Les glaciers en danger !

Peu de gens le savent (mais nos lecteurs, oui, naturelle­ment !), mais l’Argentine abrite, dans l’immense région patag­o­ni­enne, un des plus impor­tantes réserves d’eau douce du monde : ses glac­i­ers.

Ils sont tous situés dans la même zone, à peu près :

Toute la zone, appelée Champ glaciaire de Sud Patag­o­nie, com­porte env­i­ron 300 glac­i­ers de toutes tailles et a une super­fi­cie de plus de 12 000 km², soit très exacte­ment celle des départe­ments Nord et Pas de Calais réu­nis.

L’ensemble de ces glac­i­ers côté argentin (il y en a aus­si côté chilien, bien sûr) forme le Par­que nacional de los glacia­res, qui en com­prend une douzaine de très éten­dus.

La plu­part sont dif­fi­ciles d’accès, c’est pourquoi le plus célèbre d’entre eux n’est pas le plus grand : il s’agit du Per­i­to Moreno, qui s’étend quand même sur une sur­face de 250km², soit un peu plus que la super­fi­cie de la Cap­i­tale, Buenos Aires ! La super­fi­cie totale de tous ces glac­i­ers est estimée à 7270 km². Soit, à peu près, l’équivalent du départe­ment du Maine-et-Loire.

Le plus éten­du est le glac­i­er Vied­ma, avec 940 km². 9 fois la ville de Paris.

Si, de loin, ils appa­rais­sent comme une grande sur­face neigeuse bien lisse, en réal­ité, ils sont par­cou­rus de crevass­es énormes, et leur intérieur est quadrillé de canaux qui per­me­t­tent à l’eau de s’écouler jusqu’aux lacs dans lesquels ils se jet­tent. La neige n’occupe qu’environ 40 cm de hau­teur sur la croûte, le reste étant con­sti­tué de glace com­pacte. Ils se sont for­més lors de la dernière péri­ode de glacia­tion, il y env­i­ron 18 000 ans.

Mais aujourd’hui, qua­si­ment tous sont en con­stante diminu­tion, en rai­son, comme on le devine, du réchauf­fe­ment cli­ma­tique en cours. Le prob­lème étant que depuis quelques années, cette diminu­tion s’accélère de façon inquié­tante. A tel point que le glac­i­er Upsala (640 km²), autre­fois ali­men­té par son voisin Bertachi, en est désor­mais décon­nec­té. L’Upsala a ain­si per­du 14 km de longueur sur les 50 dernières années. Il faut dire qu’il subit un hand­i­cap sup­plé­men­taire : con­traire­ment au Per­i­to Moreno, qui repose sur une base entière­ment rocheuse, donc solide, l’Upsala, lui, est en grande par­tie flot­tant, ce qui accélère son éro­sion par les eaux souter­raines. S’y ajoute le fait que ce glac­i­er se jette dans le Lago Argenti­no, un lac d’une pro­fondeur de 700 mètres à cet endroit, et con­stitue un autre fac­teur d’accélération des détache­ments de blocs de glace.

Pour revenir au Per­i­to Moreno, depuis 1990 des sci­en­tifiques effectuent des mesures de sa hau­teur moyenne, selon un axe Nord-Sud (pour faire sim­ple : sur sa largeur frontale). Entre 1990 et 2018, ce glac­i­er a per­du 9 m. A par­tir de 2018, il a com­mencé à baiss­er de 4,30m par an. Et depuis 2023, la baisse est passée à 8m/an ! En tout, depuis 2018, Le Per­i­to Moreno a per­du 25 m de hau­teur !

C’est en par­tie ce qui explique, égale­ment, le phénomène qui, juste­ment, attire le plus les touristes, depuis tou­jours : les desprendimien­tos, les éboule­ments (Voir vidéos à la fin de l’ar­ti­cle). Il s’en pro­duit plusieurs chaque jour. Des blocs plus ou moins gros se détachent de la paroi frontale, s’effondrent dans le lac, et for­ment des ice­bergs qui flot­tent ensuite à la dérive. Un spec­ta­cle unique, mais mal­heureuse­ment de plus en plus facile à capter si on se mon­tre un peu patient sur les passerelles, car de plus en plus fréquent. Ce qui n’est pas bon signe.

Tem­pano (ice­berg) sur le Lago Argenti­no

Tous ces éboule­ments ne sont pour­tant pas vis­i­bles. Cer­tains se pro­duisent à l’intérieur même du glac­i­er, qui fait enten­dre alors de déchi­rants craque­ments : du son, mais pas d’image, on ne voit rien de ce qu’il se passe en dessous.

Hélas, au train où va le réchauf­fe­ment, il y a peu de chances pour que nos petits-enfants prof­i­tent jamais du même spec­ta­cle !

Nous n’en sommes heureuse­ment pas encore là, ces énormes glac­i­ers ont encore de beaux jours devant eux, mais rien n’incite à l’optimisme. Dépê­chons-nous donc d’aller les admir­er avant qu’il ne soit trop tard. En ce qui con­cerne le Per­i­to Moreno, l’Argentine a juste­ment fait de gros efforts, surtout depuis 2010, pour amé­nag­er la zone en con­stru­isant tout un réseau de passerelles qui per­me­t­tent d’observer le glac­i­er sous dif­férents angles. On peut égale­ment l’approcher en bateau, et ain­si admir­er sur le lac les mag­nifiques « tem­panos » (ice­bergs) qui pren­nent par­fois des formes et des couleurs d’une grande poésie.

*

PETITE GALERIE PHOTOS POUR FAIRE ENVIE

Le glac­i­er Per­i­to Moreno, vue panoramique

 

Les deux pho­tos ci-dessus : le Per­i­to Moreno, sous divers angles

 

Ice­berg
Autre­fois, le glac­i­er, avançant sur la rive, for­mait ain­si une sorte de pont, que l’eau du lac finis­sait par creuser, for­mant un tun­nel jusqu’à l’ef­fon­dr­er, spec­ta­cle qui atti­rait les foules. Ce phénomène a hélas dis­paru.

UNE COURTE VIDEO (4’26) D’UN EBOULEMENT SPECTACULAIRE AU PERITO MORENO :

(Ci-dessus, moins spec­tac­u­laire, mais du vécu en direct ! Mer­ci à Quentin pour cette vidéo cap­tée au vol !)

Et pêle-mêle, quelques autres ice­bergs :

(Pho­tos PV — 2008)

 

Diplomatie : l’Argentine s’isole

Un petit séisme vient de se pro­duire ces jours derniers à l’intérieur même du gou­verne­ment Milei : la min­istre des Affaires étrangères, Diana Mondi­no, a été sèche­ment remer­ciée et rem­placée par le jusqu’ici ambas­sadeur aux Etats-Unis, Ger­ar­do Werthein.

La rai­son : lors d’une ses­sion à l’ONU, elle a voté, à l’unisson de tous les pays présents sauf les États-Unis et Israël, une motion con­damnant le blo­cus améri­cain envers Cuba. Un blo­cus aus­si vieux que l’installation du cas­trisme dans l’île des Caraïbes, et dont souf­fre d’abord et avant tout, le petit peu­ple cubain, bien plus que ses inamovi­bles dirigeants.

Le vote de la réso­lu­tion de l’ONU con­damnant le blo­cus con­tre Cuba — 30 octo­bre 2024 — L’Ar­gen­tine a voté en faveur de la réso­lu­tion, pour la plus grande fureur de son prési­dent Javier Milei. On remar­quera que seule­ment deux pays ont voté con­tre : les USA et Israël, un s’est abstenu, la Mol­davie, et trois n’ont pas par­ticipé au vote : l’Afghanistan, l’Ukraine et le Venezuela.

En apprenant le vote argentin, le sang du prési­dent n’a fait qu’un tour : pas ques­tion de «soutenir» un gou­verne­ment com­mu­niste.

En prenant cette posi­tion, Milei rompt avec plus de trente ans de tra­di­tion argen­tine, ce pays ayant soutenu sans faille la con­damna­tion du blo­cus, tout comme l’immense majorité des pays européens, qui en retour l’ont indé­fectible­ment soutenu dans sa demande de négo­ci­a­tion avec le Roy­aume-Uni sur la ques­tion de la sou­veraineté sur les Iles Mal­ouines (Falk­lands, pour les Anglais). Un sou­tien qui pour­rait bien faib­lir dans les années à venir, en toute con­séquence.

Une nou­velle fois, le prési­dent ultra-libéral isole son pays sur la scène inter­na­tionale. En effet, depuis son arrivée au pou­voir, l’Argentine, représen­tée par ce leader de plus en plus tourné vers l’extrême-droite, a rejeté : l’égalité des sex­es, la lutte con­tre le change­ment cli­ma­tique, la défense des droits de l’homme, caus­es que Milei con­sid­ère comme fers de lance d’un com­plot col­lec­tiviste ! (Página/12, 31/10/2024).

En réal­ité, le sort de Diana Mondi­no était scel­lé avant même son vote à l’ONU. Son évic­tion n’est qu’un épisode de plus de la vaste purge entre­prise par Milei et ses deux plus fidèles acolytes (sa pro­pre sœur Kari­na, qu’il a instal­lée, moyen­nant un petit arrange­ment avec la loi, au secré­tari­at de la prési­dence, et San­ti­a­go Caputo, con­seiller n°1) pour mod­el­er l’administration à sa mesure.

