Parler argentin

          Vous aurez beau par­ler couram­ment l’espagnol, et même en étant capa­ble de faire oubli­er la plus petite trace de votre accent d’origine, si vous arrivez pour la pre­mière fois à Buenos Aires, vous ne tromperez per­son­ne. Tout le monde saura instan­ta­né­ment que vous n’êtes pas d’ici. Dans le meilleur des cas, on vous pren­dra pour un Espag­nol. Et ce sera déjà un bien beau com­pli­ment.

          C’est logique : nous autres les Européens, nous apprenons l’espagnol d’Espagne. Les Sud-Améri­cains, en général, et les Argentins, en par­ti­c­uli­er, eux, par­lent le «castil­lan». Bien nor­mal : c’était le lan­gage des pre­miers colons. Les Espag­nols aus­si, à une époque, ont par­lé le castil­lan. Mais ils ne veu­lent plus trop en enten­dre par­ler. Et de toute façon, tout comme l’espagnol d’Espagne est très dif­férent de celui d’Amérique du Sud, il en va de même avec le castil­lan. Le castil­lan s’est trans­for­mé en espag­nol en Espagne, mais il est resté le castil­lan en Amérique du sud. Je ne sais pas si je me fais bien com­pren­dre. Ce que je veux dire, c’est que le lan­gage d’origine a évolué de façon très dif­férente, selon la géo­gra­phie. En Espagne, le castil­lan n’étant util­isé que par des Espag­nols, il est donc devenu espag­nol. C’est bien logique. En Amérique du sud, il s’est enrichi de mul­ti­ples influ­ences. Les peu­ples pre­miers d’abord, Incas, Mayas, Aztèques, mais égale­ment Guara­nis, Aymaras, Quechuas, Mapuch­es, Pam­pas, etc… Puis les dif­férents groupes humains débar­qués de tous les con­ti­nents, mais surtout d’Europe. Les apports cul­turels se sont naturelle­ment accom­pa­g­né des apports de vocab­u­laire cor­re­spon­dant. Après, tout est une ques­tion de pro­por­tion : qui a apporté le plus ?

          Comme les autres pays améri­cains, l’Argentine a accueil­li pra­tique­ment le monde entier : des Européens, des Africains, des Asi­a­tiques et, bien enten­du, d’autres Améri­cains. Majori­taire­ment, fin XIXème et début XXème, les pre­miers, et main­tenant, les derniers, Paraguayens, Boliviens, Uruguayens pour la plu­part. Mais le cham­pi­on incon­testé de l’émigration argen­tine, Espag­nol mis à part, c’est l’Italien. Et c’est bien lui qui, au moins à Buenos Aires, a tracé le sil­lon le plus pro­fond dans le champ cul­turel argentin. On pour­rait presque dire que l’Argentin, c’est un Ital­ien qui par­le l’espagnol. Ou que l’espagnol (le castil­lan) argentin, est un ital­ien déguisé en espag­nol. Ce n’est pas par hasard si le «Lun­far­do», l’argot typ­ique­ment portègne (on appelle portègne tout ce qui se rap­porte à Buenos Aires, dont les habi­tants, par exem­ple) prend sa source dans le dialecte napoli­tain.

Quelques exem­ples de lun­far­do — Pho­to DP

          Car si l’Argentin par­le bien l’espagnol, c’est à la manière d’un Ital­ien. Mêmes into­na­tions, même gestuelle, même vol­ume sonore. Même manière de laiss­er train­er les syl­labes accen­tuées, même refus de pronon­cer cor­recte­ment les «z» et les «c» devant les voyelles : un argentin ne par­le pas en met­tant sa langue entre les dents. Coser (coudre), et cocer (cuisin­er), se pronon­cent de la même façon, ce qui fait hurler les Espag­nols. Une autre dif­férence, mais qui cette fois les fait plutôt rire, c’est cette façon spé­ciale de pronon­cer les «y» et les «ll» (ye, ou ill, en français). Quelque chose entre le «j» de jou­et et le «ch» de chameau : cabal­lo (cheval) devient presque «caba­cho», tout comme may­oría (majorité) devient donc «machoría».

          Sans par­ler du vocab­u­laire. Qu’on ne s’étonne pas en con­statant la dif­férence d’épaisseur entre un bon vieux Robert français et le fameux «Maria Molin­er» de nos voisins : il a bien fal­lu pren­dre en compte toutes les par­tic­u­lar­ités améri­caines ! Et elles sont plus de quelques unes ! Ain­si par exem­ple, une veste, cha­que­ta en espag­nol, c’est un «saco» en Argen­tine. Une jupe, fal­da en Espagne, c’est une «pollera» à Buenos Aires. N’essayez pas de trou­ver des «melo­co­tones» (pêch­es) sur un marché : vous ne ver­rez que des «duraznos». Pas la peine de deman­der «un bil­lete» pour pren­dre son train, on ne vous ven­dra qu’un «bole­to». Ne vous plaignez pas du mau­vais état de la «acera» (trot­toir) : de toute façon, il n’y a que des «veredas». Ne faites pas les gros yeux si le garçon du bistrot où vous prenez votre petit-déje­uner vous pro­pose des fac­tures (fac­turas): ici, ce ne sont rien d’autre que des bis­cuits, ou des vien­nois­eries. Et à pro­pos de fac­tures, ne lui deman­dez pas, au moment de par­tir, «¿Me cobras por favor ?», comme le ferait tout bon Espag­nol à Madrid ou à Séville: c’est un verbe qui lui sonne bizarre. Deman­dez «la cuen­ta», ça suf­fi­ra.

          Et ain­si de suite, je ne vais pas vous dévelop­per tout le glos­saire, d’ailleurs, je suis bien loin d’en maitris­er toutes les sub­til­ités. Moi, à Buenos Aires, tout le monde m’a recon­nu : un Français qui par­le l’espagnol. Pas trop mal, mais l’espagnol d’Espagne. C’est tout.

          A ceci près que, qua­tre séjours à Buenos Aires plus tard, mes amis Asturiens, main­tenant, à chaque fois que je les vois, s’amusent grande­ment de mes fréquentes con­fu­sions de vocab­u­laire. En faisant sem­blant de s’en offus­quer. Faudrait voir à pas con­fon­dre l’espagnol et l’argentin, tout de même, quoi, à la fin.

Pour aller plus loin :

Cómo hablan los argenti­nos : courte vidéo de 3’41 sur quelques par­tic­u­lar­ités emblé­ma­tiques
https://www.youtube.com/watch?v=9U_HCP-FVSU

Lun­far­do : cómo hablar el slang de los argenti­nos. Vidéo de 8’25 présen­tée par deux dynamiques argen­tines, comme un petit dic­tio­n­naire de lun­far­do.
https://www.youtube.com/watch?v=4p8SuPSMEx4

¿Puedes adiv­inar los acen­tos his­panos? Sous forme de jeu : saurez-vous recon­naitre les dif­férents accents sud-améri­cains? (6’17)
https://www.youtube.com/watch?v=-hJgDufbBO0

Et ce ne sont que quelques exem­ples par­mi des cen­taines de vidéos que vous pour­rez trou­ver sur ce sujet sur le net !

Sur un mur de Salta — 2016 — Pho­to PV

Villas Miseria (En español)

Escrito el 28 de enero de 2020

          El otro día, cer­ca de la Fac­ul­tad de dere­cho, aba­jo del bar­rio de la Reco­le­ta, donde resi­do, muy cer­ca del cen­tro turís­ti­co, un joven agredió a un aus­traliano de 67 años quien esta­ba cor­rien­do para hac­er algo de deporte. Le robó su celu­lar después de haber­le apuñal­a­do en el corazón. El tur­ista se quedó en coma (A la hora de pub­licar este artícu­lo, ya murió el tur­ista).
          Ya nos habían agre­di­do a mi ami­go Patrick y a mí, hace tres años, casi en el mis­mo lugar, o sea en el inte­ri­or mis­mo de la fac­ul­tad, cuan­do vis­itábamos el hall de entra­da. Pasó por la mañana, pero el lugar, que tam­poco es muy notable, esta­ba total­mente vacío. Se trató de una agre­sión mucho menos grave. Sen­ti­mos algo húme­do en la espal­da y un tío se acer­có a decirnos que teníamos las cha­que­tas man­chadas. Pen­samos en excre­men­tos de palo­mas, ya que había un mon­tón den­tro del hall, y el hom­bre nos indicó la puer­ta de los ser­vi­cios muy cer­ca. Nos acom­pañó aden­tro y nos ayudó a limpiar la ropa con servil­letas de papel. Por suerte, Patrick se per­cató que aprovech­a­ba para reg­is­trar nue­stros bol­sil­los, ya me había roba­do la cartera y la había tapa­do bajo unos doc­u­men­tos. Me acerqué a él, tuvo miedo y pude recu­per­ar la cartera sin prob­le­ma. Le echamos a  gri­tos, pero sin más: no queríamos ten­er prob­le­mas. Podía él ten­er ami­gos en los para­jes. Claro que él mis­mo nos había man­cha­do la ropa, prob­a­ble­mente con una jeringuil­la llena de un pro­duc­to mal­oliente.
          Lo cuen­to para tes­ti­ficar que la zona no es muy segu­ra. “Es nor­mal”, me explicó mi ami­go porteño Ben­i­to. “La fac­ul­tad se hal­la jus­to en frente de la vil­la mis­e­ria 31, del otro lado del fer­ro­car­ril”.

