Quelle classe moyenne à Buenos Aires en 2024 ?

Le quo­ti­di­en La Nación a réal­isé récem­ment une intéres­sante enquête con­cer­nant le revenu moyen d’une famille portègne type ( un cou­ple et deux enfants mineurs) en 2024. En par­tant d’une ques­tion toute sim­ple : quel est le seuil de revenu néces­saire pour être aujourd’hui con­sid­éré comme par­tie inté­grante de cette classe sociale ?

Atten­tion en préal­able : on ne par­le ici que du revenu d’une famille de la cap­i­tale, pas de la province, où les niveaux de revenus sont naturelle­ment plus bas, comme dans la plu­part des pays.

Atten­tion égale­ment : ces chiffres, qui vont paraitre très bas pour nous autres Français, sont à met­tre en regard du coût de la vie argentin, bien enten­du. Par exem­ple, un apparte­ment de trois pièces se loue 600 euros env­i­ron aujourd’hui. Dans la cap­i­tale ! Ce qui ferait rêver bien des Parisiens !

Le quo­ti­di­en fait une com­para­i­son sig­ni­fica­tive. En 2023, il fal­lait env­i­ron 340 euros men­su­els pour être con­sid­éré par­tie prenante de la classe moyenne. Un an plus tard, avec plus de 290% d’inflation, il faut déjà mul­ti­pli­er ce chiffre par qua­tre : on est passé à 1300 euros men­su­els !

Et encore, ceci est val­able si vous pos­sédez votre loge­ment. Un locataire, lui, aura donc besoin de près de 2000 euros pour être classé « moyen ».
Compte-tenu de cette révi­sion à la hausse, le seuil de pau­vreté, lui aus­si, doit revoir sa base. Main­tenant, c’est sous 470 euros men­su­els env­i­ron qu’une famille peut-être con­sid­érée comme indi­gente.

Graphique pau­vreté. Pour info, pour avoir les chiffres en euros, il suf­fit au cours d’au­jour­d’hui de divis­er par 1000. En gros.

On le voit, l’économie argen­tine est sens dessus dessous, avec une accéléra­tion bru­tale des niveaux de seuil. Naturelle­ment, les prix suiv­ent, ou plutôt précè­dent. Le coût de la vie a bon­di, et con­tin­ue de grimper de façon ver­tig­ineuse, dans une escalade prix-revenus incon­trôlable.

Le taux de pau­vreté sem­ble devoir se fix­er autour de 50% de la pop­u­la­tion. Ce qui est évidem­ment énorme.

Où en est donc l’Argentine, après six mois de ges­tion ultra-libérale ? On le voit, l’inflation a con­tin­ué de galop­er. D’après La Nación et les com­men­ta­teurs favor­ables au gou­verne­ment, elle serait en voie de sta­bil­i­sa­tion. A presque 300%, il serait temps. Mais les prix, eux, con­tin­u­ent d’augmenter, tan­dis que les salaires, même s’ils mon­tent, peinent à suiv­re (45% sur ces derniers trois mois, à com­par­er avec les plus de 51% de hausse des prix).

Jeu­di 9 mai, les syn­di­cats ont organ­isé une grève générale, très suiv­ie. Il n’y avait plus un chat dans les rues, plus de bus, plus de métro, admin­is­tra­tions fer­mées, ain­si qu’une bonne par­tie des com­merces. Comme dit le quo­ti­di­en Página/12, on se serait cru revenu au temps du con­fine­ment.

Jour de grève sur l’Av­enue de Mayo. Au fond, le palais prési­den­tiel.

Pour le moment cepen­dant, le prési­dent anar­cho-cap­i­tal­iste garde une cer­taine con­fi­ance, son taux de sat­is­fac­tion se situ­ant autour de 50%. Il faut dire que l’opposition, en regard, n’est pas encore prête à remon­ter la pente. Les péro­nistes restent très impop­u­laires, surtout juste­ment dans les class­es moyennes et supérieures, et le gou­verne­ment actuel, non sans quelque rai­son d’ailleurs, lui fait porter le cha­peau à très larges bor­ds d’une sit­u­a­tion économique qui, selon Milei, le prési­dent, le con­traint à des mesures dras­tiques d’austérité. Reste à savoir si les mesures en ques­tion ne se révéleront pas, à terme, pire que le mal, ce que prophé­tisent cer­tains écon­o­mistes, et pas tous de gauche.

Un acci­dent ter­ri­ble vient d’avoir lieu entre deux trains de ban­lieue, dans le quarti­er de Paler­mo (Buenos Aires). Pas de mort au moment où j’écris cet arti­cle, mais 90 blessés, dont 55 à l’hôpital. Un train en mou­ve­ment en a per­cuté un autre arrêté sur la même voie. Aucune sig­nal­i­sa­tion d’urgence pour éviter la cat­a­stro­phe : les câbles avaient été volés, mais pas rem­placés. Il n’y a plus d’argent pour entretenir le chemin de fer pub­lic.

Le chemin de fer en Argen­tine, c’est une longue his­toire, avec pas mal de relents colo­ni­aux. Au début du XXème siè­cle, le réseau avait été sous-traité aux Anglais, qui avaient obtenu des con­trats léonins (comme sou­vent) pour l’exploiter et en tir­er les plus gros béné­fices. Pas bêtes, ils en avaient exigé le mono­pole. Comme ça, pas de dan­ger de con­cur­rence. Perón les avait nation­al­isés dans les années 50, à un prix d’or qu’on lui a beau­coup reproché.

Jusqu’à l’arrivée de Car­los Men­em à la prési­dence, en 1989, l’Argentine comp­tait 36 000 kilo­mètres de ligne. Men­em en a fait fer­mer l’essentiel : il en reste env­i­ron 9 000 (En France, pays 5 fois plus petit, on en compte 28 000 !).

Et, donc, avec une main­te­nance publique de plus en plus frag­ile. L’essentiel du réseau aujourd’hui ne dessert plus, grosso modo, que la Cap­i­tale et sa grande ban­lieue. Dans des trains en mau­vais état, en nom­bre insuff­isant (ils sont régulière­ment bondés) et plutôt lents. Les acci­dents ne sont pas rares.
Comme de juste, le prési­dent Milei a prof­ité de l’accident pour en remet­tre un coup sur la néces­saire pri­vati­sa­tion des chemins de fer. Tech­nique anglaise là encore, util­isée avec grand suc­cès avec le métro lon­donien : l’état coupe le robi­net, l’entreprise est étran­glée, reste plus qu’à la ven­dre au plus offrant. Tant pis pour le ser­vice pub­lic.

Bon, et à part ça qu’est-ce qui se passe ? Eh bien en ce moment, on est en pleine foire inter­na­tionale du livre à Buenos Aires. Une des plus impor­tantes du monde, elle dure cette année du 25 avril au 13 mai. Trois semaines ! Il parait que notre David Foenk­i­nos fig­ure par­mi les invités d’honneur. Nul doute qu’il saura causer dans le poste, il passe très bien à l’écran !

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