serie de cin­co bar­riles de madera de dis­tin­tas tamaños y esen­cias (Roble, cas­taño, cere­zo, fres­no y aca­cia) los cuales favore­cen la evap­o­ración.

Fábri­ca Mil­lán : pren­sas – 2020

Cada año susti­tuyen la parte evap­o­ra­da del bar­ril sigu­iente por una parte del con­tenido del bar­ril ante­ri­or. Llenan el primero bar­ril con mosto coci­do.
Se nece­si­ta 15 años para enve­je­cer el vina­gre, por eso se ten­drá que esper­ar has­ta 2029 para que la Aceita­ia Mil­lán se vuel­va la primera empre­sa del hem­is­fe­rio sur pro­ducien­do vina­gre bal­sámi­co “IGP”.

Men­doza ya es una ciu­dad muy famosa en el mun­do entero por sus vinos, pero no deja de sor­pren­der el vis­i­tante. No es una “Ciu­dad oasis” como la lla­man algunos. Pero es una ciu­dad muy verde en medio del desier­to que rodea los Andes, y con una his­to­ria enrique­ci­da por todos los que se insta­laron.

Antes de la lle­ga­da del fun­dador de la ciu­dad, un tal Pedro del Castil­lo, el sitio lo ocu­pa­ban pueb­los indios como los “Huarpes”, quienes crearon el sis­tema de ace­quias que per­mi­tió trans­for­mar esta zona de desier­to en ciu­dad verde, un sis­tema todavía en uso hoy en día para el desar­rol­lo de la activi­dad prin­ci­pal de Men­doza.

La base urbanís­ti­ca de la ciu­dad actu­al la creó el arqui­tec­to francés Julio Ballofet en 1863, para recon­stru­ir – unos kilómet­ros más lejos – la ciu­dad destru­i­da por el ter­re­mo­to de 1861.

Así es como, a lo largo de su his­to­ria, unos france­ses dejaron su huel­la y con­tribuyeron a la fama de una ciu­dad que es aho­ra la cuar­ta ciu­dad más impor­tante de Argenti­na.

Ver­sión en castel­lano: Patrick V.

En passant par Mendoza et Maipú

(Ver­sion en for­mat PDF ici)

Très ama­teur de vin, je ne pou­vais pas imag­in­er ce nou­veau voy­age en Argen­tine, sans me ren­dre dans l’une de ses cap­i­tales mon­di­ales : Men­doza et son célèbre mal­bec, cépage importé de France (région de Cahors).

Si le mal­bec, égale­ment dénom­mé «côt», est devenu emblé­ma­tique de l’Argentine, (1/4 des raisins pro­duits dans le pays provi­en­nent de ce cépage), il est essen­tielle­ment con­cen­tré dans la province de Men­doza (85% des sur­faces plan­tées), vinifié seul ou en assem­blage. On y trou­ve encore des vignes de 80 ans qui n’ont jamais été gref­fées.

On y cul­tive aus­si un large éven­tail d’autres cépages français aus­si bien en rouge (le caber­net sauvi­gnon, la syrah, le mer­lot, le pinot noir), qu’en blanc (le chardon­nay, le chenin, le sauvi­gnon, le sémil­lon, ain­si que l’ugni blanc, cépage util­isé en France notam­ment pour l’élaboration du cognac et de arma­gnac).

Vignes à Maipú – 2020

On y trou­ve encore quelques cépages « créoles » issus du croise­ment de cépages importés, l’Argentine étant un des rares pays au monde à éla­bor­er du vin à par­tir de ces cépages.

Dif­fi­cile de croire que cette ville se trou­ve en plein désert, avec ses larges avenues arborées et les nom­breuses fontaines qui ornent ses places : Men­doza la bien nom­mée «ville forêt» et ses cinquante mille arbres, a beau­coup d’atouts pour séduire.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­ture remonte ici au XVIème siè­cle avec l’arrivée des jésuites qui ont ramené et plan­té, autour de leurs monastères, des pieds de vigne pour pro­duire leur vin de messe.

L’activité viti­cole s’est ensuite dévelop­pée au gré des vagues d’immigration européenne suc­ces­sives, qui en appor­tant leur savoir-faire, ont fait de la province de Men­doza la plus impor­tante et la plus anci­enne région viti­cole d’Argentine.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futur prési­dent de la République (1868–1874), con­seille au gou­verneur de Men­doza, Pedro Pas­cal Segu­ra, d’engager un agronome français qu’il a ren­con­tré au Chili, Michel Aimé Pouget, pour dévelop­per le vig­no­ble.

Celui-ci importe à Men­doza les pre­miers plants de mal­bec et les méth­odes de son pays natal pour en faire une indus­trie mod­erne.

La région de Men­doza n’a pas été choisie au hasard : sa topogra­phie, sa géolo­gie et son cli­mat en font un lieu idéal.

L’une des clés de la réus­site de sa viti­cul­ture réside dans la maîtrise de l’irrigation : en l’absence des pluies blo­quées par la Cordil­lère des Andes, c’est la fonte des neiges des mon­tagnes andines qui ali­mente les canaux d’irrigation dont béné­fi­cie la vigne.

Elle prof­ite égale­ment de l’importance des écarts de tem­péra­ture de ces zones déser­tiques : la chaleur des journées favorise la pro­duc­tion de sucre, la fraicheur des nuits garan­tit un bon niveau d’acidité, le faible taux d’humidité pro­tège des champignons et insectes nuis­i­bles.

Pour faire con­nais­sance avec les pro­duc­tions locales, nous optons pour une demi-journée d’excursion pro­posée par une agence de tourisme : direc­tion Maipú, une petite dizaine de kilo­mètres au sud-est de Men­doza.

Au pro­gramme, vis­ite de trois pro­priétés viti­coles, et, sur­prise, d’une fab­rique d’huile d’olive et de vinai­gre.

La vis­ite des deux pre­mières «bode­gas» est bien rodée : décou­verte au pas de charge de par­celles de vignes et des chais, dégus­ta­tion au même rythme de trois sortes de vins. On n’est pas là pour trainass­er : les cars suc­cè­dent aux cars ! C’est un peu rapi­de pour avoir le temps de bien déguster les pro­duits locaux, assez cepen­dant pour faire con­nais­sance avec un char­mant cou­ple de touristes «Rosari­nos» (De Rosario, en Argen­tine), et échang­er nos con­nais­sances vini­coles respec­tives ! Quoi de mieux qu’un verre de bon vin pour bris­er la glace ?

La troisième pro­priété vis­itée se démar­que des deux pre­mières par l’originalité de ses pro­duc­tions.

Cette «bode­ga», fondée en 1912 par un immi­gré ital­ien, Anto­nio Flo­rio, s’est spé­cial­isée dans la pro­duc­tion de «vins ital­iens» à par­tir de cépages tels que le Chi­anti, de «vins for­ti­fiés» tels que le Marsala, le Por­to, le Mosca­to, ain­si que des «vins effer­ves­cents».

