Quoi de neuf ?

Petite revue de presse, en ces temps d’actualité rel­a­tive­ment calme, après les célébra­tions des cinquante ans de la dic­tature et divers­es manif’ con­tre la vie chère et l’étranglement économique de l’université et de la recherche.

Sans par­ler, tou­jours au sujet de la mémoire de la dic­tature, des coupes budgé­taires visant des organ­ismes insti­tu­tion­nels. Radio France inter­na­tionale s’en fait l’é­cho aujour­d’hui, dans son arti­cle “la recherche des bébés volés de la dic­tature men­acée par la poli­tique de Milei”. Le gou­verne­ment d’ex­trême-droite, déjà très agres­sif vis à vis d’as­so­ci­a­tions telles que “les grands-mères de la place de mai”, coupe le robi­net de la banque de don­nées géné­tiques, indis­pens­able pour faire recon­naitre l’o­rig­ine biologique d’en­fants volés par les mil­i­taires aux mil­i­tantes enfer­mées dans les cen­tres de tor­ture. RFI sig­nale que le bud­get de cet organ­isme a per­du 57% de son bud­get avec l’ar­rivée au pou­voir de Milei, très préoc­cupé pour sa part à réha­biliter la dic­tature et ses “effets posi­tifs” sur le pays entre 1976 et 1983.

Le gou­verne­ment Milei, élu, comme c’est sou­vent le cas avec l’extrême-droite, sur des bases anti­sys­tème de dégag­isme des politi­ciens cor­rom­pus, est lui-même empêtré dans une affaire… de cor­rup­tion. Le porte-parole de la prési­dence (enfin, ancien porte-parole, bien enten­du, il a été “démis­sion­né”) Manuel Adorni se payait des vacances aux frais du con­tribuable, et on s’est aperçu qu’il menait un train de vie peu com­pat­i­ble avec ses revenus déclarés.

Comme de juste en Argen­tine, l’affaire est surtout suiv­ie par le quo­ti­di­en de gauche Página/12, ravi de cet os à ronger. A droite, on fait le dos rond, et on préfère, tou­jours et encore, par­ler de l’ancienne prési­dente Cristi­na Kirch­n­er, qui effectue à domi­cile sa peine de six ans de prison pour détourne­ment de fonds publics. La cor­rompue, pour les jour­naux de droite, c’est elle, et seule­ment elle.

Les Argentins sont habitués, et fatal­istes. Ils ne sont pas dupes. Dans tous les cas, les faits sont large­ment avérés et doc­u­men­tés, même si là-bas, on doute même de l’indépendance de la jus­tice. Non sans quelque rai­son d’ailleurs.

Et l’hantavirus, pen­dant ce temps ? Il ne faudrait tout de même pas oubli­er qu’il est cen­sé être par­ti d’Ushua­ia, en Patag­o­nie. Bon, la lec­ture des canards locaux mon­tre que l’affaire les excite  bien moins que nos médias français, lancés pleine balle sur l’éventuel scoop d’une nou­velle pandémie mon­di­ale.

On com­mence à le savoir : si c’est bien d’Ushuaia qu’est par­ti le bateau trans­portant les touristes infec­tés, il est peu prob­a­ble qu’ils l’aient attrapé dans cette ville du bout du monde. Ce que devraient con­firmer les chercheurs européens envoyés là-bas pour enquêter.

Et c’est ce que souligne Página/12 dans un arti­cle sur ces pre­mières recherch­es. Le quo­ti­di­en La Nación a ten­té de recon­stituer le par­cours des deux touristes hol­landais con­sid­érés comme les “patients zéro”, afin de situer le foy­er d’infection. Ceux-ci ont en effet beau­coup bougé au cours de leur séjour en Amérique du sud. De Salta au nord-ouest de l’Argentine, puis les régions de Cata­mar­ca et Men­doza à l’ouest, pas­sage par le Chili voisin, remon­tée dans la région de Misiones au nord, puis l’Uruguay avant de redescen­dre, donc, à Ushua­ia pour y pren­dre le bateau du retour en Europe. Pas facile, donc, de savoir où ils auraient pu être infec­tés. Le jour­nal en prof­ite pour nous don­ner quelques détails au sujet du virus. Celui-ci serait porté par le “Rat à longue queue” (Ratón col­ilargo), une besti­ole qui vit prin­ci­pale­ment dans les mon­tagnes andines (d’où le nom d’un vari­ant de ce virus, “Andes”).

Il élim­ine le virus par l’intermédiaire de son urine, des sell­es ou de la salive. Hélas, le virus se peut se trans­met­tre ensuite par voie aéri­enne, véhiculé par les pous­sières qu’on peut respir­er dans des lieux fer­més comme les granges, les éta­bles, les refuges ou mêmes les maisons.

Un chercheur nous ras­sure dans ce même jour­nal :

Si le vari­ant Andes peut se trans­met­tre entre humains, cela reste peu fréquent et unique­ment dans des con­textes de con­tact étroit, sans attein­dre des niveaux de con­t­a­m­i­na­tion mas­sive. En ce sens, le prin­ci­pal dan­ger n’est pas asso­cié à la promis­cuité, mais à l’exposition à des milieux où on peut ren­con­tr­er des rongeurs infec­tés.

Nous voilà un peu ras­surés, après des jours de BFMTV/LCI/France info calés sur le risque d’une nou­velle pandémie non maitrisée, et le retour en masse des épidémi­ol­o­gistes et autres spé­cial­istes en infec­ti­olo­gie sur les plateaux TV.

Ceci dit, rap­pelle Página/12, le monde n’est pas pour autant pré­paré à affron­ter une nou­velle crise san­i­taire. Et encore moins quand on voit un grand pays comme les États-Unis cess­er son finance­ment de l’Organ­i­sa­tion Mon­di­ale de la San­té (suivi, pré­cise le quo­ti­di­en, mais on s’en doutait, avec empresse­ment par le gou­verne­ment argentin). Nous voilà dans de beaux draps.

Le jour­nal en ligne Infobae, pour sa part, se con­cen­tre surtout sur l’évolution de l’état de san­té des pas­sagers du Hondius, le bateau en prove­nance d’Ushuaia. Il est vrai qu’Infobae est un jour­nal his­panophone, mais inter­na­tion­al : il y avait des pas­sagers espag­nols sur le bateau.
Dans l’ensemble néan­moins, le souf­flé retombe en Argen­tine. Aujourd’hui 19 mai par exem­ple, dif­fi­cile, voire impos­si­ble, de trou­ver un arti­cle en une des jour­naux en ligne.

Sig­nalons tout de même, et ça intéressera davan­tage les non-his­panophones, cet arti­cle du site France info, au sujet d’un vil­lage argentin, Epuyén, où en 2018–2019, 34 cas d’hantavirus avaient été détec­tés, 11 per­son­nes décédées, et 45 jours de con­fine­ment décrétés. Epuyén, c’est là exacte­ment :

Autrement dit, dans les Andes, à deux pas de la fron­tière chili­enne. Ceci dit, l’article pré­cise que depuis, plus aucun cas n’a été sig­nalé, et le vil­lage abrite une brave grand-mère de 103 ans, en pleine forme.

Voilà. Pour notre prochain voy­age en Argen­tine, donc, pas trop de panique. Il y a peu de chances que nous croi­sions un ratón col­ilargo (per­son­nelle­ment, je n’en avais jamais enten­du par­ler, même dans mes dif­férents périples andins). En revanche, le virus Milei, lui, est tou­jours bien présent, et sur la total­ité du ter­ri­toire. Mais on cherche encore le vac­cin.

 

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