Au fil de l’Argentine

Aujourd’hui, lais­sons un peu de côté l’actualité et la poli­tique, tou­jours aus­si cauchemardesques, pour aller nous promen­er dans les vastes éten­dues.

Tous ceux qui lisent régulière­ment ce blog, ou qui s’intéressent sim­ple­ment à ce pays, le savent : l’Argentine offre une palette de paysages extrême­ment var­iée et con­trastée, palette naturelle­ment large­ment ali­men­tée par l’immensité de ce ter­ri­toire qui s’étend depuis le tropique du capri­corne jusqu’au bord du con­ti­nent antarc­tique. Presque 2 800 000 kilo­mètres car­rés, soit cinq fois la super­fi­cie de notre France, 3600 kilo­mètres du nord au sud, soit la dis­tance entre le Pays Basque et la pointe nord de la Norvège !

A peu près tous les paysages ter­restres y sont con­tenus : forêt trop­i­cale, haute mon­tagne, déserts arides, plaines agri­coles, glac­i­ers comp­tant par­mi les plus éten­dus du monde, paysages polaires… Vis­iter l’Argentine, c’est vis­iter le monde dans toutes ses com­posantes, qu’elles soient géo­graphiques, cli­ma­tiques ou humaines.

La chaine fran­co-alle­mande ARTE pro­pose en ce moment une mini-série doc­u­men­taire qui présente de façon assez com­plète cette diver­sité. Il s’agit de Au fil de l’Argentine. Atten­tion cepen­dant, rien d’exhaustif. Impos­si­ble, en qua­tre épisodes de quar­ante-cinq min­utes cha­cun, de tout mon­tr­er. Néan­moins, le bal­ayage pro­posé est très large, et représente déjà un échan­til­lon qui, je pense, sus­cit­era l’envie d’en voir un peu plus.

Chaque épisode est cen­tré sur une région au sens large, présen­tant à chaque fois trois ou qua­tre points d’intérêt représen­tat­ifs, guidé par un per­son­nage emblé­ma­tique, évi­tant ain­si l’écueil de la monot­o­nie. En voici le détail. L’or­dre est ici indi­catif, on peut naturelle­ment regarder ces doc­u­men­taires dans celui qu’on veut.

1. Buenos Aires et la Pampa

On suit Gabriela, sorte de com­mis­saire-priseur chargée, pour une estancia (une exploita­tion agri­cole dans la Pam­pa) de la vente aux enchères du bétail.

Puis on se rend à La Boca, quarti­er pop­u­laire de la cap­i­tale, pour ren­con­tr­er Nadia Ibañez, qui vit du tan­go : elle ani­me des spec­ta­cles de rue dans le quarti­er du Camini­to, le petit site touris­tique du quarti­er.

Entrée du Camini­to — La Boca — Buenos Aires

Enfin, on ren­con­tre Leila Pelu­so, jeune vétéri­naire qui exerce son méti­er dans l’archipel de Tigre : un ensem­ble d’îles situé sur le delta du fleuve Paraná, au nord de Buenos Aires. A bord de son bateau, elle par­court l’archipel quo­ti­di­en­nement, pour y soign­er les ani­maux domes­tiques des habi­tants, leur évi­tant ain­si de longs et com­pliqués déplace­ments en ville. Une bonne manière pour nous, égale­ment, de con­naitre ce secteur si par­ti­c­uli­er, sorte de quarti­er lacus­tre habité aujourd’hui, essen­tielle­ment, par des Argentins aisés.

Maisons dans le Delta de Tigre — Buenos Aires.

2. Cordoba et Cuyo

On se trans­porte au nord-ouest de Buenos Aires. Cór­do­ba est la deux­ième ville d’Argentine, en nom­bre d’habitants (1,5 mil­lions), et le Cuyo est la région où se trou­ve l’essentiel du vig­no­ble argentin, dont la cap­i­tale est la ville de Men­doza (115 000 habi­tants).

Bar-restau­rant à Men­doza.

Avec Rebec­ca Lobo, ornitho­logue à l’université de Chilecito, on vis­ite la Sier­ra de los Col­orados, mas­sif mon­tag­neux déser­tique de la province de La Rio­ja, près de la fron­tière chili­enne, et sa faune bigar­rée.

