Décès d’une Mère de la Plaza de Mayo

Hebe de Bonafi­ni est décédée le 20 novem­bre dernier, à l’âge de 93 ans. Elle était une des pre­mières « Mères de la Plaza de Mayo », ces femmes courageuses qui avaient pris l’initiative d’aller man­i­fester sous les fenêtres du Palais prési­den­tiel, en avril 1977. La dic­tature mil­i­taire avait moins d’un an, et déjà le cycle infer­nal de la répres­sion et des dis­pari­tions était bien engagé.

Hebe de Bonafi­ni en 2015

Les mil­i­taires enl­e­vaient de jeunes mil­i­tants et les envoy­aient dans des cen­tres de déten­tion pour les inter­roger, la plu­part du temps au moyen de la tor­ture. Ensuite, la grande majorité d’entre eux étaient escamotés. Comme dis­ait un général de l’époque : « Pas de cadavre, pas d’existence ». Faire dis­paraitre, en somme, était vu comme le meilleur moyen de cam­ou­fler ses crimes. Beau­coup de jeunes, notam­ment, seront ain­si jetés depuis un avion, par­fois vivants (on leur admin­is­trait un fort sopori­fique) dans le Río de La Pla­ta. (Voir notre arti­cle sur la répres­sion mil­i­taire ici).

Leurs mères et grands-mères ont alors pris l’initiative d’aller exiger de savoir où étaient leurs enfants, en venant man­i­fester tous les jeud­is sous les fenêtres des nou­veaux dirigeants. Comme on leur inter­di­s­ait tout rassem­ble­ment sta­tique, elles se sont mis­es alors à tourn­er autour de la petite pyra­mide qui fait face au Palais. Pour les dis­créditer, les mil­i­taires les surnom­meront « Les folles de la Plaza de Mayo ». En français, “les folles de mai”.

Siège de l’as­so­ci­a­tion à Buenos Aires

Hebe de Bonafi­ni, qui avait 50 ans à l’époque, fai­sait par­tie des pre­mières d’entre elles. Son fils Jorge avait été enlevé par les mil­i­taires à La Pla­ta en févri­er 1977. Ensuite, dis­paraitront égale­ment son autre fils Raúl, puis sa belle-fille María Ele­na, dans les mêmes cir­con­stances.
Fondée offi­cielle­ment en 1979, l’association des Mères existe depuis cette époque, Hebe de Bonafi­ni en était prési­dente depuis le début.

Mil­i­tantes sur la Plaza de Mayo

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A lire dans la presse argen­tine :

Hebe de Bonafi­ni, la más intran­si­gente, de Pablo Mendele­vitch, dans La Nación.

Hebe, ¡Una impre­scindible! de Sonia Alesso, dans Pagina/12

Deux visions con­trastées d’une forte per­son­nal­ité dev­enue poli­tique qui, comme sou­vent en Argen­tine, était très cli­vante.

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