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bonne sur­prise de l’après midi est la vis­ite et la décou­verte de l’activité de l’Olivicola Laur y Aceta­ia Mil­lán.

Cette fab­rique d’huile d’olive, fondée en 1906 par Fran­cis­co Laur, immi­gré français venu faire for­tune à la «Cruz de Piedra» à Maipú, est dev­enue la 1ère entre­prise d’oléiculture d’Argentine, et occupe depuis 2019, le 4ème rang du classe­ment mon­di­al des meilleurs oléicul­teurs.

Fab­rique d’huile Laur – 2020

Rachetée en 2010 par la famille Mil­lán, l’entreprise s’est lancée, en 2013, dans la fab­ri­ca­tion du vinai­gre bal­samique tra­di­tion­nel, ce qui n’a pas man­qué de piquer notre curiosité puisque ce pro­duit béné­fi­cie d’une appel­la­tion con­trôlée his­torique­ment réservée aux provinces de Mod­ène et de Reg­gio Emil­ia !

Toute­fois, nous apprenons qu’en dehors de l’Europe, trois entre­pris­es, sis­es à Toron­to, Tokyo et donc Men­doza, sont cer­ti­fiées par le «Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na», garant de la qual­ité des pro­duits, des méth­odes et procé­dures de fab­ri­ca­tion spé­ci­fiques, et sont autorisées à pro­duire ce vinai­gre.

La vis­ite com­mence par l’oliveraie, aujourd’hui plus que cen­te­naire, puis par celle de la fab­rique, à la pointe des méth­odes mod­ernes de pro­duc­tion. Nous décou­vrons égale­ment le musée où sont exposées les dif­férentes machines util­isées à tra­vers les âges.

Nous ter­mi­nons par la décou­verte des chais de vieil­lisse­ment du vinai­gre élaboré selon un procédé ances­tral dévelop­pé à Mod­ène.

Tout com­mence par la pro­duc­tion d’un moût de raisin cuit (ici de l’Ugni Blanc) qui passe ensuite par un proces­sus de vieil­lisse­ment dans une bat­terie de cinq fûts en bois de tailles et d’essences dif­férentes (chêne, châ­taig­nier, cerisi­er, frêne et aca­cia) et per­me­t­tant l’évaporation.

Hui­lerie Mil­lán : press­es – 2020

Chaque année, la par­tie éva­porée est rem­placée par une par­tie du con­tenu du fût immé­di­ate­ment précé­dent ; le dernier par du nou­veau moût cuit.

La durée de vieil­lisse­ment étant d’au min­i­mum 15 ans, ce n’est donc qu’en 2029 que l’Acetaia Mil­lán devien­dra la 1ère entre­prise de l’hémisphère sud à embouteiller du vinai­gre bal­samique «IGP».

Si elle est con­nue du monde entier pour ses vig­no­bles et la qual­ité de ses grands crus, Men­doza est une ville sur­prenante. Elle n’est pas la ville oasis que cer­tains y voient. C’est une ville ver­doy­ante au cœur du désert qui entoure les Andes, riche de son his­toire et de l’apport de ceux qui s’y sont instal­lés.

Avant d’être créé en 1561 par un dénom­mé Pedro del Castil­lo, le site était occupé par des tribus indigènes dont les «Huarpes» à qui l’on doit ce sys­tème d’irrigation appelé «ace­quias» qui a per­mis de trans­former cette zone déser­tique en cité ver­doy­ante, sys­tème d’irrigation tou­jours util­isé aujourd’hui pour l’activité phare de la Province de Men­doza.

La base urban­is­tique de la ville actuelle fut créée en 1863 par le français Jules Ballofet, chargé de recon­stru­ire, un peu plus loin du site orig­inel, la ville rasée par le vio­lent séisme de 1861.

Ain­si, tout au long de son his­toire, on y retrou­ve l’empreinte de nom­breux français qui ont con­tribué à la con­struc­tion et à la répu­ta­tion de ce qui est aujourd’hui la 4ème ville d’Argentine.

Men­doza : parc du “Museo del área fun­da­cional » (Musée archéologique de la ville) – 2020

IV. La guerre des Malouines

En pleine décon­fi­ture économique, la junte mil­i­taire choisit de plac­er le général Leopol­do Galtieri à la tête de l’état argentin, en lieu et place de Rober­to Vio­la.

La crise aiguë que vit le pays com­mence à rompre les digues de la peur vis-à-vis de la répres­sion. Le 30 mars 1982 a même lieu ce qu’on ne pen­sait plus pos­si­ble sous le joug mil­i­taire : une man­i­fes­ta­tion ouvrière mon­stre, défi­lant au cri de «Paix, pain et tra­vail». L’étau qu’avait réus­si à ser­rer la dic­tature autour de la société argen­tine com­mence à don­ner des signes de relâche­ment.

Alors, quelle meilleure recette, pour resser­rer à nou­veau les liens dis­ten­dus avec le peu­ple, que de faire jouer la corde nation­al­iste ? Depuis 150 ans, face à la Patag­o­nie, les Anglais occu­pent illé­gale­ment, selon les Argentins, des îles qui appar­ti­en­nent de droit à l’Argentine, d’après un accord signé en 1790 ! Par ailleurs, pensent-ils, en Europe la pre­mière min­istre Mar­garet Thatch­er a d’autres chats à fou­et­ter que la défense d’un cail­lou incul­tivable : elle est con­testée jusque dans son pro­pre par­ti.

C’est le moment ou jamais, se dit Galtieri, de ten­ter quelque chose. Le 2 avril, les forces argen­tines débar­quent sur les îles et réduisent rapi­de­ment la mince garde anglaise chargée de les défendre. L’hôtel du gou­verne­ment tombe aux mains des Argentins, presque sans effu­sion de sang : il y aura un mort.

La manœu­vre de la dic­tature fonc­tionne au-delà de ses espérances : ent­hou­si­aste, le peu­ple argentin dans sa grande majorité acclame les mil­i­taires pour cette vic­toire éclair. Enfin, jus­tice est faite, les Mal­ouines sont rev­enues dans le giron légitime de la mère patrie, l’en­vahisseur anglais est chas­sé !

Man­i­fes­ta­tion de liesse pop­u­laire

Le 3 avril, le Con­seil de sécu­rité de l’ONU stat­ue sur la nou­velle crise ouverte, et exige des par­ties en con­flit d’ouvrir des dis­cus­sions diplo­ma­tiques, après ces­sa­tion des hos­til­ités et retrait des forces argen­tines.