(T = cen­tro turís­ti­co)

          Se conoce mejor este tipo de lugar bajo su denom­i­nación brasileña de “Favela”. En Chile lo lla­man “Chabo­la”, y en Fran­cia “Bidonville”. El 31 no tiene nada que ver con el número de vil­las exis­tentes den­tro del perímetro de la ciu­dad de B.A. Por suerte, no exis­ten tan­tas vil­las. Hay dos expli­ca­ciones: una dice que se tra­ta de un número cat­a­stral, otra que cor­re­sponde a la clasi­fi­cación por orden de apari­ción en la his­to­ria, las primeras vil­las apare­cien­do en los años 1930, cuan­do la inmi­gración euro­pea fue susti­tu­i­da por las migra­ciones del inte­ri­or. Así que muchas vil­las han des­pare­ci­do con el tiem­po. Que­da un poco más de una dece­na hoy.
En Buenos Aires son ver­daderas ciu­dades den­tro de la ciu­dad. Con el tiem­po, las casas, tem­po­rales en un prin­ci­pio, dejaron sitio a con­struc­ciones más amplias y robus­tas, de ladrillo, de madera o de cha­pa. Muchas tienen var­ios pisos. El Esta­do nun­ca logró bor­rar esos estig­mas de la ciu­dad, por fal­ta de vol­un­tad, de medios o de tiem­po, ya que los gob­ier­nos pasan mien­tras que los inmi­grantes siguen afluyen­do. Entonces, se adap­tó, y aho­ra las vil­las inclu­so tienen ser­vi­cio de agua cor­ri­ente (aunque bas­tante bási­co), y las autori­dades hacen la vista gor­da sobre las desvia­ciones del sis­tema eléc­tri­co.

Foto Com­mons wiki­me­dia

          Estas ciu­dades has­ta for­man comu­nidades orga­ni­zadas, con sus propias reglas y leyes. Así el nue­vo morador tiene que acatar las leyes de insta­lación impues­tas por los habi­tantes más antigu­os. Son ciu­dades cer­radas: el vis­i­tante se toma el ries­go de entrar, ya que los extran­jeros siem­pre están con­sid­er­a­dos como intru­sos. O peor aún como fis­gones. Es que los habi­tantes quieren pro­te­ger su dig­nidad, y nada más les enfa­da como ser vis­tos como bichos raros. Pobres den­tro de los pobres, vienen de las provin­cias del inte­ri­or para encon­trar tra­ba­jo y hac­erse un lugar den­tro de la sociedad porteña. Se les apo­dan “negros” o “grasas”, refir­ién­dose al col­or de su piel y de sus pelos oscuros y grasien­tos, ya que muchos de ellos vienen del norte y/o de los país­es limítro­fes y tienen raíces indias.
          Hubo varias ten­ta­ti­vas para cer­rar esos lugares y acabar con las con­struc­ciones ile­gales. En los años 60, los gob­ier­nos mil­itares crearon “Nucle­os de con­struc­ciones tran­si­to­rias”. Pero no sólo esas nuevas con­struc­ciones del esta­do no bas­taron para alber­gar toda esta población pre­caria (cer­ca de 300 000 per­sonas en 1966), pero eran más indig­nas aún que las que con­struían los mis­mos “villeros”: una media de 14 met­ros cuadra­dos por famil­ia, no cuar­to de baño, nada de bal­dosa en el piso, etc… O sea que con­struyeron nuevas vil­las al lado de las antiguas. Nada más.
Hoy en día, estas zonas de pre­cariedad se insta­laron en el espa­cio y en el tiem­po. For­man parte de un dec­o­ra­do que la gente mira des­de lejos y pre­fiere igno­rar. Pero tam­bién son lugares donde la gente vive nor­mal­mente, o casi, tra­ba­ja (con con­tratos pre­car­ios – o sin con­tra­to – muy a menudo, eso sí, pero mucha gente que­da en paro), tiene coche, y donde hay com­er­cios. Los niños van al cole­gio, y eso a veces impli­ca cier­ta mez­cla social: así los cole­gios públi­cos de La Reco­le­ta, un bar­rio de los más aco­moda­dos de Buenos Aires, reciben chicos de la vil­la 31. Claro que eso provo­ca difi­cul­tades, y en muchos casos, la “bue­na sociedad” pre­fiere man­dar sus niños en cole­gios pri­va­dos.
          Leí en el diario de hoy que el Esta­do había decidió insta­lar ofic­i­nas del min­is­te­rio de Edu­cación en la entra­da de la vil­la 31. Los emplea­d­os no pare­cen muy felices con ese cam­bio geográ­fi­co, ya que además del prob­le­ma del trans­porte (la vil­la que­da más lejos de sus propias casas) plantea tam­bién el de la seguri­dad. No es que haya más delin­cuentes en las vil­las. Pero es que la pobreza se encuen­tra muy con­cen­tra­da en esos lugares. Y el con­sumo de dro­ga está muy ele­va­do den­tro de la población joven de las vil­las. A los villeros les gus­taría inte­grarse en el teji­do social porteño. Pero se ven algo atra­pa­dos. Todo el mun­do está atra­pa­do: ellos, el Esta­do que no tiene solu­ciones a cor­to pla­zo (y a largo pla­zo tam­poco), los que viv­en al lado de las vil­las y que tienen que sopor­tar un ambi­ente difí­cil y con­flic­ti­vo. El prob­le­ma afec­ta a la sociedad en su con­jun­to, pero nadie se hace car­go. Fatal­is­mo argenti­no.

Para ir más lejos:

El bajo Bel­gra­no : del bar­rio de Las latas a la vil­la 30 (En español)
https://rdu.unc.edu.ar/bitstream/handle/11086/13231/snitcofcky_eje%202.pdf?sequence=34&isAllowed=y

Los ori­genes de los bar­rios pre­car­ios en la ciu­dad (En español)
http://www.solesdigital.com.ar/sociedad/historia_villas_1.htm

Les vil­las mis­e­ria de Buenos Aires (En francés)
http://www.petitherge.com/article-les-villas-miseria-de-buenos-aires-113282972.html

Y acá mis­mo, el cuen­to “El buen doc­tor San­ta­mans” (En dos ver­siones)
https://argentineceleste.2cbl.fr/le-bon-docteur-santamans‑2/

Kioscos (En español)

Escrito el 28 de enero 2020

          Den­tro de los lugares más típi­ca­mente argenti­nos que uno puede encon­trar vis­i­tan­do Buenos Aires, como las milon­gas, los bares nota­bles, los teatros de la aveni­da Cor­ri­entes, los restau­rantes de “tene­dor libre” , existe uno que por su parte no existe sino en Argenti­na, y, que yo sepa, nun­ca copi­a­do en otro lugar del mun­do: el kiosco. Todo el mun­do sabe lo que sig­nifi­ca la pal­abra kiosco. En francés por ejem­p­lo, des­igna tan­to una suerte de tari­ma cubier­ta para tocar músi­ca en los par­ques – algo que casi desa­pare­ció con el tiem­po – como un lugar donde se puede com­prar diar­ios y revis­tas, en las aceras. Este últi­mo existe tam­bién en España. Acá (en Argenti­na), los diar­ios se com­pran tam­bién – por cier­to, úni­ca­mente – en las veredas, pero entonces a esas tien­das se las lla­man “puestos”, no kioscos.
          En Buenos Aires, “kiosco” tiene otra sig­nifi­cación. Se puede decir que es el tipo de com­er­cio más fre­cuente en la ciu­dad: pueden encon­trar uno por cuadra, nada menos. O sea, casi uno cada 150 met­ros.
Se tra­ta de una tien­da muy pequeña, abier­ta sobre la calle, y todas pare­cen des­ig­nadas de igual man­era: después de la entra­da, por la izquier­da o la derecha, un mostrador de for­ma semi­cir­cu­lar, con­tra la otra pared, una estantería y en el fon­do refrig­er­adores para las bebidas.
Todos venden lo mis­mo: por­querías. Choco­late, carame­los, chips, chi­cles, gal­letas, soda, cerveza, barati­jas. A veces, se puede com­prar yer­ba mate u obje­tos útiles como baterías o llaveros. Sólo cosas pequeñas, siem­pre. Y baratas. Unos kioscos alber­gan tam­bién una máquina para recar­gar la tar­je­ta « Sube » para los colec­tivos o el subte.