Insti­tu­tions car­ré­ment fer­mées (Comme celle des impôts, l’AFIP – pour admin­is­tra­tion fédérale des recettes publiques – dis­soute et entière­ment remod­elée après purge de tous ses fonc­tion­naires), char­rettes d’emplois publics, désignés à la vin­dicte pop­u­laire comme, au mieux, pis­ton­nés, au pire, inutiles, coupes claires dans les bud­gets de l’Education et de la San­té, remise en cause de l’indépendance de la presse, crim­i­nal­i­sa­tion des man­i­fes­ta­tions pop­u­laires, Milei et son gou­verne­ment sur­fent sur la vague auto­cra­tique qui sem­ble s’être emparée d’une bonne par­tie du monde, où la démoc­ra­tie ne cesse de reculer.

L’isolement, Milei n’en a cure. Lors de son inter­ven­tion à l’ONU, il y a quelques semaines, il avait déclarée que celle-ci, comme la plu­part des insti­tu­tions publiques qu’il rêve d’exterminer jusqu’à la dernière, était aus­si inef­fi­cace que super­flue. Pour Milei, tout ce qui est pub­lic est inutile et doit être sup­primé à terme, pour laiss­er la main invis­i­ble du marché gér­er la marche du monde, entre saine et ému­la­trice cupid­ité naturelle de l’homme, et ruis­selle­ment des plus rich­es vers les plus pau­vres.

Depuis cette inter­ven­tion remar­quée et large­ment com­men­tée dans la presse mon­di­ale, le prési­dent à la tronçon­neuse est per­suadé de faire par­tie des grandes voix de ce monde, et un, sinon le seul, des lead­ers charis­ma­tiques de l’univers tout entier. Une méga­lo­manie qui n’est pas sans rap­pel­er celle d’un autre din­go tout aus­si effrayant pour la survie d’une démoc­ra­tie très chahutée ces temps-ci, et dont il sem­ble partager à la fois les idées et le coif­feur.

Il sem­blerait toute­fois qu’une cer­taine Argen­tine se réveille. Ces jours-ci, le pays a été totale­ment paralysé par une grève générale des trans­ports, et la mobil­i­sa­tion ne sem­ble pas devoir faib­lir, en dépit des men­aces de la min­istre de l’intérieur, Patri­cia Bull­rich, qui promet de faire arrêter les meneurs et de les envoy­er en taule. (Un décret inter­dit le blocage des rues, ce qui per­met par ric­o­chet d’interdire de fait la plu­part des man­i­fes­ta­tions pop­u­laires).

Gare fer­rovi­aire de Retiro, Buenos Aires.

Certes, on est encore loin d’un mou­ve­ment de fond. La grande majorité de la pop­u­la­tion reste dans l’expectative, et l’attente de résul­tats économiques qui tar­dent à venir. A force d’austérité, l’inflation a fini par décrocher un peu, mais elle est con­tre­bal­ancée par la forte aug­men­ta­tion de cer­tains pro­duits de pre­mière néces­sité, à com­mencer par l’énergie et les loy­ers. Et, donc, les trans­ports, dont le rap­port qual­ité-prix est cat­a­strophique, notam­ment au niveau du train, secteur par­ti­c­ulière­ment vieil­lis­sant en Argen­tine, et notoire­ment insuff­isant pour ce ter­ri­toire gigan­tesque.

Pour le moment, Milei peut con­tin­uer de compter sur la frac­ture qui divise tou­jours le pays en deux camps réc­on­cil­i­ables. L’anti péro­nisme vis­céral de la moitié de la pop­u­la­tion lui prof­ite, en l’absence de réelle alter­na­tive à cette oppo­si­tion usée et tou­jours représen­tée par une fig­ure sus­ci­tant autant de haine que de sou­tien : Cristi­na Kirch­n­er, prési­dente de 2007 à 2015.

San Telmo et son histoire

S’il est un quarti­er à ne surtout pas man­quer quand on vis­ite Buenos Aires, c’est bien à mon hum­ble avis celui de San Tel­mo. Un des plus anciens de la ville, qui s’est con­stru­ite, à par­tir de sa fon­da­tion, en s’étendant d’abord au sud-est de sa Plaza May­or, place cen­trale typ­ique de toutes les villes espag­noles. Cette place s’appelle main­tenant « Plaza de Mayo » et c’est ici que se trou­ve le palais prési­den­tiel de la nation.

A l’origine, le quarti­er de San Tel­mo est né de la néces­sité, pour les jésuites, d’ouvrir un hôpi­tal et une chapelle au plus près du cen­tre de la ville. L’espace fut donc trou­vé au coin des actuelles rues Bal­carce et Umber­to 1er, endroit qui mar­quera donc le cen­tre du nou­veau quarti­er, dont le noy­au vital se déplac­era juste de quelques mètres, sur l’actuelle Plaza Dor­rego, à l’origine un sim­ple ter­rain où se garaient les char­rettes et autres car­ross­es trans­portant voyageurs et marchan­dis­es depuis les provinces du nord.

A par­tir de 1600, il devient surtout un quarti­er habité par des marins et des pêcheurs. En effet, il con­stituera le pre­mier vrai port de Buenos Aires, avant d’être rem­placé par celui de La Boca, plus pra­tique et mieux pro­tégé. Citons l’écrivain chroniqueur de la cap­i­tale, Manuel Mug­i­ca Lainez dans son livre Mis­te­riosa Buenos Aires : «Les gens qui vivent dans cette par­tie de Buenos Aires (…) sont des pêcheurs, des marins et des ouvri­ers qui tra­vail­lent essen­tielle­ment au rav­i­taille­ment de la ville. On trou­ve égale­ment pas mal de gens orig­i­naires de Gênes.»

C’est sur la Plaza Dor­rego que sera pronon­cée offi­cielle­ment l’indépendance de l’Argentine, en 1816. En rai­son de sa sit­u­a­tion por­tu­aire, c’est naturelle­ment par ce quarti­er que passera l’essentiel de l’immigration européenne, surtout espag­nole et ital­i­enne, aux XVI­I­Ième et XIXème siè­cle.

Plaza Dor­rego

C’est par ce quarti­er por­tu­aire égale­ment qu’en 1806–1807, les Anglais ten­teront de met­tre la main sur Buenos Aires. Ils se heurteront à une résis­tance farouche des locaux, menés par le français Jacques de Lin­iers, et devront décam­per. En récom­pense, Lin­iers se ver­ra con­fi­er le com­man­de­ment mil­i­taire de la Vice-Roy­auté. (On notera égale­ment qu’un quarti­er de la cap­i­tale argen­tine porte désor­mais son nom).

Au XIXème siè­cle, San Tel­mo est habité par de nom­breuses célébrités, poli­tiques ou artis­tiques. Citons pêle-mêle, out­re Mug­i­ca Lainez, Domin­go French (héros de l’indépendance), les écrivains Juan Manuel Beruti et Este­ban Echev­er­ría, ou l’Amiral Guiller­mo Brown (Almi­rante Brown).

Mais comme nous le dis­ons plus haut, ce quarti­er fut surtout, au XIXème, le pre­mier lieu de vie des immi­grés récem­ment débar­qués d’Europe. Ils s’entassaient dans les « con­ven­til­los », des ensem­bles d’habitations enfer­mant une cour com­mune, autour de laque­lle courait une galerie menant aux dif­férents apparte­ments. Exi­gus les apparte­ments, quelques fois réduits à une seule pièce. San­i­taires et cui­sine com­muns, dans la cour.

Le quarti­er a donc tout de suite été un quarti­er plutôt pop­u­laire, habité essen­tielle­ment par une pop­u­la­tion très pau­vre. Les con­ven­til­los n’étaient pas loin des bidonvilles qu’on trou­vera au XXème siè­cle, quand ils auront dis­paru. Car le San Tel­mo des orig­ines a con­nu un drame qui l’a vidé de la qua­si-total­ité de ses habi­tants en 1871 : la fièvre jaune. 500 morts par jour, 70 000 déplacés, le quarti­er s’est trou­vé subite­ment comme un vil­lage fan­tôme.

Il y a donc un avant et un après fièvre jaune. Avant, un quarti­er assez mis­érable, mais vivant et pop­u­laire. Après, un grand mou­ve­ment de démo­li­tion-recon­struc­tion, faisant dis­paraitre nom­bre de maisons d’origine, et don­nant lieu à une cer­taine « gen­tri­fi­ca­tion », comme on dirait aujourd’hui. Des bâti­ments his­toriques, on garde encore la trace du « vieux mag­a­sin », au coin des rues Bal­carce et Inde­pen­dan­cia, anci­en­nement hôpi­tal anglais, l’ancienne mai­son du pein­tre Castagni­no au coin des rues Bal­carce et Car­los Cal­vo, aujourd’hui dans un état lam­en­ta­ble, et le marché cou­vert. Guère plus.

El viejo alma­cen

On a gardé en revanche nom­bre de rues pavées, qui con­tribuent au charme nos­tal­gique du quarti­er, qui a gardé mal­gré tout un aspect fausse­ment pop­u­laire. Il est aujourd’hui essen­tielle­ment touris­tique, ce qui ne l’empêche pas de rester, par­mi les autres quartiers de la cap­i­tale, un de ceux où l’histoire de la ville imprime encore le mieux les yeux du promeneur.

 

     Con­trastes et anachro­nismes  

A voir dans ce quarti­er :

Le marché San Tel­mo, moitié marché ali­men­taire, moitié bro­can­teurs, avec plein de stands de restau­ra­tion typ­ique­ment portègne, comme celui des «chori­panes», sorte de sand­wich­es à la saucisse. (Fichtrement meilleur que le hot-dog).