Le 8 avril, le min­istre des Affaires étrangères état­sunien, Alexan­der Haig, se rend à Buenos Aires pour met­tre en garde la junte con­tre le risque d’une guerre ouverte, et insiste sur la supéri­or­ité mil­i­taire des Bri­tan­niques dans ce cas. Galtieri n’en tient aucun compte. Au con­traire. Au bal­con du palais prési­den­tiel, devant la foule en liesse, il proclame, solen­nel «S’ils veu­lent venir, qu’ils vien­nent, on leur livr­era bataille».

De son côté, Thatch­er n’a pas non plus la moin­dre inten­tion de négoci­er. Ce con­flit arrive à point nom­mé : l’occasion est trop bonne pour elle aus­si de rassem­bler son peu­ple autour de la pour­suite d’un pro­jet con­ser­va­teur qui com­mençait à s’essouffler.

Les Etats-Unis con­tin­u­ent de jouer les inter­mé­di­aires. Le 15 avril, Rea­gan et Galtieri se par­lent au télé­phone, et tombent plutôt d’accord pour con­sid­ér­er qu’un con­flit entre pays de l’ouest servi­rait les intérêts de l’ennemi com­mun sovié­tique. Rea­gan promet la neu­tral­ité dans les négo­ci­a­tions en cours. Une neu­tral­ité qui ne va pas dur­er longtemps. Face à la mau­vaise volon­té des Argentins, qui ne cèdent rien, les Nord-Améri­cains se lassent, et finis­sent par leur couper les vivres : plus ques­tion de fournir de l’armement, notam­ment.

Pen­dant ce temps, les Anglais quant à eux ne restent pas inac­t­ifs. Face à la men­ace, Thatch­er a réa­gi au quart de tour, lançant dès le début avril l’opération «Cor­po­rate». A savoir : envoi de deux porte-avions, un sous-marin et 30 000 sol­dats, et déc­la­ra­tion d’une zone d’exclusion de 320, puis 370 kilo­mètres autour des îles.

Le 2 mai, le sous-marin «Con­queror» tor­pille et coule le croiseur argentin «Général Bel­gra­no». 323 marins argentins trou­veront la mort. Ce grave inci­dent a lieu qui plus est en dehors de la zone d’ex­clu­sion. La guerre est ouverte. Elle ne va pas dur­er longtemps.

En effet, et comme l’avait lais­sé enten­dre le Secré­taire d’Etat état­sunien Alexan­der Haig, les forces argen­tines ne font pas le poids. N’oublions pas qu’il s’agit d’une armée qui n’a jamais fait la guerre au cours du XXème siè­cle. Ses généraux, mêmes for­més en par­tie par l’Armée nord-améri­caine, man­quent d’expérience et de com­pé­tence. Les sol­dats quant à eux sont pour la plu­part de jeunes recrues, mal entrainées et mal équipées, qui ont face à eux des troupes pro­fes­sion­nelles dotées d’un arme­ment ultra­mod­erne et puis­sant.

Par ailleurs, l’Argentine n’a que peu d’alliés. Même pas – ou surtout pas, plutôt – le Chili de Pinochet : en 1978, les deux pays ont été au bord de la guerre ouverte au sujet des lim­ites de la Patag­o­nie. Et Pinochet ne ferait rien de toute façon qui pour­rait con­trari­er le suzerain nord-améri­cain.

Mal­gré tout, les troupes argen­tines résis­tent héroïque­ment à la con­tre-attaque bri­tan­nique. Leurs avi­a­teurs font des mir­a­cles, coulant même le destroy­er « Sheffield ». Mais les Anglais parvi­en­nent à pren­dre pied, et rem­por­tent deux batailles déci­sives sur le ter­rain : le 21 mai en débar­quant à San Car­los, et sept jours plus tard en s’emparant de l’isthme séparant les deux par­ties de l’île ori­en­tale (Isla Sol­dedad), appelé Isthme de Dar­win (Bataille de Pradera del Gan­so, Goose Green en anglais, du nom du vil­lage situé sur l’isthme).

Le 8 juin cepen­dant, les Argentins parvi­en­nent à stop­per un nou­veau débar­que­ment anglais, en bom­bar­dant et coulant deux navires depuis leurs avions, cau­sant 51 morts et 200 blessés anglais. Mal­gré tout, les forces argen­tines sont dans l’incapacité, faute de moyens, de pouss­er cet avan­tage. Le 11 juin, les Anglais attaque­nt la cap­i­tale des Mal­ouines, Puer­to Argenti­no (Port Stan­ley) encore aux mains des Argentins.

Le 14 juin, le général Mario Menén­dez, en dépit de l’ordre don­né par Galtieri de con­tin­uer la lutte coûte que coûte, décide de jeter l’éponge : plus aucun espoir de ren­vers­er la sit­u­a­tion. Les Argentins se ren­dent.

Fin de par­tie

Le con­flit se sera donc sol­dé par la mort de 650 sol­dats Argentins, et 250 Anglais env­i­ron. Sans compter les dégâts psy­chologiques : env­i­ron 500 vétérans finiront par se sui­cider dans les années qui suiv­ront ce con­flit.

Pour la pop­u­la­tion argen­tine, c’est un choc. Per­son­ne n’envisageait la pos­si­bil­ité d’une défaite : la pro­pa­gande, ain­si que l’unité autour du pro­jet nation­al­iste des mil­i­taires, n’avaient pas peu con­tribué à endormir les esprits. La réac­tion est à la mesure de la décep­tion : les généraux au pou­voir sont défini­tive­ment dis­crédités, et doivent ren­dre des comptes. Galtieri est naturelle­ment rem­placé, c’est un autre général qui occupe son fau­teuil : Rey­nal­do Bignone. Celui-ci ne compte pas vrai­ment sur un sou­tien incon­di­tion­nel des Forces Armées (nom­bre de cadres quit­teront la junte après sa nom­i­na­tion), et il n’est tout bien con­sid­éré qu’un prési­dent de tran­si­tion. La junte a per­du tout sou­tien pop­u­laire, les Argentins en récla­ment le départ au plus vite.

Le 16 décem­bre, la coali­tion des par­tis démoc­ra­tiques civils («mul­ti­par­tidaria») organ­ise une grande man­i­fes­ta­tion. Réprimée celle-ci aus­si, mais cette fois, les mil­i­taires ne parvi­en­nent pas à étouf­fer la con­tes­ta­tion dans l’œuf de la ter­reur : ils ne font plus peur à per­son­ne. Bignone est con­traint d’annoncer la tenue d’élections libres pour le 30 octo­bre 1983. La page de la dic­tature se tourne enfin.

Voir égale­ment : “Brève his­toire des Iles Mal­ouines” sur ce même blog.

*

Le rôle trou­ble de cer­tains officiers durant cette guerre vient d’être révélé dans un arti­cle du 22 mars 2022 du quo­ti­di­en “La Nación”. Il mon­tre com­ment des mil­i­taires ont ten­té de se faire vers­er d’énormes pots de vin lors d’achat d’armes, notam­ment à Israel, avec le Pérou, alors dirigé par le général Fran­cis­co Morales, comme inter­mé­di­aire.