Dos kioscos. ¡Uno procla­man­do “abier­to los 25 horas”, nada menos! – Fotos PV

          Pero los kioscos no sólo son puestos de ven­ta. Me per­caté bas­tante ráp­i­da­mente que tam­bién se uti­liz­a­ban como lugares de encuen­tro y de ter­tu­lias. El policía de guardia en la calle nun­ca se ale­ja mucho, y entra a menudo para con­ver­sar con los emplea­d­os. Supon­go que eso le per­mite tomar el pul­so del bar­rio, o escuchar los últi­mos chismes. Los ancianos fin­gen nece­si­tar chi­cle para venir a encon­trar a otro com­pañero con la mis­ma necesi­dad. A los pocos min­u­tos, otro lle­ga, y otro, y así se mon­ta toda una ter­tu­lia para comen­tar las últi­mas noti­cias del mun­do.
No descar­to la posi­bil­i­dad de un acuer­do con las com­pañías de colec­tivos, si juz­go por el número de paradas que se colo­caron exac­ta­mente frente a un kiosco. Así el com­er­cio puede con­tar con la espera siem­pre larga del auto­bús para flo­re­cer.
          Muchas veces me pre­gun­té si, dado el tipo de mer­cancías que acá se venden y el número asom­broso de kioscos abier­tos en la ciu­dad, ese tipo de com­er­cio podía ser rentable de ver­dad. Parece que sí. Eso me dijeron unos porteños. Les creo: no sobre­vivirían tan­tos si no.
          Pero si se puede ganar algo de dinero en eso, se tiene que pagar con un ver­dadero tra­ba­jo de escla­vo. Los horar­ios son extra­or­di­nar­i­a­mente exten­di­dos, hay kioscos abier­tos las 24 horas. Pero eso es el pro­pio de casi todo el rubro del com­er­cio en Buenos Aires, que quedó bas­tante arte­sanal. Otro tipo de tien­das muy fre­cuente, por ejem­p­lo, son los puestos de ver­duras. Son casi tan numerosos como los kioscos. Abren des­de las 7 has­ta las 21, a veces más tarde. Igual con los “shop­pings” como los lla­man los porteños, pequeñas tien­das de comestibles a menudo aten­di­das por asiáti­cos. Se puede encon­trar tam­bién super­me­r­ca­dos, como en mi bar­rio el “Car­refour mar­ket” (una mar­ca france­sa), abier­to los 24 h, inclu­so los domin­gos. Imposi­ble quedarse con la nev­era vacía. Yo, en tan­to francés típi­co, siem­pre me niego a salir de com­pras un domin­go. Cuan­do lo comen­to con mis ami­gos porteños, sue­len mirarme como si fuera un mar­ciano, aunque dig­no de respeto. Acá a los france­ses nos con­sid­er­an como gente que “no se deja lle­var” y sabe impon­er sus reglas a los “dom­i­nantes”. Tal vez. Que­da por ver si ellos nos van a imi­tar, o si por el con­trario somos nosotros quienes esta­mos inte­gran­do cada vez más su mod­e­lo. En eso, ten­go mis propias dudas.
          Otro moti­vo de sor­pre­sa, que tiene cier­ta relación, aunque algo dis­tante, con lo que acabo de comen­tar. Dado el número de lugares donde se puede com­prar “comi­da basura” (y no sólo los kioscos, sino tam­bién los restau­rantes de “fast food” (comi­da ráp­i­da), los puestos de piz­zas y empanadas, etc…) uno podría esper­ar encon­trar a mucho más per­sonas obe­sas. Para nada. A primera vista los argenti­nos apare­cen may­ori­tari­a­mente del­ga­dos. Claro que hay excep­ciones. Y esas excep­ciones, como es de supon­er, rev­e­lan una evi­dente pobreza. La medi­da de la cin­tu­ra es, acá como allá, inver­sa­mente pro­por­cional al tamaño de la cartera, supon­go que no hace fal­ta argu­men­tar más sobre ese con­cep­to bien cono­ci­do. Lo que me lla­ma la aten­ción tam­bién, es que los lugares de mala comi­da, por lo gen­er­al, tienen nom­bres con con­so­nan­cia ingle­sa. Bueno, como en Europa. Acá se lla­man Whoop­ies, Mon­day, Kentucky’s (sin el “Fried chick­en”), Dean and Den­nys, The Burg­er Joint, The Burg­er Com­pa­ny, sin hablar de los “McDon­alds”, “Burg­er king” y com­pañía que pul­u­lan en esta ciu­dad tan­to como en las nues­tras.
          Así que “lengua ingle­sa” tam­poco rima con “gas­tronomía”. Van a tacharme de angló­fobo. Sería una calum­nia. Sólo acor­darme de los mag­ní­fi­cos almuer­zos toma­dos en los pubs del norte de Inglater­ra, donde vive mi cuña­do, me provo­ca una irrepren­si­ble nos­tal­gia. Allí los nom­bres de Black Bull, George and Drag­on y Roy­al Oak me hacen agua la boca. Pero Inglater­ra no es Esta­dos-Unidos. Y Argenti­na es ante todo un país… amer­i­cano. Donde, como no, el Coca-Cola es el pro­duc­to estrel­la. Algo menos que en Chile, pero estrel­la. Aparece en las mesas más a menudo que el vino, sin embar­go orgul­lo de los argenti­nos. El Coca, y la Fan­ta de nues­tra niñez que todavía existe, pero que hoy es propiedad de Coca-Cola Com­pa­ny. El agua con gas que bebo, aunque se llame Villav­i­cen­cio y procla­ma su ori­gen men­doci­na, pertenece al grupo francés Danone. Améri­ca lati­na siem­pre fue muy per­me­able a las influ­en­cias extran­jeras, nada nue­vo. A eso debe parte de sus más cru­eles dic­taduras.
           Por suerte, tam­poco fal­tan en Buenos Aires mar­avil­losos sitios gas­tronómi­cos. Sin embar­go muy ase­quibles para las carteras euro­peas. ¡Prome­to redac­tar­les una lista pron­to!

¡Encon­tré un kiosco lle­van­do (casi) mi apel­li­do! ¡Aunque muy pequeño, este “maxi” kiosco! – Foto PV

Cementerios porteños

Escrito el 17 de enero de 2020

Entra­da del cemente­rio de La Reco­le­ta – Foto PR

          Supon­go que algunos adic­tos a la psi­cología bara­ta lo inter­pre­tarán como un plac­er mor­boso, o por lo menos una atrac­ción algo necró­fi­la. Pero tan lejos que pue­da alcan­zar mi memo­ria, siem­pre me gus­to pasearme por lo cemente­rios, y no por eso me avergüen­zo, ni me sien­to per­ver­so. Los cemente­rios rep­re­sen­tan para mí lugares de paseo tan agrad­ables, y más instruc­tivos, que los par­ques públi­cos, con los cuales com­parten muchas cosas.
          Los cemente­rios no son sólo lugares verdes, som­brea­d­os, con pasil­los bien dis­eña­dos como lo son los par­ques. Ofre­cen una rel­a­ti­va qui­etud (no per­os, no afi­ciona­dos al pic­nic, o al fut­bol, o al foot­ing), una gran serenidad y sobre todo nos regalan – por lo menos a las per­sonas dotadas de un mín­i­mo de imag­i­nación – apa­sio­n­antes via­jes por el tiem­po. Sólo me con­trade­cirán los que nun­ca se pararon delante de una pla­ca medio bor­ra­da, lle­van­do el nom­bre y apel­li­do de una per­sona abso­lu­ta­mente descono­ci­da, sin sen­tir una pro­fun­da emo­ción. ¿Quién era? ¿Qué tipo de per­sona? Su muerte que destrozó a sus famil­iares, ¿aca­so sus­citó ale­gría den­tro de sus ene­mi­gos? ¿Qué vida tuvo? ¿En qué cir­cun­stan­cias fal­l­e­ció? Etc.…
Claro que eso no lo cuen­tan las pla­cas. Todos estos muer­tos son fes­te­ja­dos, alaba­dos, queri­dos, año­ra­dos. Todos fueron seres extra­or­di­nar­ios. Por ejem­p­lo el tal Fran­cis­co Cebal­lo, quien era pres­i­dente de un club de polo y murió en 1948: “Al gran corazón de F. Cebal­lo, arquetipo del buen ami­go, ded­i­can este bronce quienes tuvieron el priv­i­le­gio de su amis­tad”. Los “recuer­dos y lamen­tos per­petu­os”, las prome­sas de memo­ria inde­struc­tible, los dolores incon­solables pul­u­lan, cual fueron las ver­daderas cual­i­dades del ser llo­rado. Es la ven­ta­ja de la muerte: nos per­mite alcan­zar cier­ta per­fec­ción, tan físi­ca como moral. ¡Qué padre más afor­tu­na­do que el tal Alfre­do Simón Roman (1915–1987)! Su famil­ia en torno al ataúd lo recuer­da así: “Papa, nue­stro mejor ami­go en nues­tra inolvid­able relación. Supiste ser nue­stro com­pañero y ami­go insep­a­ra­ble. Tu ejem­p­lo nos hon­ra y los prin­ci­p­ios que nos diste son el may­or lega­do que tiene nues­tra famil­ia. Tu impronta per­manecerá por siem­pre con pro­fun­do sen­timien­to y ven­eración”. (El tex­to es fir­ma­do: Tu famil­ia). Sin embar­go, ¿No es posi­ble leer entre las líneas y ver apare­cer otro hom­bre, con prin­ci­p­ios, en efec­to, o sea algo rígi­do y poco ami­go de la per­mi­sivi­dad? Quizás estoy exageran­do, pero eso sen­tí al leer este pequeño tex­to de hom­e­na­je; me dio la impre­sión de un hom­bre sin lugar a dudas afec­tu­oso, pero más bien severo, cuyas deci­siones no se podían dis­cu­tir. Ejem­p­lo, altura de los prin­ci­p­ios, inolvid­able relación, ven­eración, todo eso huele a ver­dadero “jefe” de famil­ia, lle­van­do firme las rien­das del car­ro. ¿O no?
          Sin embar­go algu­nas tum­bas pare­cen algo más evoca­ti­vas, y nos per­miten via­jar a través una His­to­ria más cono­ci­da, con mayús­cu­la. Tal es el caso de Guiller­mo Zapi­o­la (1826–1871), un médi­co quien fal­l­e­ció cuan­do esta­ba cuidan­do los enfer­mos de la famosa fiebre amar­il­la de 1871 que dev­astó el bar­rio de San Tel­mo y lo vació de la casi total­i­dad de su población. O el caso de Emma Nico­lay de Caprile (1842–1884), una esta­dounidense de ori­gen hún­gara quien creó el primer insti­tu­to de for­ma­ción docente para muchachas de Argenti­na. Una pio­nera.

