L’Argentine championne du monde !

A la demande générale de quelques lecteurs ama­teurs de foute­bol, je vais donc me pencher sur le résul­tat argen­ti­nesque de cette dernière coupe du monde du bal­lon qui ne tourne pas tou­jours très rond.

Mais je tiens à prévenir : il n’y en aura pas d’autres. D’abord parce que là où je suis, mes con­di­tions de con­nex­ion, et donc d’accès à la plate­forme du blog, sont plus que flot­tantes, et ensuite parce qu’avec cette coupe bue jusqu’à plus soif, (ne plus avoir soif, au Qatar, ça reste tout de même un exploit, compte tenu de la pro­hi­bi­tion de la bière !) je n’ai pas vrai­ment trin­qué.

Voilà donc les Argentins pour la troisième fois au som­met de la mon­tagne. Après la Coupe de la honte chez eux en 1978, qu’ils avaient rem­portée pour le plus grand béné­fice des généraux au pou­voir (et dont ils avaient acheté un match en qualif’), celle de 1986 gag­née avec l’aide de Dieu, de sa main, ou de celle d’un autre dieu plus païen, on ne sait plus, cette fois, pas de lézard : ils ont bien mérité leur vic­toire. Pas de bol pour les réacs de tout poil : ils la gag­nent sous un gou­verne­ment péro­niste, détesté par la moitié du pays et dont la vice-prési­dente vient d’être con­damnée pour cor­rup­tion.

Mais bien enten­du, lorsqu’il s’agit de défil­er sur les Champs… par­don, sur l’avenue du 9 de Julio (bien plus longue et bien plus large que nos Champs-Elysées, soit dit en pas­sant), tout le monde se réc­on­cilie pour com­mu­nier à la grand-messe du divin sport.

Une du quo­ti­di­en La Nacion du 19/12/2022

C’est donc la liesse générale, on peut oubli­er pour quelques jours l’inflation à trois chiffres, les haines poli­tiques recuites et la dépres­sion pro­fonde dont le pays ne sem­ble plus sor­tir depuis la chute de la dic­tature en 1983. Cer­tains diraient plutôt : depuis la chute de Perón en 1955. Tout dépend des points de vue. Mais ce n’est pas le sujet. Aujourd’hui, tout comme en 1978, toute l’Argentine exulte et se fout pas mal du con­texte. Le foot reste un excel­lent anal­gésique. Du moment qu’on gagne, bien enten­du.
Un petit tour de la presse locale, d’ordinaire très clivée, per­met d’en mesur­er les effets.

Pour la Nación, «l’équipe de Mes­si a gag­né la plus belle finale de l’histoire et s’est acheté un coin du par­adis du foot­ball». «Euphorie et mer de larmes pour une fête qui a réson­né dans tous les recoins du pays» (avec pho­to de la fameuse avenue en prime). «Au-delà des records, Mes­si fait l’histoire et gagne la dévo­tion, la grat­i­tude et l’éternité». Et pour l’analyse de la par­tie, dom­inée de la tête et des épaules par l’équipe bleue et blanche, le jour­nal décor­tique la vision de Scaloni, l’entraineur argentin, et l’erreur mon­u­men­tale de Deschamps, qui se serait gour­ré à la fois de stratégie et de tac­tique.

Voyons main­tenant ce que se dit à l’autre extrême de l’éventail politi­co-jour­nal­is­tique, chez les gau­cho-péro­nistes de Pagina/12. Com­mençons par vous faire un petit cadeau : quelques cartes postales de l’Avenue du 9 de Julio dimanche soir. Pour le reste, comme on pou­vait s’y atten­dre de la part de ce canard tout de même moins chau­vin et un poil plus réflexif, la joie est plus mesurée. On met l’accent ici sur le côté col­lec­tif de la vic­toire, on s’attarde sur le côté cathar­tique du suc­cès, avec San­dra Rus­so : «Du néant, de la frac­ture, du décourage­ment, du boy­cott, de la récupéra­tion poli­tique que le pou­voir réel fait des émo­tions pop­u­laires qu’il trans­forme en marchan­dis­es, est sor­ti soudain cette fête pop­u­laire qui gon­fle nos poitrines et qu’il fal­lait pour­tant défendre du petit dis­cours ambiant qui les qual­i­fi­ait de mori­bon­des, d’ambiguës et de vul­gaires». Et on s’intéresse aux réac­tions inter­na­tionales.

Chez Clarín, le quo­ti­di­en le plus lu du pays, le ton est aus­si à la fête et à la vic­toire, mais j’ai été éton­né d’en con­stater la mesure. On n’en fait pas des tonnes, soulig­nant surtout une cer­taine jus­tice faite au grand cham­pi­on Mes­si, qui peut enfin porter la couronne suprême. Petite curiosité, avec un détour par un bar parisien dans lequel les Argentins de France se sont réu­nis pour suiv­re la par­tie, le trans­for­mant en une sorte, dit le jour­nal, de «Bom­bon­era», du nom du célèbre stade du club de Buenos Aires Boca juniors. Et, pour le décalage, une col­lec­tion de «memes» autour du tournoi !

Mais ce jour­nal, fidèle à ses obses­sions poli­tiques, s’étale finale­ment bien moins que les autres, qui, eux, con­sacrent toutes leurs pre­mières pages à l’événement. Chez Clarín, au bout d’une dizaine d’articles dévelop­pés sur une moitié de une (je par­le là de la une numérique, bien enten­du), on en revient vite à l’actualité politi­co-polémique, sur le thème récur­rent du jour­nal : le péro­nisme est la cause de tous nos maux. Faudrait tout de même pas que l’euphorie prenne le pas sur la crise poli­tique et fasse oubli­er de taper sur le gou­verne­ment. Je passe les arti­cles, suf­fit d’aller voir par vous-même : Clarin.com.

Voilà pour le tour des stades. Par­don, des unes. Je m’arrête aux trois canards prin­ci­paux. Pour les autres, je vous laisse aller y voir vous-mêmes, je manque un peu de temps si je veux poster cet arti­cle avant que le globe doré ne se cou­vre de pous­sière. C’est ici, , et . Par exem­ple. Mais dans l’ensemble, les unes se ressem­blent pas mal, on s’en doute.

Si j’ai de la con­nex­ion et un peu de temps, demain, je vous baillerai une petite revue de com­men­taires pop­u­laires, his­toire de pren­dre la tem­péra­ture des afi­ciona­dos argentins. Mais je ne promets rien !
En atten­dant, amis foo­teux, bonne diges­tion. Les défaites sont tou­jours un peu lour­des, et en ces veilles de fêtes, cette séance de penal­ties man­quée (une mar­que de fab­rique française, vous ne trou­vez pas ?) ne pou­vait pas tomber plus mal.

PS.  Je dédie cet arti­cle à mon ami Ben­i­to Romero, sans lequel je n’aurais jamais aus­si bien suivi le par­cours de la sélec­tion Albice­leste, comme on l’appelle là-bas ! 

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Sur la folie du foot en Argen­tine, lire ou relire aus­si notre arti­cle sur la dis­pari­tion de Maradona.

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