En passant par Mendoza et Maipú

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Très ama­teur de vin, je ne pou­vais pas imag­in­er ce nou­veau voy­age en Argen­tine, sans me ren­dre dans l’une de ses cap­i­tales mon­di­ales : Men­doza et son célèbre mal­bec, cépage importé de France (région de Cahors).

Si le mal­bec, égale­ment dénom­mé «côt», est devenu emblé­ma­tique de l’Argentine, (1/4 des raisins pro­duits dans le pays provi­en­nent de ce cépage), il est essen­tielle­ment con­cen­tré dans la province de Men­doza (85% des sur­faces plan­tées), vinifié seul ou en assem­blage. On y trou­ve encore des vignes de 80 ans qui n’ont jamais été gref­fées.

On y cul­tive aus­si un large éven­tail d’autres cépages français aus­si bien en rouge (le caber­net sauvi­gnon, la syrah, le mer­lot, le pinot noir), qu’en blanc (le chardon­nay, le chenin, le sauvi­gnon, le sémil­lon, ain­si que l’ugni blanc, cépage util­isé en France notam­ment pour l’élaboration du cognac et de arma­gnac).

Vignes à Maipú – 2020

On y trou­ve encore quelques cépages « créoles » issus du croise­ment de cépages importés, l’Argentine étant un des rares pays au monde à éla­bor­er du vin à par­tir de ces cépages.

Dif­fi­cile de croire que cette ville se trou­ve en plein désert, avec ses larges avenues arborées et les nom­breuses fontaines qui ornent ses places : Men­doza la bien nom­mée «ville forêt» et ses cinquante mille arbres, a beau­coup d’atouts pour séduire.

Men­doza : Plaza Inde­pen­den­cia – 2020

La viti­cul­ture remonte ici au XVIème siè­cle avec l’arrivée des jésuites qui ont ramené et plan­té, autour de leurs monastères, des pieds de vigne pour pro­duire leur vin de messe.

L’activité viti­cole s’est ensuite dévelop­pée au gré des vagues d’immigration européenne suc­ces­sives, qui en appor­tant leur savoir-faire, ont fait de la province de Men­doza la plus impor­tante et la plus anci­enne région viti­cole d’Argentine.

En 1853, Domin­go Fausti­no Sarmien­to, futur prési­dent de la République (1868–1874), con­seille au gou­verneur de Men­doza, Pedro Pas­cal Segu­ra, d’engager un agronome français qu’il a ren­con­tré au Chili, Michel Aimé Pouget, pour dévelop­per le vig­no­ble.

Celui-ci importe à Men­doza les pre­miers plants de mal­bec et les méth­odes de son pays natal pour en faire une indus­trie mod­erne.

La région de Men­doza n’a pas été choisie au hasard : sa topogra­phie, sa géolo­gie et son cli­mat en font un lieu idéal.

L’une des clés de la réus­site de sa viti­cul­ture réside dans la maîtrise de l’irrigation : en l’absence des pluies blo­quées par la Cordil­lère des Andes, c’est la fonte des neiges des mon­tagnes andines qui ali­mente les canaux d’irrigation dont béné­fi­cie la vigne.

Elle prof­ite égale­ment de l’importance des écarts de tem­péra­ture de ces zones déser­tiques : la chaleur des journées favorise la pro­duc­tion de sucre, la fraicheur des nuits garan­tit un bon niveau d’acidité, le faible taux d’humidité pro­tège des champignons et insectes nuis­i­bles.

Pour faire con­nais­sance avec les pro­duc­tions locales, nous optons pour une demi-journée d’excursion pro­posée par une agence de tourisme : direc­tion Maipú, une petite dizaine de kilo­mètres au sud-est de Men­doza.

Au pro­gramme, vis­ite de trois pro­priétés viti­coles, et, sur­prise, d’une fab­rique d’huile d’olive et de vinai­gre.

La vis­ite des deux pre­mières «bode­gas» est bien rodée : décou­verte au pas de charge de par­celles de vignes et des chais, dégus­ta­tion au même rythme de trois sortes de vins. On n’est pas là pour trainass­er : les cars suc­cè­dent aux cars ! C’est un peu rapi­de pour avoir le temps de bien déguster les pro­duits locaux, assez cepen­dant pour faire con­nais­sance avec un char­mant cou­ple de touristes «Rosari­nos» (De Rosario, en Argen­tine), et échang­er nos con­nais­sances vini­coles respec­tives ! Quoi de mieux qu’un verre de bon vin pour bris­er la glace ?

La troisième pro­priété vis­itée se démar­que des deux pre­mières par l’originalité de ses pro­duc­tions.

