8 novembre 2020

         VICTOIRE POUR JOE BIDEN : les réac­tions de la presse Argen­tine

          Pas de voix dis­cor­dante en ce dimanche, à la une des six grands quo­ti­di­ens en ligne d’Argentine : tout le monde annonce la vic­toire de Joe Biden comme défini­tive, actant l’élection de celui-ci comme 46ème prési­dent des Etats-Unis.
          La Nación insiste sur l’extrême ten­sion générée par ces élec­tions assez per­tur­bées par la crise san­i­taire, induisant un fort taux de vote par cor­re­spon­dance. Ce qui a eu pour effet d’une part de grande­ment retarder le comp­tage des voix et la procla­ma­tion des résul­tats, mais a égale­ment per­mis à Don­ald Trump de jeter la sus­pi­cion sur le proces­sus élec­toral. Le quo­ti­di­en note par ailleurs que ces attaques, lancées déjà avant l’élection, et soutenues par de nom­breux cadres répub­li­cains, ont « empêché toute pos­si­bil­ité de ren­forcer ce sys­tème élec­toral par antic­i­pa­tion ». Il relève égale­ment le car­ac­tère infondé, et non prou­vé, des accu­sa­tions de fraude lancées par le camp répub­li­cain.
          Cróni­ca, con­forme à sa ligne plus « peo­ple », s’intéresse plutôt à la per­son­nal­ité de la vice-prési­dente, Kamala Har­ris. « Fille d’une sci­en­tifique Indi­enne et d’un écon­o­miste Jamaï­cain, mar­iée à un avo­cat juif », relève le quo­ti­di­en vis­i­ble­ment mar­qué par le cos­mopolitisme de la nou­velle vice-prési­dente, et qui relève qu’elle est par­v­enue à s’imposer dans un milieu tra­di­tion­nelle­ment réservé aux « hommes blancs ». Selon le quo­ti­di­en, Kamala Har­ris, qui a tou­jours mis l’accent sur la défense des droits des minorités, notam­ment des femmes et des noirs, peut être con­sid­érée comme un élé­ment « pro­gres­siste » dans une bal­ance démoc­rate plutôt cen­triste, même si elle s’est attirée de nom­breuses cri­tiques de la part de la gauche du Par­ti en rai­son de sa sup­posée indul­gence vis-à-vis de la police.
          Le Diario Pop­u­lar préfère insis­ter sur la volon­té réc­on­cil­i­atrice de Joe Biden, dans un pays que Trump a ren­du con­flictuel à l’extrême. Citant le nou­veau prési­dent, il veut voir en lui celui qui « va restau­r­er l’âme des Etats-Unis, pour recon­stru­ire le pays autour de sa colonne vertébrale, la classe moyenne ». Le Diario Pop­u­lar souligne égale­ment que Trump est seule­ment le cinquième prési­dent à per­dre la réélec­tion, après Her­bert Hoover en 1932, Ger­ald Ford en 1976, Carter en 1980 et George Bush senior en 1992, et que son man­dat a été mar­qué par un fort taux de con­flic­tiv­ité à l’international, entre la sor­tie de l’Accord de Paris, la néga­tion du change­ment cli­ma­tique, l’escalade com­mer­ciale avec la Chine, la rup­ture de l’accord sur le nucléaire iranien, et des rela­tions pour le moins rugueuses avec les pro­pres alliés des Etats-Unis.
           Le retour à l’unité du pays, c’est ce que veut croire égale­ment Clarín, citant lui aus­si l’appel à la réc­on­cil­i­a­tion et la main ten­due aux électeurs répub­li­cains : « Je com­prends votre tristesse, moi aus­si j’ai per­du des élec­tions. Mais le temps est venu d’être de nou­veau ensem­ble, de nous unir pour guérir le pays. ». Clarín craint cepen­dant que mal­gré les dif­fi­cultés – le résul­tat des recours envis­agés par le camp répub­li­cain s’annonce incer­tain – il est « peu prob­a­ble que Trump con­cède (de sitôt) la vic­toire à son adver­saire ». En out­re, le quo­ti­di­en souligne l’enracinement prob­a­ble du « Trump­isme » pour une longue péri­ode dans une opin­ion améri­caine plus divisée que jamais, et surtout, pour une bonne part, rad­i­cal­isée. Ce qui annonce un après élec­tion qui pour­rait se trans­former en « champ de bataille ».
          Le quo­ti­di­en péro­niste Pagina/12 s’intéresse quant à lui aux futures rela­tions entre la nou­velle admin­is­tra­tion état­suni­enne et celle du gou­verne­ment argentin. Avec espoir, mais sans trop d’illusions non plus. Avec la défaite d’un Trump active­ment soutenu par le Brésilien Bol­sonaro et le Colom­bi­en Duque, Alber­to Fer­nán­dez, indique Pagina/12, se ver­rait bien comme le nou­v­el inter­locu­teur priv­ilégié de l’administration Biden pour l’Amérique latine. Biden et Fer­nán­dez ne man­quent pas de points d’intersection sur beau­coup de sujets, même si, tem­père Pagina/12, il ne faut pas se faire trop d’illusions sur le plan économique : sur ce plan il n’y a pas beau­coup de dif­férence entre les philoso­phies répub­li­caine et démoc­rate. D’ailleurs, la plu­part des diplo­mates argentins souligne que de ce point de vue « la péri­ode Bush aura été plus prof­itable à l’Argentine que celle d’Obama », et par ailleurs Trump s’est tou­jours mon­tré arrangeant vis à vis de l’Ar­gen­tine notam­ment dans les rela­tions de cette dernière avec le FMI. Néan­moins, citant le Finan­cial Times, il souligne qu’Alberto Fer­nán­dez est là-bas con­sid­éré comme un « homme de gauche prag­ma­tique », loin d’être un « chav­iste ». En tout état de cause, il fau­dra de toute façon atten­dre le prochain Som­met des Amériques, en 2021 – qui aura pré­cisé­ment lieu aux Etats-Unis – pour mieux con­naitre les inten­tions futures de Joe Biden vis-à-vis du con­ti­nent sud-améri­cain.