Pasil­lo cen­tral de La Reco­le­ta – Foto PR

          El col­mo históri­co lo alcan­za la tum­ba de Pedro Aram­bu­ru. Si es muy difí­cil encon­trar la tum­ba de Eva Perón (1919–1952), escon­di­da en un calle­jón muy angos­to donde se amon­to­nan los tur­is­tas, o la del Pres­i­dente Irigoyen (1852–1933), rel­e­ga­da en el fon­do del cemente­rio, imposi­ble no ver la de Aram­bu­ru : se hal­la en medio de la calle prin­ci­pal, a cin­cuen­ta met­ros de la entra­da. Y es mon­u­men­tal. Sin embar­go, los dos per­son­ajes ya cita­dos tuvieron may­or impor­tan­cia en la his­to­ria argenti­na que él quien par­ticipó del der­ro­camien­to de Perón en 1955 y se impu­so como dic­ta­dor has­ta 1958, y fue asesina­do por guer­rilleros zur­dos en 1970. Aram­bu­ru era un ver­dadero “mil­i­co”, como dicen los argenti­nos hablan­do de los mil­itares de extrema-derecha. No dudó en dejar fusilar al Gen­er­al Valle, uno de sus mejores ami­gos, quien reclam­a­ba el retornó de Perón . Ultra católi­co, ami­go de los grandes empre­sar­ios argenti­nos o extran­jeros, ene­mi­go de los sindi­catos, y que no tol­er­a­ba la menor oposi­ción. Pues sin embar­go en su tum­ba, no dudaron en escribir dos fras­es del gran prócer. La primera procla­ma que “Sólo el pueblo es fuente legit­i­ma de poder, y su autori­dad se afir­ma en la jus­ti­cia y se pierde en el arbi­trario”. Todos los que mandó a fusilar sin juicio sin duda sabore­an esas pal­abras. La segun­da afir­ma que “El pro­gre­so, fun­da­men­to del bien­es­tar gen­er­al, es obra de los pueb­los y resul­ta­do de la riqueza jus­ta­mente dis­tribui­da”. Pro­nun­ci­a­da por un dic­ta­dor quien gob­ernó para mejor prove­cho de las grandes famil­ias, ¡con­sid­er­adas como una “mural­la con­tra el comu­nis­mo”!

Tum­ba de Eva Perón – Foto PV

          Todos esos per­son­ajes tienen su sepul­tura en el cemente­rio de La Reco­le­ta, el más famoso de los cemente­rios porteños y cemente­rio para famosos, donde se encuen­tran las tum­bas de no menos de 20 pres­i­dentes de la repúbli­ca, un mogol­lón de escritores, un ejérci­to de gen­erales (sólo los vence­dores, es de supon­er), y todo un club de empre­sar­ios y miem­bros del muy selec­to Jock­ey-club. Hay otro cemente­rio tan grande en Buenos Aires, pero menos vis­i­ta­do por los tur­is­tas extran­jeros, ya que mucho más ple­be­yo: la Chacari­ta. Es mucho más amplio que La Reco­le­ta, y creo yo, más con­move­dor en su anon­i­ma­to. Los úni­cos famosos enter­ra­dos acá son artis­tas pop­u­lares, tangueros como Car­los Gardel o poet­as olvidados/as como Alfon­si­na Storni. Pero son esca­sos. Y muy difí­ciles de encon­trar: el cemente­rio de la Chacari­ta, al con­trario de La Reco­le­ta, no pro­por­ciona ningún mapa en la entra­da.
Así que los cemente­rios son como los par­ques públi­cos: pueden servir de mar­cadores sociales.

Tum­ba de Alfon­si­na Storni en La Chacari­ta

La Manzana de las Luces (En español)

Escrito el 15 de enero de 2020

          El miér­coles 15 de enero, decidí ir a vis­i­tar el Museo de la Ciu­dad en San Tel­mo. Habían escrito en el sitio web : miér­coles ¡entra­da gratis!
Tam­bién era una opor­tu­nidad de ir has­ta el mer­ca­do a com­er un choripán. Esta vez, elegí un “dia­blo”, con puer­ros asa­dos. Muy rico. He vis­to que pro­ponían en la car­ta uno de carne de cordero con peras y que­so azul. Otra opor­tu­nidad para volver una ter­cera vez.
          El museo esta­ba cer­ra­do. El sitio web no men­ciona­ba cierre oca­sion­al, tam­poco habían puesto un car­tel en la puer­ta, nada. Había luz aden­tro, y por la ven­tana divisé un tipo tra­ba­jan­do en la sala, le saludé con la mano, pero me con­testó que no con la cabeza, con cara reprobado­ra. Ni se molestó en acer­carse para expli­carme algo. Así que desistí y seguí andan­do has­ta la Man­zana de las Luces, al lado, otro “sitio notable” men­ciona­do en la guía. En taquil­la, me hicieron todo un dis­cur­so para expli­carme el nom­bre del lugar. Man­zana, porque el edi­fi­cio ocu­pa una entera, den­tro de un rec­tán­gu­lo lim­i­ta­do por cua­tro calles. De las luces viene de las “Lumières”, peri­o­do int­elec­tu­al de la his­to­ria france­sa con­tan­do con filó­so­fos y escritores como Voltaire, Mon­tesquieu y Diderot (Siglo XVIII). Sin embar­go, el sitio lo fun­daron los Jesuitas, lo que por lo menos huele a cier­ta parado­ja. O sea que Luces, pero menos laicas que las france­sas. Pero tam­bién el lugar con­sti­tuye la primera uni­ver­si­dad argenti­na, y el primer museo de las cien­cias. En un prin­ci­pio, era sede de la “procu­ración” jesui­ta de Buenos Aires. Una sucur­sal argenti­na de la Com­pañía de Jesús, cuya sede prin­ci­pal se hal­la­ba en el corazón de las “misiones” jesuitas, en el noreste del país (Aho­ra pues provin­cia de Misiones). Fun­ciona­ba de galpón para alma­ce­nar la mer­cancía provinien­do de las misiones, de hog­ar para los obreros guaraníes tra­ba­jan­do en las obras de con­struc­ción de la ciu­dad, de escuela, así como de res­i­den­cia admin­is­tra­ti­va. O sea, un lugar mul­ti­fun­cional. Hoy en día, es una ruina. Ya no sirve para nada. Lo que se puede vis­i­tar son salas y patios total­mente vacíos. Un sitio fan­tas­ma, que alber­ga exposi­ciones tem­po­rales de arte con­tem­porá­neo, como tal era el caso en enero. Como se podrá com­pro­bar en el tex­to del car­tel aba­jo, tam­bién cam­bió mucho con el tiem­po. O sea que parece peliagu­do hac­erse una idea exac­ta hoy de lo que parecía antaño.