La Plaza Dor­rego, avec son marché aux puces le dimanche, son vieux bistrot faisant le coin. Bon, Star­bucks a réus­si à s’implanter juste en face, attiré par la manne touris­tique. Le marché aux puces, lui, débor­de large­ment de la place dans les rues adja­centes. On trou­ve de tout, du moment qu’on fasse le tri entre les vrais brocs et les marchands de camelote.

Bar Le Dor­rego

Le bistrot Le «Fed­er­al». Une insti­tu­tion fondée en 1864. J’en par­le plus en détails ici.

Le parc Leza­ma. Un parc his­torique à plus d’un titre. Cer­tains his­to­riens pensent qu’il serait le lieu exact de la pre­mière fon­da­tion de Buenos Aires par Pedro de Men­doza, en 1536. On y a d’ailleurs plan­té sa stat­ue en bonne place. Mais cette pre­mière implan­ta­tion n’a duré qu’un an, entière­ment détru­ite par les indi­ens, et les ves­tiges man­quent, ce qui rend la théorie pour le moins ques­tionnable. Le ter­rain a changé de pro­prié­taires maintes fois jusqu’à ce qu’il soit acheté par Gre­go­rio de Leza­ma en 1857, puis sa veuve le céda à la munic­i­pal­ité en 1894, à con­di­tion qu’il porte le nom de son mari. On en fit donc un parc pub­lic (amé­nagé par le Français Charles Thays, égale­ment créa­teur du jardin botanique de la ville), sur lequel est implan­té le musée his­torique nation­al.

Plus anec­do­tique­ment, on pour­ra faire un détour par le coin des rues Chile et Defen­sa, où on a érigé un mon­u­ment à la célèbre Mafal­da, per­son­nage de bande dess­inée de Quino, rési­dant à San Tel­mo tout comme son héroïne !

Mon­u­ment à Mafal­da

Autres curiosités : la Casa min­i­ma, étrange mai­son très étroite du pas­sage San Loren­zo, et le Zan­jón de Grana­dos, vieille demeure du XVIème siè­cle, un des rares ves­tiges d’époque encore debout (presque en face de la précé­dente, dans la rue Defen­sa).

La casa min­i­ma. La petite blanche sur la droite.

Mais une sim­ple déam­bu­la­tion (avec une pause rafraichisse­ment au Fed­er­al, quand même) vous emmèn­era dans une autre Buenos Aires, touris­tique certes, mais d’une émou­vante nos­tal­gie.

*

Sit­u­a­tion générale, San Tel­mo :

3 septembre : Point actualité

Dans quelques jours, l’Argentine ren­tr­era dans le print­emps. Ouf, après cet hiv­er fris­quet. Cela per­me­t­tra peut-être de ramen­er quelques sourires sur des vis­ages plutôt ren­frognés, ces derniers temps.

Du côté des électeurs ordi­naires, je veux dire par là, ceux qui n’ont pas de ten­dance poli­tique bien définie et votent au gré du vent, on com­mence à déchanter. Fatigués par presque 20 ans de péro­nisme, déçus par la par­en­thèse de droite clas­sique représen­tée par Mauri­cio Macri (prési­dent de 2015 à 2019), ils ont, comme on dit chez nous en par­lant du RN, «essayé» l’anarcholibertaire Milei et son pro­gramme «mort à l’état et vive la lib­erté, bor­del de merde !» (sic).

Celui-ci promet­tait, lui aus­si (c’est la grande ten­dance plus ou moins pop­uliste, si tant est que ce mot veuille vrai­ment dire quelque chose, du «ren­dre au ou à [met­tez le nom du pays qui con­vient] sa grandeur». On allait voir ce qu’on allait voir, ces salauds de pau­vres dévoreurs de presta­tions sociales, ces fainéants de fonc­tion­naires inutiles et trop payés, ces politi­ciens véreux qui ne pensent qu’à leurs fau­teuils, ces juges lax­istes qui lais­sent courir les délin­quants, allaient danser le quadrille sous le feu nour­ri du nou­veau shérif.

Fini le fric bal­ancé à tort et à tra­vers , finis les ser­vices publics sub­ven­tion­nés, fini le con­trôle éta­tique des prix qui bride l’esprit d’entreprise, finies les lois iniques pro­tégeant out­ran­cière­ment les employés et les locataires, fini le peso, rem­placé par le dol­lar (Les États-Unis, surtout ceux de Trump, voilà un pays de cocagne), la main lourde de l’état allait être défini­tive­ment rem­placée, pour le plus grand ravisse­ment des foules enfin libérées, par la main invis­i­ble, sévère mais juste, du marché.

Huit mois après, la main en ques­tion est mal­heureuse­ment trop vis­i­ble. Aug­men­ta­tions en cas­cades des pro­duits de pre­mière néces­sité, ali­men­ta­tion, trans­port, énergie, baisse dras­tique, en con­séquence, de la con­som­ma­tion, ser­vices publics au bord de la rup­ture après le licen­ciement de mil­liers de fonc­tion­naires, valeur du peso (tou­jours pas trace de son rem­place­ment par le bil­let vert) réduite à sa plus sim­ple expres­sion : le salaire min­i­mum aujourd’hui en Argen­tine s’exprime en cen­taines de mil­liers de pesos. Très exacte­ment 234 315,12 pesos. On ne s’extasie pas : rap­porté en euros, cela fait dans les 222€ (le peso est tombé sous la barre du mil­lième d’euro, il en faut désor­mais 1053 pour faire un euro). Le salaire moyen, lui, selon les sources et les pro­fes­sions, oscille entre 380 et 700€. Quand on sait que le panier moyen pour une famille de qua­tre est d’environ 730€, on voit pourquoi cer­tains font la gri­mace.

Ceci dit, c’est incon­testable, les salaires du privé ont aug­men­té de façon sen­si­ble. Mais comme par ailleurs les prix n’arrêtent pas de mon­ter (d’autant que le gou­verne­ment a renon­cé à tout con­trôle des prix), la vie n’est donc pas plus facile. Au con­traire.

Avec tout ça, qu’elle est l’ambiance ? Para­doxale­ment, ça tient. Je veux dire que Milei con­serve envers et con­tre tout plus de sou­tiens que de rejet. On en est en août à un ratio de 44/37.

Milei a été aidé dernière­ment par l’énorme scan­dale con­sti­tué par la plainte déposée par Fabi­o­la Yanez, l’épouse de l’ex-président Alber­to Fer­nán­dez, pour vio­lences con­ju­gales. L’affaire est tombée à pic pour détourn­er l’attention des dif­fi­cultés économiques et des querelles internes au gou­verne­ment, où les pass­es d’armes, les claque­ments de portes et les démis­sions bruyantes se mul­ti­plient.

Dernière polémique en date : des députés Miléistes sont allés ren­dre vis­ite dans leur prison à d’anciens tor­tion­naires de la dic­tature. Et pas pour les engueuler, mais bien pour les assur­er de leur sou­tien et de leur com­préhen­sion. Une députée miléiste, Lour­des Arri­eta, qui fai­sait par­tie de la délé­ga­tion, a révélé à la presse les détails de la vis­ite, et a quit­té le groupe par­lemen­taire, poussée par son pro­pre mou­ve­ment, énervé de voir ain­si le scan­dale dévoilé. Elle pré­tend main­tenant qu’elle ne savait pas qui étaient les pris­on­niers qu’on lui a présen­tés. Révélant ain­si son igno­rance crasse de l’histoire de son pays.

La vice-prési­dente, Vic­to­ria Vil­laru­el, elle-même fille d’un ancien mil­i­taire, a déclaré chercher une solu­tion juridique pour sinon les amnisti­er, du moins leur per­me­t­tre de recou­vr­er leur lib­erté. Nous avions déjà rap­porté ici sa volon­té de trans­former le mémo­r­i­al de l’ancien cen­tre de tor­ture de l’École de la marine en sim­ple parc pub­lic.

Pen­dant ce temps, le taux de pau­vreté aug­mente douce­ment. On en serait à 55%, selon les dernières esti­ma­tions. Vous avez bien lu. Plus de la moitié des Argentins vit sous le seuil de pau­vreté. Selon le poli­to­logue Andrés Mala­mud, le prin­ci­pal dan­ger pour le gou­verne­ment ne serait pour­tant pas l’augmentation de la pau­vreté, du chô­mage ou de l’inflation, mais bien la déval­u­a­tion con­stante de la mon­naie et la valse des prix.

Je le cite : «Plus de la moitié des électeurs n’ont pas con­nu la crise de 2001 (arti­cle non traduit, hélas) et ce qu’ils ont retenu de la décen­nie passée c’est que la crois­sance a stag­né et que tous les par­tis se sont suc­cédé au pou­voir. Les retraités ne votent pas Miléi, le cœur de son élec­torat ce sont les jeunes, et prin­ci­pale­ment des hommes. Le point de frac­ture, c’est qu’il reçoit plus de sou­tien de la part des class­es aisées, car de leur côté les class­es défa­vorisées souf­frent davan­tage de sa poli­tique».

Mais pour l’instant, donc, ça tient. Pour divers­es raisons. La pre­mière, c’est qu’il est rare de voir les électeurs se déjuger très rapi­de­ment après avoir envoyé un par­ti au pou­voir. La sec­onde, c’est que l’opposition péro­niste non seule­ment est durable­ment dis­créditée (et le scan­dale con­ju­gal de l’ancien prési­dent n’arrange rien, même si aux dernières nou­velles il serait en train de dégon­fler un tan­ti­net) mais qu’elle n’a guère de propo­si­tions alter­na­tives, ni de per­son­nal­ités charis­ma­tiques, à pro­pos­er. La troisième, c’est l’éternel fatal­isme argentin, dou­blé de la féroce répres­sion de tout mou­ve­ment pop­u­laire. Aujourd’hui, il est pra­tique­ment impos­si­ble d’organiser ou par­ticiper à une man­i­fes­ta­tion de rue sans ris­quer l’arrestation.

