27/01/2023 : OEA ou CELAC ?

Sur chaque con­ti­nent existe une instance de dia­logue entre les dif­férents états le con­sti­tu­ant. Con­seil de l’Europe, Union africaine, Asso­ci­a­tion des Etats d’Asie du sud-est, etc…

L’Amérique quant à elle présente l’originalité d’en avoir deux, plus ou moins antag­o­nistes : l’historique Organ­i­sa­tion des Etats améri­cains (OEA), qui regroupe les Etats aus­si bien du nord que du sud, et la CELAC, autrement dit la Com­mu­nauté des Etats lati­no-améri­cains et des Caraïbes. Cette dernière a été créé en févri­er 2010 par le prési­dent du Venezuela Hugo Chavez. Comme son nom l’indique, elle ne regroupe que les pays du sud, du Mex­ique à l’Argentine. N’en font pas par­tie les pays du nord, Etats-Unis et Cana­da, ain­si que les pays pos­sé­dant des colonies dans le sud, comme la France, les Pays-Bas et le Roy­aume-Uni.

On imag­ine facile­ment ce qui a motivé sa créa­tion. Dans son exposé d’objectifs, la CELAC se présente avant tout comme une struc­ture des­tinée à l’intégration de l’ensemble des pays lati­no-améri­cains. Mais au-delà de cela, bien enten­du, il y avait égale­ment le désir de cer­tains dirigeants de s’affranchir un tant soit peu de la pesante tutelle des États-Unis sur l’Organisation des États améri­cains.

Pays inté­grant la CELAC (dif­férentes nuances de vert). En jaune, le Brésil : Bol­sonaro a retiré son pays de la Com­mu­nauté en 2020.

En principe, les deux organ­i­sa­tions ne sont pas antin­o­miques. D’ailleurs la total­ité des mem­bres de la CELAC sont égale­ment mem­bres de l’OEA, actuelle­ment présidée (depuis 2015) par l’Uruguayen Luis Alma­gro. Les objec­tifs prin­ci­paux de cette dernière sont la défense de la démoc­ra­tie, la lutte con­tre le traf­ic de drogue, et la facil­i­ta­tion des échanges entre pays améri­cains.

Mais récem­ment se sont élevées cer­taines cri­tiques vis-à-vis de la CELAC, dont cer­tains de ses mem­bres com­men­cent à estimer qu’elle a ten­dance à se réduire à un club anti-état­sunien d’une part, et une officine de pro­pa­gande pop­uliste de gauche, d’autre part. «Dans le viseur», comme on dit dans les jour­naux, trois pays très cri­tiqués pour leurs régimes autori­taires : Cuba, Venezuela et Nicaragua.

En 2021, lors du con­grès de Mex­i­co, le prési­dent Argentin Alber­to Fer­nán­dez avait sévère­ment cri­tiqué l’OEA, en dis­ant que «En l’état, l’OEA ne ser­vait plus à rien». Il fai­sait référence à la des­ti­tu­tion d’Evo Morales (Bolivie) en 2019, à l’occasion de laque­lle l’OEA avait pris ouverte­ment posi­tion con­tre le prési­dent bolivien en con­tes­tant la régu­lar­ité des élec­tions. Celle-ci a égale­ment poussé dehors, juste­ment, les dirigeants des trois pays « dou­teux » : Diaz-Canel le Cubain, n’est plus invité, Daniel Orte­ga (Nicaragua) a décidé de ne plus assis­ter aux réu­nions, et le Venezuela est offi­cielle­ment représen­té par le pour­tant non-offi­ciel prési­dent auto-proclamé Juan Guaidó, opposant déclaré à Nicolás Maduro.

Pays inté­grant l’OEA (vert). En rouge, Cuba, qui en est exclu, en jaune le Venezuela, représen­té par un mem­bre de l’op­po­si­tion au pou­voir.

En somme, depuis 2010, on peut observ­er une nette ligne de frac­ture idéologique entre les deux organ­i­sa­tions, même si elles con­tin­u­ent de réu­nir – en dehors des excep­tions citées ci-dessus – l’ensemble des pays améri­cains. D’un côté, une OEA plutôt dom­inée par les gou­verne­ments con­ser­va­teurs, de l’autre, une CELAC essen­tielle­ment ani­mée par les gou­verne­ments les plus à gauche. A droite, on accuse la CELAC de pro­mou­voir les révo­lu­tions com­mu­nistes (en gros) de type cubain ou vénézuélien, à gauche, on traite l’OEA de «min­istère des colonies des Etats-Unis».

L’éternelle frac­ture améri­caine. A l’origine, la créa­tion de la CELAC par­tait d’un objec­tif tout à fait louable, dans la mesure où il est plus qu’évident que les Etats-Unis n’ont jamais cessé, et ne cesseront jamais, de con­sid­ér­er les autres pays améri­cains comme des pro­tec­torats, n’hésitant jamais à manip­uler la démoc­ra­tie en leur faveur. Mais il est non moins évi­dent qu’elle n’a pas su, de son côté, main­tenir son cap d’origine, à savoir l’intégration des Etats lati­nos.

Son biais idéologique la rend per­méable aux cri­tiques. Citons Luis Alma­gro, prési­dent de l’OEA : «La var­iété d’opinions fait la force de notre organ­i­sa­tion. Don­ner une couleur idéologique a la CELAC est une erreur. Gar­dons-nous de la ten­ta­tion idéologique dans les forums inter­na­tionaux». Une cri­tique qui aurait plus de puis­sance si, de son côté, l’OEA était exempte de tout biais idéologique ! Ce qui est loin d’être le cas, comme on peut le con­stater en per­ma­nence par ses pris­es de posi­tion poli­tiques – voire ses inter­ven­tions – dans les proces­sus démoc­ra­tiques des dif­férents pays qui la com­posent.

Luis Alma­gro, actuel prési­dent de l’OEA.

Récem­ment, le prési­dent des Etats-Unis Joe Biden a présen­té l’OEA comme «le seul forum engagé en faveur de la démoc­ra­tie et des droits humains». Cer­tains lati­no-améri­cains, comme, au hasard, Chiliens, Brésiliens, Boliviens, pour­raient légitime­ment con­tester l’affirmation, quelques preuves en main !

Mais de son côté, la CELAC, qui s’obstine à soutenir un Daniel Orte­ga qui a fait de son pays, le Nicaragua, une pro­priété per­son­nelle, et de son peu­ple une armée de servi­teurs, ou un Maduro dont l’incompétence et l’incurie ont con­duit, et con­duisent tou­jours, le pied sur l’accélérateur, le Venezuela à une cat­a­stro­phe human­i­taire, serait sans donc plus crédi­ble en faisant preuve d’un poil plus de lucid­ité.

C’est assez désolant, mais c’est ain­si : plus de cinq siè­cles après Christophe Colomb, l’Amérique dans son ensem­ble est tou­jours à la recherche de la sig­ni­fi­ca­tion du mot «indépen­dance» !

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