          Si nos fiamos en los dos últi­mos pár­rafos, el vis­i­tante tiene que ten­er algo de imag­i­nación, y arreglárse­lo para recon­sti­tuir el sitio orig­i­nal. Pal­abras de oro, pero algo despre­ocu­padas.
          Sin embar­go, en tan­to afi­ciona­do a la his­to­ria argenti­na con­tem­poránea, me emo­cionó bas­tante saber que este lugar era tam­bién el teatro de la famosa “Noche de los bas­tones lar­gos”, en 1966. En la época, la dic­tadu­ra del gen­er­al Onganía quería amansar la Uni­ver­si­dad y expul­sar a los dichos “sub­ver­sivos”, lo que hizo echán­do­los a palos, estu­di­antes como docentes.

          En Europa, se hubiera recon­sti­tu­i­do el con­tex­to históri­co reestruc­turan­do los espa­cios y devolvién­do­los, por lo menos en parte, a su esta­do orig­i­nal, como mín­i­mo medi­ante maque­tas y fotografías. Tam­bién se hubiera recon­sti­tu­i­do cier­ta cronología, para dar­le al vis­i­tante una idea de la evolu­ción, del cam­bio, de los acon­tec­imien­tos a través de la his­to­ria. Nada de eso acá. Se visi­ta el lugar tal como sal­ió después de tan­tos cam­bios, sin el menor arreg­lo. El vis­i­tante tiene que dibu­járse­lo – el sitio orig­i­nal – en su mente. Nada fácil. Algo como rep­re­sen­tarse la igle­sia San Simeón en Bur­deos, antes de que la uti­lizaran como esta­cionamien­to. Un ejem­p­lo: he aquí lo que que­da de la Uni­ver­si­dad:

Foto PV

          Nun­ca hubier­an tol­er­a­do tal mon­stru­osi­dad en Sala­man­ca (España, sitio de una de las uni­ver­si­dades más emblemáti­cas de Europa. No resis­to en tra­ducir­les un pár­rafo del “Petit Futé”, famoso guía turís­ti­co francés:

          Con­stru­i­da en el siglo XVII por los jesuitas, la Man­zana es un con­jun­to de edi­fi­cios y túne­les. No se sabe exac­ta­mente porque con­struyeron esos túne­les, pero exis­ten varias hipóte­sis: sis­tema de defen­sa, con­tra­ban­do, lugar secre­to para alber­gar los amores de los patri­cios de la época. Un sitio increíble.

          Increíble si duda. Pero de túne­les nada: sólo me per­mi­tieron vis­i­tar la plan­ta baja, a niv­el de calle. No era sino otro tur­ista más.

Expatriados en la terraza

Escrito el 10 de enero de 2020

Cafay­ate – enero de 2008 — Foto PR

          El otro día esta­ba sen­ta­do en una ter­raza cer­ca de dos france­ses. Por la ropa que lucían, no parecían real­mente tur­is­tas. Los tur­is­tas por lo gen­er­al van vesti­dos con menos esmero, con menos cuida­do. Esos dos, impeca­bles. El primero llev­a­ba pues­ta una camisa de rayas azules y blan­cas, y mocasines de ante. El segun­do, una camisa inmac­u­la­da, al esti­lo del filoso­fo francés Bernard-Hen­ri Levy. Los dos llev­a­ban cortes, pero ojo, no cortes cualquieras, cortes de mar­ca, cortes bien hechos, como los que se pueden ver en Saint-Tropez o el Cap-Fer­ret (Bal­n­ear­ios muy selec­tos de Fran­cia), cortes de ejec­u­tivos, cortes de alguien muy aco­moda­do.
          Me dirán que eso no bas­ta para dis­tin­guir­los de los tur­is­tas comunes. Que el tur­ista aco­moda­do es una raza que pul­u­la, espe­cial­mente cuan­do uno cruza un océano entero para via­jar. Que esta raza es más bien may­ori­taria. Pero las camisas, señores y seño­ras, ¡las camisas! ¿Quién ha vis­to un tur­ista via­jar lle­van­do puesto una camisa de direc­tor de ban­co?
          De todos mod­os, lo que decían no deja­ba lugar a dudas: habla­ban de nego­cio. Bueno, no esta­ba tam­poco en condi­ciones de oír per­fec­ta­mente su con­ver­sación: detrás de mí una pandil­la de pati­tos argenti­nos cacare­a­ba con tan­ta furia como si alguien acabara de robar­les el pla­to de chips. Pero pude oír lo sufi­ciente como para enten­der el sen­ti­do gen­er­al de lo que esta­ban dicien­do: habla­ban del nego­cio del vino.

Bode­ga Dia­man­des, Men­doza – Propiedad históri­ca de la famil­ia france­sa Bon­nie – Foto DP

          O sea que expa­tri­a­dos, sin lugar a dudas. Y el expa­tri­a­do francés como es lógi­co, viene en Argenti­na ante todo para proyec­tos vití­co­las. Los france­ses ganaron la primera man­ga: es a ellos a quienes los argenti­nos fueron a bus­car para ayu­dar­los a desar­rol­lar ese sec­tor, más que españoles o ital­ianos. Algunos son ya autén­ti­cas estrel­las, como Michel Rol­land, el artí­fice adu­la­do u odi­a­do de la lla­ma­da “park­er­ización” del vino de Bur­deos.
Por lo gen­er­al, no me gus­ta el expa­tri­a­do. Hablo del expa­tri­a­do hom­bre de nego­cio, claro. No de los que vienen man­da­dos por el esta­do, fun­cionar­ios de emba­jadas o docentes. Hablo del expa­tri­a­do “pri­va­do”, el que vino por su propia vol­un­tad para bus­car (y encon­trar) “opor­tu­nidades” de acu­mu­lar una can­ti­dad de pas­ta máx­i­ma en un tiem­po mín­i­mo. Ese expa­tri­a­do odia a Fran­cia, un país de mier­da donde la admin­is­tración lo hace todo para dis­uadir a los empre­sar­ios más dinámi­cos de mon­tar sus proyec­tos. Ado­ra a estos país­es donde le reciben con alfom­bra roja, donde se puede crear una empre­sa en un chasqui­do de dedos, y, cómo no, donde nadie le viene a molestar con la can­ti­nela de los impuestos. Este expa­tri­a­do con­sid­era Fran­cia un país comu­nista (inclu­so cuan­do lo diri­gen un Sarkozy o un Macron), donde se acosa a los com­er­ciantes hon­ra­dos en vez de con­tro­lar mejor a los ben­e­fi­ci­a­dos de las medi­das sociales, ben­e­fi­ci­a­dos demasi­a­do numerosos y demasi­a­do paga­dos.
          Porque lo que le gus­ta más al expa­tri­a­do en el extran­jero, es lo bara­to que sale la mano de obra. Por eso eligió mon­tar su proyec­to más allá de sus fron­teras: el per­son­al cues­ta mucho menos y reivin­di­ca poco. Argenti­na no sien­do el mejor ejem­p­lo, ya que tiene sindi­catos numerosos, antigu­os y bas­tante fuertes. Pero con un suel­do medio de menos de 500 euros, Argenti­na sigue sien­do un país atrac­ti­vo para el expa­tri­a­do francés. Y mucho menos cos­toso en lo que se refiere a los gas­tos sociales, seguri­dad social y pen­siones. Nada ni nadie podría decidirle a volver a Fran­cia. No echa de menos a su depar­ta­men­to de seis ambi­entes en el bar­rio de Chartrons en Bur­deos o en Saint-Cloud cer­ca de Paris. Acá pudo com­prar uno mucho más grande por una can­ti­dad muy infe­ri­or. En Reco­le­ta para un depar­ta­men­to de cua­tro ambi­entes te cobran 300 000 dólares, más o menos 270 000 euros. Inclu­so pudo com­prarse una casa en Tigre, archip­iéla­go selec­to del delta del Paraná. De todas man­eras todavía posee una casa de famil­ia en Arca­chon. O en Niza. O en Biar­ritz. Vuelve de vez en cuan­do a ver­an­ear, y para com­pro­bar que Fran­cia, deci­di­da­mente, no cam­bia. Y para burlarse de los frioleros que, no como él, no tienen los coj… de mar­charse de una vez. Cuan­do acá, cara­jo, “¡se puede amasar una pas­ta, no te cuen­to!”.