Pen­dant ce temps, nos deux rug­by­men français accusés de viol en réu­nion vien­nent d’être autorisés à ren­tr­er en France par le pro­cureur de Men­doza. Une déci­sion encore en sus­pens, puisque la défense de la plaig­nante a sol­lic­ité une nou­velle exper­tise psy­chologique qui aura lieu mar­di prochain, ce qui repousse la remise en lib­erté.

Une remise en lib­erté con­di­tion­née à la garantie que les accusés se soumet­tent à cer­taines restric­tions : rester local­is­ables, point­er régulière­ment au con­sulat d’Argentine, et revenir à Men­doza à la moin­dre sol­lic­i­ta­tion de la jus­tice de ce pays.

Sur le fond, l’instruction a exprimé ses doutes quant à la plainte, rel­e­vant des con­tra­dic­tions dans le témoignage de la plaig­nante, et «son ton enjoué lors d’une con­ver­sa­tion télé­phonique avec une amie le jour de son agres­sion». La par­tie civile a posé une demande de des­sai­sisse­ment de deux juges en charge de l’instruction, Dario Nora et Daniela Chaler, pour «vio­lence morale et par­tial­ité».

A suiv­re…

30-08-2024 L’affaire des rugbymen français

C’est la ren­trée pour notre blog irrégu­lo­madaire, qui comme tout le monde ou presque, a prof­ité de l’été pour se con­sacr­er avec toute son énergie défail­lante à l’étude des bien­faits de la paresse, des mérites com­parés du Spritz à l’Apérol ou au Cam­pari, et à la recherche dés­espérée d’une herbe à maté potable dans les mag­a­sins de son départe­ment.

Notez qu’en Argen­tine, ce n’est pas du tout la ren­trée : ils entrent au con­traire dans leurs dernières semaines d’hiver. Pas trop tôt selon mes cor­re­spon­dants : celui-ci, d’hiver, a été copieuse­ment arrosé à Buenos Aires, avec des tem­péra­tures à réjouir les nom­breux néga­tion­nistes argentins du change­ment cli­ma­tique.

Ceci dit, ces derniers temps, l’actualité argen­tine n’a pas non plus affiché des scoops bien saig­nants. La poli­tique et ses aléas occu­pent tou­jours le gros des unes des jour­naux, avec le « fut­bol », bien enten­du, et, un peu quand même, les jeux olympiques, où les engagés locaux n’ont pas par­ti­c­ulière­ment bril­lé : 52èmes au tableau des médailles, avec une en or, une en argent et une en bronze. 4ème place en Amérique latine, der­rière même le petit Equa­teur, et assez loin de Cuba et du Brésil. Pas de quoi réveiller la fibre nationale.

Mais c’est quand même, indi­recte­ment, le sport qui a assuré une par­tie des dépens­es d’encre des canards argentins cet été, et ce, grâce à deux jeunes français cher­chant sans doute à main­tenir haut le flam­beau de notre répu­ta­tion de pays de l’amour.

Vous en avez sans doute enten­du par­ler. L’équipe de France de rug­by était en tournée en Argen­tine début juil­let. Le 6, elle jouait à Men­doza, ville con­nue pour être le fief des vig­no­bles locaux. C’est con­nu, les jeunes français, comme les autres, aiment s’amuser. Et en rug­by, les après-matchs sont réputés pour leur côté fes­tif. Deux jeunes joueurs, le Rochelais Oscar Jégou et le Mont­pel­liérain Ugo Auradou, sont allés en boite. Rien de bien extra­or­di­naire. Sauf que quelques temps après, ils étaient la cible d’une plainte pour viol de la part d’une femme de trente-neuf ans.

En gros : elle aurait fait la con­nais­sance d’Ugo Auradou dans la boite en ques­tion, et aurait accep­té de l’accompagner à son hôtel. Sauf que rien ne se serait passé comme atten­du. A l’arrivée, Oscar Jégou les a rejoints dans la cham­bre. Les deux français, comme on s’en doute, n’étaient pas vrai­ment à jeun. Selon la plaig­nante, ils lui auraient fait subir un viol en réu­nion, assor­ti de vio­lences divers­es.

Les deux rug­by­men ont en con­séquence fait l’objet d’une mise en garde à vue, puis d’une assig­na­tion à rési­dence en vue de leur procès. Comme de juste dans ce genre d’affaire, dif­fi­cile de con­naitre avec cer­ti­tude la réal­ité des faits. Bien enten­du égale­ment, Jégou et Auradou jurent que la femme était con­sen­tante. Pas de témoin, évidem­ment, et les caméras de l’hôtel n’ont enreg­istré que les pas­sages dans les par­ties com­munes, hall, ascenseur, couloir. Où il ne s’est rien passé de répréhen­si­ble.

La jus­tice argen­tine est prise entre deux feux.

D’un côté, la pres­sion pop­u­laire, de moins en moins tolérante avec ce genre d’affaire, et d’autant moins que ce pays est en pointe dans la lutte con­tre les vio­lences faites aux femmes (Enfin, était, avant que Milei n’ar­rive au pou­voir et ne sucre les sub­ven­tions aux organ­i­sa­tions de défense des droits des femmes). Sans par­ler du fait que les accusés por­tent deux stig­mates assez lourds. Un, ce sont des joueurs de rug­by, groupe sportif par­ti­c­ulière­ment mal vu en Argen­tine, surtout depuis l’affaire de l’assassinat d’un jeune en sor­tie de boite, en jan­vi­er 2020, com­mis par une bande de dix rug­by­men avinés. (Cinq con­damna­tions à per­pé­tu­ité, 3 à 15 ans de prison). Deux, ils sont étrangers. Pas que les Français soient par­ti­c­ulière­ment mal vus en Argen­tine, au con­traire, mais des sportifs pro­fes­sion­nels…

De l’autre, la pres­sion gou­verne­men­tale. Pas facile de s’en pren­dre à deux ressor­tis­sant étrangers, per­son­nages plus ou moins publics de sur­croit, sans déclencher immé­di­ate­ment des dif­fi­cultés d’ordre diplo­ma­tique.
Par ailleurs, on imag­ine bien que Javier Milei, prési­dent mar­qué à l’extrême-droite, ne se sent pas spé­ciale­ment con­cerné par la défense des droits des femmes (Voir ci-dessus).

Où en est-on aujourd’hui, après un mois et demi de ter­giver­sa­tions de la jus­tice ? Celle-ci a fini, sur les instances répétées des avo­cats des rug­by­men, par leur accorder la lib­erté con­di­tion­nelle. Ils ont été placés en rési­dence sur­veil­lée, et privés de leurs passe­ports. Mais leur cas est loin d’être statué. Le plus prob­a­ble est que la jus­tice finisse par laiss­er pour­rir, et class­er l’affaire. Tant pis pour la plaig­nante, qui n’aura pas su, ou pas pu, apporter de preuves suff­isantes de l’agression qu’elle avait subie. Comme trop sou­vent dans ce genre d’affaires, le doute joue tou­jours en faveur des accusés : manque de preuves matérielles, pas de témoins ocu­laires, absence d’aveux.

Mar­di dernier, le 27 août, il devait y avoir une nou­velle audi­ence, au cours de laque­lle devait être notam­ment pra­tiquée une exper­tise psy­chi­a­trique de la plaig­nante. Celle-ci ne s’est pas présen­tée, selon son avo­cate, pour raisons de san­té. Elle a ten­té par deux fois de se sui­cider, dont la dernière ven­dre­di dernier, 23 août. On ne sait pas encore si cette audi­ence sera repro­gram­mée plus tard, ou si l’instruction sera pure­ment et sim­ple­ment don­née pour close. Ce qui pour­rait accélér­er le proces­sus de classe­ment (non-lieu, chez nous), réclamé par l’avocat des rug­by­men.
On en est là pour le moment. Très com­men­tée en juil­let, l’affaire com­mence douce­ment à s’effacer des gazettes argen­tines, et il faut utilis­er les moteurs de recherche pour trou­ver trace des derniers arti­cles pub­liés. En France égale­ment, l’affaire ne fait plus autant de bruit. Libéra­tion y fait allu­sion dans son édi­tion du 27 août dernier, sans apporter davan­tage d’information que ce qui vient de vous être relaté ici.

Dif­fi­cile de faire la part des choses, et il est prob­a­ble que la vérité ne sera jamais mise au jour. On ne peut hélas que con­stater, en revanche, que dans ce domaine, peu de choses sem­blent se décider à bouger. Paresse de la jus­tice, lenteur de l’investigation, pres­sions poli­tiques et diplo­ma­tiques, par­tial­ité des milieux sportifs (chez nous, Jégou et Auradou ont fait l’objet, dans les gazettes sportives, pour le moins, d’une cer­taine sol­i­dar­ité).

Per­son­nelle­ment, je reste dubi­tatif quant au com­porte­ment de ces deux sportifs. Si l’affaire est classée, comme cela sem­ble en pren­dre le chemin, la plaig­nante restera durable­ment mar­quée : en effet, si c’est le cas, cela voudra dire qu’on con­sid­ère qu’elle était con­sen­tante. Il ne restera d’elle que l’image d’une femme débauchée cher­chant ensuite à tir­er prof­it de sa débauche, en accu­sant deux mal­heureux jeunes qui avaient eu la malchance de crois­er sa route et se laiss­er séduire.