A lo largo del Qhapaq Ñan

I. DESCUBRIENDO EL INCA

          Des­de mis más remo­tos recuer­dos, siem­pre me fasci­naron las civ­i­liza­ciones pre­colom­bi­nas, y en par­tic­u­lar la de los incas.

          Entonces no tenía con­scien­cia de que se trata­ba de la civ­i­lización más emblemáti­ca de la his­to­ria de Améri­ca Lati­na, a pesar de la brevedad de su res­p­lan­dor (des­de el prin­ci­pio del siglo XIII has­ta la lle­ga­da de los guer­reros del gen­er­al Pizarro en 1532).

          Ado­les­cente soña­ba con las oril­las del lago Tit­i­ca­ca, sitio donde leyen­das y relatos se acuer­dan para situ­ar el ori­gen de la civ­i­lización inca; con la entonces cap­i­tal Cuz­co, el “ombli­go del mun­do”, y el valle sagra­do donde se hal­la la famosa ciu­dad del Machu Pic­chu.

          Sólo años más tarde, cuan­do des­cubrí de ver­dad el Puente del Inca, puente nat­ur­al sobre el río Las cuevas, en la car­retera que une la ciu­dad de Men­doza a la fron­tera con Chile, volví a intere­sarme en la civ­i­lización inca así como en su impor­tan­cia en Argenti­na, tan lejos de su cuña orig­i­nal.

          La pres­en­cia de los incas en la Argenti­na la cer­ti­f­i­can los ves­ti­gios de vías y estruc­turas que quedan del reino de Pacha­cutec, y que cono­ce­mos bajo el nom­bre de Qha­paq Ñan, o sea “Car­retera real” en idioma quechua, una red que per­mitía via­jar ráp­i­da­mente des­de el norte has­ta el sur del impe­rio.

          Esta car­retera de más de 6000 kilómet­ros unía la cap­i­tal Cuz­co con la ciu­dad de Pas­to en Colom­bia hacia el norte, y con el piede­monte andi­no del Aconcagua en su parte sur, cruzan­do Ecuador, Perú y Bolivia. Este “Camino may­or andi­no” lo com­pleta­ba una amplia red segun­daria de 40 000 kilómet­ros uti­lizan­do las infraestruc­turas pre incaicas exis­tentes de cada lado de los Andes, has­ta San­ti­a­go de Chile en su parte oeste.

          Esta red de car­reteras pavi­men­ta­da, con escaleras tal­ladas en la roca mis­ma, puentes sus­pendi­dos cruzan­do valles enca­jon­a­dos y mese­tas desier­tas, la may­oría hal­lán­dose entre 3000 y 5000 met­ros de alti­tud, unía los cen­tros admin­is­tra­tivos de las zonas donde vivían los pueb­los someti­dos por los incas, las zonas agrí­co­las y min­eras así como var­ios tem­p­los. Un sis­tema de “chasqui wasi” (posadas), “pukara” (for­ti­fi­ca­ciones) y “tam­bo” (taber­nas) com­pleta­ba ese con­jun­to con el cual el Inca podía con­tro­lar todo el Impe­rio. La uti­liz­a­ban los “chaquis”, servi­dores del Inca, encar­ga­dos de trans­portar el correo ofi­cial has­ta los límites de su ter­ri­to­rio.

          Se con­sid­era que Diego de Alma­gro, el con­quis­ta­dor del Perú, fue el primero en recor­rer el “Camino del Inca”, cuan­do se fue a explo­rar y con­quis­tar ter­ri­to­rios más al sur, en 1535, en lo que volvería Argenti­na años más tarde; la cróni­ca del via­je de ese con­quis­ta­dor, con­tem­porá­neo de la cul­mi­nación de la pres­en­cia inca en Argenti­na, con­sti­tuye un pre­cioso tes­ti­mo­nio todavía con­sid­er­a­do por los his­to­ri­adores.

          Más allá de las fron­teras mod­er­nas, el Qha­paq Ñan rep­re­sen­ta un vín­cu­lo entre las varias cul­turas and­i­nas. Por lo que los gob­ier­nos de los 6 país­es intere­sa­dos en el tema lograron en 2014 la inclusión del Qha­paq Ñan en la lista del pat­ri­mo­nio mundi­al de la UNESCO.

Mapa del Qha­paq Nan

II. CAMINANDO POR EL QHAPAQ ÑAN

          El Qha­paq Ñan cruza siete provin­cias argenti­nas: Jujuy, Salta, Tucumán, Cata­mar­ca, La Rio­ja, San Juan y Men­doza. Ese camino ya existía des­de 2000 años cuan­do los incas lo “mod­ern­izaron”. La UNESCO incluyó en su lista 13 tramos del camino, o sea unos 120 kilómet­ros a lo largo de los cuales se pueden encon­trar 32 sitios arque­ológi­cos.

          Par­tien­do des­de la fron­tera de Bolivia, vemos que el Qha­paq Ñan cruza la provin­cia de Jujuy por la Que­bra­da de Humahua­ca. El pueblo de Tilcara, con su for­t­aleza (pucará), fue fun­da­do por los indios tilcaras. Con­sti­tuye una per­fec­ta ilus­tración de cómo los incas aprovecharon las infraestruc­turas exis­tentes para hac­er del pueblo una ciu­dad de suma impor­tan­cia.

          Avan­zan­do hacia el sur los incas cruzaron lo que se lla­ma hoy la provin­cia de Salta has­ta el pueblo de Cafay­ate, pasan­do por el puer­to Abra del Acay, el más alto del Qha­paq Ñan, de 4895 met­ros de altura, y bajan­do has­ta los valles Calchaquies. Ese puer­to situ­a­do sobre la Ruta 40 sigue todavía uno de los más altos del mun­do, con excep­ción de unos puer­tos asiáti­cos.

          A lo largo de ese trayec­to podemos encon­trar tam­bién – esta lista no pre­tende a la exhaus­tivi­dad – las ruinas de Tastil, el sitio de Graneros de la Poma, o el del Potrero de Payo­gas­ta. Cer­ca de Cachi, el sitio arque­ológi­co de La Paya pre­sen­ta ves­ti­gios de una impor­tante ciu­dad inca, sede del poder impe­r­i­al rep­re­sen­ta­do por un fun­cionario de alto ran­go, “El Inca Cura­ca”.

          En Salta, se dice del MAAM (Museo de arque­ología de alta mon­taña) que es el mejor museo de Argenti­na en lo que se refiere a la cul­tura inca. Allí se pueden ver momias de niños sac­ri­fi­ca­dos sigu­ien­do los rit­uales incas, y des­cu­bier­tas en 1999 en las cer­canías del Pico Llul­lail­la­co, un vol­cán cul­mi­nan­do a 6739 de altura, el san­tu­ario sagra­do más alto del impe­rio inca.

