9 juillet 1816 : l’indépendance de l’Argentine

          Après les événe­ments de 1810 (Cf texte précé­dent “Vers l’indépen­dance”), s’ensuit une péri­ode d’intenses com­bats entre légal­istes fidèles à la Couronne d’Espagne et par­ti­sans d’une révo­lu­tion poli­tique. Ceux-ci, peu à peu, pren­nent l’avantage, sans pour autant se décider à déclar­er l’indépendance, jugée encore trop aven­tureuse par les chefs des groupes patri­o­tiques, comme Manuel de Sar­ratea, Ger­va­sio de Posadas ou Miguel Estanis­lao Sol­er.
          Petit à petit, l’ancien Vice-roy­aume se trou­ve grig­noté, et finit, du moins pour sa par­tie sud, par se résumer à la région du Haut-Pérou. Les forces en présence se sta­bilisent sur une ligne de front située à la région fron­tière du Haut-Pérou et du Río de la Pla­ta : Salta, qui va devenir pour quelques années l’épicentre d’un con­flit ouvert dont seront vic­times les habi­tants, oblig­és de vivre dans un per­pétuel état de guerre.
          Para­doxale­ment, c’est un général for­mé en Espagne, et qui a com­bat­tu active­ment dans l’Armée royale con­tre les forces Napoléoni­ennes, qui va don­ner l’impulsion déci­sive au mou­ve­ment vers l’indépendance totale du Río de la Pla­ta : José de San Martín. Mil­i­taire espag­nol, donc, mais né dans le Vice-roy­aume, la révo­lu­tion du 25 mai 1810 lui fait pren­dre con­science des grands change­ments en cours dans sa « patrie » d’origine, qui font vac­iller sa loy­auté envers l’autorité qu’il ser­vait jusqu’ici sans état d’âme. Il sent qu’il lui faut choisir entre celle-ci et ses véri­ta­bles racines, dont il est con­va­in­cu que l’émancipation est inéluctable.

José de San Martín — Pho­to DP

          Il démis­sionne, et en 1812, il débar­que à Buenos Aires pour offrir ses ser­vices aux autorités locales, qui l’accueillent à bras ouverts. Il se met tout de suite au boulot, et, dès octo­bre, com­mence par ren­vers­er ces mêmes autorités (Le « pre­mier tri­umvi­rat », dirigé con­join­te­ment par Feli­ciano Chi­clana, Manuel de Sar­ratea y Juan Martín de Pueyrredón), jugées trop frileuse­ment indépen­dan­tistes.
          En 1815, il pro­pose au gou­verne­ment de lever une armée pour marcher, à tra­vers les Andes, vers le Chili, puis remon­ter au Pérou, pour défaire les armées royales. Par­al­lèle­ment, d’autres régions se soulèvent, comme le Venezuela de Simón Bolí­var, et peu à peu, le con­ti­nent se libère de la tutelle espag­nole. C’est là que les ennuis com­men­cent, car comme de juste, les révo­lu­tion­naires ne sont pas tous d’accord sur la manière d’organiser la future indépen­dance. Résul­tat : au lieu de s’unir pour for­mer une seule et même nou­velle patrie, on va plutôt vers une par­ti­tion en plusieurs entités antag­o­nistes. Comme sou­vent, ce qui motive ces luttes intestines, c’est la pré­ten­tion de cer­tains d’imposer leur supré­matie. En l’occurrence, celle de Buenos Aires, comme cap­i­tale des nou­veaux ter­ri­toires indépen­dants. Ce cen­tral­isme est com­bat­tu en pre­mier lieu par Ger­va­sio Arti­gas, dirigeant la « Bande Ori­en­tale », ter­ri­toire de l’est de l’estuaire recou­vrant à peu près l’actuel Uruguay, qui pro­pose lui, un sys­tème plus fédéral­iste de provinces autonomes et sou­veraines. Voilà qui com­mence mal pour les « Provinces Unies du Río de la Pla­ta », comme on appelle alors les ter­ri­toires libérés du joug espag­nol, car Arti­gas est suivi par cer­taines d’entre elles, comme Entre Ríos, San­ta Fe, Misiones, Cór­do­ba, for­mant une con­fédéra­tion auto­proclamée « Ligue des peu­ples libres ». Prof­i­tant des ten­sions entre révo­lu­tion­naires, les roy­al­istes repren­nent pied au Mex­ique, dans la région de la Nou­velle-Grenade (Colom­bie) et du Venezuela, au Pérou et au Chili.
          Début 1816, les indépen­dan­tistes ne domi­nent donc plus que la grande région du Río de la Pla­ta, tou­jours divisée en deux. Pour ten­ter d’apaiser les ten­sions, on décide de se réu­nir ailleurs qu’à Buenos Aires : c’est la ville de Tucumán qui est choisie pour réu­nir un grand con­grès des­tiné à met­tre tout le monde d’accord autour de l’objectif ultime : la déc­la­ra­tion d’indépendance. Enfin. Bon, évidem­ment, il y a tou­jours des râleurs insat­is­faits, et cer­taines régions, comme San­ta Fe, Cor­ri­entes, Entre Ríos, refusent de s’asseoir autour de la table. Néan­moins, le Con­grès parvient à vot­er l’Indépendance des Provinces Unies du Río de la Pla­ta, actée le 9 juil­let 1816. 

Déc­la­ra­tion de l’indépendance – 9 juil­let 1816 – Tableau de Fran­cis­co For­tuny Pho­to DP

Voici à quoi ressem­blait à peu près la carte du cône sud au moment de l’indépendance:

Une curiosité :
Cette indépen­dance en deux temps (Prise d’autonomie en 1810 et véri­ta­ble indépen­dance en 1816), fait que l’Argentine peut se tar­guer d’avoir deux jours de fête nationale : le 25 mai (Fête de la Révo­lu­tion de mai) et le 9 juil­let (Fête de l’indépendance) !

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