Plus au sud, nous par­courons le parc nation­al El Leonci­to, avec Ariel Rodriguez, et avec lui, nous obser­vons un ciel priv­ilégié : plus de trois cents nuits dégagées par an !

Bien enten­du, pas­sage par Men­doza, où l’agronome français Pierre- Aimée Pouget a intro­duit le cépage Mal­bec, qui est devenu depuis l’emblème de la viti­cul­ture argen­tine. Celi­na Bar­tolomé, vigneronne bio (très, très rare en Argen­tine !), nous fait la vis­ite de son exploita­tion et nous explique les par­tic­u­lar­ités de son méti­er.

Pro­priété viti­cole à Maipu, près de Men­doza.

Nous suiv­ons Luisi­na, qui s’occupe, au camp de base, d’accueillir et de faciliter la vie des nom­breux alpin­istes venus s’attaquer au plus haut som­met des Andes : l’Aconcagua, près de sept mille mètres au comp­teur.

Au fond, le som­met enneigé de l’A­concagua, point cul­mi­nant des Andes.

Nous finis­sons par un sur­vol des sier­ras de Cór­do­ba avec Eduar­do Alvarez, qui dirige sa pro­pre école de pilotage et donne un cours à Cami­la, très jeune appren­tie pilote.

3. La terre de feu et la Patagonie

Nous descen­dons à l’extrême-sud, sur cette île que con­stitue la Terre de feu, au bord du canal de Bea­gle, qui relie les deux grands océans et offre une fron­tière naturelle entre Chili et Argen­tine.

Le phare du bout du monde, sur le canal de Bea­gle.

Ushua­ia est la ville la plus aus­trale du monde. Liz y est venue s’y installer, mal­gré la rudesse de la vie ici. Mar­iée à Ser­gio, ils passent leurs journées à relever leurs casiers. Ils pêchent le crabe roy­al, emblème gas­tronomique de la région, cen­tol­la en espag­nol, qu’ils ser­vent ensuite dans leur restau­rant.

Vue par­tielle d’Ushua­ia

Miguel, lui, est un soli­taire. Il veille sur le bétail ovin de son estancia, au nord-est de la Terre de feu. Un paysage de steppe immense, où il faut être né pour pou­voir sur­vivre à l’isolement : ici, le pre­mier voisin est sou­vent à plus de deux heures de route !

Mon­tons un peu plus au nord, sur la côte Atlan­tique. On y trou­ve le parc nation­al de Monte León, dans la province de San­ta Cruz. Le par­adis des gua­na­cos, cousins sauvages des lamas, des pumas, des man­chots et des lions de mer (otaries). Grisel Roscos, ingénieure agronome et respon­s­able de con­ser­va­tion, au parc, nous accom­pa­gne au sein de la colonie de man­chots qu’elle sur­veille de près.

Lions de mer et man­chots — Canal de Bea­gle

Les gua­na­cos et les man­chots sont une des raisons de la forte aug­men­ta­tion de la présence des pumas dans cette région du monde, car leur abon­dance per­met aux félins de dis­pos­er d’un réser­voir qua­si inépuis­able de nour­ri­t­ure. Emil­iano Dona­dio, biol­o­giste au Parc, les observe, et les étudie.

Remon­tons plus à l’ouest, au nord de la région des grands glac­i­ers de Patag­o­nie. Au pied du célèbre Fitz Roy, Martín Lopéz Abad, pas­sion­né d’alpinisme, est venu depuis Buenos Aires pour s’installer à El Chaltén, sta­tion touris­tique de plus en plus prisée par les amoureux de l’escalade et du trekking. Un peu trop même, comme nous le soulignons ici dans un autre arti­cle. En un peu plus de trente ans, ce petit vil­lage per­du dans la mon­tagne est passé de 40 habi­tants à plus de trois mille. Et surtout, il accueille chaque année plus de 230 000 touristes !

Le Mont Fitz Roy, appelé aus­si Chaltén. Dans les nuages, comme sou­vent !