          El Qha­paq Ñan lle­ga has­ta la ciu­dad sagra­da de Quilmes en la provin­cia de Tucumán. Los indios Quilmes sobre­vivieron a la con­viven­cia con los incas, pero fueron der­ro­ta­dos por los con­quis­ta­dores españoles. Des­de 2007 ese sitio quedará para nosotros un “ren­dez-vous man­qué”, una ocasión de des­cubrir­lo per­di­da por una huel­ga de los indios Quilmes que reclam­a­ban la gestión propia del sitio. Un con­flic­to que empezó en 1977. En la época las autori­dades provin­ciales expropi­aron a los miem­bros de la comu­nidad y luego en 1992 con­cedieron el sitio a un hom­bre de nego­cio, para un peri­o­do de 10 años. Luego los Quilmes fueron a juicio para impedir la prór­ro­ga de esta con­ce­sión. Ganaron, pero tuvieron que blo­quear la entra­da al sitio para obten­er por fin el dere­cho a ges­tionarlo ellos mis­mos. Aho­ra se puede vis­i­tar lo que se lla­ma des­de esa vic­to­ria india “El com­ple­jo de las ruinas de Quilmes”.

Entra­da del sitio de Quilmes – Día de protes­ta

          Otro sitio inca notable en la provin­cia de Tucumán es la Ciu­da­di­ta, tam­bién lla­ma­da Ciu­dad vie­ja, situ­a­da en el par­que nacional Acon­qui­ja, a unos 4400 met­ros de altura.

          Más allá entramos en la provin­cia de Cata­mar­ca para recor­rer un tro­zo de 1 kilómetro sobre el Qha­paq Ñan, entre el Pucará de Acon­qui­ja y el sitio arque­ológi­co de El Bajo, lo cual tam­bién entra en la lista de la UNESCO, gra­cias a su per­fec­to esta­do de con­ser­vación.

          Al noroeste de la ciu­dad de Lon­dres en esta mis­ma provin­cia encon­tramos las ruinas del Shin­cal de Quimiv­il. Pre­vio a la invasión de los incas, este sitio tomó cier­ta impor­tan­cia después de su lle­ga­da. Situ­a­do en una jun­ción de car­reteras sobre el Qha­paq Ñan, se con­sid­era uno de los más impor­tantes cen­tros admin­is­tra­tivos del impe­rio inca en Argenti­na.

          Para­le­la­mente a la ruta 40, el Qha­paq Ñan sigue hacia el sur has­ta la Tam­bería del inca en Chilecito, provin­cia de La Rio­ja, un sitio des­gra­ci­ada­mente bas­tante degrada­do. Cruza la Cues­ta de Miran­da, y luego pen­e­tra en la provin­cia de San Juan.

          En esta provin­cia, el camino del inca sigue hacia Bar­real, cruza el Par­que de El Leonci­to y sus sitios incas, para luego pen­e­trar en la provin­cia de Men­doza. Acá el Qha­paq Ñan pasa por el valle de Uspal­la­ta donde podemos ver las ruinas de Ran­chil­los y las de Tam­bil­li­tos.

III. REALIDAD Y LEYENDA: EL PUENTE DEL INCA

          Situ­a­do en el límite merid­ion­al del impe­rio inca, el Puente del Inca con­sti­tuye una rareza geológ­i­ca que viene recor­dar la pres­en­cia de ese pueblo en el sue­lo argenti­no.

Puente del Inca

          Como suele ocur­rir a menudo cuan­do fal­tan los doc­u­men­tos escritos, His­to­ria y leyen­das se con­fun­den, y las leyen­das muchas veces vuel­ven a vol­verse His­to­ria.
          Por ejem­p­lo esa que cuen­ta como el heredero del Inca cayó muy enfer­mo y se dijo que sólo le podían curar unas aguas prove­nientes de una fuente situ­a­da en los extremos del impe­rio. Así se fue con su séquito, pero al lle­gar frente al río que los sep­a­ra­ba de esa fuente mág­i­ca, no pudieron pasar. Entonces los sol­da­dos for­maron un puente humano, lo cual por vol­un­tad div­ina se pet­ri­ficó y así se pudo sal­var el príncipe.

           Otra leyen­da cuen­ta como fue el Inca mis­mo quien nece­sitó de hier­bas med­i­c­i­nales que sólo crecían en el límite sur del impe­rio. El se salvó medi­ante el puente de piedra con­stru­i­do en una noche por Inti, el dios del sol, y Mama Quil­la, la luna, y que le facil­itó el cruce del río bajan­do del cer­ro.

          Pese a que la civ­i­lización de los incas no mar­có mucho tiem­po la his­to­ria de la Argenti­na (entre 1479 y 1534), que­da notable que en su fron­tera con Bolivia, has­ta el Aconcagua, la ruta 40, uno de los may­ores ejes viales del país, sigue más o menos exac­ta­mente el antiguo camino del Inca, el Qha­paq Ñan.

          Otra anéc­do­ta más o menos históri­ca es la leyen­da de la creación de la ban­dera argenti­na. Se dice que la creó el gen­er­al Bel­gra­no en la ciu­dad de Rosario en 1812, a par­tir de los col­ores del cielo, celeste y blan­co, y que se añadió el sol que figu­ra en el cen­tro para recor­dar al dios inca Inti. La ban­dera la validó de man­era ofi­cial el Con­gre­so de la Nación el 25 de julio de 1816, unos días después de la declaración de la Inde­pen­den­cia (9 de julio).

Ban­dera argenti­na

          ¡Has­ta se dice que en esta opor­tu­nidad el gen­er­al pro­pu­so des­ig­nar a un descen­di­ente del Inca a la cabeza de la nue­va monar­quía con­sti­tu­cional!

          Sin embar­go entre real­i­dad y leyen­das, ¡todavía nos que­da un mon­tón de mis­te­rios que aclarar a lo largo de este famoso y tan lin­do camino del Inca!

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Para com­ple­tar, un intere­sante artícu­lo del diario Clarín, sobre las ruinas del Shin­cal de Quimiv­il.

Así como ese doc­u­men­tal video de Lau­ra Car­bonari. (Duración 19’39)

 

La decada de los ocasos (II)

II. Eva hechicera

Eva Duarte — 1944

          El 9 de enero de 1950, mien­tras pres­en­cia la inau­gu­ración de un local sindi­cal en el Dock Sud, la primera dama, Eva Perón, sufre un des­mayo, tres días más tardes se inter­na en el Insti­tu­to del diag­nos­ti­co de la Ciu­dad de Buenos Aires, debe some­terse a una apen­dice­tomía, la cirugía está a car­go del doc­tor Oscar Ivani­se­vic, en el acto des­cubre una apéndice infla­ma­da, y tam­bién visu­al­iza un pro­ce­so tumoral en el cuel­lo de útero.