C’est peut-être le cas. Mais si au con­traire, les faits se sont déroulés comme elle les a décrits, à savoir, qu’elle avait effec­tive­ment accep­té de suiv­re Jégou, mais qu’ensuite, elle s’est retrou­vée piégée entre deux types ivres et vio­lents qui lui ont fait subir des sévices sex­uels, elle devra vivre avec. Sans rémis­sion.

L’éternel dilemme des affaires de viol.

*

Ben non, pas de pho­to aujourd’hui. Ques­tion de droits. Vous en trou­verez dans les liens four­nis dans l’article, notam­ment dans le jour­nal Libéra­tion et dans Pagina/12.

Eaux-fortes de Buenos-Aires

On me dira, un auteur né en 1900 et mort en 1942, bon­jour la décou­verte ! Je suis bien d’accord, Rober­to Arlt, auteur d’origine ger­mano-ital­i­enne, n’est pas un petit nou­veau sur le marché lit­téraire argentin. Mais je suis à peu près sûr de mon coup : per­son­ne ici, ou presque, n’en aura enten­du par­ler.

Il faut dire que décéder à 42 ans (crise car­diaque), ça ne laisse pas vrai­ment le temps d’empiler une œuvre bien con­séquente. Mais la sienne n’en a pas moins mar­qué pro­fondé­ment l’histoire lit­téraire de son pays. Il a pub­lié en tout 5 romans (tous traduits en français, ce qui est tout de même à not­er), 7 pièces de théâtre et 2 recueils de nou­velles. Sans par­ler des pub­li­ca­tions posthumes, recueil­lies à par­tir de textes retrou­vés.

Il fait donc incon­testable­ment par­tie des écrivains argentins majeurs du XXème siè­cle, et, de vivre plus longtemps, aurait sans doute été inclus dans la liste des clas­siques, au même titre que Borges, Saba­to et Cor­tazar, par exem­ple. En tout cas, c’est mon avis !

L’œuvre que je préfère, et qui fait par­tie de mes livres de chevet, pour repren­dre cette for­mule éculée (vous en avez beau­coup, vous, des livres choi­sis posés en per­ma­nence près de votre lit ?), n’est ni un roman ni une pièce de théâtre, mais un recueil de textes écrits pour le quo­ti­di­en « El Mun­do » entre 1928 et 1933, « Agua­fuertes porteñas », en français « Eaux-fortes de Buenos-Aires ».

Il s’agit de cour­tes vignettes décrivant des sit­u­a­tions, des per­son­nages typ­iques, des expres­sions locales, des com­porte­ments soci­aux, ou encore l’évolution physique d’une ville qu’il con­nais­sait d’autant mieux qu’il ne l’a pra­tique­ment jamais quit­tée.

Écrites dans un style très coulé, alerte, à la fois drôle, nos­tal­gique et émou­vant, elles sont un témoignage pré­cieux du Buenos Aires des années 30, une ville alors en plein change­ment dus aux pro­grès tech­niques, à l’apport de l’immigration européenne, et aux soubre­sauts poli­tiques.

Voici le résumé qu’en donne le site « Babe­lio » :

Écrites entre 1928 et 1933, ces chroniques sont autant d’in­stan­ta­nés, de tableaux courts de la cap­i­tale argen­tine, de ses habi­tants, de ses cou­tumes et de son rythme.
Car il y a bien une faune et une flo­re par­ti­c­ulières à l’en­droit : ses jeunes oisifs plan­tés sur leur per­ron, ses chantiers de con­struc­tion pil­lés de leurs briques, ses maisons de tôle ondulée aux couleurs passées.
Chaque curiosité de Buenos Aires fait l’ob­jet d’une eau-forte, petit bijou lit­téraire savam­ment ryth­mé par un auteur qui n’a peur ni des écarts de lan­gage ni des mélanges peu ortho­dox­es.

Pour (j’espère) vous don­ner envie, je vous joins quelques extraits ici. Ils sont traduits par mes soins, mais vous trou­verez l’ou­vrage com­plet aux édi­tions Asphalte, avec l’excellente tra­duc­tion d’Antonia Gar­cía Cas­tro.

C’était mon petit con­seil de lec­ture pour les vacances !!

*

Autres œuvres nota­bles traduites :

Les Sept fous (Ed. Bel­fond)

Les lance-flammes (Ed. Bel­fond)

Salauds de pauvres !

Hier soir, le jour­nal de la chaine fran­co-alle­mande ARTE a passé un court reportage sur le prob­lème des soupes pop­u­laires (come­dores comu­ni­tar­ios – réfec­toires ou restau­rants pop­u­laires, en espag­nol) en Argen­tine.

Dans ce pays où le taux de pau­vreté dépasse désor­mais les 50% de la pop­u­la­tion totale, ces come­dores représen­tent pour beau­coup le seul lieu où trou­ver un peu de nour­ri­t­ure quo­ti­di­enne, un peu comme les Restaus du cœur chez nous.

Le nou­veau prési­dent ultra-libéral Javier Milei, dont on a déjà pas mal par­lé sur ce blog, con­sid­ère que les pau­vres sont respon­s­ables de leur sit­u­a­tion, que les aides sociales sont un vol com­mis envers la société dans son ensem­ble, et que la main invis­i­ble du marché est mieux à même que l’état prov­i­dence de régler les prob­lèmes de pau­vreté et d’inégalité.

Par ailleurs, ces fameux come­dores ont un gros défaut : ils sont gérés par des gauchistes. Pire : des mil­i­tants. Ce qui devait arriv­er est donc arrivé : le gou­verne­ment a déniché quelques cas de cor­rup­tion et de détourne­ments de fonds et de stocks de nour­ri­t­ure pour remet­tre en ques­tion tout le sys­tème d’entraide sociale, et fer­mer la plu­part des soupes pop­u­laires.

Qu’il y a ait eu des irrégu­lar­ités, c’est prob­a­ble. Même chez nous, les restaus du cœur et autres soupes pop­u­laires attirent des mar­goulins prêts à prof­iter de la mis­ère pour s’en met­tre dans les poches. Il n’y a pas longtemps, une amie m’a racon­té l’histoire de cette béné­fi­ci­aire du Sec­ours pop­u­laire qu’on a retrou­vé sur un marché reven­dant les fripes qu’elle avait récupérées gra­tu­ite­ment. Est-ce que pour autant cela doit remet­tre en ques­tion tout le sys­tème d’aide aux dému­nis ?

Milei a donc sauté sur l’occasion pour met­tre un terme à ce scan­daleux assis­tanat géré par des com­mu­nistes (sic). Résul­tat : des mil­liers de tonnes de nour­ri­t­ure pour­ris­sent, entassés dans des hangars, puisqu’il n’y a plus per­son­ne pour les dis­tribuer.

Après une plainte déposée notam­ment par Juan Grabois, ancien can­di­dat péro­niste de gauche (bat­tu aux pri­maires) à la prési­den­tielle de 2023, la jus­tice argen­tine a som­mé l’État de rou­vrir les restaus pop­u­laires et d’organiser la dis­tri­b­u­tion des ali­ments. Ce qu’il a fait, par l’intermédiaire de l’armée, cette fois. Mais, selon le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12, en priv­ilé­giant les provinces qui ont bien voté, et en évi­tant soigneuse­ment celles gérées par l’opposition. Exem­ple : la province de Buenos Aires, qui compte plus d’un tiers de la pop­u­la­tion totale d’Argentine, n’a reçu que 2% des ali­ments de sec­ours.

L’attaque con­tre les restaus pop­u­laires a com­mencé dès décem­bre dernier. Le sys­tème actuel date de la grande crise de 2001, une péri­ode de chaos économique total qui avait con­duit à des émeutes de la faim. (Pour ceux qui s’y intéressent, voir sur ce blog l’article sur Car­los Men­em, le prési­dent ultra libéral, un des mod­èles de Milei, qui a gou­verné de 1989 à 1999 et dont la poli­tique a mené à ce chaos. Voir égale­ment le film de Pino Solanas «Memo­ria de un saqueo», Mémoires d’un saccage, ici).

Pour dénon­cer une pré­ten­due fraude mas­sive et des restaus fan­tômes (come­dores fan­tas­mas), la super min­istre San­dra Pet­tovel­lo s’est appuyée sur un reg­istre d’inscription datant du con­fine­ment de 2020, et non actu­al­isé depuis. A l’époque en effet, il y avait eu de nom­breuses déc­la­ra­tions d’ouvertures qui n’ont pas été suiv­ies d’effet. D’où, for­cé­ment, des trous dans la raque­tte ! (Voir ici, para­graphe 4). Mais l’opportunité était trop belle de pou­voir dénon­cer des abus. Selon le min­istère, il n’au­rait trou­vé que 52% de restaus fonc­tion­nant effec­tive­ment en tant que tels ! Mais on ne pré­cise pas si les autres auraient reçu effec­tive­ment de la nour­ri­t­ure : on ne s’intéresse ici qu’aux doc­u­ments papi­er.

Le gou­verne­ment affirme qu’il ne vise que les restaus où auraient été détec­tées des irrégu­lar­ités. Mais en réal­ité, c’est tout le sys­tème qui vient de s’effondrer. La dis­tri­b­u­tion d’aliments est restée en sus­pens pen­dant de longues semaines, oblig­eant la plu­part des lieux à fer­mer, pure­ment et sim­ple­ment, faute de ressources. Comme on l’a vu, cette dis­tri­b­u­tion a repris récem­ment avec l’armée, mais de manière spo­radique et très iné­gale­ment répar­tie.

