La présidentielle vue d’Argentine

La presse argen­tine n’a pas fait ses choux gras de notre élec­tion prési­den­tielle, c’est le moins qu’on puisse dire. Lun­di, avec le décalage horaire, quelques arti­cles généraux pour don­ner les résul­tats pro­vi­soires, encore basés sur les pro­jec­tions de nos insti­tuts de sondages.
Nous avons donc atten­du aujourd’hui mar­di pour voir si on trou­vait des arti­cles un peu plus fouil­lés sur le sujet.

Clarín en fait son arti­cle de tête de gon­do­le ce matin à 10 h. Soulig­nant qu’en défini­tive, la can­di­da­ture Zem­mour, présen­té comme un Trump français, a en fait plutôt prof­ité à M. Le Pen en la ren­dant plus fréquentable, Clarín com­mente à par­tir d’une enquête du Figaro la fin d’un mythe : celui du front répub­li­cain. “Cette idée que la démoc­ra­tie est en dan­ger, comme en 2002 lorsque Jean-Marie Le Pen était à la place de sa fille, s’est évanouie. Il n’y aura pas de marche répub­li­caine ni 90% des votes en faveur d’un can­di­dat garan­tis­sant la survie de la démoc­ra­tie”. Au pas­sage, Clarín, en bon quo­ti­di­en droiti­er, attribue la défaite humiliante d’Anne Hidal­go à “sa ges­tion cat­a­strophique de la mairie de Paris”. Des fois que son lec­torat pour­rait croire, comme cer­tains français mal infor­més, que la chute du PS serait davan­tage due à ses renon­ce­ments poli­tiques et ses ral­liements droitiers.

La Nación pub­li­ait deux arti­cles hier lun­di. Vis­i­ble­ment, cela les a fatigués, puisque aujourd’hui, rien à sig­naler. Hier donc, Luisa Cor­ra­di­ni, avançait que ces résul­tats “étaient inter­prétés (en France, donc, doit-on sup­pos­er) comme un vote de con­fi­ance dans la gou­ver­nance Macron… et un vote utile pour empêch­er l’extrême-droite d’accéder au pou­voir”. On ne peut qu’être con­fon­du par tant de clair­voy­ance. Con­fi­ante, Luisa Cor­ra­di­ni pense même que les pro­jec­tions de deux­ième tour (pour­tant net­te­ment plus ser­rées qu’en 2017) “per­me­t­tent de penser que Macron n’a pas été touché par le rejet dont souf­frent générale­ment les prési­dents sor­tants”.

Allons voir alors le quo­ti­di­en de gauche Pagina/12. Pas trop pro­lixe sur le sujet lui non plus, il faut l’admettre. Un arti­cle hier, un autre aujourd’hui. Hier, Eduar­do Feb­bro fustigeait notam­ment la respon­s­abil­ité de la gauche elle-même (c’est-à-dire, la gauche “de gou­verne­ment” comme on dit chez nous) dans ce deux­ième échec con­sé­cu­tif à accéder au sec­ond tour. “Ses égoïsmes, ses trahisons, son imma­tu­rité, la lutte à couteaux tirés entre ses com­posantes et la bataille d’égos ont ouvert un boule­vard à l’extrême-droite”. Rap­pelant le scé­nario de 2002, Feb­bro con­damne ce nou­v­el épisode de désunion mor­tifère, semant la con­fu­sion par­mi les électeurs avec des con­signes con­tra­dic­toires de vote utile en même temps qu’on récla­mait de soutenir des par­tis mori­bonds comme le PS et le PC. “Le cauchemar de 2002 avait boosté l’extrême-droite, il est prob­a­ble que celui de 2022 finisse par la porter au pou­voir”.

Aujourd’hui, le même Feb­bro, cor­re­spon­dant du jour­nal à Paris, titre sur “Com­ment gag­n­er en per­dant”, à pro­pos de Mélen­chon. Par là, il souligne que Macron dis­pose de très peu de réserve de voix pour le sec­ond tour, con­traire­ment, pense-t-il, à M. Le Pen. Feb­bro con­state qu’il a déjà lessivé le PS, dont les cadres sont en grande par­tie passés chez lui. Avec 1,7% des voix, celui-ci n’a plus rien à lui apporter. Idem pour LR. Il ne lui reste donc plus que des miettes à grat­ter de ces côtés-là.

Mais surtout Feb­bro pose Mélen­chon et ses électeurs en arbi­tres, oblig­eant les deux can­di­dats du deux­ième tour à leur faire des risettes. Pour Macron, c’est la quad­ra­ture du cer­cle : “Le chef de l’état se voit obligé de mobilis­er et attir­er la gauche sans renon­cer à son pro­gramme libéral et tout en réduisant la frac­ture ouverte avec les gilets jaunes”. Mais l’équation est tout aus­si ardue pour M. Le Pen. En somme “L’extrême-droite et le libéral­isme courent après cette gauche qu’ils n’ont jamais prise au sérieux, ont méprisée et agressée à qui mieux mieux. Le vam­pirisme élec­toral­iste entre­prend sa croisade”. A pro­pos de Mélen­chon, Feb­bro con­clut que “s’il se retire, comme on peut le penser, il lais­sera une Union Pop­u­laire bien instal­lée, digne et avec des per­spec­tives qu’elle n’avait pas encore il y a deux semaines. Il a gag­né un avenir en per­dant en par­tie le présent”.

Pour ter­min­er, le petit dessin du car­i­ca­tur­iste Paz dans ce même jour­nal. Je ne peux pas le repro­duire directe­ment ici pour des raisons évi­dentes, mais on y voit deux Argentins com­men­tant cette élec­tion. L’un demande à l’autre : Pourquoi autant de Français votent à l’extrême-droite ? et l’autre : parce qu’elle dif­fuse un mes­sage sim­ple et très clair. Lequel ? Lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité, mes c…lles.

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