03 juin 2021 : Ni una menos !

NI UNA MENOS : le point sur les vio­lences faites aux femmes

Aujourd’hui 3 juin 2021, on célèbre en Argen­tine le 6ème anniver­saire de la nais­sance du mou­ve­ment «Ni una menos». Ce slo­gan, qui sig­ni­fie lit­térale­ment «Pas une de moins », fait référence au nom­bre tou­jours impor­tant de fémini­cides com­mis dans ce pays qui, comme sou­vent lorsqu’on se réfère aux pays latins, est qual­i­fié de «machiste». Il veut appel­er à ce qu’il n’y ait plus une femme qui dis­paraisse pour cause d’assassinat machiste. En français, il est prob­a­ble qu’on traduirait plus sûre­ment ce slo­gan par «Pas une de plus», dans la liste des vic­times de ces vio­lences. Pas­sons sur ces prob­lèmes, anec­do­tiques, de séman­tique.

Pho­to DP — cap­ture d’écran

Le 3 juin 2015, avait lieu la pre­mière man­i­fes­ta­tion sous le slo­gan «Ni una menos». 4 arti­cles dans la presse argen­tine d’aujourd’hui vien­nent faire le point sur la sit­u­a­tion des femmes dans le pays, 6 ans après cette pre­mière man­i­fes­ta­tion. Elle n’est guère bril­lante.
Citant le rap­port de l’Office cen­tral de la femme et l’association «La Casa del encuen­tro», Clarín et le Diario Pop­u­lar dressent un tableau peu encour­ageant de la sit­u­a­tion, qui ne sem­ble guère s’améliorer. En effet, les chiffres restent con­ster­nants. En 2020, on a comp­té 251 femmes assas­s­inées, con­tre 252 en 2019. «Une de moins» souligne ironique­ment Clarín. Sans par­ler des agres­sions qui n’ont heureuse­ment pas débouché sur la mort des vic­times. Depuis la pre­mière man­i­fes­ta­tion «Ni una menos», ce sont 1717 femmes qui sont mortes, selon le rap­port offi­ciel (1733 selon l’association «Casa del encuen­tro»). Pri­vant de mère entre 1500 et 2000 enfants, selon les sources. 64 % des meurtres ont été com­mis par le mari, le com­pagnon, ou un ex des vic­times, et dans 9 cas sur 10, l’agresseur était con­nu de sa vic­time. Dans 54% des cas, l’agression a lieu au sein du foy­er.

QUE FAIT LA JUSTICE ?

Clarín relève que seules 20% des vic­times avaient porté plainte con­tre leur agresseur au moins une fois avant de mourir sous ses coups. Et sur ces 20%, seule­ment la moitié avaient été placées sous pro­tec­tion judi­ci­aire. Trop de juges ont ten­dance à min­imiser les faits, et à rester pas­sifs.
Pagina/12 révèle que le gou­verne­ment vient de lancer un plan d’action, dénom­mé «Pro­gra­ma acer­car dere­chos» (qu’on pour­rait traduire approx­i­ma­tive­ment par «Pro­gramme pour des droits plus acces­si­bles»). Il s’agit de met­tre à dis­po­si­tion des dif­férentes provinces du pays des équipes spé­cial­isées inter­dis­ci­plinaires (avo­cats, psy­cho­logues, tra­vailleurs sociaux)afin de venir en aide aux femmes vic­times de vio­lence et les accom­pa­g­n­er dans leurs démarch­es auprès de la jus­tice, ain­si que leur faciliter l’accès aux aides de l’état et leur fournir une aide psy­chologique.

QUE FAIT LE GOUVERNEMENT ?

Le gou­verne­ment d’Alber­to Fer­nán­dez compte avec un min­istère dédié, le «Min­istère de la femme, du genre et de la diver­sité», dirigé par Eliz­a­beth Gómez Alcor­ta, dont dépend égale­ment un ser­vice spé­cial appelé «Approche générale des vio­lences en rai­son du genre», en charge de la coor­di­na­tion des poli­tiques de défense du droit des femmes à tra­vers le pays. En effet, un des prob­lèmes réside dans le car­ac­tère très décen­tral­isé de l’administration poli­tique argen­tine, où les provinces et les munic­i­pal­ités gar­dent une cer­taine autonomie de déci­sion, mais man­quent sou­vent de moyens pour les met­tre en œuvre. Par exem­ple, relève Jose­fi­na Kel­ly, mem­bre du ser­vice, seule­ment 30% des munic­i­pal­ités pos­sè­dent un ser­vice dédié aux prob­lèmes de genre. D’où la néces­sité de ren­forcer leurs moyens, en les dotant de bud­gets spé­ci­fiques et en leur four­nissant des per­son­nels com­pé­tents. Il s’agit égale­ment de pro­mou­voir des poli­tiques de préven­tion effi­cace, notam­ment par l’éducation, la péd­a­gogie et le ren­force­ment du débat pub­lic. Selon une autre mem­bre du cab­i­net, Lau­rana Mala­calza, rien n’a été fait jusqu’ici pour mieux coor­don­ner poli­tiques publiques et poli­tiques régionales, ni pour amélior­er l’action de la Jus­tice dans ce domaine.

Cela sera-t-il vrai­ment suff­isant dans un pays où une femme meurt toutes les 35 heures sous les coups ? Quelle effi­cac­ité auront ces équipes du «Pro­gra­ma acer­car dere­chos», com­ment seront-elles reçues dans les dif­férentes provinces, dont cer­taines sont dirigées par des admin­is­tra­tions d’opposition au gou­verne­ment actuel ? De quels moyens réels, son­nants et trébuchants, dis­poseront-elles dans un pays en proie à une crise économique con­sid­érable­ment aggravée par l’actuelle crise san­i­taire ? Peut-on espér­er des chiffres moins désolants pour le 7ème anniver­saire de «Ni una menos» en 2022 ? Pen­dant ce temps, hélas, les «affaires» sem­blent con­tin­uer : voir ici, et .

Pho­to DP

Sur le fémin­isime en Argen­tine, voir aus­si l’ex­cel­lent livre de Marie Audran, «Pibas», sur ce même site.

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