Car­refour mar­ket – La Reco­le­ta – Buenos Aires – Foto DP

Colectivos (En español)

Escrito el 8 de enero 2020

Foto PR

          Así se lla­man los auto­bus­es en Argenti­na. En Buenos Aires, son propiedad de empre­sas pri­vadas. Es difí­cil saber exac­ta­mente el número de líneas, pare­cen muchísi­mas. Hemos leí­do una vez que existían más de 500, pero es una cifra que quedaría por ver­i­ficar. Muy difí­cil tam­bién es encon­trar un mapa del con­jun­to de la red. De todas man­eras, si existe tal mapa, parece muy difí­cil imag­i­narlo leg­i­ble. Por suerte, existe sin embar­go un sitio web muy cómo­do, pare­ci­do a los que ten­emos en Europa, donde entras las direc­ciones de par­ti­da y des­ti­no, y te ponen el trayec­to exac­to, inclu­idas las partes andan­do. Pero. Varias veces nos dimos cuen­ta que ya no existía la para­da indi­ca­da. O que la habían traslada­do a otra calle. Muy diver­tido. Andas cin­co o seis cuadras has­ta la para­da men­ciona­da, y al lle­gar, ¡zas! Nada. Ni ras­tro. Por ejem­p­lo esta mis­ma mañana queríamos coger el 75. En real­i­dad, la para­da se hal­la­ba cin­co cuadras más lejos, en una calle para­lela. Son muy jugue­tones. Parece que la gente está acos­tum­bra­da. Sin embar­go, si juzg­amos por el número de per­sonas quienes nos pre­gun­taron por un número de línea, por con­tro­lar si tal colec­ti­vo para­ba acá, o si tal otro iba a tal sitio, etc…parece que tam­poco toda la gente lo mane­ja per­fec­ta­mente. El otro día al volver de Paler­mo creíamos haber encon­tra­do – por fin – la para­da del 60. Inclu­so un anciano se había acer­ca­do a pre­gun­tarnos si, de ver­dad, pasa­ba por acá el tan esper­a­do 60. Sí señor, como puede ver ust­ed mis­mo, es lo que va escrito allá arri­ba en el car­tel. 60. (Entre otros, ya que a una para­da pueden cor­re­spon­der un mon­tón de líneas). Así que nos pusi­mos a esper­ar jun­tos, el anciano y nosotros. Después de un cuar­to de hora, nada. Veinte min­u­tos. Media hora. Mien­tras tan­to, se pararon muchos otros, pero ni apare­ció un solo 60. Al cabo del primer cuar­to de hora, ya el anciano se había subido en un 42, sin más pre­ocu­pación. Al final, decidi­mos subir en el próx­i­mo colec­ti­vo, cual fuera su número y des­ti­no. Tuvi­mos suerte: pasa­ba por la aveni­da San­ta Fe. Per­fec­to para nosotros. Pero nos cues­ta tra­ba­jo pen­sar que al final de nues­tra estancia en Argenti­na, sea cual sea su duración, acabare­mos por enten­der cómo fun­ciona todo este quilom­bo.

Colec­tivos frente a la estación Retiro – Foto DP

          Lo pos­i­ti­vo de este sis­tema que parece tan anárquico, es por una parte su tar­i­fa muy ase­quible (por el pre­cio de un solo bil­lete de tran­vía francés, puedes hac­er cin­co via­jes en Buenos Aires), y por otra parte el sis­tema de tar­je­ta “Sube”, recar­gable, que se puede uti­lizar tam­bién en el metro (el “subte”, acá) y los trenes de prox­im­i­dad.
          Los colec­tivos son el teatro de un extraño espec­tácu­lo. Los argenti­nos se mues­tran por lo gen­er­al un pueblo bas­tante indis­ci­plina­do y con esca­so espíritu cívi­co. Pero no en lo que se refiere a los colec­tivos bonaerens­es. Allí las colas que se for­man en las paradas bien se pueden com­parar con las que podemos ver en Lon­dres. Pro­hibido ade­lan­tar: todo el mun­do espera con mucha pacien­cia, uno tras otro. Pasa igual den­tro de los auto­bus­es: inclu­so en hora pico, pre­dom­i­nan la cal­ma y la cortesía. No en Fran­cia ni en España se podría con­statar que los trans­portes públi­cos con­sti­tuyen así un lugar de desar­rol­lo del sen­ti­do cívi­co de la gente.

Para­da de colec­tivos – Foto QV

          Uno puede tam­bién uti­lizar el taxi. Tam­poco es caro, si se com­para con los taxis de Fran­cia. Para un trayec­to de 5–6 kilómet­ros no te cobran más de 3 euros. Pero hay que ele­gir bien su vehícu­lo. Y el chofer. En ver­a­no, más vale ele­gir un taxi con las ven­tanil­las cer­radas, lo que indi­ca aire acondi­ciona­do. Y esqui­var los choferes que con­ducen con los ojos pega­dos a la pan­talla de sus móviles. Hay muchos. Nos tocó uno de esos al volver de Puer­to Madero. A cada semá­foro volvía a la maldita pan­talla. Así que cada vez se perdía el momen­to de volver a arran­car. Luego rugía como un león, con ayu­da de boci­na y todo, porque los demás le ade­lanta­ban. Mane­jo nervioso, al milímetro. Y nosotros apre­tan­do las nal­gas, con mucho miedo.

Taxis porteños – foto PV

          En lo que se refiere a la ama­bil­i­dad, los taxis­tas porteños se pare­cen muchísi­mo a los parisi­nos. Es de supon­er que pare­cerse a un taxista parisi­no es el col­mo de la dis­tin­ción. Por suerte, no lo saben los camareros de Buenos Aires. Quienes son todo el con­trario de nue­stros mozos de Paris. Son­ri­entes. Amables. Y muy lentos. Pero igual de desagrad­ables para con los tacaños que se ahor­ran la propina.

País pobre — Pobre país

Escrito el 7 de enero de 2020

Frente al aerop­uer­to Jorge New­bery – Diciem­bre de 2007 – Foto PV

          Quizás otros no opinarán lo mis­mo, pero a nosotros siem­pre nos sor­prendió la extrema difer­en­cia entre las dos Améri­c­as, la del norte y la del sur, en cuan­to a sus des­ti­nos políti­cos y económi­cos. Esas dos partes del con­ti­nente pare­cen dos caras total­mente opues­tas de una mis­ma mon­e­da: inmen­sos ter­ri­to­rios col­o­niza­dos por los europeos. En la línea de par­ti­da, las mis­mas riquezas, los mis­mos recur­sos, las mis­mas opor­tu­nidades de desar­rol­lo. Al final, un norte rico, desar­rol­la­do y dom­i­nante, y una parte sur que se quedó atrás, más bien sub­de­sar­rol­la­da, y en larga medi­da, acep­tan­do la tutela del veci­no norteño.

          ¿Aca­so no se podría explicar por la difer­en­cia exis­tente entre los mod­os de con­struc­ción de ambos ter­ri­to­rios? Son los inmi­gra­dos quienes con­struyeron en bue­na parte los Esta­dos-Unidos, a medi­da de su pro­gre­sión hacia el oeste. La Coro­na ingle­sa por su parte se quedó en los ter­ri­to­rios del este, y tan­to su ejérci­to como su Igle­sia desem­peñaron un papel secun­dario en la con­quista del oeste. Eso puede explicar tam­bién porque los Esta­dos-Unidos obtu­vieron su inde­pen­den­cia con bas­tante antic­i­pación, en com­para­ción con los veci­nos del sur: los inmi­gra­dos rep­re­senta­ban una enti­dad fuerte y legí­ti­ma frente a la de la Coro­na.
Al con­trario en el sur, España y Por­tu­gal insta­laron una autori­dad real muy fuerte así como muy apremi­ante. Las tier­ras con­quis­tadas eran con­sid­er­adas como propiedad exclu­si­va de la Coro­na, y esa las dis­tribuía en pri­or­i­dad a las “grandes famil­ias”, quienes se apoder­aron de la may­oría de las tier­ras agrí­co­las del sub­con­ti­nente. De allí en más, esas grandes famil­ias con­sti­tuyeron una suerte de clase nacional inmutable, iden­ti­ficán­dose a la nación mis­ma. “Somos Argenti­na” o “Somos Chile” sue­len decir a menudo los ter­rate­nientes del cono sur. Esas famil­ias aca­pararon tam­bién los puestos impor­tantes tan­to en el Ejérci­to como en la jer­ar­quía católi­ca, así que se apoder­aron de la casi total­i­dad de los medios de poder y, sal­vo durante unos pocos – y cor­tos – peri­o­dos, coparon la esce­na políti­ca has­ta hoy. Y la copan todavía, aún cuan­do fuerzas opos­i­toras lograron abrirse un pequeño espa­cio.