Pen­dant ce temps, le super min­istère du « Cap­i­tal humain », comme c’est son titre, subit une véri­ta­ble fuite des cerveaux. Je dis « super » min­istère, car Milei, suiv­ant sa volon­té d’amaigrir sig­ni­fica­tive­ment l’État, et de réduire dras­tique­ment le nom­bre de min­istères, a regroupé en un seul les anciens min­istères du tra­vail, de l’éducation, de la cul­ture, de l’action sociale et de la famille.

Rien que ses derniers jours, ce sont 20 fonc­tion­naires qui ont présen­té leur démis­sion. Ou qui ont été limogés. L’ambiance est délétère. Le min­istère est soupçon­né d’avoir trem­pé dans des affaires de cor­rup­tion con­cer­nant, juste­ment, l’achat d’aliments des­tinés aux restaus pop­u­laires. Soupçons qui ont entrainé le limo­geage du secré­taire d’état à l’enfance et à la famille, Pablo de La Torre. Un fusible.

Et Milei dans tout ça ? Il court les cap­i­tales, on l’a vu récem­ment à Madrid venir inter­fér­er dans la cam­pagne élec­torale des européennes lors d’un grand meet­ing réu­nis­sant les extrêmes-droites, l’Espagnol Abas­cal, l’Italienne Mel­oni, la Française Le Pen, en tête. En prof­i­tant au pas­sage pour insul­ter publique­ment le pre­mier min­istre espag­nol Pedro Sanchez et sa femme, qu’il n’a pas daigné ren­con­tr­er ! Il est allé égale­ment faire un tour à la Sil­i­con Val­ley, retrou­ver son copain Elon Musk et les dirigeants de Google, avec lesquels il a dis­cuté de son grand rêve : réformer l’état à l’aide de l’intelligence arti­fi­cielle.

C’est vrai que les robots, ça ne risque pas de génér­er d’opposition. A ce pro­pos, Milei a annon­cé récem­ment un plan de limo­geage de plus de 75 000 fonc­tion­naires. “¡Amo ser el topo den­tro del Esta­do! Soy el que destruye el Esta­do des­de aden­tro, es como estar infil­tra­do en las filas ene­mi­gas”, dijo estos días en una entre­vista con el sitio cal­i­for­ni­ano The Free Press. “J’adore être la taupe à l’intérieur de l’Etat ! Je suis celui qui sape l’Etat de l’intérieur, c’est comme infil­tr­er les lignes enne­mies”, a‑t-il déclaré dans une inter­view au site Cal­i­fornien Free press.

En réal­ité, Milei est com­plète­ment décon­nec­té de la poli­tique, qui ne l’intéresse pas. Comme dit Martín Rodríguez Yebra dans La Nación : «Il com­mu­nique avec la logique de l’algorithme, atten­dant juste que ses paroles trou­vent un écho dans la grande bulle dans laque­lle nous nous trans­for­mons en mar­i­on­nettes de nos pro­pres attentes. Il fan­tasme sur un gou­verne­ment rationnel de l’intelligence arti­fi­cielle qui nous délivr­erait des ten­ta­tions humaines qui nous con­duisent au désas­tre.»

En somme, con­for­mé­ment au vœu le plus cher de cet anar­chocap­i­tal­iste, l’Argentine n’est plus gou­vernée !

Milei attaque l’État à la tronçon­neuse

Quelle classe moyenne à Buenos Aires en 2024 ?

Le quo­ti­di­en La Nación a réal­isé récem­ment une intéres­sante enquête con­cer­nant le revenu moyen d’une famille portègne type ( un cou­ple et deux enfants mineurs) en 2024. En par­tant d’une ques­tion toute sim­ple : quel est le seuil de revenu néces­saire pour être aujourd’hui con­sid­éré comme par­tie inté­grante de cette classe sociale ?

Atten­tion en préal­able : on ne par­le ici que du revenu d’une famille de la cap­i­tale, pas de la province, où les niveaux de revenus sont naturelle­ment plus bas, comme dans la plu­part des pays.

Atten­tion égale­ment : ces chiffres, qui vont paraitre très bas pour nous autres Français, sont à met­tre en regard du coût de la vie argentin, bien enten­du. Par exem­ple, un apparte­ment de trois pièces se loue 600 euros env­i­ron aujourd’hui. Dans la cap­i­tale ! Ce qui ferait rêver bien des Parisiens !

Le quo­ti­di­en fait une com­para­i­son sig­ni­fica­tive. En 2023, il fal­lait env­i­ron 340 euros men­su­els pour être con­sid­éré par­tie prenante de la classe moyenne. Un an plus tard, avec plus de 290% d’inflation, il faut déjà mul­ti­pli­er ce chiffre par qua­tre : on est passé à 1300 euros men­su­els !

Et encore, ceci est val­able si vous pos­sédez votre loge­ment. Un locataire, lui, aura donc besoin de près de 2000 euros pour être classé « moyen ».
Compte-tenu de cette révi­sion à la hausse, le seuil de pau­vreté, lui aus­si, doit revoir sa base. Main­tenant, c’est sous 470 euros men­su­els env­i­ron qu’une famille peut-être con­sid­érée comme indi­gente.

Graphique pau­vreté. Pour info, pour avoir les chiffres en euros, il suf­fit au cours d’au­jour­d’hui de divis­er par 1000. En gros.

On le voit, l’économie argen­tine est sens dessus dessous, avec une accéléra­tion bru­tale des niveaux de seuil. Naturelle­ment, les prix suiv­ent, ou plutôt précè­dent. Le coût de la vie a bon­di, et con­tin­ue de grimper de façon ver­tig­ineuse, dans une escalade prix-revenus incon­trôlable.

Le taux de pau­vreté sem­ble devoir se fix­er autour de 50% de la pop­u­la­tion. Ce qui est évidem­ment énorme.

Où en est donc l’Argentine, après six mois de ges­tion ultra-libérale ? On le voit, l’inflation a con­tin­ué de galop­er. D’après La Nación et les com­men­ta­teurs favor­ables au gou­verne­ment, elle serait en voie de sta­bil­i­sa­tion. A presque 300%, il serait temps. Mais les prix, eux, con­tin­u­ent d’augmenter, tan­dis que les salaires, même s’ils mon­tent, peinent à suiv­re (45% sur ces derniers trois mois, à com­par­er avec les plus de 51% de hausse des prix).

Jeu­di 9 mai, les syn­di­cats ont organ­isé une grève générale, très suiv­ie. Il n’y avait plus un chat dans les rues, plus de bus, plus de métro, admin­is­tra­tions fer­mées, ain­si qu’une bonne par­tie des com­merces. Comme dit le quo­ti­di­en Página/12, on se serait cru revenu au temps du con­fine­ment.

Jour de grève sur l’Av­enue de Mayo. Au fond, le palais prési­den­tiel.

Pour le moment cepen­dant, le prési­dent anar­cho-cap­i­tal­iste garde une cer­taine con­fi­ance, son taux de sat­is­fac­tion se situ­ant autour de 50%. Il faut dire que l’opposition, en regard, n’est pas encore prête à remon­ter la pente. Les péro­nistes restent très impop­u­laires, surtout juste­ment dans les class­es moyennes et supérieures, et le gou­verne­ment actuel, non sans quelque rai­son d’ailleurs, lui fait porter le cha­peau à très larges bor­ds d’une sit­u­a­tion économique qui, selon Milei, le prési­dent, le con­traint à des mesures dras­tiques d’austérité. Reste à savoir si les mesures en ques­tion ne se révéleront pas, à terme, pire que le mal, ce que prophé­tisent cer­tains écon­o­mistes, et pas tous de gauche.

Un acci­dent ter­ri­ble vient d’avoir lieu entre deux trains de ban­lieue, dans le quarti­er de Paler­mo (Buenos Aires). Pas de mort au moment où j’écris cet arti­cle, mais 90 blessés, dont 55 à l’hôpital. Un train en mou­ve­ment en a per­cuté un autre arrêté sur la même voie. Aucune sig­nal­i­sa­tion d’urgence pour éviter la cat­a­stro­phe : les câbles avaient été volés, mais pas rem­placés. Il n’y a plus d’argent pour entretenir le chemin de fer pub­lic.

Le chemin de fer en Argen­tine, c’est une longue his­toire, avec pas mal de relents colo­ni­aux. Au début du XXème siè­cle, le réseau avait été sous-traité aux Anglais, qui avaient obtenu des con­trats léonins (comme sou­vent) pour l’exploiter et en tir­er les plus gros béné­fices. Pas bêtes, ils en avaient exigé le mono­pole. Comme ça, pas de dan­ger de con­cur­rence. Perón les avait nation­al­isés dans les années 50, à un prix d’or qu’on lui a beau­coup reproché.

Jusqu’à l’arrivée de Car­los Men­em à la prési­dence, en 1989, l’Argentine comp­tait 36 000 kilo­mètres de ligne. Men­em en a fait fer­mer l’essentiel : il en reste env­i­ron 9 000 (En France, pays 5 fois plus petit, on en compte 28 000 !).