          Pero nadie le infor­ma a Eva, tam­poco Perón, así que se tar­da en tratar su cáncer.

          Después de la apen­dice­tomía, la com­pañera del líder exper­i­men­ta un decaimien­to per­ma­nente y una inocultable pér­di­da de peso.

          Pero tras la con­va­le­cen­cia de la cirugía de apéndice, vuelve a sus activi­dades habit­uales, las urgen­cias de la reelec­ción hacen olvi­dar el episo­dio del des­mayo y la pos­te­ri­or cirugía. Eva, impetu­osa, se empeña en hac­er efec­ti­va la ley sobre el voto femeni­no, san­ciona­da en 1946 pero has­ta el momen­to no apli­ca­da; la con­sid­era como una her­ramien­ta para las reelec­ciones de 1951, has­ta quiere pre­sen­tarse de vice-pres­i­den­ta, “su” pueblo lo recla­ma, pero Perón se nie­ga: sabe per­fec­ta­mente que su esta­do de salud no per­mite con­sid­er­ar­lo. Ella, ven­ci­da, da un dis­cur­so emo­cio­nante en que expre­sa su renun­cia defin­i­ti­va.

Perón sostiene a Eva mien­tras pro­nun­cia un dis­cur­so en Plaza de Mayo

          Su salud se dete­ri­o­ra más rápi­do, poco a poco su aspec­to per­son­al sufre una gran trans­for­ma­ción, padece de insom­nio, ane­mia, anorex­ia y dolores inten­sos. La muerte via­ja con ella donde quiera que vaya.

          Perón es reelec­to en 1951, la primera elec­ción donde sufra­garon por igual mujeres y varones. Por primera vez las mujeres argenti­nas tenían dere­cho a emi­tir el voto. La muchedum­bre ape­nas intuye toda esa litur­gia propia del poder pop­ulista, no le intere­sa la ver­dad de los hechos, ya con­struyeron los altares nece­sar­ios para sus ora­ciones por pan, tra­ba­jo y jus­ti­cia social, en cada apari­ción, el líder sacude el man­tel de la fies­ta para que las migas les caigan a los que menos tienen, les insu­fla la esper­an­za, les habla de una patria igual­i­taria, muchas fab­ri­c­as, escue­las para todos, hos­pi­tales que dejen de ser morid­eros, lugares donde lle­var a los ancianos, sindi­catos poderosos que defien­dan a los tra­ba­jadores de los abu­sos de los patrones siem­pre insat­is­fe­chos. El extra­or­di­nario poder de seduc­ción del líder, casi mís­ti­co, impul­sa al votante a ele­gir este per­son­aje de per­fil mesiáni­co, ¡un ver­dadero sal­vador!

          El votante del per­o­nis­mo es el instru­men­to de una fuerza que no com­prende. Aca­ta en silen­cio el rum­bo trági­co, rum­bo del país y rum­bo del poder, pre­sumen que allí reside el pen­samien­to secre­to del gen­er­al, tiene el poder de mane­jar las fuerzas oscuras operan­do en la cer­canía del poder. Su mira­da de tehuelche sabe cómo descifrar una real­i­dad mág­i­ca y dora­da de bue­nas inten­ciones para entre­gar­la a la muchedum­bre.

Eva votan­do des­de su cama en el hos­pi­tal.

          La doliente mul­ti­tud asiste a la misa pop­u­lar, cuan­do aparece el líder acom­paña­do por su com­pañera de rubio pelo se sien­ten ungi­do. La primera dama sabe que ser rubia sig­nifi­ca sal­varse de la maldición de nues­tra Améri­ca del sur, tier­ra de morenos, de “cabecitas negras”, aún se mantiene en el imag­i­nario femeni­no argenti­no aquel estig­ma. Ser rubia gen­era más opor­tu­nidades de real­ización en la sociedad argenti­na auto­com­placi­da.

          La igle­sia y las Fuerzas Armadas com­parten un amor común, ben­di­cen el super­sti­cioso orden estable­ci­do, no se apartan de los mandatos; respetar las tradi­ciones, la famil­ia y la fe cris­tiana, no ocul­tan estar molestos por ensalzar a la clase tra­ba­jado­ra, dar­le nuevos priv­i­le­gios a un esta­men­to social que no existía has­ta la lle­ga­da del per­o­nis­mo, en cada opor­tu­nidad, mues­tran un irrec­on­cil­i­able des­pre­cio por la nue­va cas­ta de tra­ba­jadores, entre rezos y homilías y char­las de cuar­tel se proce­sa una nue­va trage­dia nacional.

          Para los curas y los mil­itares, Eva es una pros­ti­tu­ta, una trepado­ra, un ser sedi­en­to de poder y de glo­ria, aque­l­la pléyade social no la ve con buenos ojos, es la antíte­sis de una nor­mal­i­dad que está alter­a­da. Para los más humildes, Eva es una vir­gen en per­sona, con dulzu­ra mater­nal se entre­ga y se sac­ri­fi­ca por los que menos tienen.

          Dice el escritor y peri­odista Tomás Eloy Martínez: Eva se fue volvien­do her­mosa con la pasión, con la memo­ria y la muerte, se tejió a sí mis­ma una crisál­i­da de belleza, fue empol­lán­dose reina, el oro trans­fig­uro a esa more­na de piel mate, dán­dole una extraña palidez que su futu­ra enfer­medad tornaría en sobre­nat­ur­al.

          Su empatía por los más vul­ner­a­bles la con­vierte en una figu­ra de cul­to, en un ser ama­do por mil­lones de argenti­nos desvali­dos, los huér­fanos de todo, aque­l­los que nacieron y crecieron sin nada, Eva Perón se con­vierte en la úni­ca esper­an­za cumpl­i­da. Ella sabe usar la tonal­ización como uso retori­co, logra lle­gar al incon­sciente colec­ti­vo de los ado­rantes, usa pal­abras como: mis cabecitas negras, mis descamisa­dos, mis huér­fanos.

          La iden­ti­fi­cación pro­fun­da e inmedi­a­ta con la tonal­ización de las grandes masas, les da lugar a los indi­vid­u­os mar­gin­a­dos, los humildes, los igno­ra­dos por una sociedad donde el dis­tin­to col­or de piel es moti­vo sufi­ciente para ses­gar y dis­crim­i­nar.

          Eva incu­ba un cáncer que más tarde la mataría, lo encon­tra­do en las prue­bas ginecológ­i­cas le son ocul­ta­da a la primera dama, el diag­nos­ti­co pasa a ser un secre­to de esta­do.

          Diag­nos­ti­co fatal: dice Borges que “cualquier des­ti­no, por largo y com­pli­ca­do que sea, con­s­ta en real­i­dad de un solo momen­to: el momen­to en el que la per­sona sabe para siem­pre quien es”.