Cette «bode­ga», fondée en 1912 par un immi­gré ital­ien, Anto­nio Flo­rio, s’est spé­cial­isée dans la pro­duc­tion de «vins ital­iens» à par­tir de cépages tels que le Chi­anti, de «vins for­ti­fiés» tels que le Marsala, le Por­to, le Mosca­to, ain­si que des «vins effer­ves­cents».

Bode­ga Flo­rio – Maipú – 2020

La bonne sur­prise de l’après midi est la vis­ite et la décou­verte de l’activité de l’Olivicola Laur y Aceta­ia Mil­lán.

Cette fab­rique d’huile d’olive, fondée en 1906 par Fran­cis­co Laur, immi­gré français venu faire for­tune à la «Cruz de Piedra» à Maipú, est dev­enue la 1ère entre­prise d’oléiculture d’Argentine, et occupe depuis 2019, le 4ème rang du classe­ment mon­di­al des meilleurs oléicul­teurs.

Fab­rique d’huile Laur – 2020

Rachetée en 2010 par la famille Mil­lán, l’entreprise s’est lancée, en 2013, dans la fab­ri­ca­tion du vinai­gre bal­samique tra­di­tion­nel, ce qui n’a pas man­qué de piquer notre curiosité puisque ce pro­duit béné­fi­cie d’une appel­la­tion con­trôlée his­torique­ment réservée aux provinces de Mod­ène et de Reg­gio Emil­ia !

Toute­fois, nous apprenons qu’en dehors de l’Europe, trois entre­pris­es, sis­es à Toron­to, Tokyo et donc Men­doza, sont cer­ti­fiées par le «Con­sorzio Tutela del Ace­to Bal­sam­i­co di Mod­e­na», garant de la qual­ité des pro­duits, des méth­odes et procé­dures de fab­ri­ca­tion spé­ci­fiques, et sont autorisées à pro­duire ce vinai­gre.

La vis­ite com­mence par l’oliveraie, aujourd’hui plus que cen­te­naire, puis par celle de la fab­rique, à la pointe des méth­odes mod­ernes de pro­duc­tion. Nous décou­vrons égale­ment le musée où sont exposées les dif­férentes machines util­isées à tra­vers les âges.

Nous ter­mi­nons par la décou­verte des chais de vieil­lisse­ment du vinai­gre élaboré selon un procédé ances­tral dévelop­pé à Mod­ène.

Tout com­mence par la pro­duc­tion d’un moût de raisin cuit (ici de l’Ugni Blanc) qui passe ensuite par un proces­sus de vieil­lisse­ment dans une bat­terie de cinq fûts en bois de tailles et d’essences dif­férentes (chêne, châ­taig­nier, cerisi­er, frêne et aca­cia) et per­me­t­tant l’évaporation.

Hui­lerie Mil­lán : press­es – 2020

Chaque année, la par­tie éva­porée est rem­placée par une par­tie du con­tenu du fût immé­di­ate­ment précé­dent ; le dernier par du nou­veau moût cuit.

La durée de vieil­lisse­ment étant d’au min­i­mum 15 ans, ce n’est donc qu’en 2029 que l’Acetaia Mil­lán devien­dra la 1ère entre­prise de l’hémisphère sud à embouteiller du vinai­gre bal­samique «IGP».

Si elle est con­nue du monde entier pour ses vig­no­bles et la qual­ité de ses grands crus, Men­doza est une ville sur­prenante. Elle n’est pas la ville oasis que cer­tains y voient. C’est une ville ver­doy­ante au cœur du désert qui entoure les Andes, riche de son his­toire et de l’apport de ceux qui s’y sont instal­lés.

Avant d’être créé en 1561 par un dénom­mé Pedro del Castil­lo, le site était occupé par des tribus indigènes dont les «Huarpes» à qui l’on doit ce sys­tème d’irrigation appelé «ace­quias» qui a per­mis de trans­former cette zone déser­tique en cité ver­doy­ante, sys­tème d’irrigation tou­jours util­isé aujourd’hui pour l’activité phare de la Province de Men­doza.

La base urban­is­tique de la ville actuelle fut créée en 1863 par le français Jules Ballofet, chargé de recon­stru­ire, un peu plus loin du site orig­inel, la ville rasée par le vio­lent séisme de 1861.

Ain­si, tout au long de son his­toire, on y retrou­ve l’empreinte de nom­breux français qui ont con­tribué à la con­struc­tion et à la répu­ta­tion de ce qui est aujourd’hui la 4ème ville d’Argentine.

Men­doza : parc du “Museo del área fun­da­cional » (Musée archéologique de la ville) – 2020

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