Et, donc, avec une main­te­nance publique de plus en plus frag­ile. L’essentiel du réseau aujourd’hui ne dessert plus, grosso modo, que la Cap­i­tale et sa grande ban­lieue. Dans des trains en mau­vais état, en nom­bre insuff­isant (ils sont régulière­ment bondés) et plutôt lents. Les acci­dents ne sont pas rares.
Comme de juste, le prési­dent Milei a prof­ité de l’accident pour en remet­tre un coup sur la néces­saire pri­vati­sa­tion des chemins de fer. Tech­nique anglaise là encore, util­isée avec grand suc­cès avec le métro lon­donien : l’état coupe le robi­net, l’entreprise est étran­glée, reste plus qu’à la ven­dre au plus offrant. Tant pis pour le ser­vice pub­lic.

Bon, et à part ça qu’est-ce qui se passe ? Eh bien en ce moment, on est en pleine foire inter­na­tionale du livre à Buenos Aires. Une des plus impor­tantes du monde, elle dure cette année du 25 avril au 13 mai. Trois semaines ! Il parait que notre David Foenk­i­nos fig­ure par­mi les invités d’honneur. Nul doute qu’il saura causer dans le poste, il passe très bien à l’écran !

Bars remarquables à Buenos Aires

Aujourd’hui, je vous pro­pose d’aller faire la tournée des bars.

En effet, par­mi les dif­férentes curiosités à ne pas man­quer à Buenos Aires, out­re les fan­ions habituels que de toute façon vous ne raterez jamais, car ceux-là, on en par­le partout, il y a un cir­cuit bal­isé qui con­tentera tous les ama­teurs de plaisirs un tan­ti­net rétros, mais eux, par­faite­ment authen­tiques.

La cap­i­tale argen­tine s’est dotée d’un label spé­ci­fique : les bars, ou cafés, «nota­bles». A savoir, tout une liste de bars, de cafés, de brasseries et de «con­fiterías» anciens ou plus récents, con­servés dans leur décor his­torique et dis­tin­gués pour cela et/ou pour leur archi­tec­ture ou leur impor­tance cul­turelle et sociale. Leur nom­bre est assez con­séquent: on compte un peu plus de 60 lieux label­lisés !

On a donc que m’embarras du choix, et du quarti­er, puisqu’ils sont dis­per­sés sur à peu près toute l’agglomération.

Naturelle­ment, je ne les ai pas tous vis­ités ! A mon act­if, je n’en compte qu’une quin­zaine, ce qui n’est déjà pas mal ! (Et sans excès, c’est juré. D’autant que la plu­part font aus­si restau­rant !).

Il serait long et un peu fas­ti­dieux, sans doute, de bross­er le por­trait de cha­cun en l’assortissant d’un (même bref) his­torique. Je vous ai déjà par­lé dans ce blog du fameux «La Biela», où les écrivains Jorge Luis Borges et Adol­fo Bioy Casares avaient l’habitude de se retrou­ver.

Borges était égale­ment habitué d’un autre bar fameux, le «Tor­toni», situé non loin du Palais prési­den­tiel, avenue de Mayo. Celui-ci peut-être com­paré, dans l’esprit plus que dans le décor, au parisien «Café de flo­re».

Le Tor­toni, avant de devenir un lieu de pèleri­nage pure­ment touris­tique, a longtemps été le ren­dez-vous de tout ce que Buenos Aires comp­tait d’intellectuels, de poètes, de chanteurs et autres célébrités, qu’à défaut de pou­voir encore ren­con­tr­er assis à une des tables, on croise désor­mais accrochés aux murs du petit musée du sou­venir qu’il ren­ferme. Voir plus bas, n°4.

En voici quelques uns, en images, avec la cer­ti­tude qu’ils vous don­neront envie d’en pouss­er la porte, à l’occasion d’un prochain voy­age au pays des gau­chos. Bon, peut-être seule­ment quand Milei aura été débar­qué du Palais prési­den­tiel, on va devoir patien­ter un peu avant que le pays revi­enne au calme et à la sta­bil­ité poli­tique et économique, mais après lui, les bars remar­quables seront tou­jours là ! Enfin, on peut espér­er qu’au moins ça, il n’y touchera pas !

1. Le Federal (1864)

Situé dans le quarti­er his­torique de San Tel­mo, qui compte plusieurs de ces bars remar­quables. Fin XIXème, ce bar était noté comme «magasin/débit de bois­sons», car il fai­sait égale­ment ce qu’on appellerait chez nous «épicerie». Ce n’est plus le cas aujourd’hui, c’est un bar-brasserie. Out­re le mobili­er ancien, tout en bois, on notera le comp­toir atyp­ique et très ouvragé, ain­si qu’aux murs, une for­mi­da­ble col­lec­tion de pub­lic­ités anci­ennes. Adresse : coin des rues Car­los Cal­vo et Perú.

 

2. Café de la Poesía (1982)

Même quarti­er, cette fois au coin (en Argen­tine, les bars sont très sou­vent au coin) des rues Chile et Bolí­var. Celui-là est net­te­ment plus récent que les autres, mais il a la par­tic­u­lar­ité, comme son nom l’indique, d’avoir été le ren­dez-vous des plus grands poètes argentins, comme Juan Gel­man, Olga Oroz­co ou Ale­jan­dra Pizarnik. Il a d’ailleurs été fondé par l’un d’entre eux, Rubén Derlis (1938). Très beau décor égale­ment, une des chou­ettes ambiances du quarti­er.

3. Bar musée « Simik », appelé aussi «Bar Palacio» (Début XXème — 2001)

On change com­plète­ment de quarti­er, pour se trans­planter non loin du célèbre cimetière de la Chacari­ta, pen­dant plus pop­u­laire de celui de la Reco­le­ta, le Père-Lachaise argentin. Ce bar est une véri­ta­ble cav­erne d’Ali Baba des ama­teurs de pho­togra­phie. Il expose, tant dans les vit­rines qui ser­vent à cloi­son­ner de petites alcôves dis­crètes qu’à l’intérieur même des tables vit­rées, une impres­sion­nante col­lec­tion d’appareils de tous gen­res et toutes épo­ques. S’il ne pro­pose plus d’ateliers-photo comme autre­fois, il s’y organ­ise régulière­ment des expo­si­tions tem­po­raires et des con­férences. Le bar lui-même, appelé Bar Pala­cio,  existe depuis le début du XXème siè­cle ; sa ver­sion «musée-pho­to», elle, a été amé­nagée en 2001 par le pho­tographe Ale­jan­dro Simik. Adresse : coin des rues Fed­eri­co Lacroze et Fra­ga (Voir aus­si la pre­mière pho­to de l’ar­ti­cle).

4. Le Tortoni (1855)

S’il n’y en avait qu’un à vis­iter, ce serait celui-là. Le plus ancien (parait-il) et surtout le plus célèbre. Comme je le dis­ais en intro­duc­tion, on pour­rait le com­par­er au «Flo­re» de Paris. En vous instal­lant à une des tables, il y a des chances pour que vous posiez vos postérieurs sur la même chaise que, pêle-mêle, Julio Cor­tazar, Jorge Luis Borges, Lui­gi Piran­del­lo, Fed­eri­co Gar­cía Lor­ca, Car­los Gardel ou Arthur Rubin­stein. Excusez du peu. Bon, main­tenant, vous allez surtout vous asseoir au milieu des autres touristes, et par­fois après avoir fait la queue pen­dant trois bons quarts d’heure sur le trot­toir. Lui aus­si est devenu une sorte de musée. A not­er quand même qu’on peut y assis­ter à des spec­ta­cles de tan­go, cer­tains soirs.

5. Confitería Ideal (1912)

C’est le moment d’expliquer ce qu’est, en Argen­tine, une « con­fitería ». Rien à voir avec une con­fis­erie, ou un marc­hand de con­fi­tures. Une con­fitería, c’est un genre de salon de thé. En général, un local présen­tant un cachet supérieur à celui d’un bar ou d’une brasserie ordi­naires. Il en existe tout un tas à Buenos Aires. Voir plus bas égale­ment la con­fitería «Las Vio­le­tas». La Ide­al a été conçue au départ comme un bar glac­i­er. Puis, dans les années 70, on l’a trans­for­mée un temps en salle de bal, prof­i­tant de la sur­face immense de sa salle prin­ci­pale. Le cinéaste Alan Park­er s’en est servi de décor pour son film « Evi­ta » sur Eva Perón, avec Madon­na dans le rôle-titre. On la trou­ve en plein cen­tre, dans la rue Suipacha, à deux pas de l’obélisque de l’Avenue du 9 de julio.

6. El Gato negro (1927)

Ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler un bar, mais d’abord et avant tout, une bou­tique his­torique d’épices, de café et de thé. Mais le local pos­sède quelques tables, et fait salon de thé. On y déguste pâtis­series et tous types de bois­sons en humant les par­fums des pro­duits en vente dans la bou­tique, c’est très agréable. La déco n’a pas changé depuis sa fon­da­tion, et si vous cherchez des idées de cadeaux sym­pas et pas trop chers, c’est ici ! Sur l’avenue Cor­ri­entes (n° 1669), le Broad­way local, avenue des théâtres, des ciné­mas et des bouquin­istes.

7. Confitería Las Violetas (1884)

On dit que c’est l’endroit préféré des Portègnes, les habi­tants de Buenos Aires. C’est quand même assez éloigné du cen­tre, ceci dit. Mais ça vaut le détour, c’est absol­u­ment mag­nifique. Vit­raux, bois­eries, mar­bre et mobili­er parisien. Un mon­u­ment his­torique entre tous. Élue plus beau bar remar­quable de Buenos Aires en 2017. Comme le Tor­toni, c’est sou­vent bondé. Mais on ne fait pas la queue. Adresse : coin des Avenues Medra­no et Riva­davia. Sta­tion de métro Cas­tro Bar­ros, direct par la ligne A depuis la Plaza de mayo.

