04/02/21 : Isabelita a 90 ans

AUX OUBLIETTES DE L’HISTOIRE

          Aujourd’hui jeu­di 4 févri­er, nous dit le quo­ti­di­en La Nación, est le jour du 90ème anniver­saire de María Estela Mar­tinez de Perón, plus con­nue sous son nom de scène (elle était danseuse avant de devenir la troisième épouse de Juan Perón) Isabeli­ta.
          Celle qui fut la pre­mière prési­dente de l’histoire argen­tine sem­ble aujourd’hui totale­ment oubliée de ses com­pa­tri­otes : on a eu beau chercher, aucun autre des grands quo­ti­di­ens en ligne ne men­tionne l’événement. Et il est même assez prob­a­ble qu’en lisant l’article de La Nación, plus d’un Argentin se sera éton­né d’apprendre qu’elle est encore de ce monde, 45 ans après avoir été ren­ver­sée, empris­on­née puis exilée par la dic­tature mil­i­taire.
          La Nación retrace les grandes lignes de ce qui fut sa vie, d’abord en Argen­tine où elle est née en 1931, puis à l’extérieur, d’abord lors des tournées sudaméri­caines de sa troupe de danse, puis en exil en Espagne, avec son mari. Elle avait juste­ment ren­con­tré Juan Perón en 1955 à Pana­ma, alors que celui-ci, ren­ver­sé par la «Rev­olu­ción Lib­er­ta­do­ra», com­mençait son long exil de dix-huit ans.
          Elle revien­dra avec lui en 1973, et ensem­ble, lui prési­dent et elle vice-prési­dente, ils rem­porteront l’élection à la mag­i­s­tra­ture suprême avec 62 % des voix. C’est donc elle qui, à la mort de Perón l’année d’après (juil­let 1974) pren­dra naturelle­ment les rênes du pou­voir. Pas pour longtemps. Car la péri­ode est très trou­blée, c’est le moins que l’on puisse dire. Le péro­nisme est très divisé, entre mou­ve­ments de jeunes d’extrême-gauche d’une part – ce sont eux qui ont prin­ci­pale­ment con­tribué au retour du chef – et ten­dance d’extrême-droite d’autre part, rap­portée dans les bagages de Perón lui-même. Ne per­dons pas de vue qu’il revient d’un long exil en… terre fran­quiste. Le retour du péro­nisme est donc mar­qué par beau­coup de vio­lence, entre les exac­tions de la Triple A (Alliance anti-com­mu­niste argen­tine, créée et dirigée par le secré­taire par­ti­c­uli­er de Perón, Lopez Rega) con­tre les gauchistes, et les atten­tats de ces derniers, en repré­sailles. Sans par­ler, bien enten­du, de toutes les ten­dances anti-péro­nistes qui n’ont évidem­ment pas dis­paru comme par enchante­ment.

Juan Perón et Isabeli­ta (María Estela Martínez Car­tas de Perón) en Espagne (1972)

          C’est avant tout cette image qui restera d’Isabelita. Celle d’une prési­dente dépassée, incom­pé­tente – elle se fera même rem­plac­er un mois pour «raisons de san­té» pen­dant son man­dat par Ita­lo Lud­er, le prési­dent du Sénat – et finale­ment des­ti­tuée par un coup d’état mil­i­taire en mars 1976.
          Empris­on­née pen­dant cinq ans, les mil­i­taires l’ont libérée en 1981, et elle est repar­tie en Espagne, d’abord dans la rési­dence qu’elle partageait autre­fois avec Perón, « Puer­ta de Hier­ro », puis dans son actuelle rési­dence à 30 kilo­mètres de Madrid. Elle y vit depuis com­plète­ment retirée, et s’est douce­ment fait oubli­er de ses conci­toyens. Au point qu’il ne s’est trou­vé qu’un seul quo­ti­di­en, aujourd’hui, pour se rap­pel­er qu’elle était tou­jours vivante, et que ce 4 févri­er était le jour de son 90ème anniver­saire.

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