          Resul­ta que esos país­es se ven más bien dirigi­dos por una oli­gar­quía que des­cansa en los viejos esque­mas de una economía agroex­por­ta­do­ra. Generan­do una brecha enorme entre las clases más ric­as y las clases más pobres, sin dejar posi­bil­i­dad a la exis­ten­cia de pasare­las entre las dos cat­e­gorías, sien­do las sociedades suramer­i­canas muy “repro­duc­toras”. Con para­le­la­mente un inmovil­is­mo económi­co tremen­do: la indus­tria está casi toda en manos extran­jeras, y los ser­vi­cios públi­cos están casi todos… bajo con­trol de cap­i­tales pri­va­dos.
          Tal sociedad desigual no puede sino gener­ar una guer­ra fer­oz entre las dis­tin­tas clases sociales. Lo que expli­ca la frag­ili­dad del sis­tema democráti­co: cada cam­bio de gob­ier­no se vive como una revan­cha, el tiem­po de “hac­er­les pagar” a los ven­ci­dos su políti­ca pasa­da. Eso se puede obser­var en la actu­al­i­dad por ejem­p­lo en Brasil con la elec­ción de Bol­sonaro después de Lula, o el golpe “blan­do” con­tra Evo Morales en Bolivia (por lo menos has­ta la elec­ción de Luis Arce). Dos ejem­p­los en medio de var­ios. Pasa lo mis­mo con los medios de comu­ni­cación y la pren­sa. Acá en Argenti­na, esos medios son más bien mil­i­tantes, y no se molestan en aparentar una obje­tivi­dad que no tienen, como lo hacen nue­stros pro­pios medios en Fran­cia. Clarín es rotun­da­mente antiper­o­nista, La Nación un diario deci­di­da­mente con­ser­vador, y Pagina/12 apoya sin reser­va a los gob­ier­nos per­o­nistas . Pasa igual con la tele: uno nota en segui­da a que cam­po pertenece la o él quien está hablan­do. En tal con­tex­to, ¿Cómo podría pro­gre­sar el país?

          Argenti­na lo tiene todo para vol­verse un país desar­rol­la­do y rico: un ter­ri­to­rio inmen­so, todos los tipos de cli­ma, recur­sos agropecuar­ios sin límite (aunque este rubro bas­tante daña­do por el monocul­ti­vo), riquezas en el sub­sue­lo, una población que todavía puede cre­cer (tan sólo 45 mil­lones de habi­tantes, o sea un mil­lón menos que España, pero con un ter­ri­to­rio casi seis veces más grande), un poten­cial turís­ti­co todavía por desar­rol­lar, un pasa­do cos­mopoli­ta riquísi­mo, etc… Ese país tenía que vol­verse tan desar­rol­la­do y rico como Esta­dos-Unidos, y al con­trario, se quedó un país pobre, delicues­cente, gob­er­na­do por políti­cos cor­rup­tos e incom­pe­tentes, a suel­do de poten­cias extran­jeras (sobre todo esta­dounidens­es) o, cuan­do gob­ier­nan des­de la izquier­da, con tenta­ciones autocráti­cas.
          Un país des­perdi­ci­a­do.

Con­traste. En el fon­do, el puer­to indus­tri­al. En primer plano, la autopista Umber­to Illia. Entre los dos, más allá del fer­ro­car­ril, la « vil­la 31 », la más grande de Buenos Aires – foto PV
Chalet – Tigre – Delta del Paraná – Foto PV
Casas de adobe, noroeste argenti­no – Foto PV

La Biela (En español)

Escrito el 5 de enero de 2020

Entra­da Aveni­da Quin­tana, 600 – Foto PR

          No nece­si­ta­mos pre­sen­tar ese bar muy famoso que se hal­la frente al cemente­rio de la Reco­le­ta : lo van a encon­trar en todas las guías turís­ti­cas.
No es el más lin­do de los bares nota­bles de Buenos Aires, tam­poco el más aut­en­ti­co, pero sí uno de los más antigu­os. Su his­to­ria empieza en 1850. En la época, se trata­ba tan sólo de un pequeño bar de afi­ciona­dos, se llam­a­ba “la Vered­i­ta” (la pequeña acera). Luego, se llamó “el Aéreo”, debido a su pop­u­lar­i­dad den­tro del medio de los pilo­tos de avión. Eso has­ta los años cin­cuen­ta. A par­tir de 1950, se volvió el lugar de predilec­ción de otros pilo­tos, con volante esos, y por fin recibió su nom­bre actu­al: La Biela.
          Tam­bién lo fre­cuenta­ban unos escritores famosos: para recor­dar­lo, los dueños insta­laron una mesi­ta redon­da en la entra­da, donde se pueden ver sen­tadas las estat­uas de Jorge Luis Borges y su gran ami­go Adol­fo Bioy Casares, toman­do café. Así que los tur­is­tas pueden sacarse fotos com­par­tien­do café con esas dos estrel­las de la lit­er­atu­ra argenti­na. (Lo hicieron igual en el Tor­toni, otro bar notable del cen­tro de la Cap­i­tal, donde Borges tam­bién está sen­ta­do en una mesa las 24 horas. No dudo que esos famosos pasaron tiem­po en esos bares, por lo menos cer­ti­fi­ca que tenían buen gus­to. Pero obligar así a esos pobres hom­bres algo ancianos a pasarse todo el día afer­ra­dos a una taza de café, ame­tral­la­dos por los flash­es de las cam­eras, nos da algo de pena).

Jorge Luis Borges y Adol­fo Bioy Casares, clientes per­petu­os – Foto PR

          El dec­o­ra­do de La Biela no tiene nada extra­or­di­nario. En el inte­ri­or, como es de supon­er, es un dec­o­ra­do más bien auto­movilís­ti­co: fotos de pilo­tos en sus bóli­dos, casi todas de los años 50, en blan­co y negro, muchas del héroe nacional, Juan Manuel Fan­gio, insignias de mar­cas, piezas de coches (por ejem­p­lo, ¡un mag­nifi­co radi­ador de His­pano!), y por supuesto, la famosa biela tal­la­da en el respal­do de las sil­las de madera del local. O sea, ambi­ente “vin­tage”. Afuera, la amplia ter­raza parece mucho menos atrac­ti­va. Total anar­quía de mue­bles de jardín de plás­ti­co blan­co y verde oscuro, muy numerosos, como amon­ton­a­dos sin orden aparente, o un orden siem­pre alter­ado por los clientes que desplazan sil­las y mesas a su anto­jo. Ojo cuan­do van a ele­gir una mesa: todo el sitio es tam­bién ter­ri­to­rio de una mul­ti­tud de palo­mas, así que más vale ele­gir una mesa pro­vista de para­sol. Des­de la ter­raza, se puede admi­rar el tan mag­ní­fi­co como famoso gomero, plan­ta­do acá hace más de un siglo, y que con el bar y el cemente­rio, rep­re­sen­ta la ter­cera mar­avil­la de la zona.

El gomero frente a La Biela – foto PV

          La sala y la ter­raza for­man como dos mun­dos sin relación entre sí. Tuvi­mos tiem­po de darnos cuen­ta, ya que nue­stro depar­ta­men­to esta­ba casi al lado, y solíamos pasar acá la may­oría de los fines de tarde.
La Biela se hal­la en un bar­rio muy turís­ti­co, ya que está exac­ta­mente en frente del cemente­rio más famoso de Buenos Aires, equiv­a­lente al “Père Lachaise” parisi­no, donde se pueden encon­trar las tum­bas de una mul­ti­tud de próceres argenti­nos, como Eva Perón, Domin­go Sarmien­to, Hipól­i­to Irigoyen, José Hernán­dez, y tan­tos más. O sea que La Biela es un lugar caro, pero muy caro. Es decir, en com­para­ción con los demás “bares nota­bles” de la ciu­dad. Pero siem­pre es posi­ble pedir una “cañi­ta” de cerveza y unas “chips” de patatas sin vaciar su cartera, y así poder pasar una hora tran­quila sen­ta­do en la ter­raza, a mirar y escuchar a los demás clientes.       Bueno, en una nov­ela, siem­pre ocurre algo al héroe que se sien­ta a tomar algo en una ter­raza cualquiera. Miradas que se cruzan, el tit­u­lo de un libro en la mesa que per­mite entablar una con­ver­sación, el famoso que viene a sen­tarse al lado y le pide por favor, la car­ta del menú que des­cubre en su mesa y está fal­tan­do en la suya, bueno, pasa algo y al final, empieza una relación muy fuerte entre dos seres que todavía no se conocían antes de lle­gar a la ter­raza. Con nosotros no. No pasó nada. En la real­i­dad, una ter­raza llena de gente ordi­nar­ia, gru­pos de tur­is­tas de todas las nacional­i­dades, jóvenes, menos jóvenes, ancianos, famil­ias, pandil­las de minas recreán­dose, ejec­u­tivos de via­je, o sea, nada muy notable. Gente que parece ten­er una vida tan nor­mal como la nues­tra. Claro que siem­pre es posi­ble inven­tar­los otra más exci­tante, de eso pre­cisa­mente se pre­ocu­pan las nov­e­las, dis­frazar lo ordi­nario de extra­or­di­nario, pero si nos per­miten, antes de empren­der tal del­i­ca­da y noble tarea, déjenos ter­mi­nar por lo menos nues­tras cervezas, antes de que el sol muy duro de la tarde acabara de dis­frazarlas de sopa de lúpu­lo.
          Aden­tro es otro mun­do. Total e implaca­ble­mente. Por una parte, el prome­dio de edad es mucho más ele­va­do, y por otra parte, el públi­co es mucho más argenti­no. O sea, viejos argenti­nos. Gente del bar­rio, que los camareros recono­cen al entrar. Esa parte de La Reco­le­ta, sin duda la más selec­ta, es ter­ri­to­rio de la vie­ja bur­guesía porteña. La bur­guesía joven vive más bien en Paler­mo. Por lo menos los menos con­ven­cionales. Des­de hace unos años, los ricos argenti­nos (cada vez más numerosos a medi­da que hay cada vez más pobres en el país) se van más bien a vivir en Puer­to Madero, ese nue­vo bar­rio con­stru­i­do frente a los antigu­os galpones trans­for­ma­dos en restau­rantes de lujo, del otro lado de los estanques.
          Los ancianos se quedaron en La Reco­le­ta. Más exac­ta­mente den­tro del islote for­ma­do por las avenidas Callao, Pueyrredón, Lib­er­ta­dor y Las Heras. La Biela sien­do el cen­tro exac­to del islote. Y el pun­to de encuen­tro de la ancian­idad aco­moda­da, lec­to­ra de Clarín y votan­do para la derecha con­ser­vado­ra. Así se entiende mejor por qué a Borges le gusta­ba tan­to el lugar.

