San Martín et la traversée des Andes

 

Mon­u­ment à San Martín — Men­doza — Pho­to DP

          On a vu dans un arti­cle précé­dent (9 juil­let 1816, l’indépendance de l’Argentine) qui était San Martín et son impor­tance dans la con­struc­tion de l’Argentine libre. San Martín est LE grand « prócer » argentin, le grand homme de la nation, le libéra­teur, au même titre que Boli­var au Venezuela.
En réal­ité, il l’est égale­ment pour les Chiliens et les Péru­viens : c’est lui qui a égale­ment con­tribué à la libéra­tion de ces ter­ri­toires de la tutelle espag­nole. On le ver­ra, il a même un temps gou­verné le Pérou enfin indépen­dant. Bref, c’est un per­son­nage cap­i­tal si on veut bien com­pren­dre la chronolo­gie des indépen­dances du cône sud.
Un de ses grands faits d’armes restera cepen­dant, et de loin, la fameuse «tra­ver­sée des Andes», en 1817. Geste héroïque s’il en fut : per­son­ne ne l’avait fait avant lui et son armée.

          Revenons au début. On s’en sou­vient, à son arrivée d’Espagne, en 1812, il a com­mencé par par­ticiper à l’éviction du pre­mier tri­umvi­rat gou­ver­nant l’Argentine pas encore tout a fait libérée de la tutelle colo­niale. Pour le rem­plac­er par un sec­ond tri­umvi­rat plus proche de ses idées, et de celles de ses com­pagnons de la «Loge Lau­taro», société plus ou moins secrète fondée dans le but de favoris­er les indépen­dances lati­no-améri­caines.
          En 1814, le Directeur suprême de ce sec­ond Trimu­vi­rat, Ger­va­sio Anto­nio de Posadas, le nomme Gou­verneur de la région de Cuyo, dont la ville prin­ci­pale est Men­doza, au pied des Andes. San Martín avait déjà pris égale­ment en charge la direc­tion de « l’armée du nord », en rem­place­ment de Manuel Bel­gra­no, un général qui avait subi deux lour­des défaites con­tre les roy­al­istes en octo­bre et novem­bre 1813. C’est à Men­doza que San Martín va donc pré­par­er sa périlleuse expédi­tion.
          Jusque là, les divers­es ten­ta­tives pour com­bat­tre les Espag­nols et libér­er le Pérou pas­saient toutes par le nord, jugé plus prat­i­ca­ble. Le pas­sage du nord, c’est-à-dire en pas­sant par la région de Salta, puis le sud-ouest de l’actuelle Bolivie, qui fai­sait alors par­tie de ce qui était appelé «le Haut-Pérou». Mais en local­isant les com­bats dans cette zone, aucune vic­toire déci­sive ne fut acquise par aucun des bel­ligérants, rem­por­tant cha­cun et suc­ces­sive­ment des batailles : la sit­u­a­tion était figée. D’où l’idée de San Martín d’essayer une nou­velle voie de con­quête : le pas­sage des Andes pour gag­n­er le Paci­fique et rejoin­dre par l’océan la cap­i­tale du Pérou, Lima. Pas du tout cuit, et même par­ti­c­ulière­ment gon­flé, quand on con­nait l’altitude du mas­sif mon­tag­neux. Il allait fal­loir compter avec le manque de chemins et d’oxygène sur le par­cours. Sans compter qu’il fal­lait aus­si tra­vers­er des ter­ri­toires Mapuch­es !

          Pour toutes ces raisons, il faut deux ans à San Martín pour pré­par­er son armée. D’abord, trou­ver de l’argent pour l’équiper (ce qu’il fera en tax­ant les com­merçants et les pro­prié­taires ter­riens, et en con­fisquant les biens des Espag­nols frileux à soutenir l’indépendance), ensuite, entrain­er les hommes en prévi­sion des con­di­tions extrêmes qu’ils allaient devoir affron­ter. Car il faut tout prévoir : des armes en quan­tité suff­isante, des chevaux, de quoi fab­ri­quer des ponts pro­vi­soires pour franchir riv­ières et précipices, du rav­i­taille­ment, un ser­vice de san­té pourvu en hommes et en matériel, etc, etc…
          Bien décidé à ne pas se détourn­er de ses plans ini­ti­aux, San Martín se refusera même à reporter son opéra­tion pour revenir prêter main-forte au camp uni­taire dans la guerre civile qui l’oppose aux fédéral­istes d’Artigas et des provinces de la «Ligue des peu­ples libres» (Voir l’article précé­dent sur l’indépendance de l’Argentine). Rien ne pour­ra le détourn­er de son grand œuvre : la libéra­tion du Chili d’abord, puis du Pérou, ces deux ter­ri­toires tou­jours aux mains des Espag­nols.
          Enfin prête, l’Armée des Andes se met en route le 19 jan­vi­er 1817. Elle com­prend 5000 hommes (dont 25 guides de mon­tagne), 1600 chevaux et près de 10000 mules ! Pour tromper l’ennemi roy­al­iste, San Martín divise ses forces : deux colonnes prin­ci­pales, l’une sous les ordres du général en chef lui-même, l’autre com­mandée par le Général Las Heras, mais l’astuce, c’est de prévoir égale­ment qua­tre colonnes sec­ondaires, pour con­fon­dre l’ennemi et l’obliger à se divis­er lui aus­si. Ces colonnes sec­ondaires se déploient bien plus au sud et au nord des deux prin­ci­pales, ouvrant ain­si un front de près de 2000 kilo­mètres, en gros, de l’actuelle Copi­apo au nord à l’actuelle Tal­ca au sud (du Chili). Tan­dis que San Martín et Las Heras, quant à eux, piquaient plein cen­tre, en direc­tion de San­ti­a­go. La tac­tique fonc­tionne d’autant mieux que le déploiement de forces roy­al­istes sur une zone aus­si éten­due provoque en retour plusieurs mou­ve­ments favor­ables aux troupes révo­lu­tion­naires. Les roy­al­istes sont pris en tenaille, ne sachant plus trop où con­cen­tr­er leurs forces. En moins d’un mois, les deux colonnes prin­ci­pales font la jonc­tion à Curimón, près de San Felipe, dans la val­lée du fleuve Aconcagua. A moins de 100 kilo­mètres au nord de San­ti­a­go. Les forces roy­al­istes se por­tent à leur ren­con­tre, qui a lieu à Casas de Cha­cabu­co et se sol­de par une nette vic­toire des troupes de San Martín. Nous sommes le 12 févri­er 1817 : le gou­verneur roy­al­iste Casimiro Mar­co del Pont est cap­turé, et ses troupes se replient bien plus au sud, à Talc­ahuano, un petit port près de Con­cep­ción. Le 18, le général chilien Bernar­do O’Higgins, qui fai­sait par­tie de la colonne de San Martín, est nom­mé directeur suprême de la «Patrie nou­velle». Un an plus tard, après une nou­velle bataille vic­to­rieuse con­tre les roy­al­istes à Maipú (5 avril 1818) , le Chili devien­dra une république indépen­dante.

          San Martín peut con­tin­uer son œuvre plus au nord, en direc­tion du Pérou.

Les Andes à la fron­tière Chili-Argen­tine — Pho­to PV

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