Enfin, nous ter­mi­nons par une vis­ite chez les Mapuch­es, peu­ple natif de Patag­o­nie, dont le ter­ri­toire s’étend à cheval sur l’Argentine et le Chili, à la lim­ite des provinces du Chubut et du Río negro. On trou­ve ici une Patag­o­nie bien dif­férente de celle du sud, au cli­mat plus doux et aux paysages plus agri­coles. Nous faisons con­nais­sance avec Mari-Mari, « Lonko » de sa petite com­mu­nauté Lof Inalef, à la struc­ture matri­ar­cale, implan­tée à El Bol­són.

4. Chaco et les Andes

Le périple se ter­mine par le nord du pays, sur qua­tre régions : Misiones, Cor­ri­entes, Cha­co et Salta.

Pas­sons d’abord par les célèbres chutes de l’Iguazu, situées à la triple fron­tière entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay. 275 cas­cades, sur 3 kilo­mètres de longueur, sur le fleuve du même nom, afflu­ent du Paraná, fleuve prenant sa source au Brésil et se jetant dans l’estuaire du Río de la Pla­ta, entre Buenos Aires et Mon­te­v­ideo.

Chutes d’Iguazu

Misiones, c’est aus­si la région où on pro­duit le fameux « maté », plante ser­vant à pré­par­er LA bois­son emblé­ma­tique des Argentins. Ils en con­som­ment près de cent litres par an et par habi­tant !

Plants de maté — Jardin botanique de Buenos Aires

Avec Mar­i­anela et Can­dela, nous nous ren­dons dans la province de Cor­ri­entes, un peu plus au sud, pour suiv­re leur tra­vail auprès de la faune sauvage du parc de l’Iberá, une des plus vastes zones humides du monde : capy­baras (Carpin­chos en argentin),de gros rongeurs her­bi­vores et aqua­tiques (on les appelle aus­si cochons d’eau), tamanoirs, caï­mans (jacaras), cerfs des marais, jabirus (sorte de cigogne), caracaras hup­pés, vau­tours, et quan­tité d’autres.

Nous con­tin­uons vers For­mosa, au nord du Cha­co et à la fron­tière avec le Paraguay, pour décou­vrir le Baña­do La Estrel­la, immense marécage de plus de 4000 kilo­mètres car­rés, parsemé d’îlots et de zones inondées.

Nous ter­mi­nons le voy­age par la ville de Salta, dans le nord-ouest argentin. Salta la lin­da, Salta la belle, comme l’appellent les Argentins. La ville mar­que la lim­ite entre les plaines fer­tiles de l’est et les con­tre­forts arides des Andes. La région compte par­mi les plus spec­tac­u­laires du pays, avec ses canyons ver­tig­ineux, ses val­lées déser­tiques, les couleurs mag­iques des paysages minéraux, et ses vil­lages de maisons en pisé.

Paysage dans la région de Salta

Dans la petite – et touris­tique – local­ité de Cachi, située au sud-ouest de Salta, nous ren­con­trons Otil­ia Bur­gos, qui main­tient vivante la tra­di­tion de la copla, chan­son infor­ma­tive ponc­tuée de per­cus­sion. Elle s’en sert régulière­ment dans ses tournées d’assistante san­i­taire, pour délivr­er d’une manière ludique ses infor­ma­tions sociales et médi­cales auprès des familles qu’elle vis­ite.

Enfin, nous mon­tons, avec le Train des nuages, jusqu’à la sta­tion de San Anto­nio de los Cobres, la plus haute d’Amérique. La sta­tion, qui cul­mine à plus de 3700 mètres d’altitude, doit son nom aux anci­ennes mines de cuiv­re (cobre, en espag­nol) à l’origine de la con­struc­tion de la voie de chemin de fer. La voie est aujourd’hui entière­ment tournée vers le tourisme, le train ne trans­portant plus que des voyageurs. Dif­fi­cile d’ailleurs d’y trou­ver une place, tant cette ligne est prisée. Il faut dire qu’elle est ver­tig­ineuse, grim­pant jusqu’à 4220 mètres d’altitude et pas­sant sur des via­ducs reposant sur des pylônes de 64 mètres de haut ! 29 ponts, 21 tun­nels, 13 via­ducs en tout !

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Des images de toute beauté, et des doc­u­men­taires servis pour nous faire tra­vers­er l’Atlantique et… explos­er notre bilan car­bone ! Pro­duits par la télévi­sion alle­mande ZDF.

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Toutes les pho­tos sont de l’au­teur de cet arti­cle. 

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