          La Argenti­na se vana­glo­ria de ser carte­siana y euro­pea, pero se nutre de otra vía, la oral, la que surge de las entrañas de la vol­un­tad pop­u­lar, de boca en boca, sin provo­car en los usuar­ios ningún aso­mo de duda o ten­sión entre la real­i­dad y lo sobre­nat­ur­al, hac­er del pre­sente una enig­ma inex­plic­a­ble, esta vac­ilación con­duce a la zozo­bra, nada sirve como evi­den­cia para negar o afir­mar que el real­is­mo mági­co for­ma parte de la cul­tura Argenti­na.

Manuel Sil­va — 2021

Tum­ba de Eva en el cemente­rio de la Reco­le­ta

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Quizás esta cronología pue­da ser­le utíl…

7 de mayo de 1919: nacimien­to de Eva Duarte en el pueblo de Los Tol­dos, Junín. (Hubo debates en cuan­to a esta fecha, ya que el acta ofi­cial del Reg­istro civ­il fue fal­si­fi­ca­da a instan­cias de la mis­ma Eva. En esa acta, el año men­ciona­do es 1922).

1935: Eva Duarte se va a Buenos Aires y emprende una car­rera de actriz secun­daria, más bien radiofóni­ca.

Enero de 1944: Encuen­tro con Juan Perón.

6 de junio – 23 de agos­to de 1947: gira euro­pea de Eva, con fines diplomáti­cos.

9 de sep­tiem­bre de 1947: la Cámara de diputa­dos san­ciona la ley sobre el voto femeni­no. Las mujeres argenti­nas votarán por primera vez en 1951, para la elec­ción pres­i­den­cial.

8 de julio de 1948: creación de la Fun­dación car­i­ta­ti­va Eva Perón.

1949: Eva crea el Par­tido per­o­nista femeni­no.

Enero de 1950: primer diag­nos­ti­co de cáncer del cuel­lo de útero.

17 de octubre de 1951: Eva renun­cia a pre­sen­tarse de vice-pres­i­den­ta.

26 de julio de 1952: fal­l­ec­imien­to.

22 de noviem­bre de 1955: poco después del der­ro­camien­to de Juan Perón, el nue­vo dic­ta­dor Pedro Aram­bu­ru orde­na el secue­stro del ataúd con el cadáver de Eva. La entier­ran en secre­to en un cemente­rio de Milán, Italia, bajo fal­sa iden­ti­dad. Es el gen­er­al Ale­jan­dro Lanusse, pres­i­dente de fac­to en 1971, quien orde­na su entre­ga a Perón en Madrid, en sep­tiem­bre. En 1976 repa­trían el cuer­po en Buenos Aires y es enter­ra­do en la bóve­da famil­iar del cemente­rio de La Reco­le­ta (Ver arri­ba).

PV

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Unos enlaces :

Biografía de en el sitio ofi­cial de Eva Perón.

Biografía sim­pli­fi­ca­da.

El dis­cur­so de Eva Perón, el 17 de octubre de 1951, en el canal Encuen­tro.

Eva Perón, pelic­u­la de Juan Car­los Desan­zo, guión de José Pablo Fein­mann (1996)

San­ta Evi­ta, libro de Tomás Eloy Martínez. En el sitio Lec­tu­lan­dia.

La décennie de tous les déclins (II)

II. Ensor­ce­lante Eva

Eva Duarte — 1944

          Le 9 jan­vi­er 1950, lors de l’inauguration d’un local syn­di­cal au dock sud du port de Buenos Aires, la pre­mière dame, Eva Perón, a un malaise, et trois jours plus tard, elle doit entr­er dans une clin­ique de la cap­i­tale pour y être exam­inée. Le doc­teur Oscar Ivani­se­vic diag­nos­tique une appen­dicite, mais il se rend compte en out­re que sa patiente souf­fre d’une tumeur au col de l’utérus.

          Pour­tant, per­son­ne n’en informe la femme du prési­dent, pas même son mari. La mal­adie doit rester secrète, ce qui fait per­dre un temps pré­cieux à cette lutte con­tre le can­cer qui s’amorce.

          Après l’opération de l’appendicite, Eva Perón voit son état de san­té se dégrad­er pro­gres­sive­ment, et elle maigrit à vue d’œil.

          Elle reprend néan­moins ses activ­ités habituelles, et la prox­im­ité de l’élection prési­den­tielle lui fait oubli­er ses ennuis de san­té. Déter­minée, elle lutte pour ren­dre effec­tive la loi sur le droit de vote des femmes, votée en 1946 mais jusque là non appliquée, et qui, pense-t-elle, doit aider à la réélec­tion de son mari. Elle-même se rêve en vice-prési­dente, «son» peu­ple en rêve égale­ment, mais elle se heurtera au refus de Perón : lui sait per­tinem­ment que la mal­adie qui pro­gresse rend l’éventualité inen­vis­age­able. La mort dans l’âme, elle se ver­ra con­trainte de renon­cer, lors d’un émou­vant dis­cours sur la Place de Mai.

Eva soutenue par Perón lors du dis­cours de 1951

          Sa san­té se détéri­ore de plus en plus rapi­de­ment. Peu à peu, la dégra­da­tion de son corps se fait plus vis­i­ble, elle souf­fre d’insomnie, d’anémie, d’anorexie, et de douleurs intens­es. Où qu’elle aille, l’ombre de la mort l’accompagne.

          Perón est réélu en 1951, pre­mière élec­tion ouverte égale­ment aux femmes.  Der­rière la liturgie pro­pre aux rassem­ble­ments pop­ulistes, la foule ne perçoit pas le théâtre, la foule se moque bien de la vérité des faits, elle a déjà mon­té les autels aux pieds desquels elle prie pour son pain quo­ti­di­en, pour ses emplois et pour la jus­tice sociale, et à cha­cune de ses appari­tions, le leader sec­oue la nappe du ban­quet pour en faire tomber les miettes sur les plus pau­vres, il leur insuf­fle l’espoir, leur par­le d’une patrie égal­i­taire, d’usines, d’écoles pour tous, d’hôpitaux qui ne doivent plus être des mouroirs, de lieux où accueil­lir les vieux, de syn­di­cats puis­sants pro­tégeant les ouvri­ers des abus de patrons insa­tiables. L’extraordinaire pou­voir de séduc­tion du leader, qua­si mys­tique, attire l’électeur vers ce per­son­nage au pro­fil mes­sian­ique, un véri­ta­ble sauveur !

          L’électeur péro­niste est l’instrument d’une force qu’il ne con­trôle pas. Il approu­ve en silence le choix de ce cap trag­ique, pour le pou­voir autant que pour le pays, croy­ant con­fusé­ment que là réside la pen­sée secrète du général, ce pou­voir de con­trôler les forces obscures s’agitant autour des cer­cles de déci­sion. Son regard de Tehuelche sait capter la réal­ité mag­ique et dorée des bonnes inten­tions pour la délivr­er à la foule.