8. Le Petit Colón (1978)

C’est un de mes préférés, avec le Fed­er­al et la Biela. Pas très ancien, mais pour­tant, on dirait bien. Situé, comme son nom l’indique, tout près du teatro Colón, le prin­ci­pal théâtre de la ville. Très parisien dans l’esprit, avec ses bois­eries, son bar mi-gran­it mi-bois, et ses guéri­dons.

9. Paulín (1988)

Celui-ci non plus n’est pas très ancien, mais j’adore son ambiance. Le lieu est très atyp­ique : le bar en grand U occupe tout le cen­tre de la salle étroite, et on s’installe sur des tabourets tout autour pour con­som­mer tapas, sand­wich­es et bois­sons. Ils ont une excel­lente cave à vins, qui vous fera faire le tour des meilleurs crus argentins ! Celui-là est en plein cen­tre, presque au coin de la rue Sarmien­to et de la célèbre rue pié­tonne et com­merçante Flori­da.

10. Bar Sur (1967)

Le plus mythique de tous les bars de tan­go. Situé à la lisière du quarti­er San Tel­mo, on peut y assis­ter à des spec­ta­cles tous les soirs, jusqu’au petites heures du matin. L’écrivain Espag­nol Manuel Vazquez Mon­tal­bán en a fait un des décors prin­ci­paux de son roman «Le quin­tette de Buenos Aires» (Série Pepe Car­val­ho). Le célèbre détec­tive vient y écouter régulière­ment la chanteuse Adri­ana Varela. C’est assez petit, et donc très intimiste.

 

Voilà pour un petit échan­til­lon des «bô bars» de la cap­i­tale argen­tine. Vous pour­rez en retrou­ver bien d’autres sur ce site : https://turismo.buenosaires.gob.ar/es/article/bares-notables, que je vous invite à con­sul­ter, même si les courts résumés de présen­ta­tion sont, évidem­ment, en espag­nol. Mais là, la liste est ‑presque — exhaus­tive !

 

24-03-2024: commémo sélective

Aujourd’hui 24 mars 2024, on com­mé­more en Argen­tine un autre 24 mars net­te­ment plus sin­istre : celui de 1976, date du coup d’état mil­i­taire ouvrant sur une dic­tature de 7 ans.

Enfin, on com­mé­more, ça dépend qui. Car en ce début de règne miléiste, la ten­dance sem­blerait plutôt être à l’oubli. Suiv­ez mon regard, plutôt en biais vers la droite.

Il est vrai qu’une large majorité des électeurs de Javier Milei, qui a car­ton­né chez les 18–35 ans, n’a pas con­nu la dic­tature. Mais même les plus âgés sem­blent aujourd’hui avoir quelques trous de mémoire.

On me dira que c’est un phénomène clas­sique. En Ital­ie, il y a longtemps qu’on a sol­dé le fas­cisme mus­solin­ien, qu’on n’est pas loin de réha­biliter par l’entremise de la dernière prési­dente en date, Gior­gia Mel­oni. En Alle­magne et en Espagne, des par­tis se récla­mant plus ou moins ouverte­ment de l’héritage nazi ou fran­quiste paradent au par­lement et sur les plateaux télés.

La France, où on prédit un résul­tat record pour le RN aux Européennes de juin, n’échappe pas au phénomène. Les Brésiliens, 21 ans de dic­tature entre 1964 et 1985, n’ont pas hésité à élire Jaïr Bol­sonaro, un nos­tal­gique du bon temps des mil­i­taires, entre 2019 et 2023.

Le proces­sus est tou­jours le même. Après la chute d’une dic­tature, à peu près tout le monde, de droite à gauche, est d’accord pour vouer les tyrans aux gémonies et acclamer le retour à la démoc­ra­tie. Puis, peu à peu, la mémoire fatigue, et s’efface. Arrivent sur le marché poli­tique des plus jeunes, qui n’ont rien con­nu des années noires, et, qui, pour cer­tains, n’hésitent pas à idéalis­er une péri­ode qu’ils n’ont pas vécue. Là encore, du clas­sique : «c’était vache­ment mieux avant».

Milei et ses sup­port­ers n’échappent pas à la règle. D’autant moins qu’ils comptent dans leur céna­cle quelques enfants de mil­i­taires, comme la vice-prési­dente Vic­to­ria Vil­laru­el, fille et nièce de tor­tion­naires revendiqués.

Sym­bole de ce change­ment rad­i­cal, là aus­si, dans le regard porté sur les années de dic­tature, le gou­verne­ment a réduit dras­tique­ment les sub­ven­tions à la plu­part des insti­tu­tions mémorielles. Selon Pagina/12 qui s’en fait l’écho, ‑37,25% pour la Banque de don­nées géné­tiques (qui aide à retrou­ver les bébés nés en déten­tion, enlevés à leurs mères et remis à des familles «sûres»), ‑56% pour les Archives nationales de la mémoire, ‑76% pour l’entretien des espaces et sites dédiés au sou­venir.

Vic­to­ria Vil­laru­el, pen­dant la cam­pagne, a présen­té un plan pour trans­former la sin­istre ESMA (Ecole supérieure de la marine, cen­tre de tor­ture entre 1976 et 1982), dev­enue un musée du sou­venir sous la prési­dence de Nestor Kirch­n­er (2003–2007), en parc de loisirs !

Grande salle de l’Ecole supérieure de mécanique de la Marine (ESMA), aujour­d’hui cen­tre mémoriel de la dic­tature.

Une sim­ple lec­ture de la presse quo­ti­di­enne en cette journée de com­mé­mora­tion donne une idée de cet efface­ment mémoriel.

A droite, les deux prin­ci­paux quo­ti­di­ens y font à peine allu­sion. Un arti­cle en une de La Nación, sous un titre par­lant : « Marche du 24 mars : la gauche, le kirch­ner­isme (mou­ve­ment péro­niste de gauche, NDLA) et les asso­ci­a­tions de Droits de l’homme se mobilisent ». Même chose chez Clarín, on met en avant une com­mé­mora­tion «de gauche», tout en annonçant la sor­tie d’un doc­u­men­taire offi­ciel sur la dic­tature, lais­sant entrevoir qu’on y remet­tra cer­taines pen­d­ules à l’heure. Et encore, ces arti­cles sont à trou­ver en scrol­lant pas mal sur la page d’accueil de ces canards en ligne.

Infobae Argen­tine, pour sa part, pro­pose un arti­cle de fond en une, bien dans sa veine «cen­triste» habituelle, inti­t­ulé « Coup d’état de 1976 : du «con­sen­sus social en faveur de la dic­tature» que recon­nais­sait Fir­menich (Un des prin­ci­paux chefs révo­lu­tion­naires, NDLA) au « pire gou­verne­ment mil­i­taire de l’histoire » selon Massera (Ami­ral Emilio Massera, mem­bre de la junte mil­i­taire) ». L’article n’est pas signé par n’importe qui : Juan Bautista Tata Yofre fut le chef des ser­vices de ren­seigne­ments argentins sous la prési­dence de Car­los Men­em (1989–1999), et au cœur, en 2008 d’un «water­gate» local, piratage des cour­riels du cou­ple prési­den­tiel Nestor et Cristi­na Kirch­n­er, pour lequel il fut oppor­tuné­ment mis hors de cause en appel en 2016, sous la prési­dence de Mauri­cio Macri.

Je con­seille la lec­ture de cet arti­cle à tous ceux qui savent lire l’espagnol : ques­tion révi­sion­nisme, il vaut le détour. Yofre s’y mon­tre très sub­til. Tout en cri­ti­quant l’action poli­tique et économique des mil­i­taires, il les réha­bilite par la bande en ressor­tant le vieil argu­ment selon lequel ils auraient fait le sale boulot pour le plus grand prof­it de gens trop con­tents de ne pas se salir les mains eux-mêmes.

Il cite même le général Videla, pre­mier des qua­tre dic­ta­teurs qui se sont suc­cédé, s’adressant à ses juges :

«Que nous ayons été cru­els, nous l’assumons. En atten­dant, vous avez une Patrie…nous l’avons sauvée comme nous croyions devoir le faire. Y avait-il une autre méth­ode ? Nous ne le savons pas, mais nous ne pen­sons pas que nous auri­ons pu réalis­er d’une autre manière ce que nous avons réus­si. Jetez nous la cul­pa­bil­ité à la fig­ure et jouis­sez de nos résul­tats. Nous serons les bour­reaux, vous serez les hommes libres».

Par­mi les «grands» quo­ti­di­ens nationaux, seul Pagina/12 pro­pose une page d’accueil fournie en arti­cles, accu­sant au pas­sage le gou­verne­ment actuel de, je cite, «nier, jus­ti­fi­er ou même pro­mou­voir les crimes con­tre l’humanité com­mis par les forces de répres­sion».

On le voit, 50 ans après, les mémoires sont (re)devenues sélec­tives, et forte­ment cor­rélées aux ten­dances poli­tiques des uns et des autres.

En Argen­tine comme ailleurs, le révi­sion­nisme his­torique est comme un bou­chon de liège. On le croy­ait défini­tive­ment noyé, il revient imman­quable­ment à la sur­face. La ten­dance reste encore minori­taire dans l’opinion, mais ici et là, on com­mence à voir poindre des deman­des de mise en lib­erté, voire d’amnistie, des mil­i­taires pour­suiv­is. Jusqu’ici, sans suc­cès. Mais jusqu’à quand ?