1880–1945

          A par­tir de 1880, après les grandes “con­quêtes du désert” qui ont pra­tique­ment éradiqué toute trace de pop­u­la­tion indigène à la sur­face du ter­ri­toire, com­mence une longue péri­ode de forte immi­gra­tion, qui va voir la pop­u­la­tion argen­tine mul­ti­pliée par 4 entre 1870 et 1910. Ce grand et rapi­de bras­sage de pop­u­la­tion va mod­i­fi­er en pro­fondeur les struc­tures sociales, économiques et poli­tiques du pays. Les immi­grés arrivent avec leurs rêves, leurs besoins, leurs cul­tures, et pour beau­coup, une cer­taine con­science poli­tique. Peu à peu, les con­ser­va­teurs, qui rég­naient sans partage pra­tique­ment depuis la créa­tion de la République, vont devoir faire de la place à d’autres mou­ve­ments poli­tiques plus en phase avec l’évo­lu­tion du pays tout entier. De nou­veaux par­tis, incon­nus jusqu’alors, appa­rais­sent. C’est ain­si que, peu à peu, l’Ar­gen­tine entre dans le con­cert des nations démoc­ra­tiques. La fraude élec­torale, qui jusque là per­me­t­tait au Par­ti Auton­o­miste Nation­al de se per­pétuer au pou­voir, est enfin com­bat­tue. Le suf­frage devient uni­versel, l’al­ter­nance poli­tique devient la règle. Cela n’i­ra pas sans soubre­sauts, sans luttes frat­ri­cides ni tragédies, et la péri­ode engen­dr­era égale­ment le pre­mier coup d’é­tat mil­i­taire d’une hélas longue série de 1930 à 1983. Une péri­ode trou­ble, dif­fi­cile, où la nation entière per­dra en quié­tude ce qu’elle gag­n­era en matu­rité poli­tique et sociale.