Eva votant depuis son lit d’hôpi­tal

          Cette foule de gens qui souf­frent assis­tent à la messe pop­u­laire, où appa­rais­sent le leader et sa femme à la chevelure si blonde, et c’est comme si ceux-ci les bénis­saient par leur présence. La pre­mière dame sait que sa blondeur la délivre de la malé­dic­tion de notre terre du sud, cette terre de bruns, de «cabecitas negras», ce stig­mate qui se per­pétue dans l’imaginaire féminin des Argen­tines. Être blonde offre des per­spec­tives d’avenir bien plus intéres­santes dans notre société telle­ment sat­is­faite d’elle-même.

          L’Eglise et l’Armée parta­gent un amour com­mun pour l’ordre établi, qu’ils ne tor­dent jamais : respect des tra­di­tions, de la famille, de la foi chré­ti­enne. Ils ne cachent ni leur mépris pour la classe ouvrière – cette classe dont on ne par­lait pas, qui n’existait seule­ment pas avant l’avènement du péro­nisme ! – ni leur mécon­tente­ment de voir le pou­voir en amélior­er la con­di­tion. Les ser­mons et les dis­cus­sions de caserne muris­sent les fer­ments d’une future tragédie nationale.

          Pour les curés et les mil­i­taires, Eva est une pros­ti­tuée, une ambitieuse, assoif­fée de pou­voir et de gloire, ce micro­cosme la regarde de tra­vers, pour eux elle représente l’antithèse d’une nor­mal­ité qu’ils jugent dégradée. Pour les hum­bles, au con­traire, elle est la vierge incar­née, une véri­ta­ble mère offrant sa vie à ceux qui n’ont rien.

          Comme le dit Tomás Eloy Martínez : Eva a été ren­due belle par la pas­sion, la mémoire et la mort, elle s’est tis­sé elle-même une chrysalide de beauté, elle s’est faite reine, l’or a trans­fig­uré cette brune au teint mat, lui procu­rant une étrange pâleur que sa mal­adie allait achev­er de ren­dre sur­na­turelle.

          Son empathie pour les plus vul­nérables la trans­forme en objet de culte, en être chéri par des mil­lions d’Argentins dému­nis, orphe­lins de tout, et pour ceux-là, venus au monde et élevés dans le dénue­ment le plus total, Eva représente l’unique espoir enfin comblé.

          Elle sait manier la rhé­torique à la per­fec­tion, com­ment touch­er l’inconscient col­lec­tif de ses ado­ra­teurs, util­isant à leur égard des mots ten­dres, « mes petites têtes noires, mes pouilleux, mes orphe­lins ».

          Cette iden­ti­fi­ca­tion pro­fonde et immé­di­ate aux mass­es pop­u­laires rend enfin vis­i­bles tous les mar­gin­al­isés, les hum­bles, les ignorés d’une société où la couleur de la peau est un motif suff­isant de dis­crim­i­na­tion et de mépris.

          Eva cou­ve un can­cer qui ne va pas tarder à la tuer, mais les résul­tats d’analyse lui sont cachés, le diag­nos­tic doit rester secret d’état.

          Un diag­nos­tic fatal : comme le dit Borges, «chaque des­tin, quelque soit sa com­plex­ité et sa longévité, repose en réal­ité sur un seul moment : le moment où l’on sait défini­tive­ment qui on est».

          L’Argentine se vante d’être cartési­enne et européenne, mais elle se nour­rit davan­tage par la voie orale que par la voie intel­lectuelle, elle avale ce qui sur­git des entrailles de la volon­té pop­u­laire, de bouche en bouche, sans provo­quer chez les con­som­ma­teurs le moin­dre soupçon de doute ou de ten­sion entre réal­ité et sur­na­turel, sans faire du présent une énigme inex­plic­a­ble, et de cette ambigüité nait l’incertitude : le réal­isme mag­ique est-il vrai­ment, ou pas, intrin­sèque à la cul­ture argen­tine ?

 

Manuel Sil­va – 2021

Adap­ta­tion française du texte et chronolo­gie : PV.

Tombeau d’E­va Perón au cimetière de la Reco­le­ta

Petite chronolo­gie (éventuelle­ment) utile :

7 mai 1919 : date de nais­sance (dis­cutée, car son livret de famille aurait été fal­si­fié pour y met­tre la date du 7 mai 1922) d’Eva Duarte, dans le vil­lage de Los Tol­dos, cir­con­scrip­tion de Junín.

1935 : Eva Duarte part à Buenos Aires et débute une car­rière d’actrice mineure, essen­tielle­ment radio­phonique.

Jan­vi­er 1944 : ren­con­tre avec Juan Perón.

6 juin au 23 août 1947 : elle représente son prési­dent de mari lors d’une tournée européenne à visée diplo­ma­tique.

9 sep­tem­bre 1947 : la loi sur le vote des femmes est votée par le par­lement. Elle sera effec­tive lors de l’élection prési­den­tielle de 1951.

8 juil­let 1948 : créa­tion de la Fon­da­tion Eva Perón. (Fon­da­tion à but car­i­tatif).

1949 : elle fonde le par­ti péro­niste des femmes.

Jan­vi­er 1950 : pre­mier diag­nos­tic de can­cer du col de l’utérus.

17 octo­bre 1951 : elle renonce à la vice-prési­dence de la nation.

26 juil­let 1952 : décès d’Eva Perón.

22 novem­bre 1955 : peu après le ren­verse­ment de Juan Perón, le nou­veau dic­ta­teur mil­i­taire Pedro Aram­bu­ru ordonne l’enlèvement du cer­cueil con­tenant le corps d’Eva Perón. Il dis­paraitra pen­dant 16 ans, prob­a­ble­ment enter­ré sous un faux nom dans un cimetière milanais. Le général Lanusse, prési­dent de fait, le ren­dra à Perón en sep­tem­bre 1971. Il sera finale­ment enter­ré dans le caveau famil­ial du cimetière de La Reco­le­ta (voir ci-dessus) en 1976.

Pour aller plus loin :

Biogra­phie sur le site offi­ciel d’E­va Duarte de Perón.

Pod­cast de l’émis­sion de France inter du 6 juin 2012.

Vidéo du dis­cours d’E­va Perón le 17 octo­bre 1951 (Espag­nol, avec sous-titres en espag­nol)

Eva Perón, film de 1996, de Juan Car­los Desan­zo, scé­nario de José Pablo Fein­mann. (VO non sous-titrée).

A lire : “San­ta Evi­ta”, de Tomás Eloy Martínez. Pub­lié chez Robert Laf­font et chez 10–18 (344 p.)