4 mars 2021 : Unes d’un jour ordinaire

Chronique des unes d’un jour ordi­naire en Argen­tine : à tra­vers l’exploration de cinq jour­naux en ligne, les pri­or­ités du moment au pays du maté calme.

Com­mençons par le plus lu : Clarín. Comme à son habi­tude, il a cher­ché par quel biais atta­quer le gou­verne­ment en place. Comme partout, le plus effi­cace en ce moment, c’est ce bon vieux virus, inépuis­able source quand on veut cri­ti­quer ceux qui se tapent la douloureuse tache d’y faire face pour tout le monde. Cette fois, la cri­tique con­cerne (là aus­si, comme à peu près partout) la ges­tion des vac­cins. Clarín relève que la ville de Buenos Aires (dirigée par l’opposition) se plaint que le pou­voir cen­tral dis­tribue les dos­es à tra­vers le pays non en fonc­tion de l’importance des groupes à risque, mais au pro­ra­ta des pop­u­la­tions. Et pro­duit un intéres­sant tableau cor­rob­o­rant ce fait. Cri­ti­quant par­al­lèle­ment, au pas­sage, le retard pris par l’Argentine dans l’achat glob­al de vac­cins, par rap­port à ses voisins brésilien et chilien. Deux gou­verne­ments évidem­ment plus sym­pa­thiques aux yeux du grand quo­ti­di­en argentin. Qui se demande si les régions ne feraient pas mieux de pren­dre leur autonomie (ce que la loi argen­tine per­met) sur le sujet.

La Nación choisit un autre angle d’attaque, prob­a­ble­ment plus pop­u­laire et plus effi­cace : la cor­rup­tion de l’époque Cristi­na Kirch­n­er. Lázaro Báez a été con­damné à 12 ans de prison pour blan­chisse­ment d’argent sale et ce que nous appel­le­ri­ons en France fraude aux marchés publics : l’entrepreneur de BTP d’origine chili­enne aurait béné­fi­cié de marchés truqués de la part du gou­verne­ment de Cristi­na Fer­nán­dez de Kirch­n­er, elle aus­si pour­suiv­ie dans dif­férentes affaires de cor­rup­tion active et pas­sive. Une affaire aux vastes ram­i­fi­ca­tions, dans laque­lle inter­fèrent égale­ment des soupçons de « law­fare », le pou­voir en place soupçon­nant cer­tains secteurs du monde judi­ci­aire de pactis­er avec l’opposition de droite pour « mouiller » les tou­jours pop­u­laires dirigeants péro­nistes. Un peu à la manière de ce qui a été fait au Brésil con­tre Lula et Dil­ma Roussef. Mais en l’occurrence, il sem­blerait que les dossiers soient bien plus solides dans le cas argentin que dans le cas brésilien, même si, des deux côtés de la fron­tière, les dénon­ci­a­teurs de la cor­rup­tion sont assez loin d’être eux-mêmes des cheva­liers blancs. L’Amérique latine n’est pas, et n’a jamais été en la matière, un ter­ri­toire binaire. Si le pou­voir cor­rompt, c’est encore et tou­jours plus vrai de ce côté-là de l’Atlantique. Hélas. Il est néan­moins assez croustil­lant de voir que la jus­tice du Pana­ma, par­adis fis­cal bien con­nu pour avoir abrité un temps les intérêts de l’ancien prési­dent de droite Mauri­cio Macri, se sai­sisse du dossier.

On ne sera donc pas éton­né de voir que c’est juste­ment le cas Macri que met en relief le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12, fer­vent sup­port­er de Cristi­na Kirch­n­er et du par­ti péro­niste. Le quo­ti­di­en – qui par ailleurs évite aujourd’hui soigneuse­ment toute allu­sion aux affaires en cours con­tre Cristi­na Kirch­n­er et Lázaro Báez – pour­suit son enquête au sujet de la fail­lite pré­sumée fraud­uleuse de l’entreprise « Correo Argenti­no » (l’équivalent de notre Poste), jadis pro­priété de la famille Macri. Cette dernière est soupçon­née d’avoir prof­ité de son pas­sage au pou­voir pour négoci­er un accord avan­tageux de sauve­tage de l’entreprise, aux frais du con­tribuable. Correo Argenti­no, qui cherche dés­espéré­ment un repre­neur, doit 4 mil­liards et demi de pesos à l’Etat (Plus de 41 mil­lions d’euros au cours actuel) et aurait organ­isé son insolv­abil­ité en « déviant » les réserves de l’entreprise vers d’autres firmes appar­tenant à – ou amies de – la famille Macri. Qui s’en défend, tout en ten­tant, selon Pagina/12, d’évincer la juge en charge du dossier par tous les moyens.

Com­ment s’étonner ensuite que les Argentins se dés­espèrent d’être un jour gou­vernés par des élus hon­nêtes ?

A part ça, et pour plus de légèreté, dans le plus par­fait désor­dre : Cróni­ca a vu appa­raitre un OVNI au cours d’un jour­nal d’infos brésilien (Si si, c’est le titre de la une en ligne !), et le Diario Pop­u­lar célèbre la vic­toire du club de Boca Junior (celui de Maradona) en… trente-deux­ièmes de finale de la coupe d’Argentine. C’est aus­si le titre de une, mais notons que juste en dessous, on trou­ve un intéres­sant arti­cle sur un cas assez effrayant de pros­ti­tu­tion de mineures par leur pro­pre mère. (De 4 à 12 ans, les filles, quand même). Un sujet hélas uni­versel.

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