La sala – foto PV

          Sin embar­go no es para provo­car que abro el pequeño libro que com­pre en el Ate­neo y empiezo a leer­lo. Se tra­ta de “Pro­fe­tas del odio”, no el de Jau­retche sino el de un tal Aníbal Fer­nán­dez, antigua­mente sec­re­tario de la pres­i­den­cia durante el manda­to de Cristi­na Kirch­n­er. Cristi­na, la bru­ja mala de los viejos bur­gue­ses de La Reco­le­ta. No sé si los ancianos sen­ta­dos a nue­stro lado cono­cen a Aníbal Fer­nán­dez. El libro apun­ta hacía algu­nas obse­siones de los medios políti­cos y peri­odís­ti­cos de la derecha argenti­na. Es un libro muy per­o­nista, más: un libro kirch­ner­ista. Y que­da claro que los ancianos de al lado odi­an a los kirch­ner­is­tas. Porque acabamos de oír a uno de ellos pre­gun­tan­do a sus con­ter­tulios: “¿Sabéis lo que resul­ta del encuen­tro entre un kirch­ner­ista y Fran­cis­co 1°?” … “Un ñoqui de papa”. Un chiste muy derechista, pero que nos hace mucha gra­cia.
(Cabe aclarar que en Argenti­na, durante el manda­to de Mauri­cio Macri, lla­maron “ñoquis” a los supuestos fun­cionar­ios de sobra – nom­bra­dos bajo el kirch­ner­is­mo – en la admin­is­tración públi­ca).

San Telmo (En español)

Escrito el 5 de enero de 2020

           Pasé la mañana de ayer en San Tel­mo. Me asom­bra lo que pro­duce en mi mente, cada vez que lo vis­i­to, ese bar­rio. Des­de un prin­ci­pio, me enam­oré, como dicen en los mal­os doc­u­men­tales. Para mí rep­re­sen­ta el alma de la ciu­dad de Buenos Aires, el núcleo espir­i­tu­al. No por casu­al­i­dad: es uno de los bar­rios más antigu­os, que cono­ció las grandes olas de inmi­gración de los años 1890–1910. En la época era un bar­rio tan­to pop­u­lar como cos­mopoli­ta, con sus con­ven­til­los (casas de dos o tres pisos cuyos depar­ta­men­tos minús­cu­los daban en una galería cer­can­do un patio inte­ri­or) donde se amon­ton­a­ban los europeos que acaba­ban de lle­gar en bar­cos, la may­oría españoles e ital­ianos.
          Antes de estas olas de inmi­gración, vivían acá los porteños más aco­moda­dos: San Tel­mo era un bar­rio más bien res­i­den­cial. Todavía se nota Me parece que es esta doble iden­ti­dad – bar­rio aco­moda­do, luego bar­rio muy pobre – que le procu­ra este alma espe­cial y emblemáti­co. San Tel­mo es como un con­cen­tra­do de épocas y pobla­ciones muy dis­tin­tas. Pero de todo eso no que­da casi nada: ni de la primera época, ni de la segun­da. Como lo que ocur­rió con el bar­rio de Mont­martre en Paris, San Tel­mo se volvió un museo al aire libre. Uno puede andar en sus calles (muchas guardaron sus antigu­os ado­quines), es difí­cil imag­i­nar gente de ver­dad vivien­do acá, por lo menos en el corazón del bar­rio, rec­tán­gu­lo for­ma­do por la aveni­da Bel­gra­no, la plaza Dor­rego, y las calles Piedras y Defen­sa. No se ven muchas tien­das tradi­cionales en esta zona, donde pul­u­lan las tien­das para tur­is­tas. En eso el mer­ca­do es emblemáti­co: no se ven muchos puestos de com­er­cio de vian­das, la may­or parte del espa­cio estando ocu­pa­do por puestos de antigüedades y de comi­da ráp­i­da y bara­ta “típi­ca”. O sea que se des­ti­na a un públi­co muy particular.en fachadas antiguas, aunque con el tiem­po esas casas se volvieron bas­tante destar­ta­l­adas. La epi­demia de fiebre amar­il­la (1871) cam­bió del todo el uni­ver­so demográ­fi­co del bar­rio.

En San Tel­mo, ves­ti­gio de una época desa­pare­ci­da… — Foto PV

          Me parece que es esta doble iden­ti­dad – bar­rio aco­moda­do, luego bar­rio muy pobre – que le procu­ra este alma espe­cial y emblemáti­co. San Tel­mo es como un con­cen­tra­do de épocas y pobla­ciones muy dis­tin­tas. Pero de todo eso no que­da casi nada: ni de la primera época, ni de la segun­da. Como lo que ocur­rió con el bar­rio de Mont­martre en Paris, San Tel­mo se volvió un museo al aire libre. Uno puede andar en sus calles (muchas guardaron sus antigu­os ado­quines), es difí­cil imag­i­nar gente de ver­dad vivien­do acá, por lo menos en el corazón del bar­rio, rec­tán­gu­lo for­ma­do por la aveni­da Bel­gra­no, la plaza Dor­rego, y las calles Piedras y Defen­sa. No se ven muchas tien­das tradi­cionales en esta zona, donde pul­u­lan las tien­das para tur­is­tas. En eso el mer­ca­do es emblemáti­co: no se ven muchos puestos de com­er­cio de vian­das, la may­or parte del espa­cio estando ocu­pa­do por puestos de antigüedades y de comi­da ráp­i­da y bara­ta “típi­ca”. O sea que se des­ti­na a un públi­co muy par­tic­u­lar.

El mer­ca­do – foto PV- 2020

          Ayer me dejé lle­var por el instin­to turís­ti­co, y me acerqué a uno de estos puestos. No tenía sil­las, ni mesas, solo una bar­ra por sus tres lados, con sil­las altas. Encon­tré un sitio en la úni­ca que qued­a­ba libre, y esperé a que me atendier­an leyen­do la car­ta del menú. Se trata­ba de un puesto de chori­panes: algo pare­ci­do al per­ro caliente, pero en vez de la salchicha de plás­ti­co tradi­cional, ponen unos chori­zos muy gor­dos. Bueno, no exac­ta­mente chori­zo, quiero decir, lo que nosotros france­ses sole­mos cono­cer bajo este nom­bre. No, acá se tra­ta de otra salchicha, que puede ser de cer­do o de cordero. Y añaden, según el gus­to del cliente, sal­sa, cebol­la, lechuga, rúcu­la (a los argenti­nos les gus­ta sobre­man­era la rúcu­la) etc…
          Como es de cos­tum­bre en Argenti­na, el cliente tiene que ten­er mucha pacien­cia. Me lle­varon el vaso de vino muy rápi­do, pero luego tuve tiem­po para tra­gar­lo todo antes de que me lle­varan el tan esper­a­do choripán. Cabe admi­tir que es una garan­tía de cal­i­dad: asen los chori­zos a medi­da de los pedi­dos. Me gustó mucho. Pero com­er así solo frente a la bar­ra, escuchan­do las con­ver­sa­ciones alrede­dor – y escuchar no sig­nifi­ca enten­der, a lo mejor se oye un bul­li­cio con­fu­so – no favorece el deseo de pro­lon­gar el almuer­zo. Supon­go que otro tur­ista menos tími­do hubiera entabla­do con­ver­sación con su veci­no, pero eso es algo casi imposi­ble para mí.
          San Tel­mo-Mont­martre. Supon­go que es mi ape­ten­cia para la his­to­ria que moti­va mi amor por estos dos bar­rios, pese a que se volvieron sólo tram­pas para tur­is­tas. Tam­bién es que, detrás de esos dis­fraces bas­tante nuevos, no es muy difí­cil encon­trar la esen­cia antigua y evo­car, aunque sea sólo en su mente, lo que fueron antes de vol­verse museos: los tes­ti­gos de una gran his­to­ria pop­u­lar. De todos mod­os, me parece imposi­ble vis­i­tar las dos cap­i­tales sin pasar por sus calles por lo menos una vez.

Foto PV — 2008