04/04/2022 : visite surprise

Le nou­veau prési­dent chilien Gabriel Boric a réservé sa pre­mière vis­ite offi­cielle à l’étranger à son homo­logue et voisin argentin, Alber­to Fer­nán­dez, avec lequel il partage sans nul doute une prox­im­ité poli­tique prop­ice à de bonnes rela­tions diplo­ma­tiques entre ces deux pays pour­tant, à la manière de la Grande-Bre­tagne et de la France, aus­si proches qu’éternels rivaux.

Il est cer­tain que les deux prési­dents n’auront pas man­qué de sujets de con­ver­sa­tion poli­tique, la vic­toire de Boric ouvrant une sorte de par­en­thèse enchan­tée à son homo­logue argentin plutôt chahuté dans son pro­pre pays en ce moment. Ils en auront sans doute prof­ité pour par­ler de la dif­fi­culté de gou­vern­er durable­ment à gauche dans un cône sud tou­jours étroite­ment sur­veil­lé par «L’empereur du nord», qui n’aime jamais autant les lead­ers de gauche sud­istes que lorsqu’ils restent dans l’opposition.
Il est vrai que cette même gauche sud-améri­caine, ces derniers temps, sem­ble repren­dre quelques couleurs, du Chili au Pérou en pas­sant par la Bolivie, et, espère-t-elle, en atten­dant le retour de Lula aux affaires au Brésil.

Mais loin de ces con­sid­éra­tions poli­tiques, Gabriel Boric a égale­ment ren­du une sorte d’hommage à une belle et grande spé­cial­ité argen­tine : la lec­ture, et, corol­laire­ment, la grande tra­di­tion des librairies indépen­dantes qui pul­lu­lent dans tout le pays. Prof­i­tant de la prox­im­ité de son hôtel, situé dans le quarti­er mod­erne de Paler­mo à Buenos Aires, il a fait un saut jusqu’à la petite librairie voi­sine, «Eter­na caden­cia», pour feuil­leter et acheter quelques bouquins. Pour l’anecdote, comme le rap­por­tent Pagina/12 et Clarín, il en a acheté cinq, dont celui de Mar­i­ana Enríquez, «Alguién cam­i­na sobre tu tum­ba» (Quelqu’un marche sur ta tombe), chronique de ses vis­ites de cimetières (voilà au moins un intérêt que je partage avec cette auteure argen­tine et le prési­dent chilien !).

Occa­sion de rap­pel­er en effet que l’Argentine, c’est le pays des livres et des librairies. Des grandes, des moins grandes, mais égale­ment des bouquin­istes, bien plus nom­breux à Buenos Aires que nos braves bouquin­istes des bor­ds de Seine. Un arti­cle du quo­ti­di­en Infobae nous apprend ain­si qu’il exis­terait 25 librairies pour 100 000 habi­tants à Buenos Aires (Plus de 700 en tout, donc) ! Naturelle­ment, iné­gale­ment répar­ties sur la sur­face, avec des quartiers sur­représen­tés dans le cen­tre et les quartiers touris­tiques (Reco­le­ta, San Tel­mo), et des quartiers plus pop­u­laires rel­a­tive­ment oubliés, comme Bar­ra­cas ou Vil­la Sol­dati.

Il existe égale­ment une autre tra­di­tion très suiv­ie : celle des foires aux livres d’occasion qui ont lieu tout au long de l’année. Les plus mar­quantes : celle, qua­si per­ma­nente, de Reco­le­ta, non loin du fameux cimetière et du célèbre bar «La Biela», qui se tient chaque fin de semaine, celle du quarti­er Cabal­li­to, tous les jours, ou encore celle qui se tient autour du Par­que Cen­te­nario, pro­posant elle aus­si quo­ti­di­en­nement divers stands du même type que nos bouquin­istes parisiens.

Une sim­ple prom­e­nade le long des avenues Cor­ri­entes ou San­ta Fe nous donne une idée du suc­cès de ce genre de librairies : il y en a qua­si­ment une tous les trois cents mètres, de chaque côté du trot­toir ! Et per­son­nelle­ment, même en plein mois de févri­er (équiv­a­lent de notre mois d’août de vacances), je n’en ai jamais ren­con­tré une de vide.

Un grand fes­ti­val du livre a lieu chaque année et reçoit env­i­ron un mil­lion de vis­i­teurs. Cette année, il se tien­dra du 26 au 28 avril, au Cen­tre d’exposition de La Rur­al, près de la Plaza Italia, dans le quarti­er de Paler­mo.

Out­re ce nom­bre hors norme de librairies, Buenos Aires abrite égale­ment celle qui est con­sid­érée comme l’une des plus belles du monde : l’Ateneo. Située sur l’avenue San­ta Fe, elle s’est d’abord appelée «Grand Splen­did», car c’était à l’origine un théâtre à l’ancienne, où se pro­dui­saient les chanteurs de tan­go les plus fameux, dont le célèbre Car­los Gardel. Inau­guré en 1919, il a été reven­du en 1930, a servi de nom­breuses années de ciné­ma, pour être racheté en 2000 par la Société El Ate­neo qui l’a donc trans­for­mé en librairie, se ser­vant de l’orchestre et des dif­férents niveaux de bal­cons pour y installer ses étagères de livres. La scène, quant à elle, sert aujourd’hui de café ! Fort heureuse­ment, l’ensemble archi­tec­tur­al a été entière­ment préservé, ce qui lui fait mérit­er son titre de «deux­ième plus belle librairie du monde». (La pre­mière serait celle de la Selexyz Domini­ca­nen à Maas­tricht aux Pays-Bas).

Librairie de l’Ate­neo — Vu sur les bal­cons

L’Ateneo est ain­si devenu une des attrac­tions touris­tiques à ne pas man­quer dans la cap­i­tale argen­tine, au même titre que le Camini­to, le musée des Beaux-arts, le Théâtre Colón ou le Palais Baro­lo. Voir ain­si les livres «mis en scène», au sens pro­pre comme au sens fig­uré, est un régal pour les yeux, et jus­ti­fie la prom­e­nade, même si on ne vient pas spé­ciale­ment acheter des livres. D’autant qu’il est un des derniers ves­tiges de l’architecture des salles de spec­ta­cle du début du XXème !

Au fond, la scène et son café

A lire égale­ment au sujet de l’Ate­neo l’article assez com­plet (de 2011) sur le blog «Petit Hergé de Buenos Aires».

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